thumb|Karl Marx et Friedrich Engels, penseurs du socialisme scientifique et de la conception matérialiste de l'histoire.
Le marxisme est un courant de pensée politique, philosophique, sociologique, historique, ethnologique, anthropologique et économique fondé grandement sur les idées de Karl Marx originellement, et d'une certaine mesure également de Friedrich Engels.
Politiquement, le marxisme repose sur la participation au mouvement réel de la lutte des classes, afin de parvenir à une société sans classes sociales, sans salariat, sans exploitation, qui soit démocratique, sans États et basée sur la propriété collective et démocratique des moyens de production en tant qu'étape succédant au capitalisme et à l'économie de marché : le communisme. Une société communiste pouvant se résumer à cet adage : « De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins », et également une société qui pourra bâtir « une association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous ». Également, le marxisme met en avant l'internationalisme afin de mener à bien la lutte révolutionnaire pour l'avènement du communisme, notamment exprimé via le slogan : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! ». Cet internationalisme s'accompagne également ainsi d'une lutte anti-impérialiste et anti-coloniale.
En effet, Karl Marx considère que , donc que c'est par l'action collective que l'organisation économique et sociale peut et doit être changée. L'un des exemples manifeste de cette auto-organisation ayant notamment été les tentatives d'instauration de « conseils de travailleurs » révolutionnaires au cours du .
Le marxisme est également un courant de la philosophie et des sciences sociales souhaitant analyser avec méthode les sociétés, les différents modes de productions historiques et leurs transformations internes, et étudier l'ensemble des rapports sociaux. Marx et Engels ont notamment établi une manière d'analyser la société qui utilise une interprétation matérialiste et dialectique du processus historique, connue sous le nom de « conception matérialiste de l'histoire », pour comprendre et analyser la sphère socio-économique de la production et de la reproduction, les rapports de classes, les forces productives, les conflits sociaux, les luttes de classes, les idéologies et les « fétiches » sociaux aliénants (le cas du « fétichisme de la marchandise » sous la société capitaliste par exemple).
Plus particulièrement, le marxisme est une école connue pour sa critique du mode de production capitaliste. Dans son ouvrage majeur Le Capital, Karl Marx établit une critique immanente, scientifique et dialectique du capitalisme, aboutissant ainsi à l'idée que ce mode de production est pétri de contradictions internes (pouvant notamment amener finalement à sa propre perte). L'ouvrage de Marx explore et décrit différents concepts et notions, tels que la théorie de la valeur, le fétichisme de la marchandise et de la monnaie, le cycle monnaie-marchandise-monnaie, la plus-value (ou "survaleur"), l'exploitation, les classes sociales, l'historicité du mode de production capitaliste (notamment en décrivant l'accumulation primitive du capital), la colonisation, la baisse tendancielle du taux de profit, les crises de surproduction etc.
La pensée communiste, philosophique et révolutionnaire de Karl Marx Marx et le communisme vignette|Le drapeau rouge est le principal symbole du socialisme et du communisme à leur commencement. Karl Marx a abordé à la fois la philosophie, la sociologie, l’analyse économique et une critique immanente du capitalisme dans le cadre du matérialisme et de la science. Il a appliqué, toujours dans le cadre matérialiste, une analyse critique des pensées de Pierre-Joseph Proudhon, Hegel, Ludwig Feuerbach, etc. Il a donc construit une nouvelle conception d'étude des sociétés que l'on nomme conception matérialiste de l'histoire.
Dans le cadre éthique, il milite pour le projet révolutionnaire communiste, c'est-à-dire une société débarrassée du salariat, du capitalisme, des classes sociales, des États, et des frontières.
Dans le cadre de la Ligue des communistes, Engels, Wilhelm Wolff, Marx et quelques autres y visaient à soumettre ; ils y établissaient que . Ils y exposaient enfin Herr Vogt, Costes, 1928, ..
Ainsi dans les Manuscrits de 1844, Marx écrit : Critique de l'économie politique (1844), (trad. Kostas Papaïoannou), éd. Allia, 2007, partie 3. Communisme et socialisme, chap. XVII. Communisme et socialisme 2. Athéisme, communisme, socialisme, p. 167.. En 1845, dans L'Idéologie allemande, pour Marx et Engels, . Ils appellent L'Idéologie allemande, éd. La Pléiade, Œuvres, 1845, t. 3, p. 1 067.. Egalement, Marx dit ceci : « En réalité, pour le matérialiste pratique, c'est-à-dire pour le communiste, il s'agit de révolutionner le monde existant, d'attaquer et de transformer pratiquement l'état des choses qu'il a trouvé. »
En 1847, Engels définit ce mouvement réel dans le premier des Principes du communisme, : .
Dans le Manifeste du parti communiste en 1848, Marx et Engels remarquent que , condition de la libération du prolétariat. Par conséquent : ..
En 1875, Marx indique dans un de ses derniers textes (la critique du Programme de Gotha) sa vision du communisme :
Le communisme de Marx et Engels n'est pas un « égalitarisme » Le communisme selon Marx et Engels s'éloigne de certains courants et d'une certaine conception du socialisme dit « utopique » dans le sens où le but de ce nouveau mode de production socialiste et communiste n'est pas d'envisager une forme d'égalité sociale totale en soit ou une forme d'égalitarisme abstrait. Le communisme ne mettra pas fin totalement à certaines « inégalités ». Le but du communisme est de tendre vers une société sans classes où l'on puisse satisfaire les besoins de chacun selon le fameux adage : « De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins ».
