La cathédrale Saint-Étienne de Meaux est un lieu de culte catholique situé à Meaux, dans le département français de Seine-et-Marne en région Île-de-France.
La construction de cette cathédrale commence au pour s'achever quatre siècles plus tard, au milieu du . Cette longue attente trouve partiellement son explication avec la guerre de Cent Ans et l'occupation anglaise de la cité.
Les principaux attraits de cette cathédrale sont son chœur, la grande élévation de ses cinq vaisseaux, la tour flamboyante qui la surmonte, la luminosité de l'intérieur, la riche ornementation du transept, la tombe de Jacques-Bénigne Bossuet et la teinte de la pierre avec laquelle elle a été construite.
Historique Généralités
vignette|gauche|redresse=1|Panoramique sphérique du chœur et du transept de la cathédrale. La construction de cette cathédrale commence au pour s'achever quatre siècles plus tard, au milieu du .
Entreprise vers 1175 (douze ans après Notre-Dame de Paris), la construction de la cathédrale Saint-Étienne prit fin en 1540. Comme bien d'autres cathédrales du Moyen Âge, le monument reste inachevé, comme en témoigne sa façade profondément dissymétrique et dotée d'un clocher provisoire, devenu définitif au fil des siècles.
La cathédrale de Meaux n'est pas grande, elle mesure seulement de long (contre à Paris et à Amiens). Sa construction s'étant déroulée sur plus de 350 ans, on y retrouve un peu toutes les étapes du style gothique, mais les différents architectes qui se sont succédé ont réussi à maintenir une réelle harmonie entre les différentes parties de l'édifice.
La cathédrale se présente comme une église à cinq vaisseaux et à transept non saillant.. Elle comporte une courte nef principale de seulement cinq travées dont les deux premières, partie intégrante du bloc façade occidental (ou Westbau), constituent un narthex ou pré-nef. Le vaisseau central de la nef est longé, au nord comme au sud, par un double bas-côté de hauteur impressionnante.
La nef est plus courte que le chœur. Ce dernier, entouré d'un double déambulatoire dans sa partie rectangulaire qui comporte quatre travées, se termine par une abside semi-circulaire à cinq pans, longée par un déambulatoire unique ou rond-point sur lequel s'ouvrent les cinq vastes chapelles rayonnantes du chevet. Enfin un très court transept sépare le chœur de la nef. Il comprend deux travées rectangulaires par croisillon. Au centre de l'édifice se trouve la croisée du transept.
Une construction méthodique vignette|droite|redresse=1|Nef et chœur. La construction de la cathédrale gothique débuta par le chœur, entre 1175 et 1180.
Dès 1198, la veuve du comte de Champagne fut inhumée dans la cathédrale, et avant 1200, le déambulatoire, trois chapelles rayonnantes, les doubles bas-côtés du chœur et l'étage des tribunes situé au-dessus des bas-côtés intérieurs étaient construits. De 1215 à 1220, les grosses piles de la croisée du transept furent élevées, ainsi que les niveaux supérieurs du chœur c'est-à-dire le triforium et les fenêtres hautes. De plus le chœur fut couvert de voûtes d'ogives. Cela est attesté par un dessin datant des environs de 1220, fait par Villard de Honnecourt, et représentant ce chœur primitif doté de trois chapelles rayonnantes.
Un nouvel architecte édifia le transept et les deux dernières travées de la nef de 1220 à 1235, et déjà en 1235, la chapelle du bas-côté droit de la nef, située au niveau de la dernière travée fut créée.
Des problèmes de fondation À peine 50 ans après l'édification du chœur, il fallut revoir sa construction. En effet, les fondations avaient été mal faites et le chœur primitif, doté de tribunes trop lourdes, était en train de s'affaisser. Le chœur actuel, de style gothique rayonnant, fut érigé entre 1253 et 1278 par Gautier de Varinfroy. Ce dernier qui travaillait sur le chantier de la cathédrale d'Évreux signa un contrat avec l'évêque et le chapitre de chanoines de Meaux. Ce contrat, conservé actuellement, mentionne un salaire de 10 livres par an, plus certains autres avantages. Pour régler le problème de la stabilité du chœur, Gautier de Varinfroy employa la méthode utilisée pour la cathédrale Notre-Dame de Rouen en supprimant le niveau des tribunes du chœur, mais en conservant les baies des tribunes donnant sur la partie centrale de ce dernier. Subséquemment, les trois chapelles absidiales furent surélevées afin de les mettre en correspondance avec la nouvelle hauteur du déambulatoire.
