L’uniformologie est un domaine de recherches historiques qui étudie les uniformes et effets militaires à travers les âges et les civilisations. Il a pour principaux sujets d'étude les effets vestimentaires, chaussures et coiffures militaires, l'équipement individuel, les insignes d'unités et de grades ou encore les décorations militaires mais se consacre également à celle des uniformes d'institutions civiles ou para-militaires (police, pompiers, chemins de fer, etc.)Voir p.ex. l'ouvrage ou Le Chêne et le Laurier, site consacré à l'uniformologie préfectorale..
Cette étude englobe aussi les tenues et l'équipement portés par les combattants des civilisations antiques ou le vêtement, les ornements guerriers ou les peintures et tatouages de guerre de combattants indigènes rencontrés au cours des guerres coloniales.
Sa démarche est assez proche de celle de l'héraldique. Les premiers matériaux d'étude de l'uniformologie sont bien entendu les pièces « archéologiques » et les « antiquités », ces termes ne s'appliquant pas restrictivement ici aux seules pièces de fouilles mais à tout objet militaire ancien retrouvé ou conservé par des collectionneurs privés ou des musées, voire stockés par une force armée dans ses arsenaux et dépôts. Les illustrations d'époque constituent une précieuse source d'informations iconographiques que viennent compléter les chroniques, mémoires ou récits. L'invention de l'intendance et de son administration (au pour les armées européennes), puis celle de la photographie ont aussi permis la constitution d'un ensemble d'archives très précieuses dans ce domaine de recherche.
Même s'il y eut bien avant cela déjà un certain goût pour l'iconographie militaire (voir les livres d'heures médiévaux ou les cahiers napoléoniens illustrés du Bourgeois de Hambourg), ce n'est que dans la seconde moitié du que l'engouement pour l'étude des uniformes (anciens ou « contemporains ») débuta réellement, dans la foulée de la médiévaliste lancée par Viollet-le-Duc. Les premiers ouvrages dans ce domaine sont d'ailleurs assez proches dans leur style et leur présentation (albums illustrés) du travail du grand illustrateur français du Moyen Âge.
Cet engouement n'était pas totalement innocent sur le plan politique puisque l'uniformologie était aussi un moyen d'exalter les sentiments patriotiques. Les débuts de l'uniformologie française — en particulier napoléonienne — après la défaite de 1871 est à cet égard symptomatique. L'on vit ainsi se multiplier les séries de chromos, les successeurs de l'image d'Épinal — certains d'une grande rigueur historique — à l'usage éducatif et patriotique de la jeunesse. Ces pièces, qui n'étaient littéralement au départ qu'un « jeu d'enfant », sont depuis devenues des collectors pour les passionnés.
Les précurseurs (du Moyen Âge à la Révolution française)
Les Livres d'heures du Moyen Âge Le Livre d'heures est un livre de prières illustré à l’usage des fidèles laïques, objet marquant la condition sociale tout autant que la dévotion de son propriétaire. Unique et personnalisé, c'est tout autant un objet dévotionnel, très répandu dans les pays de l’Europe septentrionale à partir du et jusqu’à l’époque moderne (mais plus rare dans les pays de l’Europe méridionale), qu'un signe extérieur de richesse sans réelle prétention littéraire ou culturelle. Les grands seigneurs de guerre du Moyen Âge en firent volontiers un instrument de propagande de leur propre gloire en les rehaussant d'armoiries et d'enluminures les représentant en armes dans une scène biblique « historique » (le siège de Jéricho par exemple). C'est notamment le cas du plus emblématique de ces ouvrages, Les Très Riches Heures du duc de Berry. Avec l'invention de l'imprimerie et les perfectionnements techniques de la xylographie, le livre devenait ainsi, mais sans aucune prétention à ce titre, une vecteur de l'uniformologie du Moyen Âge et de la Renaissance.
