Jean-François Revel, né Ricard le à Marseille et mort le au Kremlin-Bicêtre., est un journaliste et essayiste libéral français.

Personnalité médiatique française, collaborateur de périodiques français et étrangers, cet éditorialiste dirigea de 1978 à 1981 le magazine d'information L'Express. Auteur de nombreux essais publiés en France et dans d'autres pays, adepte ardent du pamphlet qui entraine le débat d'idées sur le mode polémique et directeur de collections, il a été élu à l'Académie française en 1997. C'est aussi un critique d'art.

Partisan d'une gauche social-démocrate et antigaulliste dans les années 1960, il se fait ensuite le défenseur de la démocratie libérale et le contempteur de l'esprit totalitaire communiste ou procommuniste.

Dix-huit ans après sa mort, une série d'articles parus dans Libération en rapporte qu'il aurait fait partie entre 1977 et 1980 d'un réseau de pédocriminalité constitué de plusieurs personnalités du milieu intellectuel parisien, l'affaire de la rue du Bac. Une enquête préliminaire du Parquet est en cours depuis le .

Biographie Jeunesse et formation Jean-François Ricard naît le à Marseille, dans une famille d’origine lyonnaise par son père et franc-comtoise par sa mère.

Il vit un temps aves ses parents en Afrique au Mozambique, alors colonie portugaise, où son père a obtenu une . Cela lui permet de parler le portugais. Il revient en France en 1929Jean-François Revel, Mémoires, édition intégrale, Robert Laffont, 2018, .. Après des études à Marseille, à l'École de Provence tenue par les Jésuites., et un séjour au Royaume-Uni en 1937-1938 pour perfectionner son anglais, il entre en classe préparatoire littéraire au lycée du Parc à Lyon en 1941, en zone sud. Il s'éloigne alors de sa famille à la fois géographiquement et politiquement, car son père est partisan du régime de Vichy alors que lui ne l'est pas.. Il intègre à Paris l’École normale supérieure, section lettres, en 1943..

Il s'engage dans la RésistanceNotice en ligne de l'Encyclopædia Universalis.Roger-Pol Droit, « Jean-François Revel, écrivain », Le Monde, 2 mai 2006.Notice REVEL Jean-François, né RICARD par Philippe Boulanger, maitron.fr.. À Lyon tout d'abord, alors qu'il est en khâgne, à partir de , avec une modeste action de , au service d'un réseau animé par un enseignant, Auguste Anglès, selon ses mémoires, puis à Paris à partir de l'automne 1943, sous les ordres de Pierre Grappin, autre universitaireJean-François Revel, Le voleur dans la maison vide. Mémoires, Plon, 1997, .. À la Libération, il est brièvement chargé de mission au commissariat de la République de la région Rhône-Alpes..

Carrière Revel est d'abord enseignant, en Algérie française, à l'étranger ensuite puis en France métropolitaine. Il est professeur à l’Institut supérieur franco-musulman de Tlemcen (1947-1948), une « medersa » selon ses dires, où les élèves étaient tous « algériens »Jean-François Revel, Le voleur dans la maison vide. Mémoires, Plon, 1997, ..

Ensuite, après Jean-François Revel, Le voleur dans la maison vide. Mémoires, Plon, 1997, . passées en France métropolitaine, il est professeur de philosophie au lycée français de Mexico et à l’Institut français de Mexico de 1950 à 1952, puis enseigne à Florence en Italie de 1952 à 1956, ce qui lui permet de maitriser l'espagnol et l'italienJean-François Revel, Le voleur dans la maison vide. Mémoires, Plon, 1997, .. En Italie, il enseigne à la fois à l’Institut français de Florence, où il donne des cours d'histoire et d'histoire de l'art, et à la faculté des langues vivantes de l'université de cette ville toscane, en tant que lecteur de français. Il en profite pour s'intéresser au patrimoine artistique italien et fréquenter les milieux culturels de ce paysOlivier Forlin, Les intellectuels français et l'Italie, 1945-1955. Médiation culturelle, engagements et représentations, L'Harmattan, 2006, .. Il fréquente aussi des collègues comme André Fermigier, qui devient un ami. Fermigier et le Britannique Jacob Bean sont ses guides en matière d'histoire de l'art italienJean-François Revel, Mémoires, édition intégrale , Robert Laffont, 2018, ..

