La bioéthique est un champ d'étude et de pratique, posant un regard critique sur les problèmes éthiques posés par les sciences, les techniques et les sociétés, forte active à l'intersection de la biologie et de médecine, et concernés par l'environnement, les écosystèmes et la Planete. Cette nouvelle façon d'approcher l'éthique est apparue en tant que « discipline ». ou champ interdisciplinaire dans le courant des années 1960, et lors d'interrogations au sujet du développement de la biomédecine et des technosciencesMarie-Hélène Parizeau, « Bioéthique », in Dictionnaire d'éthique et de philosophie morale (dir. Monique Canto-Sperber), PUF, 1996 (Quadrige, 2004), 184-190.

Définition Le terme bioéthique est un terme inventé par le cancérologue Van Rensselaer Potter dans les années 1970 et désignait « un projet d'utilisation des sciences biologiques destiné à améliorer la qualité de la vie ». Depuis, la bioéthique s'est incarnée en une réflexion sur les enjeux et retombées de la médecine et de la biologie. Ainsi, les efforts en bioéthique se sont concentrés sur la réponse aux nouvelles interrogations engendrées par le progrès scientifique (fécondation in vitro, clonage, etc.). Selon l'UNESCO :

Historique et développement Depuis 2015 sont précisément répertoriés les programmes universitaires spécialisés en bioéthique partout dans le monde, principalement aux États-Unis.. et dans les pays anglophones (voir programmes de maîtrise et de doctorat), mais aussi dans la francophonie et les pays latins.

Si les interrogations éthiques concernant la médecine ne sont pas nouvelles, la bioéthique se distingue de la déontologie médicale classique, car cette dernière constitue surtout un code éthique fondé par les médecins pour les médecins. Alors que la bioéthique, au contraire, fait intervenir une pluralité d'acteurs et de disciplines (outre les médecins, biologistes et généticiens, les philosophes, juristes, sociologues, théologiens).

On peut distinguer deux orientations principales de la bioéthique : l'une, davantage descriptive, s'appuie sur la philosophie morale, vise à éclaircir les choix éthiques et les valeurs présupposées par ceux-ci, en écartant les arguments contradictoires ; l'autre est davantage prescriptive : elle recherche les normes morales qui sont applicables aux sciences du vivant, y compris la médecine ; elle propose certaines règles et certaines postures face à d'éventuels dilemmes.

Éthique et déontologie médicales L'éthique médicale, qui remonte au serment d'Hippocrate, fait partie intégrante de l'exercice de la médecine. Toutefois, elle est formulée par les corporations, s'incarnant parfois dans des codes déontologiques quasi juridiques ; dès lors, elle relaie nécessairement les valeurs inhérentes à la recherche médicale elle-même. Au , la déontologie médicale a pris en compte l'importance croissante des droits de l'homme, les organisations internationales comme l'Association médicale mondiale (AMM) ou l'Organisation mondiale de la santé (OMS) se situant ainsi au confluent de ces deux traditions.

Cette convergence s'est concrétisée dans le Code de Nuremberg de 1947, rédigé à la suite des expérimentations perpétrées par les nazis sur des cobayes humains. Elle conduit à légitimer l'opposition et la résistance des médecins envers des pratiques autoritaires ou des États non démocratiques, par exemple dans la Déclaration de Hawaii de 1977 de l'Association mondiale de psychiatrie en matière d'internement psychiatrique pour des motifs politiquesDéclaration de Hawaï de 1977..

L'Accusation de Scofield contre l'éthique biomédicale L'essentiel de l'accusation de Scofield est résumé dans le passage cité en introduction. Il critique la "consultation en éthique médicale" comme étant "un désastre éthique" en raison du fait qu'un rapport publié par l'American Society for Bioethics and Humanities (ASBH) en 1998 n'a pas recommandé ce que Scofield estime que toute profession digne de ce nom aurait dû recommander : "accréditer officiellement les programmes qui forment les praticiens, certifier et autoriser officiellement ces praticiens, et établir un code de conduite professionnelle significatif, contraignant et applicable." De plus, Scofield affirme que, puisque le domaine n’a pas "soumis ses membres à l’autorité de la loi il y a une décennie", il n’y a aucune raison de croire en l’efficacité des efforts actuels pour développer un code de déontologie pour les éthiciens cliniques.

