vignette|redresse=1.2|L'empereur du Saint-Empire (au centre).

, surnommé le « pape lorrain », ou encore le « pape alsacien », né Bruno von Eguisheim-Dagsburg le dans un lieu inconnu du comté de Walscheid ou de celui d'Eguisheim qui fait toujours débat, est le de l'Église catholique du jusqu'à sa mort, le à Rome.

Fils du seigneur d'Eguisheim, de noblesse alsacienne, et de la comtesse de Dagsbourg (actuellement Dabo en Moselle), de noblesse lorraine, le futur Léon IX est d'abord comte-évêque de Toul puis élu pape, en et intronisé le sous l'influence de l'empereur . Grand voyageur, il œuvre pour la paix. Son pontificat est marqué par le début de la réforme grégorienne. Reconnu comme saint par l'Église catholique, il est liturgiquement commémoré le .

Généalogie Né dans un lieu inconnu des comtés de Walscheid (terres maternelles où une église lui est dédiée) ou d'Eguisheim (terres paternelles où un oratoire lui est consacré)., le lieu de naissance de Bruno von Eguisheim-DagsburgBiographie de faite par l'historien Michel Parisse, et suivantes dans Gabriele de Rosa et Giorgio Cracco, Il papato e l'Europa. fait toujours débat. Si la question est d'une importance mineure, elle est en effet l'un des principaux points discutés dans les débats sur l'identité régionale du futur pape , les uns et les autres, selon le versant des Vosges qui a leur préférence, cherchant à en faire un « pape lorrain » ou « alsacien »..... En 2014, Robert Weber, maire d'Abreschviller de 1985 à 2008, démontre dans son ouvrage que serait né au vieux château de sa commune..

Son père, , est de la famille des comtes de Nordgau, seigneurs d'Eguisheim. Bruno est un membre de la très haute aristocratie : sa famille se rattache par sa mère, Heilwige de Dabo, fille du comte de Dabo, aux Carolingiens de Francie occidentale et par son père aux rois de Germanie. Dans la parenté de Bruno figurent aussi bien des comtes de Reims que des évêques de Langres et de Metz ; il est le cousin des empereurs du Saint-Empire et .

Ses parents construisirent deux abbayes : à Woffenheim (Sainte-Croix-en-Plaine) et à Reiningue et, vers 1029, le château de Wahlenbourg au Haut-Eguisheim.

Biographie Éducation À l'âge de cinq ansBiographie de faite par Louis Spach, archiviste alsacien, dans Mélanges d'histoire et de critique littéraire, 1864, 69 à 122., il est confié à l'évêque Bertholde de Toul pour être éduqué à l'école de la cathédrale où il se montre très doué. Il entre jeune dans le chapitre de la cathédrale. Il est marqué par la réforme de GorzeSerge Lusignan, L'Église, ses institutions et la réforme grégorienne, Site de l'université de Montréal..

Après la mort de son tuteur, il est appelé à la cour de son cousin l'empereur du Saint-Empire (1024–1039), qui soutient la réforme monastique. Il est diacre en 1025Jean Chélini, Histoire religieuse de l'Occident médiéval, Hachette, 1991, .. En 1026, il commande les troupes levées à Toul pour une campagne en Lombardie.

À la mort de l'évêque Hermann de Toul, alors qu’il n'a que , il est proposé par le clergé avec le soutien de comme son successeur et le , il est consacré par l'archevêque Poppon de Trèves.

Évêque de Toul Pendant la vingtaine d'années que dure cet épiscopat, Bruno lutte contre le nicolaïsme et la simonie. Il s'inscrit dans le mouvement réformateur promu par Cluny et Gorze. Il recrute parmi les représentants de ce courant ses collaborateurs. C'est en 1048 qu'il remarque Ildebrando de Soana (Hildebrand) (futur pape ) et l'attache à lui. Il impose à son entourage et lui-même un train de vie humble et pieux, se comportant en moine bénédictin et donnant ainsi exemple aux abbés de son évêché. À force d'énergie, il obtient l'assainissement moral des abbayes de son évêché.

Il reste fidèle à l'empereur et va plaider sa cause devant le roi des Francs pour la succession du royaume de Bourgogne, où , qui a hérité de mort sans enfants, est contesté par qui a, lui, le soutien des Italiens. Il arrive avec succès à ménager la paix entre les deux souverains.

