La Bible (du grec , littéralement « les livresDérivé du grec « les livres » ») est un terme générique désignant l'ensemble des textes saints du christianisme, qui incluent le Tanakh, ensemble des textes saints du judaïsme.
La Bible chrétienne, qui connaît plusieurs canons selon les époques et les confessions, se compose généralement des écrits de l'Ancien Testament (constitué par le Tanakh repris tel quel par les églises protestantes mais augmenté des livres deutérocanoniques pour les catholiques) et des écrits du Nouveau Testament. Celui-ci est généralement constitué des quatre Évangiles canoniques, des Actes des Apôtres, des Épîtres et de l'Apocalypse). La Bible hébraïque se compose quant à elle de trois parties : la Torah (la Loi), les Nevi'im (les Prophètes) et les Ketouvim (les Écrits), dont le titre forme en hébreu l'acronyme TaNaKh (תנ״ך).
Les textes constitutifs des différents canons, parfois fragmentaires, sont de nature très variée : récits des origines, textes législatifs, récits historiques, textes sapientiaux, prophétiques, poétiques, hagiographies, épîtres.
Les chercheurs estiment que leur rédaction s’est échelonnée entre les pour l'Ancien Testament et jusqu'à la fin du , voire le début du , pour le Nouveau Testament.
Rédigée en hébreu, la Bible hébraïque a été traduite en grec ancien à Alexandrie entre les Cette traduction, connue sous le nom de Septante, a été utilisée au tournant du par Jérôme de Stridon pour compléter sa propre traduction en latin (la Vulgate), puis, au , par les « apôtres des Slaves » Cyrille et Méthode pour établir une traduction en vieux-slave à l'origine de la Bible orthodoxe. Depuis lors, ces textes ont été traduits à de très nombreuses reprises dans un très grand nombre de langues, faisant de la Bible non seulement l'œuvre la plus célèbre issue de l'Antiquité, mais aussi le plus grand best-seller de l'histoire de l'humanité.
Étymologie Le mot « bible » vient du grec ancien , « livre » ou , « papier à écrire »le terme provient lui-même de la ville phénicienne de Byblos et désigne d'abord le papyrus avant de désigner tout support d'écriture ; correspondant à l'hébreu , « livre », qui a donné , un substantif au pluriel qui signifie « les livres », soulignant son caractère multiple, qui est traité par les auteurs médiévaux en latin comme un féminin singulier, , avec pour pluriel , par lequel il passe dans la langue française.
Le mot « Testament », traduit du latin , correspond lui au mot grec , qui signifie ou avant de recouvrir une acception littéraire spécifique au sens de , un sens que retient la Septante pour traduire le terme hébreu berith, , qui correspond pourtant davantage au grec sunthêkê. Le déplacement sémantique du terme en tant que littéraire s'opère chez les auteurs chrétiens dès le , traduit alors par le terme juridique latin testamentum qui est repris ensuite dans toutes les langues.
Canons bibliques
vignette|redresse=1.4|La Bible de Gutenberg (Vulgate), première Bible imprimée, Bibliothèque du Congrès, Washington. Le corpus biblique réunit plusieurs livres d'origines diverses d'où le pluriel originel du mot « Bible ». Dès le début de sa formation, il existe plusieurs collections canoniques concurrentes de la Bible, chacune étant défendue par une communauté religieuse différente. Le mot canon (en grec ancien, signifie règle) est utilisé dès le pour désigner la liste des livres reconnus par une communauté (ou Église).
Les « canons » primitifs les plus importants sont sans doute ceux de la Bible hébraïque (canon massorétique) qui est reconnu par le judaïsme (rabbinique et karaite), et celui de la Bible grecque (Septante) qui est, quant à lui, reconnu par la plupart des Églises d'Orient et d'Occident. La Bible hébraïque, appelée Tanakh, se compose de trois parties : la Loi (Torah), les Prophètes (Nevi'im) et les Écrits (Ketouvim). La Bible grecque se compose quant à elle de quatre parties : le Pentateuque, les Livres historiques, les Hagiographes et les Prophètes. À partir du milieu du , les chrétiens ont nommé cette dernière liste de livres l'Ancien Testament pour la distinguer de leur propre collection : le Nouveau Testament. La Septante diffère de la Bible hébraïque non seulement par la langue utilisée, mais aussi par le fait qu'elle incorpore des livres supplémentaires, dits « deutérocanoniques », et que le texte des livres « canoniques » diverge parfois. De plus, l'ordre et l'importance des livres ne sont pas les mêmes dans les deux canons.
