Sou et sol sont les noms portés à la fois dans le langage courant et de façon officielle par différentes monnaies, de compte ou de règlement, de l'Antiquité à nos jours. Le nom trouve son origine dans la corruption du mot latin solidus.

Le mot sou est ancré dans de nombreuses expressions courantes de la langue française.

Antiquité romaine

Le solidus est une monnaie de d'or créée par l'empereur Constantin () en remplacement de l’aureus.

Haut Moyen Âge

La nouvelle monnaie acquit sa réputation d'inaltérabilité en traversant presque inchangée le déclin et la chute de l'Empire romain d'Occident, les invasions barbares et la création de royaumes germaniques dans toute l'Europe : non seulement frappé à Byzance jusqu'au sous le nom de nomisma, le solidus sera imité par les rois barbares, en particulier les MérovingiensUn sou d'or mérovingien, à la tête de Magnence, datant du sur Gallica., quoique le plus souvent sous forme de « tiers de sou » (trémissis)Les monnaies des rois Mérovingiens.

Face à la pénurie d'or, une nouvelle stabilisation va venir de Charlemagne : le solidus ne désignera désormais plus un de livre romaine d'or, mais de livre carolingienne d'argent. Il est lui-même divisé en 12 deniers, qui, sauf rares exceptions (le gros de Saint Louis), seront dans la pratique les seuls à circuler.

Le principe général de douze deniers valant un sou et de vingt sous valant une livre va se retrouver avec de nombreuses variantes en fonction de l'alliage utilisé et du bimétallisme or/argent parfois utilisé pour certaines frappes. De fait, ce sont principalement les membres de la corporation des changeurs qui étaient capables de s'y retrouver dans les équivalences et les nombreuses monnaies en cours en Europe à chaque époque et qui étaient donc incontournables pour de nombreuses opérations commerciales "De L'or Et Des Épices - Naissance De L'homme D'affaires Au Moyen Âge" Jean Favier Hachette - 01/11/1995.

Du Moyen Âge aux Temps modernes

vignette|redresse| Assignat de , émis en France en 1793.

Le nom évolue comme le restant de la langue, du latin au français. Solidus va devenir soldus, puis solt dès le , puis sol à partir du .

La république de Venise émet le soldino à partir de 1328.

La République corse émet le soldo entre 1755 et 1769.

En France, la prononciation sou est définitivement actée au siècle. Avant la décimalisation en France (1795), de profondes réformes monétaires ont eu lieu : deniers et liards pouvaient s'exprimer en sous, dans le langage courant. Pour autant, le mot « sol » reste en vigueur, il marque officiellement les monnaies de bronze révolutionnaires et les billets.

Un sou en francs français : un mot qui dure

Mille ans après la réforme monétaire carolingienne, quand la livre tournois cède la place au franc en 1795, sols/sous et deniers disparaissent des bourses. Toutefois, les Français continuent d'appeler sou le vingtième du franc. Ainsi, la pièce en bronze de pesant était-elle qualifiée de sou (sous la plume d'un Honoré de Balzac ou d'un Victor Hugo, par exemple), la « pièce de cent sous » faisant référence à la pièce en argent de cinq francs pesant et que l'on appelait aussi « écu » (dans Germinal de Zola), par analogie avec l’ancien écu de pesant environ . La dernière pièce de , lointain souvenir hérité du franc germinal, est démonétisée dans les années 1940, mais le mot sou continue d'être employé (sauf pour la pièce de de nouveau franc de 1960 qui équivalait en fait à ).

De rognage en dévaluation, l'antique sou d'or, puis d'argent, sera devenu une pièce de billon, de cuivre, de bronze avant de finir sa carrière sous forme d'une pièce percée de en cupronickel puis en maillechort, frappée entre 1914 et 1939, ; elle est remplacée par des pièces de 10 centimes type Lindauer en zinc à partir de 1941 (la dernière pièce de est la en zinc type Jespers de Belgique qui est démonétisée en 1957).

Les sous hors de France Canada

Au Canada, le mot « sou » est utilisé dans le langage courant pour dénommer la division du dollar canadien, dont le terme officiel est le cent : Le cent est couramment appelé une « cenne » ou un « sou » tout comme la pièce de est souvent appelée un « trente sous » ; cette appellation de « sou » ou « trente sous » remonte à avant 1858. Il y a alors deux devises en circulation, le « penny » britannique et le « sou » utilisé par les francophones. Pour faciliter les échanges avec les populations d'origine française, les autorités britanniques décidèrent qu'un demi-penny équivaudrait désormais à un sou (exemple : la pièce de monnaie de 1837 « Province du Bas-Canada » : sur un côté de la pièce il est inscrit « penny » et sur l'autre côté « un sou »).