Émergence de la bioéthique vers les années 1960 Mais la bioéthique, en tant que domaine non réservé aux médecins, s'est développée davantage dans les années 1960–70, en conjonction avec les avancées du progrès scientifique et les questions que celui-ci posait. Le néologisme de « bioéthique » lui-même a été forgé par Van Rensselaer Potter dans Bioethics: Bridge to the Future (1971).

Les années 1960 ont vu émerger dans les pays industrialisés un certain nombre de revendications tenant aux droits et à l'autonomie de la personne, conduisant à des changements sociaux importants comme : la dépénalisation du suicide, de l'avortement, de l'homosexualité ; plus généralement la libération sexuelle ; la légalisation du divorce, de la contraception.

Certains penseurs, dont les théologiens Joseph Fletcher et Paul Ramsey par exemple, ont critiqué le paternalisme des médecins ; d'autres, tel le scientifique Henry K. Beecher, les manquements éthiques à l'égard des sujets d'expériences médicales.

Ces critiques ont été progressivement développées dans les années 1970 par les philosophes D. Callahan et D. Clouzer, la sociologue Renee Fox, ou encore le mouvement anti-psychiatrique.

En 1969, le psychiatre Willard Gaylin et le philosophe catholique Daniel Callahan fondent l' Institute of Society, Ethics and the Life Sciences, qui deviendra The Hastings Center (Article en anglais). Dès 1973, Callahan présente, dans The Hastings Center Report, la bioéthique en tant que discipline.

Un deuxième centre, le Joseph and Rose Kennedy Institute for the Study of Human Reproduction and Bioethics, qui compte un Center for Bioethics, est créé en 1971. Celui-ci publie à partir de 1977 l’Encyclopedia of Bioethics, puis à partir de 1991 le Kennedy Institute of Ethics Journal.

Pour ce journal, la bioéthique concerne non seulement l'ensemble des problèmes liés ou non aux thérapies, mais aussi les dimensions sociopolitiques des progrès biomédicaux comme la possibilité d'utiliser les techniques à des fins autres que strictement thérapeutiques. Par exemple : la sélection du sexe par diagnostic prénatal ; la PMA chez la femme ménopausée

Cela englobe l'ensemble du règne animal et végétal.

En 1979, est publié le rapport Belmont.

Trois approches de la discipline Marie-Hélène Parizeau, professeur de philosophie à l'Université Laval, distingue trois approches principales en bioéthique : le « principisme » de Tom Beauchamp et James Childress, exposé dans Principles of Biomedical Ethics (1979), qui formalise quatre principes formels (principe d'autonomie, de bienfaisance, de non-malfaisance et de justice, ou fair opportunity), l'arbitrage entre ceux-ci étant laissé aux acteurs eux-mêmes ; l'approche de Tristram Engelhardt, qui penche pour une « éthique pluraliste et séculière », refuse de donner priorité à quelque approche morale que ce soit (qu'elle soit fondée sur la raison, l'intuition ou la religion) pour laisser place à une négociation entre la pluralité des acteurs (il convient de noter que cette pensée s'exprime avant tout dans la première édition de ses Fondations of Bioethics -1986- ; la seconde, publiée après sa conversion à l'orthodoxie en 1996 prend ses distances vis-à-vis de la première édition) ; enfin le modèle casuistique et « contextualiste » développé par Albert R. Jonsen et Stephen Toulmin.

Outre ces modèles principaux, M.-H. Parizeau note aussi les approches de David Thomasma, celle des narrative ethics et enfin celle, féministe, de l'éthique de la sollicitude.

