vignette|Couverture du premier numéro d’Osawatomie, journal clandestin publié par le Weather Underground à partir de mars 1975. The Weatherman, plus souvent appelé Weathermen, et devenu après son passage à la clandestinité The Weather Underground puis The Weather Underground Organization, était un collectif américain de la gauche radicale, se présentant comme anti-impérialiste et antiraciste, fondé en 1969 à Chicago à partir des décombres du Students for a Democratic Society (SDS) qui avait lancé la campagne contre la guerre du Viêt Nam. Proche de la New Left, ses membres défendaient des positions tiers-mondistes, refusant tout autant l'alignement sur le bloc de l'Est que l'anticommunisme traditionnel de la gauche libérale américaine.

Classé par le Federal Bureau of Investigation comme organisation terroristeBYTE OUT OF HISTORY 1975 Terrorism Flashback: State Department Bombing, Federal Bureau of Investigation et défini plus particulièrement par certains auteurs comme ayant pratiqué la Chaliand, Gérard, Les Guerres irrégulières, Folio, Paris, 2008, 980 p., 805, , le Weather Underground pratiquait essentiellement la « propagande par le fait » (il utilisait le terme de « propagande armée » par contraste avec la « lutte armée » (cf. par ex. 214 et 227-228 qui cite le communiqué New Morning, Changing Weather de Bernardine Dohrn, dans lequel on lit notamment que « l'explosion [de Greenwich village, ayant tué par accident trois membres du groupe] avait détruit à jamais [notre] certitude que la lutte armée est la seule qui soit véritablement révolutionnaire ») (version originale : Outlaws of America: The Weather Underground and the Politics of Solidarity, Oakland: AK Press, 2006)). En effet, il fut responsable d'une vingtaine d'attentats à la bombe, qui n'ont cependant fait aucune victime. : les Weathermen visaient exclusivement des bâtiments officiels, plus ou moins liés à la guerre du Vietnam, s'assurant que les locaux soient vides, et ce afin d'attirer l'attention de l'opinion publique sur les liens entre, par exemple, certains centres de recherche universitaire et le complexe militaro-industriel américain, et afin d'alléger le poids de la répression étatique (programme COINTELPRO, etc.) sur d'autres mouvements comme les Black Panthers ou l'American Indian Movement, dont ils revendiquaient la légitimité de la lutte. Son but, selon les témoignages de ses membres, n'était pas de prendre le pouvoir, objectif qu'il considérait irréalisable, mais de susciter une « culture de la résistance » et de montrer par l'action directe la solidarité des Américains blancs avec les luttes des mouvements de libération nationale à l'extérieur et avec les luttes du mouvement des droits civiques et du Black Power à l'intérieur.

Son nom provient des paroles de la chanson Subterranean Homesick Blues de Bob Dylan: « You don't need a weatherman to know which way the wind blows » (« Pas besoin d'un présentateur météo pour savoir dans quelle direction le vent souffle »), ce qui signifiait pour ses membres « tout le monde voit que la révolution est imminente » (« anyone could see, world revolution was imminent », citation extraite du documentaire The Weather Underground).

Au total, une trentaine de personnes seraient entrées en clandestinité fin 1969-début 1970, s'appuyant sur un réseau de plusieurs centaines, voire de milliers, de sympathisants, lequel fut structuré entre 1974 et 1975 dans le Prairie Fire Organizing Committee, organisation de masse légale et autonome à l'égard du Weather Underground. Celui-ci amorça une réorientation politique, adoptant une ligne plus proche du marxisme-léninisme orthodoxe qu'il avait pourtant fortement critiqué à sa création, et délaissant quelque peu la « lutte armée » au profit d'autres modes d'action, avec en particulier la diffusion d'un ouvrage en puis d'un journal clandestinement publié et diffusé, Osawatomie, de 1975 à 1976.

