Marcel, Arsène, Petit, né le à Civray-sur-Esves (Indre-et-Loire) et mort le à Juan-les-Pins, est un vétérinaire Français, professeur d'anatomie à l'École nationale vétérinaire de Toulouse, directeur de cette école de 1941 à 1945. Engagé dans la Résistance, il fut arrêté par la Gestapo, emprisonné à Fresnes et déporté, de 1943 à 1945, à Buchenwald puis surtout à Dora où il se distingua par l'aide qu'il apporta à ses codétenus et par sa participation à la résistance au sein du camp. A son retour en France, il fut nommé Inspecteur général des écoles vétérinaires de 1945 à sa retraite en 1959. Il a été un acteur majeur de la construction de la nouvelle école vétérinaire de Toulouse.

Origines familiales et formation Marcel Petit est le fils de Pierre Petit (1861-1925) et de Mélanie Desbrousses (1864-1930), d'une famille protestante originaire du Limousin. Ses parents se sont fixés à Civray-sur-Esves quand son père y a été nommé instituteur. Très pratiquants, ils seront heurtés par la décision de leur fils, à son retour de guerre, de renoncer à la pratique religieuse. Il avait une sœur aînée et un frère cadetJacqueline Ballossier, fille de Marcel Petit. Communications verbales personnelles lors d'entretiens, le 24 septembre 2019 et le 7 octobre 2019, à Toulouse.

Ainsi que l'écrivit Robert Barone : « Il allait faire montre d'une personnalité aussi forte que sa vitalité ».

Il est scolarisé au Lycée Descartes de Tours, comme interne boursier. En 1906, il obtient le baccalauréat mathématiques élémentaires. Reçu au concours d'admission des Écoles nationales vétérinaires en 1907, il intègre l'École nationale vétérinaire d'Alfort où il devient major de sa promotion. Au cours de sa scolarité, il fréquentera le laboratoire de Ramon où il s’initiera aux techniques de microbiologie. Il en sort diplômé et lauréat en 1911.

Lors de la Crue de la Seine de 1910, sa participation aux opérations de sauvetage en barque des habitants de Maisons-Alfort lui vaut, comme à d'autres étudiants de l'École vétérinaire, le mérite agricole.

De 1911 à 1913, il est incorporé à la caserne des Invalides, au Service des viandes conservées.

En 1922, il épouse Suzanne Coquot (1902 - 2004), fille du professeur Coquot, professeur de chirurgie à Alfort. Ils auront une fille et deux garçons.

Guerre de 1914-1918 Mobilisé du au , d'abord comme vétérinaire auxiliaire, puis comme vétérinaire aide major à partir de , il sert dans la Division de marche du Maroc, puis dans le Régiment d'artillerie. Il participe aux combats de la Marne en 1914, puis des Monts de Champagne en 1917. En , il est affecté à l'armée d'Orient, au escadron du régiment de spahis, jusqu'à sa démobilisation en . Il y guérit de la typhoïde mais rentre en France avec le paludisme.

L'enseignant d'anatomie à Alfort puis à l'ENV de Toulouse

En 1913, Marcel Petit est recruté comme chef de travaux stagiaire d'anatomie par le professeur Édouard Bourdelle arrivé l'année précédente de l'École vétérinaire de Toulouse pour occuper la chaire d'anatomie à Alfort.

Après une première coupure imposée à sa carrière par la guerre de 1914-1918, il est réintégré dans le corps enseignant de l'École d'Alfort et recruté en 1920 comme chef de travaux titulaire..

Sans tarder, il étend le champ de ses connaissances au Muséum National d'Histoire Naturelle et à la Faculté des Sciences de Paris. Après la création du Doctorat vétérinaire en 1923, il prépare une thèse de Myologie comparée qu'il soutient en 1925.