Les premiers essais d'uniformologie raisonnée à la fin du et au début du La Révolution française de 1789 fut à l'origine d'un embrasement quasi planétaire qui pourrait véritablement être considéré comme la « Première Guerre mondiale » bien avant celle de 1914. Ce conflit et les guerres napoléoniennes qui lui succédèrent suscitèrent les premières publications uniformologiques, précurseurs des contemporains, c'est-à-dire des manuels ou albums des uniformes des différents belligérants destinés à en faciliter l'identification. L'uniformologie n'étant pas encore une « science exacte », une certaine fantaisie « exotique » caractérise souvent ces premiers ouvrages, à la manière des images d'Épinal qui leur sont d'ailleurs contemporaines et qui abordèrent elles aussi les sujets uniformologiques républicains et napoléoniens. Parmi ces premiers recueils — parfois anonymes et presque exclusivement d'origine allemande — figurent : le Manuscrit du Bourgeois de Hambourgsurnom de Christian ou Christophe Sühr ou Sührer, les historiens restant partagés sur son patronyme exact. Voir p.ex. Rigo Les Hollandais du Roi Louis, revue Uniformes sept/oct 1982, .; le Manuscrit Weiland (titre original : Characteristische Darstellung der K.K. Französichen armee und ihrer Allieerten in Jahre 1807). Carl Friedrich Weiland, officier de l'armée wurtembergeoise, passa au service du royaume de Prusse en qualité de lieutenant d'artillerie. Il démissionna de son poste après le désastre militaire de Iéna. Il est l'auteur d'une suite naïve, mais très documentée, sur les uniformes de l'armée française et de ses alliés en 1806-1807 ; le Manuscrit de Zimmerman (1807-1808)Ces documents ont fait l'objet de rééditions dans trois Hors-Série (nos 4,5 & 6) de la revue Tradition Magazine..
Une série d'illustrations attribuée au Néerlandais C.R. Coopman était déjà parue en 1787 pendant la guerre des Patriotes aux Provinces-Unies, qui à l'époque englobaient les actuels Pays-Bas et Belgique.
Peintres militaires ( et première moitié du )
thumb|Le peintre français Édouard Detaille. left|thumb|upright|Lanciers polonais du de chevau-légers lanciers. Illustration de Carle Vernet pour le Règlement de 1812 des uniformes de l'Armée impériale.
La peinture militaire est une peinture de genre qui appartient au domaine de la peinture historique. Jusqu'à la fin du , elle ne constituait pas particulièrement un genre de peinture démarqué, le thème militaire n'étant évoqué que dans des tableaux de commande des souverains, œuvres réalisées à leur gloire.
France C'est le consul Napoléon Bonaparte qui, en France, lance véritablement le genre — pour les mêmes motifs — à l'issue de ses campagnes d'Italie et d'Égypte, Antoine-Jean Gros étant le peintre officiel des scènes de bataille du Consulat puis du Premier Empire. Carle Vernet, autre peintre de bataille de l'époque, illustre les planches du Règlement de 1812 des uniformes de l'Armée impériale. Par la suite, la peinture militaire française est dominée par les noms d'Horace Vernet sous la monarchie de Juillet et de Jean-Louis-Ernest Meissonier sous le Second Empire. Alphonse de Neuville (1836-1885), peintre des défaites de la guerre de 1870, mais aussi Jean-Charles Langlois et Édouard Detaille introduisent l'uniformologie dans la peinture, par leur souci du détail rigoureux et l'abandon des grandes fresques pour des scènes de détail retraçant des incidents de la bataille.
Précis, manuels et albums d'uniformologie (seconde moitié du )
Richard Knötel peut sans conteste être considéré comme le père de l'uniformologie puisqu'il est l'un des tout premiers à avoir publié des ouvrages illustrés spécifiquement consacrés à ce domaine de la recherche historique, à la suite de ses propres travaux « archéologiques » menés avec la plus grande rigueur scientifique. Le terme d’uniformologie est lui-même dérivé du titre de ses ouvrages, Uniformenkunde pouvant être littéralement traduit par art/savoir/science des uniformes. Knötel reste encore une référence pour les auteurs et chercheurs du , les rares erreurs relevées dans ses planches restant marginales et mineuresRichard Knötel : Uniformkunde : Lose Blätter zur Entwicklung der militärischen Tracht, Rathenow 1890 .. Études uniformologiques en France
En France, paraissait dès 1862 le Dictionnaire des armées de terre et de mer, encyclopédie militaire et maritime (2 volumes, 1862-1864) d'Adolphe de Chesnel, ouvrage rehaussé de gravures de très bonne facture qui constituent une des premières tentatives d'étude uniformologie en France avec les lithographies de son contemporain Hippolyte Bellangé.