Friedrich Engels précise ceci dans une lettre à August Bebel en , où il critique cette conception "égalitariste" qui est notamment fortement influencée originellement par une conception française du socialisme. La société communiste n'est pas « l'Empire de l'égalité » : L'expression « destruction de toute inégalité sociale et politique » au lieu de « abolition de toutes les différences de classes » est également très suspecte. D'un pays à l'autre, d'une province à l'autre, voire d'un endroit à l'autre, il y aura toujours une certaine inégalité dans les conditions d'existence, inégalité que l'on pourra bien réduire au minimum, mais non faire disparaître complètement. Les habitants des Alpes auront toujours d'autres conditions de vie que les habitants des plaines. Se représenter la société socialiste comme l'Empire de l'égalité est une conception française trop étroite et qui s'appuie sur la vieille devise Liberté, Égalité, Fraternité, conception qui, en ses temps et lieu, a eu sa raison d'être parce qu'elle répondait à une phase d'évolution, mais qui, comme toutes les conceptions trop étroites des écoles socialistes qui nous ont précédés, devrait à présent être dépassée, puisqu'elle ne crée que de la confusion dans les esprits et qu'elle a été remplacée par des conceptions plus précises et répondant mieux aux réalités.La réflexion autour de la liberté individuelle est également présente au sein de la pensée communiste de Marx, notamment dans le Manifeste communiste où le but du communisme est d'aboutir à une forme d'association « où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous ».
Le « marxisme » de Marx Karl Marx et Friedrich Engels voulaient que l'on ne parle pas de marxisme, mais de « socialisme rationaliste critique »Georges Haupt, « De Marx au marxisme », L'Historien et le Mouvement social, La Découverte, 1980, . ou de Noëlle Castagnez-Ruggiu, Histoire des idées socialistes, La Découverte, coll. Repères 223, 1997, . ou encore de id., . pour la doctrine de la science pour éviter qu'on attribue à sa personne ce qui est le patrimoine théorique du prolétariat. Karl Marx avait également déconseillé, par exemple dans sa lettre à Hyndman le , que l'on se réfère à son nom (et à son livre Le Capital) dans le programme du nouveau parti socialiste anglais. Marx était également très critique vis-à-vis du culte de la personnalité en général.
Marx lui-même à plusieurs reprises, dans les dernières années de sa vie, dit à Paul Lafargue : , marquant sa volonté de se démarquer du « marxisme » proclamé par le Parti ouvrier français naissant. En effet, . C'est dans ce contexte que René Bidouze, Lissagaray, la plume et l'épée, Les Éditions ouvrières, coll. La Part des hommes, 1991, aux p. 144-145., aurait prononcé cette expression. Le terme est inventé à la fin des années 1870, par des adversaires des proches de Marx (les guesdistes, la social-démocratie allemande) au sein de l'Association internationale des travailleursMargaret_Manale, « Aux origines du concept de « marxisme » », Études de marxologie, octobre 1974, p. (en ligne sur le site du collectif d'édition Smolny depuis le 8 mars 2011).. L'expression apparaît textuellement pour la première fois en 1882 avec la brochure de Paul Brousse le Marxisme dans l'internationaleNoëlle Castagnez-Ruggiu, Histoire des idées socialistes, La Découverte, coll. Repères 223, 1997, .Margaret_Manale, « L’édification d’une doctrine marxiste », Études de marxologie, janvier-février 1978, (en ligne sur le site du collectif d'édition Smolny depuis le 3 avril 2011)..
La révolution socialiste comme instauration d'une démocratie nouvelle Les travailleurs devaient, selon Marx, autogérer leurs luttes. C’est un thème constant qui affleure, à intervalles, dans ses écrits et dans ses actes. Par exemple, Marx affirme en 1864 que « l’émancipation de la classe ouvrière doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ». Socialisme scientifique
vignette|215x215px|Joseph Dietzgen, tanneur et philosophe autodidacte ayant développé une pensée dialectique matérialiste indépendamment de Marx. Il était surnommé "notre philosophe" par Marx. Marx et Engels se réclamaient du « socialisme scientifique », voulant se démarquer ainsi du « socialisme utopique », notamment dans Socialisme utopique et socialisme scientifique (1880).
Le terme de « socialisme scientifique » fut aussi proclamé par un certain Joseph Dietzgen, un artisan tanneur, philosophe autodidacte et ami de Marx et Engels, et qui avait développé de manière indépendante une forme de matérialisme dialectique avant de découvrir les travaux de Marx et Engels, dont il devient plus tard partisan de ceux-ci. Auteur de L'Essence du travail intellectuel humain en 1869, Karl Marx en 1872, lors du Congrès de La Haye de la Première Internationale, surnommait Dietzgen notamment « notre philosophe ». Dietzgen fut également, et probablement, le premier à écrire et dire publiquement l'expression de « matérialisme dialectique » en 1887 pour exprimer la nouvelle philosophe matérialiste socialiste de Marx et EngelsTONY BURNS, Joseph Dietzgen and the History of Marxism, SCIENCE & SOCIETY Science & Society, Vol. 66, No. 2, Summer 2002, 202–227..
Le socialisme utopique est un nom donné a posteriori à un ensemble de courants socialistes hétérogènes (Morelly, Cabet, Owen, Fourier, Saint-simon). Les points communs entre ces socialismes sont l'absence d'une analyse scientifique et matérialiste du capitalisme et la mise en avant de « sociétés idéales » qui ne s'appuient pas sur le mouvement du prolétariat concret en lutte. Charles Fourier pensait par exemple que son projet précis d'établissement de phalanstèresDenis Clerc, « « Charles Fourier : l'utopie du phalanstère » », Alternatives économiques, février 2001, p. 2. serait le meilleur moyen d'instaurer le socialisme et pour former le socle d'un nouvel État. Lutte anti-raciste et anti-esclavagiste