En 1926, à l'issue d'un concours, il est nommé professeur à l'École nationale vétérinaire de Lyon. où il aurait dû succéder au professeur François-Xavier Lesbre. Mais, la même année le professeur Édouard Bourdelle mute au Muséum National d'Histoire Naturelle, libérant la chaire d'anatomie d'Alfort. Clément Bressou, professeur d'anatomie à l'École vétérinaire de Toulouse, qui avait été dans son jury de concours de professeur, mute à son tour de Toulouse à Alfort., libérant la chaire de Toulouse. Marcel Petit demande aussitôt et obtient sa mutation à l'École nationale vétérinaire de Toulouse. thumb|center| Le corps professoral de l'École nationale vétérinaire de Toulouse en 1933

Malgré ses charges nouvelles, il continue de développer sa culture scientifique par l'acquisition de certificats dans différents domaines à la Faculté des sciences de Toulouse. Ses savoirs biologiques et médicaux, théoriques et pratiques, lui seront très utiles lorsqu'il les mettra en application au revier de Dora. Il prépare en outre une thèse de Doctorat d'État es Sciences sur les molaires des équidés. Fortement documentée et abondamment illustrée (206 figures et 110 tableaux), cette thèse est soutenue à Paris en 1939. Sa préparation a été l'occasion de publications sur des sujets connexes : craniométrie, mécanique masticatoire, anomalies. Il entreprend simultanément des recherches sur l'anatomie des oiseaux domestiques dont l'illustration donne libre cours à ses talents de dessinateur, mais dont la plupart resteront inédites car les évènements vont changer le cours de sa vie : la guerre, la direction de l'ENVT, la Résistance, la déportation.

Ses conceptions de l'enseignement de l'anatomie

Marcel Petit était servi par une prodigieuse mémoire qu'il mettra à profit pour rédiger son livre de souvenirs de déportation et, selon Robert Barone, professeur d'anatomie à l'École vétérinaire de Lyon, par un talent de dessinateur qui lui permettaient de développer ses cours, sans notes, craies en mains devant le tableau noir, avec une remarquable concision et une grande clarté pédagogique.

Dans son éloge de Marcel Petit, Barone écrit aussi :

On l'aura compris, Robert Barone, qui régna sur l'anatomie vétérinaire en tant qu'auteur d'ouvrages de référence, déclare partager les conceptions de Marcel Petit. Or Barone défendait une conception didactique et fonctionnelle de l'enseignement de l'anatomie par appareil en relation avec la physiologie, contre l'anatomie régionale chère aux anatomistes de l'école dite toulousaine (Montané, Bourdelle et Bressou)

Il est intéressant de souligner une autre proximité entre les deux hommes, Petit et Barone ont été des éclaireurs de France et se sont engagés physiquement dans des opérations d'assistance à des personnes en difficulté.

Éclaireur de France Son engagement dans les Éclaireurs de France est le résultat de circonstances. Ses trois enfants avaient intégré les premiers les Éclaireuses et les Éclaireurs, dont le siège toulousain était proche du domicile parental, 66 rue Pargaminières. Après l'interdiction de ces mouvements de jeunesse en zone occupée, leur direction dut se replier en zone sud, à Vichy. C'est dans ce contexte qu'il fut proposé à Marcel Petit d'exercer le rôle d'animateur de l'antenne régionale toulousaine.

Dans la préface du livre de Marcel Petit, Contrainte par corps, Louis Garnier écrit : « ses responsabilités dans le scoutisme lui avaient permis de rencontrer Lucien Fayman dont il avait deviné l'activité au sein de la Résistance ». Lucien Fayman (1916-2007), juif, engagé initialement dans les Éclaireurs de France. avait décidé de rallier les éclaireurs israélites, dans une affirmation de solidarité et de résistance, après la promulgation des lois antijuives de Vichy. Cette résistance morale à des lois iniques les amena à la Résistance contre l'occupation nazie, au sein du réseau PRUNUS, dans lequel Lucien Fayman s'était le premier engagé.

Le Directeur d'école vétérinaire résistant En 1941, Marcel Petit est appelé à la direction de l'ENVT en tant que directeur-professeur où il succède à Martin, professeur de parasitologie, tout en continuant à exercer son enseignement de professeur d'anatomie, comme c'est resté le cas dans les écoles vétérinaires jusque dans les années 1990. Proposé par le conseil des professeurs de l'École vétérinaire, il fut retenu par l'autorité de tutelle, le ministère de l'agriculture replié à Vichy en 1941.

