LAdjarie (en , atchara phonétiquement), en forme longue la république autonome d'Adjarie, fait partie de la république de Géorgie. D’une superficie de quelque , elle compte . Située dans le sud-ouest du pays, elle a une frontière commune avec la Turquie et possède une façade maritime sur la mer Noire. Sa capitale est Batoumi.

Histoire Elle est à la fois une subdivision administrative de la Géorgie moderne et une partie du territoire géorgien historique dont les dimensions ne se recouvrent pas toujours.

De l'Antiquité au Moyen Âge Même si le nom d'Adjarie n'apparaît qu'au , les premières traces d'occupation humaine sur le territoire de l'actuelle Adjarie remontent à la période néolithique. Les vestiges sont plus nombreux à partir de l'âge du bronze, notamment des restes de forges.

Dans l’Antiquité, l’Adjarie faisait partie de la région que les Grecs nommaient Colchide. C'était une contrée active, point de départ de routes commerciales importantes, équipées de ponts et protégées par des forteresses. Elle était active dans la fabrication d'armes et de bijoux, et était connue pour sa richesse et sa culture. Pompée conquit le royaume de Colchide en 65 et elle devint la province romaine de Lazique. Le christianisme y aurait été introduit très tôt, dès le , grâce aux apôtres saint André et saint MatthieuJean-Pierre Mahé, « La Colchide, de la légende à l'histoire », Clio.fr..

Par la suite, l'Adjarie fit partie tantôt de l'Empire byzantin, tantôt de différents royaumes géorgiens : Lazique aux (Kartlie, Royaume des Kakhtvèles sous la dynastie des Bagratides, etc.) . Elle connut successivement les invasions des Perses, des Arabes, des Turcs Seldjoukides. Intégrée au grand royaume unifié de Géorgie aux , elle subit au l'invasion mongole. Après le morcellement de la Géorgie en royaumes et principautés indépendantes qui s'ensuivit, l'Adjarie fut un temps intégrée à la Gourie.

Du : dominations ottomane, russe, soviétique Après plusieurs tentatives infructueuses, l'Empire ottoman finit par établir son contrôle sur l'Adjarie à la fin du . Cette domination allait durer trois siècles. Le processus d'islamisation, d'abord assez lent, atteignit son apogée au . Le particularisme des Adjars était né, celui d'être des Géorgiens musulmans.

Après la guerre russo-turque de 1877-1878, la Russie victorieuse fit acter le rattachement de l'Adjarie à l'Empire russe dans le traité de San Stefano, signé le 3 mars 1878, et ce rattachement fut entériné au congrès de Berlin. L'Adjarie forma le district de Batoumi, incorporé au gouvernement de Koutaïssi. Elle devint un carrefour commercial et connut un essor industriel, appuyé sur le développement du port de Batoumi désormais relié à Bakou par chemin de fer et par un oléoduc.

La situation changea de nouveau à la fin de la Première Guerre mondiale. Le traité de Brest-Litovsk conclu le 3 mars 1918 entre la Russie et la Turquie prévoyait le retour de l'Adjarie dans le giron de la Turquie, mais les termes de ce traité furent immédiatement contestés par l’éphémère fédération de Transcaucasie puis par la Géorgie redevenue indépendante le 26 mai 1918. La Turquie s'empara alors de Batoumi, mais dut céder la ville à ses alliés allemands, vite remplacés par soldats britanniques après la défaite des empires centraux dans le conflit mondial. Les Britanniques ne devaient quitter la ville qu'en juillet 1920.

En 1921, le traité de Kars conclu entre la Turquie et les républiques soviétiques formant la Transcaucasie admit l'intégration de l'Adjarie à la Géorgie, à la condition expresse que sa population jouisse « d’une vaste autonomie administrative locale garantissant à chaque communauté ses droits culturels et religieux » (article 6). C'est ainsi que l'Adjarie devint le 16 juillet 1921, cinq mois après l'invasion de la Géorgie par l'Armée rouge, la seule entité territoriale de l'Union soviétique fondée sur une base religieuse et non ethnique, sous le nom de république socialiste soviétique autonome d'Adjarie, rattachée à la république socialiste soviétique de Géorgie.