Les trois différentes parties de la Bible hébraïque sont canonisées et leur texte est relativement stabilisé en plusieurs étapes : d'abord la Torah (), puis les Nevi'im (), et enfin les Ketouvim (). Le texte « protomassorétique » (précurseur du texte massorétique) est définitivement stabilisé à la fin du . Les textes du Nouveau Testament, quant à eux, sont rédigés entre le milieu du , mais leur canonisation n'a lieu qu'au cours des .
Canon de la Bible hébraïque
vignette|Un rouleau de la Torah. La Bible hébraïque est écrite en hébreuLe texte hébraïque d'après la version massorétique se trouve dans La Bible, traduction intégrale hébreu-français, texte bilingue, traduit du texte original par les membres du Rabbinat français sous la direction du grand-rabbin Zadoc Kahn, nouvelle édition avec traduction révisée datée de 1994, aux Éditions Sinaï, Tel-Aviv, Israël. avec quelques passages en araméen. Ce canon, fixé par les massorètes, se compose des parties suivantes (entre parenthèses, l'appellation chrétienne dans l'Ancien Testament d'après le regroupement adopté par la TOB) : La Torah ou Loi (Le Pentateuque) : Bereshit (Genèse), Shemot (Exode), Vayiqra (Lévitique), Bamidbar (Nombres) et Devarim (Deutéronome). Les Nevi'im ou « Prophètes » (Les livres prophétiques) : Prophètes « antérieurs » (Les « Livres historiques ») : Josué, Juges, I-II Samuel et I-II Rois ; Prophètes « postérieurs » (Les « Prophètes ») : Isaïe, Jérémie et Ézéchiel ; Les « douze petits prophètes » ou XII (idem) : Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie et Malachie. Les Ketouvim (Les autres Écrits) : Les livres poétiques : Psaumes, Proverbes, Job ; Les cinq rouleaux : Cantique des Cantiques, Ruth, Lamentations, Ecclésiaste, Esther ; Prophétie : Daniel ; Histoire : Esdras, Néhémie, I-II Chroniques.
Canon de la Septante
Le Pentateuque (recueil des cinq livres de la Torah) fut traduit en grec à Alexandrie au Selon une légende rapportée par la Lettre d'Aristée« Sources chrétiennes » , Paris, Le Cerf, 1962. et amplifiée depuis, la traduction en grec de la Torah, dite « des Septante » ou « alexandrine », serait l'œuvre de soixante-douze savants juifs, six par tribu, qui, à la demande des autorités grecques d'Égypte (et isolés pendant soixante-douze jours, selon certaines versions), aboutirent à un texte commun.
vignette|gauche|Les traducteurs de la Septante inspirés par le Saint-Esprit, illustration de La Chronique de Nuremberg, 1493.
Cette traduction devait être reçue comme ayant autant de valeur que l'œuvre originale, malgré certaines critiques. Elle fut conservée à la bibliothèque d'Alexandrie avec les « Lois » : à cette époque, elle ne relève pas de la religion, mais du droit coutumier du peuple juif. Toujours est-il que le nom de « Septante » est resté à cette traduction commencée au , et à toute la Bible grecque par extrapolation. Les autres livres de la Bible hébraïque ont été traduits en grec au fil des siècles suivants. Certains livres ou passages ont été écrits directement en grec.
Ce corpus, largement répandu dans la diaspora juive hellénophone du , sera adopté tel quel par les apôtres et par les premiers chrétiens« La plupart des textes de l'Ancien Testament cités dans le Nouveau Testament le sont dans la version grecque, laquelle s'écarte parfois sensiblement de l'original hébreu. » (Pierre Gibert, Comment la Bible fut écrite, Centurion-Bayard, 1995, ). Marcel Simon précise que Paul lisait la Bible dans la version des Septante (Les Premiers Chrétiens, PUF, 1967, )., et constitue l'Ancien Testament de l'époque.
