, ou Les Silences du désir au Québec (), est un film romantique réalisé par Wong Kar-wai et sorti en 2000, produit en France et à Hong Kong. Le titre original du film est celui d'une chanson sentimentale que les protagonistes entendent à la radio, ce qui constituera un tournant de leur relation. Il peut être traduit par .

Synopsis Hong Kong, colonie britannique, 1962. , journaliste, et , secrétaire dans une société de livraisons, louent des appartements voisins. Leurs conjoints respectifs travaillent beaucoup et les laissent souvent seuls. De plus, la présence chaleureuse mais étouffante de la propriétaire de , , et de leurs voisins bruyants et amateurs de mah-jong, les force à souvent rester seuls chez eux. et , au début simplement courtois l'un envers l'autre, commencent à tisser des liens plus forts quand ils se rendent compte à travers deux indices discrets mais sans appel que leurs deux conjoints ont entre eux une liaison amoureuse.

, qui cherche un dérivatif à sa peine, reprend un ancien projet de rédaction de roman de chevalerie et invite à participer à son écriture. Le projet avance au point que le roman est publié dans la presse avec succès, mais en dépit de leurs précautions, le temps qu'ils passent ensemble attise la curiosité de leurs voisins : loue alors une chambre d'hôtel, afin qu'ils puissent travailler tranquillement. L'énigme que représente à leurs yeux la liaison de leurs conjoints les rapproche au point qu'ils tombent à leur tour amoureux, tout en s'efforçant de résister à la tentation de « se comporter comme eux ». Quand choisit de saisir une opportunité de s'installer à Singapour, « pour changer d'air et fuir les commérages - même s'ils sont dépourvus de fondements - », il avoue à son amour et l'impossibilité de la côtoyer quand son mari sera de retour. À sa demande, ils organisent une répétition pour se préparer à leurs adieux. N'y tenant plus, elle s'effondre en pleurs et décide de passer une nuit avec lui. Mais peu de temps après la radio diffuse, parmi les messages d'auditeurs, un vœu d'anniversaire de son époux accompagné d'une chanson sentimentale intitulée Les années fleurs. Quand au téléphone lui demandera « S'il y avait un second billet pour Singapour, partiriez-vous avec moi ? », il apparaît qu'elle refuse car désormais, on ne les verra plus jamais ensemble. Mais ils vont passer un long moment à se rechercher mutuellement sans parvenir à oser se rejoindre.

Un an plus tard, travaille pour une rédaction singapourienne. Quelqu'un appelle à son hôtel en son absence mais ne laisse aucun message et il constate que sa chambre d'hôtel a été visitée en dépit des dénégations du concierge. Dans son cendrier, il trouve une cigarette marquée de rouge à lèvres : il réalise que lui a rendu visite. Un flashback montre celle-ci errer dans sa chambre en son absence, y fumer une cigarette, chausser ses mules. Un peu plus tard encore, elle l'appelle à son journal, mais ne peut se résoudre à parler lorsqu'il décroche. Lors d'un dîner avec son meilleur ami, raconte qu'autrefois, selon la légende, lorsque quelqu'un avait un secret à préserver, il gravissait une montagne, faisait un trou dans un arbre, y murmurait son secret et le recouvrait de terre pour le sceller à jamais.

Trois ans plus tard, rend visite à , qui s'apprête à rejoindre sa fille aux États-Unis car les temps changent, il y a des troubles et toutes leurs connaissances sont parties. Mme Suen va peut-être s'installer définitivement aux États-Unis mais répugne à vendre son appartement et préfèrerait le mettre en location. envisage la possibilité de le louer. Toutes deux regrettent les merveilleux moments d'avant. Quelque temps plus tard, c'est qui rend visite à ses anciens propriétaires, mais ils ont vendu et ont émigré aux Philippines. Demandant au nouveau propriétaire des nouvelles de Mme Suen, il apprend qu'elle est partie et qu'une jeune femme et son fils se sont installés à sa place. , quittant le lieu, hésite à frapper à la porte, mais choisit de s'en aller sans savoir que c'est avec son très jeune enfant qui y habitent.

On retrouve M. Chow à Siem Reap, au Cambodge, lors de la visite du général de Gaulle. Il se rend au temple d'Angkor Vat. Au milieu des ruines colossales, il murmure longuement dans une petite cavité d'une paroi moussue et scelle son secret d'un bouchon d'herbes avant de partir.