De 1991 à 2004 : la tentation de l'indépendance Au moment de la dislocation de l'Union soviétique, l'Adjarie a des velléités d'indépendance. Avant même la proclamation de l'indépendance de la Géorgie le , Batoumi a connu des manifestations en faveur de l'indépendance (notamment le )(de) Marlies Kriegenherdt, Georgien : Handbuch für individuelles Entdecken, Reise Know-How Verlag, 2008 , .. Les tensions avec le gouvernement central atteignent leur paroxysme au printemps 2004, lorsque le président adjar Aslan Abachidzé (1938-) décide littéralement de couper les ponts avec Tbilissi, ordonnant la destruction des ponts reliant l’Adjarie à la Géorgie« L'Adjarie dynamite ses ponts pour dissuader la Géorgie de franchir le Rubicon », colisee.org.. Quelques jours plus tard, il est contraint à la démission et à l'exil.

L'Adjarie sous la férule d'Aslan Abachidzé L'histoire de l'Adjarie durant cette période est fortement marquée par la personnalité de son dirigeant. vignette|Aslan Abachidzé En 1991, Aslan Abachidzé est nommé à la tête de la république autonome d'Adjarie à l'instigation du président géorgien Zviad Gamsakhourdia, qui compte sur lui pour contrôler l'autonomie adjare. Il va en réalité l’étendre à son profit. C'est le descendant d'une vieille famille princière, qui a participé au pouvoir local depuis le quels que soient les maîtres du moment. Autocratique, il gère l'Adjarie comme un fief personnel (il fait par exemple nommer son fils maire de Batoumi) et ne cesse de prendre ses distances avec le pouvoir central. Il parvient à maintenir sa république à l'écart de la guerre civile géorgienne de décembre 1991 - janvier 1992 qui se termine par la chute du président Zviad Gamsakhourdia et du conflit abkhaze, dans lequel il se voit même un temps confier un rôle de médiateur par Édouard Chévardnadzé. Il s'appuie sur la Russie, profitant de la présence des gardes-frontières russes à la frontière avec la Turquie jusqu'en 1999 et d'une base militaire russe à Batoumi, important fournisseur d'emplois et garante d'une certaine stabilité. Il crée des forces armées adjares et une zone économique franche. Un contentieux l'oppose au gouvernement central à propos des contributions, prélevées sur les impôts et taxes, que l'Adjarie devrait reverser à l'État géorgien..

Toutes les tentatives du président géorgien Édouard Chévardnadzé pour établir un modus vivendi restent vaines. Député au parlement géorgien, dont il fut même vice-président entre 1990 et 1995, Aslan Abachidzé n'y a jamais siégé, invoquant des motifs de sécurité, et c'est toujours Édouard Chévardnadzé qui a dû se rendre à Batoumi. Lors de l'élection présidentielle géorgienne d'avril 2000, Aslan Abachidzé, d'abord candidat, négocie avec Édouard Chévardnadzé le retrait de sa candidature et obtient en échange un amendement à la constitution géorgienne confortant le statut d'autonomie adjar. Ce qui ne l'empêche pas de faire adopter en juin 2000 une nouvelle constitution adjare sans consultation du gouvernement central. Qui plus est, il ne limite pas ses ambitions à l'Adjarie. En 1998, il émet l'idée d'une unification de l'Adjarie avec la région voisine de Samtskhé-Djavakhétie et en 2003, celle d'une Géorgie fédérale dont l'ensemble Adjarie plus Samtskhé-Djavakhétie serait l'une des composantesThomas Balivet, Géopolitique de la Géorgie : Souveraineté et contrôle des territoires, coll. « L'Harmattan », 2005 , sq.