Selon Barone :

Dès sa nomination, en 1941, les sanctions qu'il prononce à l'encontre d'étudiants qui ont agressé des commerçants juifs en ville, l'exclusion même de l'un d'eux, collaborateur affiché, au motif d'insuffisance de résultats scolaires, lui valent des convocations et des rappels à l'ordre exercés par le Commissariat aux questions juives créé en . La pression s'accroît après le , quand la zone libre est envahie par les Allemands à la suite du débarquement allié en Afrique du Nord et prend le nom de « zone sud ». Toulouse est occupée par les Allemands. Marcel Petit fournit de faux papiers pour aider des étudiants, on lira à ce sujet le témoignage de Strohl, diplômé de l'ENVT en 1943, sur l'arrestation de Marcel Petit « Je savais notamment que Petit fabriquait de fausses cartes d’identité, puisqu’il m’en avait donné une, pour le cas où...»., et il collecte des informations qui remontent par le réseau. Au sein de l'École, il bénéficie du soutien de collègues et amis tels Pierre Pons, professeur de zootechnie et président du Stade toulousain, Lasserre, professeur de chirurgie, mais il doit tenir compte aussi d'opposants internes qui deviennent dangereux avec l'Occupation, en même temps que s'alourdit la chape de Vichy. Il en taira toujours les noms et il n'y fera référence qu'une seule fois dans les premières pages de son livre Contrainte par corps lorsqu'il l'évoque en ces termes :

Les activités de résistant Le réseau PRUNUS est l'un des réseaux du Special Operations Executive (SOE) britannique dont la section F (pour France) est dirigée par le colonel Maurice Buckmaster. Ce réseau est animé par un jeune lieutenant anglais du SOE, Martin Perkins (Eugène, Gérard), mais binational en fait car né en France de mère française. Envoyé pour étudier l'évolution de l'opinion publique en France, il préfère y créer un réseau de renseignements et de sabotages, en même temps que d'organisation de parachutages d'armes et de sauvetage d'aviateurs anglais.

On a vu que Marcel Petit (Mercier) a été introduit dans le réseau par Lucien Fayman. Paul Dupin , son fidèle secrétaire général de l'École vétérinaire, y est associé. Cette complicité fut le fruit du hasard car Petit ne soupçonnait pas que Dupin puisse être un sympathisant de la Résistance. Or un jour, Marcel Petit le surprit tirant des tracts à la ronéo. À partir de ce jour-là, leur collaboration fut très étroite et Dupin servit les projets de Petit. Leurs bureaux et les greniers de l'École vétérinaire sont des lieux de transit d'armes et d'explosifs. Petit est le membre du réseau le plus âgé, il a 55 ans en 1943 quand le chef du réseau, Eugène ou Gérard, en a 22. Marcel Petit ne découvrira son identité véritable, Maurice Pertschuk, qu'en 1945, à Londres où il sera convoqué pour l'enquête menée par les services britanniques sur la destruction du réseau Prunus. Lorsque Marcel Petit cite son nom, on perçoit, même exprimées très sobrement, la confiance et l'estime qu'il lui porte comme à d'autres membres du réseau.

Dans son livre Marcel Petit s'étend très peu sur son activité de résistant, car ce n'est que le prologue introductif au récit de ses années en camp de concentration.

Le projet sur lequel travaille Marcel Petit en est un sabotage d'envergure du réseau électrique via la destruction de deux douzaines de pylônes électriques sur des lignes à haute tension. C'est un tout autre projet que lui présente Gérard : le sabotage de la Poudrerie de Toulouse. Un agent, Bobby, chef d'équipe à la Poudrerie, est déjà en place. Marcel Petit énumère les difficultés de l'opération et se rallie. Londres a donné son accord au projet qui lui a été présenté par un agent accrédité par le bureau suisse du Secret Intelligence Service, François Hitter, lequel a établi un contact avec Bobby. Il écrit :

L'arrestation thumb|Ancien siège de la Gestapo à Toulouse, « Hautes grilles et jardins isolent le luxueux hôtel où s'est installée la Gestapo. Demeure mystérieuse qu'évitent les passants, d'où rien ne transpire sinon la terreur ».