Lors de l’instauration du judaïsme rabbinique, pour se démarquer du christianisme naissant, le texte grec est abandonné dans le monde juif au profit du texte hébreu, pour des raisons à la fois linguistiques et religieuses (André-Marie Gerard, Dictionnaire de la Bible, Laffont/Bouquins, art. « Septante ».). Après avoir été la version la plus répandue dans le monde juif hellénistique, la Septante devient l'Ancien Testament des chrétiens. Dès lors, le judaïsme la rejette de plus en plus à partir de la fin du (Dictionnaire encyclopédique du judaïsme, Laffont/Bouquins, dir. Geoffrey Wigoder, art. « Septante ».) Ce passage se poursuit par la « malédiction » de la Septante dans le monde juif (Sefer Torah, I, 8)..
Dans le monde chrétien occidental, en revanche, la Septante continue d'être la référence et connaît plusieurs traductions en latin. Elle n'est remplacée par la Vulgate que tardivement, au Marguerite Harl, La Bible en Sorbonne, ou la revanche d'Érasme, Cerf, 2004.. Dans les Églises d'Orient, pour lesquelles la langue sacerdotale est le grec, la Septante est restée le texte de référence pour les traductions.
Le canon de la Septante accepté par les chrétiens se compose de quatre parties : Le Pentateuque (les « cinq livres de Moïse ») : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome ; Les « Livres historiques » : Josué, Juges, Ruth, I-II Samuel (I-II Règnes), I-II Rois (III-IV Règnes), I-II Chroniques (I-II Paralipomènes), Esdras, Néhémie, Esther#, Tobie*, Judith*, I-II Maccabées* ; Les « Hagiographes » : Job, Psaumes, Proverbes, Ecclésiaste, Cantique des Cantiques, Sagesse de Salomon*, Siracide* ; Les Prophètes : Isaïe, Jérémie, Lamentations, Baruch*, Ézéchiel, Daniel#, Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie et Malachie.
Les livres présents dans le canon de la Septante et absents du canon massorétique sont appelés deutérocanoniques, et sont signalés ici par *. Les livres dont le texte a été complété par des ajouts grecs significatifs par rapport au texte massorétique sont signalés ici par #.
Canons chrétiens
Livres deutérocanoniques et apocryphes de l'Ancien Testament
vignette|L'un des Antilegomena de Luther : l'Épître aux Hébreux. Manuscrit arménien du , Matenadaran. Les livres deutérocanoniques sont des textes rédigés avant l'ère chrétienne qui ont été incorporés dans le canon de la Septante. Les confessions chrétiennes dites « traditionnelles », c'est-à-dire existant avant la Réforme (catholicisme et orthodoxie), les considèrent comme faisant partie de la Bible. Mais ces écrits n'ont pas été acceptés dans le canon par Luther, car il se fonde sur le texte massorétique de la Bible hébraïque, qui les exclut. Luther les juge néanmoins utiles. Il les nomme Antilegomena et les classe dans les dernières pages de sa Bible.
Ces livres de l'Ancien Testament sont rédigés en grec, comme l'ensemble des livres du Nouveau Testament. Ils sont dits « apocryphes » (du grec , « caché ») par les protestants et par des Pères de l'Église comme Augustin ou Jérôme. Les catholiques les nomment « deutérocanoniques », c’est-à-dire « secondaires dans le canon » (du grec , « deuxième »), ce qui est définitivement confirmé au concile de Trente en 1546.
Certains des livres de la Septante ne sont pas deutérocanoniques. Ils ne sont reconnus par aucune Église et sont appelés « apocryphes de l'Ancien Testament» ou « pseudépigraphes » (écrits sous une fausse signature). Ils forment avec d'autres les « écrits intertestamentaires ». Il s'agit par exemple du Pasteur d'Hermas, d'abord présent dans le Nouveau Testament, puis retiré du canon biblique au . L'Épître de Barnabé fut elle aussi présente dans le Nouveau Testament avant d'être retirée par décision conciliaire.
Nouveau Testament Le Nouveau Testament se divise en plusieurs groupes de livres :