Il revient ensuite en France où il est reçu à l'agrégation de philosophie. en 1956., plus tardivement donc que certains de ses anciens camarades de « Normale Sup ». Il enseigne la philosophie au lycée Faidherbe à Lille (1957-1959) puis au lycée Jean-Baptiste-Say à Paris (1960-1963). Il quitte l'Éducation nationale en 1963 et se consacre désormais uniquement à l'écriture de livres, d'essais surtout, au journalisme et à l'édition.

Il adopte, par auto-dérision, le pseudonyme « Revel », du nom du restaurant parisien Chez Revel.. Il obtient ensuite du ministère de la Justice et du Conseil d'État le droit de modifier son patronyme pour prendre légalement le nom de Revel« Les handicapés du patronyme », Le Monde, 19 novembre 1979..

Auteur d'un roman, il a commencé à être publié en France en 1957, à 33 ans. Il se fait connaître la même année par un essai incisif, Pourquoi des philosophes ?. Ses essais rencontrent souvent un large succès de librairie et sont publiés à l'étranger.

Il est aussi journaliste depuis le début des années 1960 : il est d'abord rédacteur en chef des pages littéraires de France-Observateur, de 1960 à 1963, et collabore de manière très régulière à la revue d'art L'Œil, de 1961 à 1967. Il entre au Figaro littéraire, pour trois ansJean-François Revel, Mémoires. édition intégrale, Robert Laffont, 2018, . Il y écrit avoir collaboré à France-Observateur durant 5 ans., puis à L'Express en 1966, après avoir donné quelques articles épisodiques auparavant à cet hebdomadaire de la gauche libérale. Il y est d'abord éditorialiste littéraire, rendant compte d'essais, de livres politiques et de littérature. Il est ensuite à partir de 1971 éditorialiste politiqueRémy Rieffel, La Tribu des clercs. Les intellectuels sous la République, Calmann-Lévy, CNRS éditions, 1993..

Il est parallèlement conseiller littéraire aux éditions Julliard, de 1960 à 1965 puis chez Robert Laffont, de 1965 à 1977. Chez Julliard, il dirige une nouvelle collection consacrée à l'histoire de l'art à partir de 1962« Echos », Le Monde, 30 juin 1962, André Chastel, « Histoires de l'art », Le Monde, ., destinée à faire connaitre les classiques étrangers de l'histoire de l'art en les traduisantJean-François Revel, Mémoires, édition intégrale, Robert Laffont, 2018, ., et une collection de poche « Littérature », qu'il a fondée en 1963 pour diffuser des ouvrages classiques introuvables et moins connus que les grands chefs-d'œuvre« Les collections dirigées par J.-F. Revel sont arrêtées chez Julliard », Le Monde, 30 juin 1965.. Il fonde et dirige aussi la collection « Libertés » chez l'éditeur Jean-Jacques Pauvert, de 1964 à 1968, puis chez Robert Laffont.. Cette collection publie ou réédite des pamphlets. En 1974, il permet à René Schérer de publier Émile perverti, un livre exposant pour la première fois ce qu'il appelle le "système de l'enfance" .

Après la publication de son essai Pour l'Italie en 1958, il collabore à plusieurs périodiques dans ce pays, à l'hebdomadaire L'Espresso d'abord, au quotidien La Stampa de 1972 à 1976, enfin au quotidien Il Giornale de son ami le journaliste Indro Montanelli, jusqu'au départ de ce dernier en 1994Olivier Forlin, Les intellectuels français et l'Italie, 1945-1955. Médiation culturelle, engagements et représentations, L'Harmattan, 2006, . et à l'autre quotidien fondé par Montanelli en 1994, La VoceJean-François Revel, Mémoires, édition intégrale, Robert Laffont, 2018, ..

En , à la suite du rachat de L'Express par le milliardaire James Goldsmith, il devient le directeur de la rédaction de ce magazine qui accueille alors un autre intellectuel libéral, Raymond Aron. Il le quitte en , dans le contexte de l'élection de François Mitterrand à la présidence de la République, en signe de solidarité avec son ami Olivier Todd, rédacteur en chef, licencié par le propriétaire du journalPage 644 de l’édition intégrale des Mémoires de Jean-François Revel (Robert Laffont, )...