À la fin des années 1990, son emprise sur sa république est incontestée. À la tête du parlement adjar depuis 1991, il est élu président de l'Adjarie au suffrage universel avec 93 % des voix en 1998. L'année suivante, son parti, l'Union pour la renaissance démocratique, remporte trente sièges au parlement géorgien (sur deux-cent-trente-cinq).

Mais à partir de 2003, une opposition interne à l'Adjarie se structure. Le 27 décembre 2003, l'alliance de l'opposition prend le nom de Notre Adjarie. Le 27 janvier 2004, le parti d'opposition Adjarie démocratique est fondé et Édouard Sournamidzé en devient président. Le 3 février naît le mouvement étudiant Kmara (en géorgien, ქმარა! : Assez !). Aslan Abachidzé réagit en créant sa propre milice, dont les membres sont surnommés « les Hommes en noir », en référence à la couleur de leurs uniformes.

La crise du printemps 2004 Après la révolution des roses, le nouveau président géorgien Mikheil Saakachvili décide de reprendre en mains l'Adjarie. Le 14 mars 2004, il est refoulé à la frontière et ne peut pénétrer en Adjarie. Il répond en décrétant un blocus partiel de la république autonome et met les troupes géorgiennes en état d'alerte. Le 18 mars, Aslan Abachidzé fait mine de céder et passe un accord avec le président Saakachvili. Il s'engage à organiser des élections libres, à garantir le libre accès de l'Adjarie aux autorités géorgiennes, à verser au gouvernement central les impôts et taxes qui lui sont dus et à dissoudre les milices. Mais le 28 mars, lors des élections législatives géorgiennes, les fraudes se multiplient en Adjarie, où des bureaux de vote sont attaqués. Le 24 avril 2004, le gouvernement central proclame l'état d'urgence en Adjarie. Le 2 mai, Aslan Abachidzé fait dynamiter des ponts sur la rivière Tchokoli par la milice adjare, le président géorgien lui répond par un ultimatum, lui donnant dix jours pour se soumettre à la loi géorgienne. Les manifestations hostiles au régime d'Aslan Abachidzé prennent de l'ampleur à Batoumi — personnes le 5 mai —, tandis que les défections se multiplient dans les rangs de la police. Finalement lâché par la Russie elle-même, Aslan Abachidzé abandonne le pouvoir le 6 mai 2004 et s'envole pour Moscou.

La normalisation des relations avec le gouvernement central Le 20 juin 2004, les élections législatives en Adjarie sont largement remportées par le parti Adjarie victorieuse, qui soutient le Mouvement national du président Saakachvili, avec 72,1 % des voix.. Le juillet, le parlement géorgien adopte des textes limitant l'autonomie de l'Adjarie. Ces textes précisent que c'est le président géorgien qui propose le nom du premier ministre adjar, et que le parlement géorgien peut suspendre les décisions du parlement adjar. Le 20 juillet, Levan Varchalomidzé, ancien directeur des chemins de fer géorgiens, devient premier ministre de l'Adjarie.

La base russe de Batoumi, sur laquelle Aslan Abachidzé s'était appuyé pendant des années, demeurait une source de tensions entre la Géorgie et la Russie. L'accord conclu le 31 mai 2005 entre la Géorgie et la fédération de Russie sur l'évacuation des bases militaires russes implantées en Géorgie prévoit un début de retrait de la base de Batoumi dès l'année suivante. Celui-ci s'achève le 15 novembre 2007, avec un an d'avance sur la date limite prévue dans les accords de Sotchi.

En janvier 2007, Aslan Abachidzé est condamné par contumace à quinze ans de prison pour détournements de fonds par le tribunal de Batoumi. En juillet 2007, dans une démarche de décentralisation, le siège de la Cour constitutionnelle géorgienne est transféré de Tbilissi à Batoumi.

En octobre 2012, après la victoire de la coalition d'opposition le Rêve géorgien aux élections législatives nationales et régionales, Artchil Khabadzé succède à Levan Varchalomidzé à la tête de la république autonome d'Adjarie.