LAssociation internationale des travailleurs (AIT) est le nom officiel de la Première Internationale, fondée le à Londres au Saint-Martin's Hall.

Créée principalement à l'initiative de travailleurs et de militants français, anglais, allemands et italiens, son objectif premier est de coordonner le développement du mouvement ouvrier naissant dans les pays européens récemment industrialisés.

Malgré les répressions gouvernementales, elle connaît un succès rapide et se constitue en sections nationales dans plusieurs pays dont la Suisse, la Belgique, la France, l'Allemagne et, à partir de 1867, l'Italie, l'Espagne, les Pays-Bas, l'Autriche ou les États-Unis.

En 1869, un débat divise l'AIT entre partisans de Karl Marx, dont Léo Frankel, favorables à une gestion plus centralisée de l'association et à la création de véritables partis politiques, et les antiautoritaristes radicaux réunis autour de l'anarchiste Mikhaïl Bakounine. Le débat reste contenu de 1869 à la Commune de Paris.

En 1871, la défaite de la Commune de Paris et la répression qui la suit accentue les divisions et provoque la rupture définitive entre les deux tendances. Bakounine est exclu par le congrès de La Haye en 1872. Il crée alors avec les sections anarchistes ou influencées par l'anarchisme, l'Internationale anti-autoritaire à Saint-Imier.

L'Internationale marxiste disparaît en 1876 tandis que l'Internationale anti-autoritaire disparaît en 1881. Une nouvelle Internationale marxiste est fondée en 1889, l'Internationale ouvrière.

Histoire Débuts Précurseurs L'internationalisme dans son acception moderne se place dans la continuité idéologique des mouvements révolutionnaires de 1848. À partir du milieu du , différentes organisations fortement marquées par les idéaux démocratiques et pacifistes de la bourgeoisie progressiste voient le jour.

En 1834, la Jeune Europe de Giuseppe Mazzini se veut la préfiguration d'une fédération républicaine à l'échelle européenne, mais cette entreprise d'abord politique reste attachée avant tout à un programme républicain et libéral. Si les circulations transnationales que ses membres tissent dans les exils et les proscriptions préparent sans doute les esprits à la nécessité d'une vaste organisation internationale, elle reste assez étrangère à l'identité ouvrière et anticapitaliste de l'AIT.

D'après James Guillaume, dans son ouvrage sur l'histoire de l'AIT : L’Internationale, documents et souvenirs, (1864-1878), les racines les plus anciennes préfigurant l'Association internationale des travailleurs sont : d'une part la Ligue des communistes de 1847, à laquelle participent Marx et Engels, et d'autre part l'Union des associations fraternelles dans le Paris de la Seconde République, menée par Jeanne Deroin, Pauline Roland et Louis Delbrouck« Raconter les origines lointaines de l’Association internationale des travailleurs — en remontant d’une part jusqu’à la Ligue (allemande) des communistes (Bund der Kommunisten) de 1847, d’autre part jusqu’à la Fédération ouvrière organisée à Paris en 1850 par Delbrouck, Jeanne Derouin et Pauline Roland — ne rentre pas dans le cadre que je me suis tracé. », ce sont les toutes premières lignes de l'ouvrage, in, James Guillaume, L’Internationale, documents et souvenirs, (1864-1878), t.1, Société nouvelle de librairie et d’édition, 1905.. La Ligue des communistes exprime le programme politique le plus avancé dans son Manifeste, mettant en avant la devise « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » et la communauté des prolétaires au-delà des nationalités. Tandis que l'héritage associationiste français, dont l'Union est l'expression la plus aboutie, représente la capacité autonome de la classe prolétaire à s'organiser pour construire elle-même les instruments de son émancipation, affichant comme but l'abolition du salariatRémi Gossez, La Roche-sur-Yon, impr. de l'Ouest, 1967, (http://www.persee.fr/doc/r1848_1155-8822_1967_mon_24_1 ), p. 345-351. Les échanges entre ces héritages après les échecs du Printemps des peuples, notamment parmi les proscrits de Londres, donnent naissance à des initiatives pour constituer des associations qui réunissent des représentants des différentes nationalités.

Avec une orientation socialiste marquée, l'Association internationaleArthur Lehning, De Buonarroti à Bakounine : études sur le socialisme international, Champ libre, Paris, 1977. est ainsi fondée à Londres en 1855 par des proscrits socialistes français, allemands, polonais, anglais et belges. Elle dure quatre ans mais reste embryonnaire. Elle est dissoute à la suite des dissensions de certains membres souhaitant l'abolition du comité permanentJean Maitron, Le mouvement anarchiste en France, Gallimard, coll. « Tel », 1992..

En 1867, en réaction aux menaces de guerre entre la France et la Prusse, la Ligue de la paix et de la liberté, à laquelle Victor Hugo, entre autres, a appartenu, milite pour la création des États-Unis d'Europe.

L'Association internationale des travailleurs adopte un point de vue tout différent : principalement composée de prolétaires, elle se donne pour objectif de les unir dans la lutte qu'ils mènent pour leur émancipation sociale, au-delà des divisions artificielles créées par les frontières des États-nations. La fondation de la Première Internationale marque ainsi la rupture du mouvement socialiste avec le républicanisme et constitue à ce titre une étape importante de l'histoire du socialisme.

La première Internationale est la première association à réunir un caractère de classe et d'universalité, représentées par l'affirmation « L'émancipation des travailleurs doit être l'œuvre des travailleurs eux-mêmes » et le slogan « Prolétaires de tous les pays unissez-vous ! ».