Nouvelles campagnes de construction Une nouvelle campagne de construction débuta en 1266 et fut financée par , dernière héritière du comté de Champagne et future épouse de Philippe IV le Bel. On modifia alors les façades des deux croisillons du transept afin de les mettre au goût du jour. Ce fut un architecte dont le nom reste inconnu qui procéda aux travaux de la façade du bras sud du transept. Pierre de Varinfroy, un descendant de Gautier, réalisa la façade du bras nord en s'inspirant de celle de Notre-Dame de Paris. Pour ce faire il réutilisa les sculptures créées au début du , lesquelles furent remontées sur le nouveau portail.
En 1317, le roi de France Philippe V le Long donna un terrain pour construire deux chapelles rayonnantes supplémentaires. Puis en 1322, Charles IV le Bel, fit également une donation. Vers 1331-1335, un bourgeois de Meaux, Jean de Rose, subsidia la dernière chapelle latérale à droite de la nef.
En 1335, le roi Philippe VI autorisa l'allongement de la nef de trois travées, les dernières, situées à l'ouest de l'édifice. Dès lors, les travaux repartirent, mais concernèrent uniquement la moitié droite des trois premières travées, ainsi que la porte droite et la porte centrale de la façade occidentale. En 1336, les tympans de ces deux portails furent sculptés, mais en 1358, les travaux s'arrêtèrent à la suite d'une jacquerie paysanne.
Guerre de Cent Ans Peu après, la guerre de Cent Ans débuta et, comme presque partout en France, les travaux s'arrêtèrent.
Les travaux reprirent en 1390, avec la construction de la partie gauche des trois premières travées, ce qui dura jusque 1410. Puis la situation militaire de la France se dégrada sérieusement (règne de Charles VI) et les travaux s'arrêtèrent à nouveau, à la suite de l'occupation de la ville par les Anglais (1422–1439).
Les trois premières travées de la nef ne furent dès lors terminées que durant la deuxième moitié du . D'autres travaux suivirent encore : les quatrième et cinquième travées de la nef furent modifiées en style flamboyant, à la fin du . La tour droite fut enfin achevée après une longue campagne allant de 1505 à 1540. Quant au portail gauche, il fut achevé avant 1506. Il en va de même de la première chapelle gauche de la nef.
Guerres de religion En 1562, la cathédrale fut pillée et endommagée par les huguenots.
D'autres péripéties au Au début du , plusieurs événements fragilisent un peu plus l'édifice. La foudre tombe sur la cathédrale le Archives nationales (France), rapport du 27 octobre 1808, cote F/19/7746., détruisant une partie de l'orgue, la porte d'entrée et une tourelle. Le , l'explosion d'un magasin de poudre noire voisin la fragilise un peu plusArchives nationales (France), rapport de novembre 1815, cote F/19/7746.. Une longue restauration a lieu de 1839 à 1894. Le pourtour du chœur est refait ainsi que les arcs-boutants de la nef. La troisième travée de la nef élevée dans le style flamboyant est modifiée pour ressembler aux autres travées, selon le principe des restaurateurs du qui prônait l'unité de style, quitte à altérer les monuments.
Architecture L'extérieur de la cathédrale C'est la pierre de Varreddes, qui a été utilisée dans la construction de l'édifice. L'importante restauration extérieure faite au est en grande partie liée à l'érosion de cette pierre, due aux outrages du temps.
La cathédrale, d'une hauteur totale de jusqu'au faîtage, est le produit de périodes successives de l'art gothique. La très longue durée de sa construction y a laissé une grande diversité de styles architecturaux. Mais ce mélange de styles n'a pas porté atteinte à l'esthétique générale du sanctuaire. Les architectes se succédant du parvinrent à créer une grande harmonie d'ensemble.