Parmi les grandes figures de l'uniformologie en France, on peut encore citer : l'illustrateur Job ; le lieutenant-colonel V. Belhomme, avec son Histoire de l'Infanterie en France (5 volumes ; Paris, 1893-1902) ; Louis Fallou, dont l'ouvrage La Garde Impériale 1804-1815, publié pour la première fois en 1901 et riche de plus de en noir et blanc, reste jusqu'à ce jour une des meilleures études uniformologiques de la Garde impériale du Premier Empire ; le commandant Eugène Louis Bucquoy et sa collection de cartes postales, commencée en 1908 et comptant quelque ; Lucien Rousselot (1900-1992), peintre titulaire de l’armée française et illustrateur ; Eugène Leliepvre (1908-2013), peintre des Armées et illustrateur. le Docteur Constant Lienhart (1850-19..) et René Humbert, qui éditent en 1897 chez Ruhl, "Les Uniformes de l'armée française depuis 1690 jusqu'à nos jours."
Études uniformologiques en Europe
En Italie, Quinto Cenni (1845-1917) publie de très nombreuses planches sur les armées de son pays.
Parmi les élèves, héritiers spirituels et successeurs européens des pionniers pré-cités, on pourra encore évoquer : Herbert Knötel (1893-1963), fils de Richard Knötel, qui poursuivit avec succès et talent le travail de son père, en l'assistant d'abord dans son gigantesque travail de recherche avant de devenir à son tour une référence en matière d'illustrations uniformologiques napoléoniennes ; les époux belges Liliane et Fred Funcken avec leurs séries d'études : + Le Costume et les Armes des soldats de tous les temps (2 tomes), + Le Costume et les Armes du Moyen Âge (id.), + L'Uniforme et les Armes des soldats de la guerre en dentelle () (id.), + L'Uniforme et les Armes des soldats du Premier Empire (id.), + L'Uniforme et les Armes des soldats du (id.), + L'Uniforme et les Armes des soldats de la guerre 1914-1918 (id.), + L'Uniforme et les Armes des soldats de la guerre 1940-1945 (3 tomes), + L'Uniforme et les Armes des soldats des États-Unis (2 tomes), ouvrages dans lesquels les auteurs font clairement référence aux travaux de leurs prédécesseurs cités supra.
Uniformologie et illustration uniformologique contemporaines
La photographie est devenue le principal instrument de l'illustration uniformologique contemporaine, qu'il s'agisse d'études photographiques détaillées de pièces de collections, d'exploitation d'archives photographiques privées ou publiques ou de reportages de guerre dans les zones d'opérations.
Le travail du correspondant de guerre français Yves Debay, publié notamment dans des revues spécialisées dans le domaine militaire comme Raids ou Assaut, est particulièrement représentatif de cette nouvelle technique iconographique dans le domaine de l'uniformologie.
L'infographie est également devenue un outil pour la réalisation de planches et d'illustrations de facture plus « traditionnelle » dans leur présentation (étude de détails p.ex.).
L'imagerie numérique permet quant à elle des reconstitutions tridimensionnelles à l'instar des mannequins des musées.
Autres supports de l'illustration uniformologique Chromos Dans les années 1850, la révolution industrielle engendre de nouveaux produits de grande consommation qui font appel à la publicité pour conquérir les marchés naissants. C'est le cas notamment de l'extrait de viande, du lait concentré, du chocolat, de la chicorée, des cigarettes et de beaucoup d'autres.