La monnaie canadienne était sous le régime anglais, divisée comme suit : 12 pences font et font une couronne. Pour faciliter les échanges avec les États-Unis, les autorités britanniques décidèrent qu'une couronne vaudrait un dollar américain (voir la pièce de monnaie britannique de 1804 de ), ainsi il y a dans une couronne, multiplié par deux ( vaut un sou), on obtient le calcul suivant : 120 sous font cinq shillings ou une couronne ; 120 sous divisés par quatre égalent trente sous ; un dollar divisé par quatre égale . Ainsi, un dollar vaut une couronne et valent trente sous. En 1858, le nouveau gouvernement canadien décide d'adopter le dollar, subdivisé en comme celui des États-Unis, la population canadienne francophone a continué à appeler familièrement la pièce de un « trente sous ». On entend aussi souvent dire « changer quatre trente sous pour une piastre ». Cette expression signifie donc, changer pour quelque chose d'exactement identique.

Luxembourg et États Belgiques unis

Le duché de Luxembourg émet des monnaies appelées sous ou « patards », en argent, à partir de 1615, d'une valeur de de florin, puis, entre 1775 et 1790, le duché émet des monnaies libellées en sols, en cuivre ( et ), en billon () et en argent (6 et ).

Les États belgiques unis émettent, en 1790, des monnaies en argent d'une valeur de ().

Suisse

En Suisse, une pièce de cent-sous désigne une pièce de cinq francs suisses et une pièce de quatre-sous désigne une pièce de vingt centimes suisses. Le mot sou reste également dans le langage familier dans les termes .

Maurice À l'île Maurice, en français et en créole, la roupie est divisée en appelés sous.

Maghreb Au Maghreb, le terme solidus est resté pour designer le terme monnaie, bourse ou somme d'argent sous la forme sordi (en arabe ), mais elle n'est pas utilisée pour les comptes de monnaies courantes (dinar, ,…), puisque c'est le doro (), le franc () et le réal () qui sont utilisés au quotidien.

Le sou dans les expressions en langue française Utilisé pendant plus de , le terme sou s'est ancré dans le langage et les expressions françaises. Les sous, au pluriel, sont devenus synonyme d'argent. « Une affaire de gros sous » pour parler d’une affaire dans laquelle sont manipulées d’importantes sommes d’argent. « Être sans le sou », « ne pas avoir sou vaillant » signifient ne pas avoir d'argent. « N'avoir ni sou ni maille », la maille étant un demi-denier, le denier étant de sou. « Il manque toujours un sou pour faire un franc », vient à l'origine de la pièce en argent de , dite de de pesant ayant un titre de 798 pour ; le franc pesant (ayant un titre en argent de 900 puis 835 pour mille dans l'Union latine), on dit alors de celui qui est toujours à court d'argent qu'« il lui manque toujours dix-huit sous ou dix-neuf sous pour faire un franc » (un franc valant moins de vingt sous, en poids mais pas toujours en titre car la pièce en argent de de avait un titre de 666 pour ). « Je te parie cent sous contre un franc », ce qui veut dire que je suis sûr de mon coup. « Un sou est un sou » veut dire qu'il faut être économe ou qu'il ne faut pas négliger les petits profits. « Être près de ses sous », c'est être pingre. « Sou par sou » ou « sou à sou » signifie petit à petit. « Propre comme un sou neuf » signifie très propre, comme une pièce qui n'a pas encore été salie et abîmée par la circulation.

S'ennuyer « à cent sous l'heure » (« à cent sous de l'heure ») signifie être désœuvré. Quand quelque chose vaut « trois francs six sous », cela n'est pas bien cher. « Un objet de quatre sous » est d'encore moins de valeur, ainsi « l'Opéra à 3 groschen » de Brecht est devenu L'Opéra de quat'sous. Lorsqu'on n'a « pas deux sous de jugeote », on n’est pas très malin. On parle de machine à sous quelle que soit la monnaie. « Le sou du franc », bakchich consenti à qui achèteQ Q P E F par Yves Leroy : le sou du Franc, page 21 . « Se faire des sous », c'est percevoir un salaire ou plus largement gagner de l'argent. Quand on n'a « pas un sou en poche » ou « pas sous vaillant », on est désargenté. « Pas ambigu pour un sou » : pas ambigu du tout, sans aucun doute. « Pas fier pour un sou » signifie être abordable, ne pas être vaniteux. « Pas modeste pour un sou » signifie être prétentieux. « Pas courageux pour un sou » signifie être pleutre. « Pas vaillant pour un sou » selon le contexte signifie être peureux ou être fainéant. « Pour un sou valant de tabac » signifie acheter du tabac au détail pour la valeur d'un sou. « Ne pas valoir un sou, deux sous » signifie ne pas valoir grand chose. « Je l'ai acheté trois francs six sous » signifie qu'on l'a acheté pour un prix dérisoire, pour signifier soit que c'est une très bonne affaire, soit que l'objet est vraiment de mauvaise qualité.

Articles connexes Antiquité et haut Moyen Âge : Aureus, Solidus et Nomisma Moyen Âge et Ancien Régime : Livre, Livre parisis, Livre tournois, Teston et Denier Époque moderne : Franc, Franc français et Centime Liste des anciennes monnaies Glossaire de la numismatique

Notes et références

Catégorie:Monnaie du Moyen Âge Catégorie:Numismatique en France Catégorie:Ancienne unité monétaire