La grande façade occidentale présente trois portails monumentaux. Comme dans bien d'autres cathédrales romanes ou gothiques, le portail central est consacré au Jugement dernier. Son tympan représente la résurrection des morts et l'image du Paradis et de l'Enfer. Le tympan du portail de gauche est consacré à la vie de saint Jean-Baptiste, celui de droite à la vie de la Vierge Marie.
La tour nord de la cathédrale, d'une hauteur de (contre 69 pour Notre-Dame de Paris) est la seule à avoir été achevée ; celle du sud, faite en bois, avait été construite pour héberger provisoirement les cloches. Elle n'a finalement pas été démontée et on la désigne sous le nom de tour noire. Au centre de la façade se trouve une grande rosace flamboyante créée dans la seconde moitié du .
Du côté sud, à l'extrémité du transept, se trouve le portail Saint-Étienne, également appelé portail des Merciers. Son tympan représente la vie de ce saint, premier martyr chrétien. Au nord, le second portail du transept est aussi dédié à saint Étienne. Il est actuellement fermé ; il se trouve en fait dans la cour de la Cité épiscopale. Un peu plus à l'ouest, en direction du chevet, une porte (dite « de Maugarni ») s'ouvre sur le déambulatoire du chœur de la cathédrale.
L'intérieur de la cathédrale vignette|droite|redresse=1|Architecture du chœur, côté nord. vignette|droite|redresse=1|La nef, au revers du portail occidental. L'intérieur de la cathédrale est remarquable pour sa luminosité et la finesse de son ornementation sculptée. Une des plus importantes caractéristiques du sanctuaire, est la hauteur des voûtes des collatéraux qui atteignent plus ou moins , soit la moitié de celle de la nef principale, qui culmine à . Ceux-ci étant dotés de hautes baies, la lumière pénètre en abondance au cœur de l'édifice et révèle ainsi la teinte de la pierre de Varreddes, utilisée dans la construction.
La nef ainsi que le chœur comportent cinq vaisseaux (comme à Paris). Le vaisseau central est longé de part et d'autre par deux bas-côtés ou collatéraux. Ce n'est qu'au niveau de l'abside que le déambulatoire se réduit à un seul vaisseau en demi-cercle, lequel fait suite au déambulatoire interne de la partie rectangulaire du chœur, la partie externe de ce dernier étant remplacée par les chapelles rayonnantes au nombre de cinq. Les revers des façades du transept sont particulièrement remarquables et de toute beauté, surtout dans le croisillon sud. Ils sont richement décorés et comportent de véritables tissus ou broderies de pierres. Ils sont partiellement inspirés par Notre-Dame de Paris, mais le style est ici plus recherché et l'ornementation est plus riche.
Dans le chœur de la cathédrale entouré de grilles en fer forgé, on peut voir la dalle funéraire, faite de marbre noir, de Jacques-Bénigne Bossuet, l'Aigle de Meaux, la plus importante personnalité de l'histoire de la ville, qui y fut évêque de 1682 à 1704. Deux statues commémorent Bossuet dans la cathédrale : la première le montre assis sur son trône épiscopal, et la seconde debout, priant, avec autour de lui des personnages sur lesquels il eut une influence déterminante : le Grand Dauphin Louis, Louise de la Vallière, Henri de La Tour d'Auvergne et Henriette d'Angleterre.
Adossé au mur d'une chapelle du bas-côté sud de la nef, on peut voir un autre monument funéraire ; celui du bourgeois Jean Rose et de son épouse. Mort en 1364, ce dernier avait fondé un hôpital destiné à accueillir des orphelins. Il fut reconnu comme bienfaiteur de la cité. La hauteur sous voûtes, à l'endroit du chœur, atteint jusqu'à .
Patrimonialité La cathédrale fait partie, comme tant d'autres, de la première liste de 1840 des monuments historiques, établie par Prosper Mérimée..
Mobilier L'orgue de la cathédrale