La ré-orientation politique du mouvement suscita de fortes dissensions internes, menant à sa dislocation fin 1976 - début 1977. Une partie des membres ou de proches du Weather Underground créa alors la May 19th Communist Organization; d'autres l'éphémère Revolutionary Committee of the Weather Underground Organization (RC), infiltré dès le début par le FBI ; d'autres enfin, dont les dirigeants Bill Ayers et Bernardine Dohrn, se rendirent progressivement à la police. L'illégalité des procédures d'enquête du FBI à leur encontre mena à l'abandon de la plupart des charges retenues contre eux. Cependant, ceux qui participèrent à la May 19th furent lourdement condamnés ; l'un d'entre eux, , n'a été libéré qu'en .

Émergence et entrée dans la clandestinité (juin-décembre 1969) vignette|Bernardine Dohrn en 1970, une des leaders des Students for a Democratic Society puis des Weathermen.

Le mouvement émerge lors du dernier congrès national du Students for a Democratic Society, en , où les dissensions internes conduisent à sa dissolution. L'un des papiers distribués est intitulé You Don't Need a Weatherman to Know Which Way the Wind Blows. Signé par , Bill Ayers, Bernardine Dohrn, , , Gerry Long, , Jim Mellen, , et Steve Tappis, celui-ci appelait à la création d'un mouvement révolutionnaire clandestin pour faire face à la répression grandissante de l'État confronté au mouvement des droits civiques et à la protestation contre la guerre du Viet-nam, en se plaçant aux côtés du Black Power.

La majorité forme le Revolutionary Youth Movement (RYM), qui soutient l'alliance avec les Black Panthers et de façon générale le mouvement afro-américain au niveau national, et avec les mouvements de libération nationale et tiers-mondiste au niveau mondial (version originale : Outlaws of America: The Weather Underground and the Politics of Solidarity, Oakland: AK Press, 2006), tandis qu'une minorité, menée par le Progressive Labor Party (PL, marxiste-léniniste et qui considère que seule la classe ouvrière est révolutionnaire) forme la qui prône l'immersion des étudiants au cœur des luttes ouvrières, refusant la question raciale au nom d'une conception orthodoxe de la lutte des classes et qualifiant les Black Panthers de parti « bourgeois » et « réactionnaire ». Les futurs membres du Weather Underground participent au RYM, ironisant sur le refus du PL de soutenir le Viêt-cong d'un côté, les Black Panthers de l'autre. À ses débuts, le Weathermen soutenait ainsi à la fois le mouvement afro-américain et les mouvements anti-colonialistes, tout en étant composé exclusivement de Blancs, issus pour la plupart soit de la classe ouvrière blanche, soit des classes moyennes (cas de la majorité des membres) ou de la bourgeoisie libérale de la côte est (parfois d'origine juive, comme ), à l'exception d'un américano-asiatique, Shin'ya OnoSur la répartition sociale des membres, chap. VII, 241.

Lors du Midwest National Action Conference de Cleveland (-), les Weathermen firent une apparition remarquée, Bill Ayers lançant le slogan de « lutter contre le peuple » (Fight the People, allusion au mot d'ordre des Black Panthers, Serve to the People, « le pouvoir au peuple ») qui indiquait à quel point l'objectif des Weathermen allait à l'encontre de la position spontanée de la classe ouvrière blanche : ceux-là lui demandaient en effet d'abandonner ses privilèges, en tant qu'américaine et donc bénéficiaire de l'exploitation du Tiers-monde, et en tant que Blanche et donc bénéficiaire de l'exploitation des Noirs. Conscient du statut central des États-Unis dans l'ordre mondial, les Weathermen voulaient en effet constituer l'homologue blanc des Black Panthers. Cette démarche s'effectuait en accord avec le slogan Black Power par lequel les organisations noires avaient exigé la non-mixité et l'organisation autonome des groupes blancs et noirs afin d'empêcher toute domination raciale au sein des groupes révoltés, et qui demandait aux Blancs de s'organiser de leur côté pour lutter contre le pouvoir, ce séparatisme n'empêchant en rien la coordination entre les différents groupes et la solidarité des Black Panthers et des Weathermen. Durant l'été et l'automne 1969, le groupe organisa plusieurs , en fait des tentatives, qui échouèrent le plus souvent, visant à pousser les jeunes Blancs des écoles populaires à rejoindre la lutte.