Sa renommée franchit largement les frontières de la Lorraine où en 1047 Adalbert de Lorraine est devenu duc.

Pape vignette|redresse=1.2|, vitrail de l'église Saint-Étienne de Château-Renard, Loiret.

Élection L'autorité de l'empereur est faible sur ses vassaux et pendant le règne d', la puissante famille romaine dont sont issus les comtes de Tusculum, habituée à faire élire le pape, tente de reprendre ses prérogatives. Critiquant la faible moralité des papes désignés par l'empereur, elle fait élire un pape concurrent, obligeant l'empereur à intervenir militairement, à réunir un grand concile le pour démettre les papes concurrentsProsper Alfaric, Un pape alsacien : d'Eguisheim, Annuaire de la Société historique, littéraire et scientifique du Club vosgien, (1-2), Strasbourg Imprimerie alsacienne, 1933, Encyclopédie universelle.. Mais cela ne suffit pas, coup sur coup deux papes désignés par l'empereur sont assassinés ( et ).

doit impérativement désigner un pape dont la moralité ne puisse être mise en doute et suffisamment habile pour gagner la confiance des Romains. Bruno, après son brillant ministère à Toul, est le candidat idéal. Pour se faire accepter, il ne doit cependant pas être le candidat désigné par l'empereur, il se rend en pèlerinage dans la Ville sainte et demande humblement aux Romains de ne l'élire que s'il leur convient. Il est alors intronisé sous le nom de (en mémoire de Léon le Grand, qui avait affirmé la primauté de l'évêque de Rome en tant que successeur de Pierre) le .

Débuts de la réforme grégorienne

vignette|redresse=1.2|Sceau du pape avec Pierre et Paul en avers. vignette|redresse=1.2|gauche|Ildebrando de Soana (Hildebrand) (futur pape ).

Élevé dans l'esprit de la réforme clunisienne, il conclut que c'est l'indignité des papes précédents qui leur a valu leur désaveu par les Romains et leur déchéance. Il considère que le souverain temporel ne devrait pas intervenir dans la vie religieuseJean Chélini, Histoire religieuse de l'Occident médiéval, Hachette, 1991, .. Comme à Toul, il s'entoure de réformateurs. Beaucoup d'ailleurs le suivent comme le moine Humbert de Moyenmoutier, dont l'intelligence est pénétrante, mais qu'un caractère abrupt ne prédispose pas à la diplomatie, Hugues Candide, Frédéric de Lorraine (le futur pape ) ou Pierre Damien. Il nomme un clunisien, Ildebrando de Soana (Hildebrand) (le futur pape ), sous-diacre et le charge de l'administration des revenus du Saint-Siège, proche de la failliteMichel Balard, Jean-Philippe Genet et Michel Rouche, Le Moyen Âge en Occident, Hachette, 2003, .. Les organes de gouvernement sont réorganisés ; les services de la chancellerie, désormais très actifs, suivent le modèle impérial et le rôle des cardinaux, auxquels sont confiés des postes clés de l'administration, s'accroît très sensiblement ; ces fonctions, naguère réservées aux représentants des familles romaines sont ouvertes aux , ce qui souligne le caractère universel du Saint-Siège et montre que ces nominations ne doivent plus relever du clientélisme.

Très énergique, Hildebrand a une grande influence sur les actes de son pontificat et de ceux de ses successeurs ( (1055–1057), (1057–1058), (1058–1061), (1061–1073)MM. Berthelot, Hartwig Derenbourg et F.-Camille Dreyfus, Le pape , La Grande encyclopédie : inventaire raisonné des sciences, des lettres et des arts par une société de savants et de gens de lettres, Paris, Société anonyme de La Grande encyclopédie, 1885–1902, Encyclopédie universelle.. De fait, Hildebrand lance la réforme grégorienne vingt-cinq ans avant de devenir pape lui-même.