Fondation de l'AIT thumb|right|Karl Marx à l'époque de la Première Internationale. En 1862, du au , le gouvernement français envoie une délégation de cinq cent cinquante ouvriers à Londres lors de l'exposition universelle pour étudier les produits et procédés de l'industrie anglaise. Cette délégation entre alors en contact avec le Conseil londonien des syndicats. Les échanges nés de cette rencontre permettent d'organiser l'année suivante un meeting de solidarité commun en faveur de la Révolution polonaise le à Londres auquel participèrent les syndicalistes anglais (dont et George Odger) et parisiens (parmi lesquels figure Henri Tolain). Ces rencontres aboutissent à la rédaction d'une adresse des ouvriers britanniques à leurs homologues françaisAnnie Kriegel, « L'Association internationale des Travailleurs (1864-1876) », dans Jacques Droz (dir.), Histoire générale du socialisme, volume 1 (Des origines à 1875), PUF, 1972, pp. 603-634.. Celle-ci en appelle à la coopération internationale entre ouvriers, avec pour objectifs principaux de peser sur la politique étrangère des gouvernements afin de soutenir les mouvements de libération nationale et de lutter contre la mise en concurrence des travailleurs à l’échelle internationale, essentiellement contre le recrutement de main-d’œuvre étrangère pour briser les grèves ou tirer les salaires vers le bas.

Le , un congrès ouvrier européen se tient au Saint-Martin's Hall de Londres à l’initiative des ouvriers britanniques des Trade Unions. La décision y est prise de créer l'Association internationale des travailleurs (appelée plus tard « Première Internationale »), qui unit des éléments du mouvement ouvrier de divers pays.

Le meeting du Saint-Martin's Hall décide de la création d'un Comité central (Central Council). Ce dernier publie en anglais, rédigés par Karl Marx, une Adresse inauguraleElle a été écrite entre le 21 et le 27 octobre 1864. Elle est reproduite dans Jacques Freymond (dir.), La Première Internationale. Recueil de documents, Librairie Droz, Genève, 1962, volume 1, pp. 3-9. et des statuts provisoires (Provisional rules)Ces statuts ont fait l'objet de plusieurs traductions en français : une première, très défectueuse, a été effectuée dès 1864 par les militants parisiens de l'Internationale. Une seconde, en 1866, est due à Charles Longuet. Les différentes versions françaises de ces statuts, longuement détaillées par James Guillaume dans L'Internationale. Documents et souvenirs, tome premier, pp. 10-21 (Société nouvelle de Librairie et d'Édition, Paris, 1905), ne seront pas sans conséquence au moment de la scission. dans lesquels l'AIT affirme que et déclare agir .

Les éléments constitutifs de l'Internationale sont au départ très hétérogènesJacques Freymond (dir.), La Première Internationale. Recueil de documents, Librairie Droz, Genève, 1962. 2 volumes, 454 et 499 p. : tout d'abord, il y a les syndicalistes anglais, réformistes, modérés, qui gèrent prudemment de riches fonds de grèves. Ils travaillent à l'amélioration des conditions de vie de la classe ouvrière mais font peu référence au socialisme. L'Association internationale les intéresse sur un plan corporatif si elle parvient à empêcher l'introduction en Grande-Bretagne d'ouvriers du continent venant briser les grèves ou faire tendre les salaires à la baisse ; côté français, les militants qui participent à la naissance de l'AIT sont davantage issus du monde de l'artisanat que du prolétariat moderne. Ils sont fortement influencés par Proudhon. Ils représentent un mouvement ouvrier qui renaît depuis peu grâce à la libéralisation de l'Empire : la loi du vient de supprimer le délit de coalition en vigueur depuis la Révolution française (loi Le Chapelier du ) et Napoléon III n'oppose aucun obstacle aux prémices de l'Internationale ; de nombreux représentants de la démocratie « à la mode de 1848 », à commencer par les mazziniens, sympathisent avec la cause de l'Internationale et y adhèrent.

Congrès de Genève (1866) vignette|Participants au premier congrès de l'Alliance Internationale des Travailleurs à Genève du 3 au 8 septembre 1866 à la brasserie Treiber. La photographie est issue d'un photomontage.

Le premier congrès de l'Association internationale des travailleurs, d'après ses statuts provisoires, devait se tenir en Belgique en 1865James Guillaume, L'Internationale. Documents et souvenirs, Société nouvelle de Librairie et d'Édition, Paris, 1905, 4 tomes. Reprint en deux volumes, Éditions Gérard Lebovici, 1985.. Mais le Conseil général estime que la tenue d'un congrès en 1865 serait prématurée, d'autant plus que la Belgique vient de voter une loi contre les étrangers qui risque de compromettre l'accueil des délégués. Une simple conférence se réunit à Londres du 25 au . Celle-ci décide que le premier congrès se tiendra à Genève au printemps. À la demande des Genevois, il est repoussé à l'automne et se tient du 3 au .

Naissance de la section de l'Internationale russe à Genève et premières tensions entre Bakounine et marxistes

vignette|Drapeau de la section genevoise de l'Association internationale des travailleurs (1868) offert par les femmes de l'association avec l'inscription «pas de devoirs sans droits, pas de droits sans devoirs». vignette|Drapeau genevois de l'Association Internationale des travailleurs en 1864.