La présence plus faible de la bioéthique en tant que philosophie conduit, en France, à laisser le champ libre à d'autres discours normatifs, tels que le discours médical et scientifique, le discours religieux et le discours juridique.

Principes fondamentaux en bioéthique Les principes fondamentaux de l'éthique médicale les plus cités sont quatre: la bienfaisance, la non-malfaisance, l'autonomie et la justice.

Bienfaisance: Ce principe implique l'obligation d'agir dans l'intérêt et pour le bien du patient, en cherchant à lui procurer des bénéfices et à améliorer sa santé . Non-malfaisance: Ce principe signifie l'obligation de ne pas causer de tort au patient et de minimiser les risques de préjudice ou de dommage lors de la prise en charge médicale. Autonomie: Ce principe met en avant le respect de la capacité du patient à prendre des décisions éclairées sur sa propre santé, en garantissant son droit à l'autodétermination et au consentement éclairé. Justice : Ce principe vise à assurer l'équité dans l'accès aux soins de santé et à la prise de décisions médicales, en garantissant une distribution équitable des ressources médicales et en traitant les patients de manière juste et équitable.

Les principes de bioéthiques fournissent un cadre essentiel pour guider la pratique médicale et la recherche, mais ils peuvent parfois entrer en conflit. Par exemple, des tensions peuvent surgir entre la bienfaisance et l'autonomie lorsque les recommandations médicales entrent en conflit avec les préférences du patient. La résolution de ces conflits exige une approche équilibrée qui favorise le respect de l'autonomie du patient tout en cherchant à promouvoir son bien-être de manière éthique. En fin de compte, la prise de décision éthique dans ces situations délicates nécessite une réflexion approfondie sur les valeurs et les préférences du patient, ainsi que sur les impératifs cliniques et éthiques.

Domaines Biotechnologies appliquées à l'homme La bioéthique est devenue un sujet d'actualité, à la suite des manipulations génétiques effectuées sur les plantes alimentaires, au clonage et à l'utilisation d'embryons humains. Historiquement, elle est apparue au moment où le pouvoir fourni par la médecine est devenu plus important (maîtrise de la fécondité par les femmes grâce à la pilule contraceptive, apparition des premiers services de soins intensifs avec la possibilité, inconnue jusqu'alors, de l'acharnement thérapeutique et la difficulté inédite qu'il y avait à prendre la décision d'arrêter un traitement devenu futile). De même, l'évolution de l'attitude à l'égard de la science faisait qu'elle ne bénéficiait plus d'une aura systématiquement positive (Bombe atomique, expériences des médecins nazis). Enfin, Harry Beecher, dans un article qui fait date dans l'histoire de la bioéthique, avait dénoncé des expériences médicales moralement inacceptablesH. K. Beecher, « Ethics and Clinical Research », New England Journal of Medicine, 16 juin 1966..

Bioethics International publie un indicateur sur le niveau d’éthique des essais cliniques des compagnies pharmaceutiques.

Procréation humaine Parmi les questions préoccupant les éthiciens pour leurs enjeux nouveaux dans ce domaine, de manière non exhaustive, on peut citer : l'assistance médicale à la procréation a été l'un des premiers objets de réflexion de la bioéthique, pour son potentiel eugéniste. Ainsi, en France, le Comité consultatif national d'éthique pour les sciences de la vie et de la santé (CCNE) a été créé en 1983 après la première naissance par Fivete en 1982 ; la contraception ; l'avortement ; le don et l'usage d'éléments et produits ou sous-produits du corps humain (don de gamètes ou d’embryons ; don de sperme, don d'ovules dans le champ de la reproduction) ; la privatisation de banques d'organes ou de greffons (de sang de cordon par exemple) ; l'hypothèse d'une gestation de l’embryon humain par des espèces non humaines ; la prolongation de la durée de vie humaine