Une doctrine est élaborée, qui tend à donner au Saint-Siège le pouvoir nécessaire à l'accomplissement de la réforme. Les Dictatus papæ en révèlent les idées maîtresses: dans la société chrétienne, cimentée par la foi, l'ordre laïque a pour fonction l'exécution des commandements de l'ordre sacerdotal dont le pape est le maître absolu. Vicaire du Christ, il est le seul titulaire légitime de l'Empire, « l'empereur suprême ». Il peut déléguer ce pouvoir et reprendre sa délégation. L'empereur n'est plus le coopérateur du pape, mais son subordonné. Il devait donc exécuter le programme de réforme défini par le pape. Or ce programme remettait en cause l'Église impériale. L'un des théoriciens du mouvement, Humbert de Moyenmoutier, affirme en effet que l'inconduite des clercs provenait de leur soumission aux laïcs car ceux-ci les désignaient en fonction non pas de leur piété, mais des avantages matériels que cette nomination pouvait leur procurerFrancis Rapp, Les relations entre le Saint-Empire et la papauté, d'Otton le Grand à Charles IV (962–1356), clio.fr, consulté le 7 novembre 2007..

Dès le début de son pontificat, en , réunit un concile à Rome condamnant la simonie et une partie du nicolaïsme. Mais les prélats allemands et français ne viennent pas. Il décide alors de parcourir la chrétienté pour défendre énergiquement sa réforme, d'autant que Rome se fait menaçante. Le Le moine Anselme, de l'abbaye Saint-Remi de Reims en tint un témoignage. : concile tenu par le pape pour remédier à plusieurs abus dans le cadre de la réforme de l'Église (simonie, nicolaïsme, …) et qui faisait la suite de ceux de Rome et de Pavie. Le pape venait à l'initiative de l'abbé de Saint-Remy pour consacrer la nouvelle église. avait convoqué le banc et l'arrière-banc de son domaine et il ne vint que l'évêque de Senlis et , évêque de Reims qui les accueillait. Le concile se tint avec vingt évêques, cinquante abbés et de nombreux clercs, parmi eux : l'archevêque de Trêves, celui de Lyon et celui de Besançon ; l'évêque de Porto. Le concile prit des sanctions canoniques contre le roi d'Angleterre et duc de Normandie Guillaume le Conquérant à la suite de son mariage avec sa cousine éloignée Mathilde de FlandresAlain Derville, Quarante générations de Français face au sacré, PU Septentrion, 2006, page 235., ainsi que contre des gens d'Église, furent excommuniés : l'archevêque de Sens et celui de Saint-Jacques-de-Compostelle en Galicie, les évêques de Beauvais, d'Amiens, l'abbé de Saint-Médard. Furent déposés les évêques de Langres et celui de Nantes. Douze canons furent promulgués contre l'usure, contre le port des armes par les clercs, l'accès aux charges ecclésiastiques sans élection préalable, la protection des pauvres, etc. En tant que tout nouvel abbé de Corbie, Foulques de Corbie (homonyme de l'évêque d'Amiens) fut choisi avec l'un de ses moines, Gérard de CorbieGérard de Corbie, fondateur et premier abbé de abbaye de La Sauve-Majeure., pour faire partie de la suite du pape à son retour vers Rome. Le pape ordonna prêtres Foulques (qui n'était alors que diacre) et Gérard. Au cours du voyage, Gérard avait fait à pied l'ascension du col du Grand-Saint-Bernard et du col de la Cisa. Le pape accorda à Foulques, comme un privilège particulier, le port de la dalmatique et des escarpins pour les fêtes solennellesCf. ..

De jusqu'au printemps 1051, de à , il sillonne l'Europe de Bénévent au sud, à Cologne au nord, à Reims à l'ouest, à Bratislava à l'est.

Ses principales luttes sont : contre l'achat ou la vente de charges ecclésiastiques (la simonie) ; contre le concubinage des prêtres (le nicolaïsme) ; les évêques ne devaient pas être des préfets de l'Empire, mais des théologiens ; le retour à des vertus « plus chrétiennes ».

Il excommunie et dépose les évêques reconnus coupables. Il convoque pendant son pontificat douze conciles. En 1050, il impose la trêve de Dieu aux seigneurs constamment en guerre les uns contre les autres.

En 1049, il tente d'interdire le mariage du duc de Normandie Guillaume le Conquérant et de Mathilde de Flandre. Cette union est entachée de consanguinité, mais le motif politique de cette décision est la crainte de l'Église de voir unies deux grandes puissances : la Flandre et la Normandie (les Normands installés à Aversa et en Apulie ayant déjà menacé la papauté). Le mariage a bien lieu en 1050.