Intertitre de fermeture L'intertitre suivant conclut le film :

Fiche technique Titre français : Titre québécois : Les Silences du désir Titre original cantonais : ; jyutping : Titre mandarin : Réalisation : Wong Kar-wai Scénario : Wong Kar-wai, d'après Duidao (Tête-bêche, 1972), de Liu Yichang Musique : Shigeru Umebayashi et Michael Galasso Décors : Costumes : Photographie : Christopher Doyle et Mark Lee Ping-bin Montage : Production : Wong Kar-wai Sociétés de production : (HK) ; Paradis Films (Paris) Société de distribution : Océan Films Pays de production : - Langues originales : cantonais - wu - français Format : couleurs - 1,66:1 - Dolby Surround - Genre : drame romantique Durée : Dates de sortie : France : (Festival de Cannes), (sortie nationale), (reprise en version restaurée 4K) Canada : (Festival de Toronto), (sortie nationale) Hong Kong : Belgique :

Distribution Maggie Cheung : Tony Leung Chiu-wai : : Ah Ping Rebecca Pan : Kelly Lai Chen : Roy Cheung : (voix) : (voix)

Chin Tsi-ang : Amah

Production

Le réalisateur avait deux projets de scénarios, l'un où les deux personnages devenaient effectivement amants à la fin du film et l'autre, qui est la version visible, où rien n'est dit explicitement. Comme toutes les scènes de fin ont été tournées avant les scènes de début, les acteurs ne savaient pas en tournant celles-ci la conclusion qui serait retenue au montage. Ce point augmente donc l'ambiguïté de leurs attitudes et les rapproche du monde réel où personne ne connaît son destin avec certitude.

Bien que la caméra et le décor confinent et dans l'espace inévitablement étroit des appartements et des bureaux de Hong Kong, la date de 1962 correspond aux émeutes fomentées dans la colonie par la Chine contre les autorités britanniques de tutelle. C'est un moment de crise pour le territoire, soumis à deux autorités extérieures et qui mettent en question son identité et son devenir.

Le maquillage et la coiffure de Maggie Cheung prenaient une moyenne de cinq heures de préparation par jour.

La dernière partie du film se passe à Angkor. Elle commence par un bref document en français montrant l'arrivée du général de Gaulle à Phnom Penh en et sa réception par le Prince Norodom Sihanouk juste avant le discours de Phnom Penh.

Le titre du film en cantonais () ne signifie pas (« D'humeur amoureuse »), mais bien « Le temps des fleurs », qui est le titre d'une chanson de Zhou Xuan (Chow Hsuan), célèbre chanteuse de Shanghai des années trente. Dans le film, la chanson est commandée à la radio par pour l'anniversaire de son épouse. Initialement, le film devait s'intituler , mais ce titre a été abandonné en cours de tournageStudio magazine, , , .. 2046, le numéro de la chambre dans laquelle s'isole , est également le titre du film que Wong Kar-Wai a sorti en 2004.

Musique

de Shigeru Umebayashi (repris de la bande-son du film de Seijun Suzuki) Angkor Wat de Michael Galasso de Nat King Cole de Nat King Cole de Nat King Cole Hua Yang De Nian Hua de Zhou Xuan Bengawan Solo de Rebecca Pan

La chanson que l'on entend dans les bandes annonces n'est pas utilisée dans le film. Il s'agit de la version interprétée par Bryan Ferry sur son album en 1999.

Distinctions Prix d'interprétation masculine au festival de Cannes 2000 pour Tony Leung Chiu-wai, ainsi que le Prix de la Commission Supérieure Technique Prix de la meilleure actrice (Maggie Cheung) et de la meilleure photographie (Christopher Doyle), lors des 2000 Nominations pour le meilleur film, réalisateur, second rôle féminin (Rebecca Poon), scénario, acteur débutant (Ping-Lam Siu), photographie (Christopher Doyle), musique, lors des 2000 Prix du meilleur acteur (Tony Leung Chiu-wai), actrice (Maggie Cheung), direction artistique, costumes, montage (William Chang), lors des 2000 Grand Prix de l'Union de la critique de cinéma en 2001 César du meilleur film étranger en 2001 du meilleur film étranger

En , la BBC publie une liste des « films du siècle » (depuis 2000), réalisée suivant les réponses de de cinéma du monde entier. obtient la deuxième place derrière de David Lynch (2001) et devant de Paul Thomas Anderson (2007)..

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Baptiste Roux, « L'érotisme de l'impossible », Positif , Institut Lumière-Actes Sud, Paris, , , . Gilles Ciment, « Le temps des fleurs durera toujours. Postérité de », , .

Liens externes

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