En 1982, il rejoint ensuite, en tant qu'éditorialiste, le magazine hebdomadaire Le Point, dirigé notamment par Claude Imbert, un ancien de L'Express. Comparant ces deux magazines, il écrit dans ses mémoires : Jean-François Revel, Mémoires, édition intégrale, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2018, ..

Il est aussi chroniqueur à la radio Europe 1 (1989-1992) puis à RTL (1995-1998). Ses textes sont aussi publiés dans la revue de son ami Pierre Nora Le Débat et dans la revue libérale Commentaire. Il collabore aussi à la revue anticommuniste Est-Ouest, après la mort de son fondateur Georges Albertini en 1983. Cette revue est publiée sous l'égide de l'Institut d'histoire sociale..

En Espagne, il collabore au quotidien ABCabc.es, « Muere, a los 82 años, el pensador y periodista Jean-François Revel, conciencia liberal de Francia », mai 2006.

Engagement politique Tenant d'une gauche démocratique et antigaulliste dans les années 1950 et 1960, il adhère au Parti socialiste unifié (PSU), comme d'autres membres de la rédaction de France-ObservateurJean-François Revel, Le voleur dans la maison vide. Mémoires, Plon, 1997, ., à la Convention des institutions républicaines (CIR) de François MitterrandMichèle Cotta, Ma Cinquième, tome I, Paris, Bouquins, coll. « Mémoires », 2023, .« LA CONVENTION DES INSTITUTIONS RÉPUBLICAINES A ÉLU SES INSTANCES DIRIGEANTES », Le Monde, 31 janvier 1967. et à la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS) fondée et présidée par Mitterrand en 1965. Il est membre du comité directeur du CIRJean-François Revel, Le voleur dans la maison vide. Mémoires, Plon, 1997, : Il l'ignorait alors selon ses mémoires.. Aux élections présidentielles de 1965, il annonce voter pour Mitterrand contre de Gaulle : Lorsque Mitterrand met en place en 1966 un contre-gouvernement sur le modèle du « shadow cabinet » de l'opposition britannique, Revel est désigné contre-ministre de la cultureMichèle Cotta, Ma Cinquième, tome I, Paris, Bouquins, coll. « Mémoires », 2023, .« Le contre-gouvernement étudie les problèmes économiques et culturels », Le Monde, 9 février 1968.. Il se présente aux élections législatives de en tant que candidat de la FGDS, dans les Hauts-de-Seine, sans succès.. : il ne parvient pas au second tour, comme Mitterrand le lui avait préditJean-François Revel, Le voleur dans la maison vide. Mémoires, Plon, 1997, .. Il ne suit pas Mitterrand lorsque ce dernier devient socialiste et prend la tête du Parti socialiste en 1971.

Durant la guerre d'Algérie, il cosigne en 1960 le Manifeste des 121, qui dénonce l'action de l'armée française en Algérie, prône l'indépendance de l'Algérie et soutient les Français qui refusent de ou qui . Ultérieurement, il justifie sa signature en soulignant que son anticolonialisme est fondé sur sa connaissance de l'Algérie coloniale et son hostilité aux politiques coloniales des gouvernements français :

Il affirme aussi :

En 1966, il cosigne un appel de personnalités de gauche demandant la constitution de , dans le contexte de la guerre du Vietnam et de la contestation de l'intervention américaine. L'appel est animé par Claude Bourdet, fondateur de France-Observateur« Pour la constitution de " comités de soutien au peuple vietnamien " », Le Monde, 14 mai 1966.Bernard Brillant, Les clercs de 68, PUF, 2015.. En , il cosigne un autre appel de personnalités appelant à la contre et à (OTAN)« CUBA, VIETNAM ET O.T.A.N. », Le Monde, 8 février 1968.. La même année, il fait partie du « Comité de la gauche pour la paix négociée au Moyen-Orient », initié notamment par Marek Halter au lendemain de la guerre des Six Jours« LE COMITÉ DE LA GAUCHE POUR LA PAIX NÉGOCIÉE SUGGÈRE DES POURPARLERS ENTRE LES REPRÉSENTANTS DU PEUPLE PALESTINIEN ET CEUX D'ISRAËL », Le Monde, 11 mars 1968...