Les Days of Rage à Chicago en octobre 1969 La première manifestation publique du Weather Underground eut lieu à Chicago en octobre 1969 lors des , avec le slogan de , (« ramenez la guerre à la maison »). Plusieurs centaines de militants affrontèrent 2 000 policiers. Malgré une mobilisation largement inférieure à celle prévue, la manifestation marqua la radicalisation du mouvement étudiant, tandis que la presse titrait (« Des femmes du SDS se battent contre les flics »)Shin'ya Ono, A Weatherman: You Do Need A Weatherman To Know Which Way The Wind Blows, in Weatherman, ed. Harold Jacobs, Ramparts Press (1970), 258 dans l'édition souple, . Ces émeutes avaient été organisées afin de coïncider avec le procès des Sept de Chicago (dont Tom Hayden) accusés de conspiration et d'incitation aux émeutes en raison de leur participation aux manifestations lors de la Convention nationale démocrate de 1968.

Arrestations et assassinat de Fred Hampton et de Mark Clarck (décembre 1969) Plusieurs membres, dont (ancienne étudiante du philosophe Herbert Marcuse), furent arrêtés dans les semaines suivantes lors de manifestations. Le , l'assassinat des Black Panthers Fred Hampton et Mark Clarck par la police, pendant leur sommeil, dernier dans une série de meurtres s'insérant dans une politique globale de répression des mouvements protestataires (27 Panthères tuées en 1969 par la police et 749 arrêtées), incarnée notamment par le programme COINTELPRO du FBI, marqua un tournant décisif pour les membres du Weathermen. Plusieurs voitures de police furent incendiées à Chicago par les Weathermen en rétorsions contre le gouvernement des États-Unis.

Conseil de guerre de Flint Lors de la série de réunions du Flint War Council (Conseil de guerre de Flint, officiellement nommé « Conseil de guerre du SDS », qui eut lieu dans le ghetto noir de Flint entre le 27 et le en présence de 300 personnes), l'organisation prenait la décision de dissoudre le SDS, déjà agonisant, et d'entrer dans la clandestinité. Cela s'explique par la pression croissance des forces de l'ordre sur les groupes révolutionnaires, comme l'illustre le meurtre de Fred Hampton, et ainsi que la perspective de la guérilla. Les discussions ont beaucoup porté sur les aspects pratiques : obtention des armes, étendue de la violence et méthodes pour la sûreté. D'autres groupes participaient à l'événement, qui mêlait amour libre et usage de drogues, dont des White Panthers et des membres du Varon, J. (2004). Bringing the war home. Los Angeles, CA: University of California Press, 158-171.. Le FBI surveilla, semble-t-il, la réunion, puisqu'il donne une liste des personnes y ayant assisté dans un rapport de 1976 Les personnes suivantes sont citées: ; William Ayers; ; Jeffrey Blum; Robert Burlingham; David Camp; Peter Clapp; Edith Crichton; Mona Cunningham; Marc Dinsmore; ; Laura Foner; John Fuerst; Lynn Raye Garvin; ; ; Joyce Greenways; Leonard Handlesman; ; ; ; Jeffrey Jones; Michael Junstesen; David Klafter; ; Karen Latimer; Jonathon Lerner; Connie Long (Ullman); ; Jeffrey Melish; James Mellen; Raymond Moser; Russel Neufeld; ; Jed Proujansky; ; Natalee Rosenstein; ; Marguerite Smith; Michael Speigel; Jane Spielman; Barry Stein; Malorie Tolles; Robert Tomaschavsky; ; Mary Wozniak. Cf. FBI, Weathermen Organization, rapport de 1976 déclassifié, 382-383.