La bataille de Balaklava est un affrontement de la guerre de Crimée qui a lieu le entre l'armée russe et une coalition franco-britanno-ottomane pendant le siège de Sébastopol. Le but de l'armée russe, commandée par Pavel Liprandi, est de détruire la chaîne logistique des alliés en coupant la ligne de communication entre le port de Balaklava et les troupes assiégeants la ville. Malgré son caractère vital, cette ligne n'est en effet protégée que par quelques redoutes et un effectif réduit et, bien que Liprandi l'ignore probablement, les Britanniques sont affaiblis par le manque de compétence et les divisions au sein de leur commandement.
Disposant d'une importante supériorité numérique, notamment en artillerie et en cavalerie, les Russes s'emparent rapidement des redoutes et des crêtes, mais ne peuvent progresser au-delà après avoir été mis en échec par le 93rd Sutherland Highlander et une charge de la brigade lourde de cavalerie. Bien que la situation tactique n'évolue plus à partir de ce point, la bataille est marquée par le massacre quelques heures plus tard de la brigade légère au cours d'une charge inutile, qui inspire à Pierre Bosquet la phrase « C'est magnifique, mais ce n'est pas la guerre : c'est de la folie ».
Dans l'ensemble le résultat de la bataille est mitigé pour les deux camps. Les Russes peuvent se prévaloir de la destruction des redoutes et de la brigade légère, mais ils échouent à remplir leur principal objectif. De leur côté les Britanniques parviennent à maintenir leur ligne de ravitaillement, mais la perte de la moitié de leur cavalerie constitue un handicap pour les combats futurs.
Contexte vignette|Le camp de l’armée britannique à Balaklava, avec le port à l’arrière-plan. Depuis le début du , l'Empire russe cherche à conquérir les Balkans ainsi que le détroit du Bosphore, alors possessions de l'Empire ottoman, afin de contrôler l'accès à la Méditerranée pour sa flotte de la mer Noire. Cette ambition se heurte néanmoins aux autres puissances européennes, notamment le Royaume-Uni, qui ne souhaitent pas voir la Russie devenir encore plus menaçante en Méditerranée.
En 1853, utilisant un conflit autour des lieux saints de Jérusalem, le tsar Nicolas envahit la Valachie et la Moldavie pour, selon lui, défendre les chrétiens. En réponse, l'Empire ottoman déclare la guerre à l'Empire russe le . Pressée par l'opinion publique de porter secours aux Ottomans, la reine Victoria déclare la guerre à la Russie le et est rejointe par la France le .
Peu après l'arrivée des corps expéditionnaires français et britanniques, les Russes évacuent début août les provinces ottomanes occupées et se replient dans leurs frontières, rendant donc inutile l'intervention militaire. Toutefois, sous la pression populaire, les politiciens français et britanniques décrètent qu'il est nécessaire de donner une leçon à la Russie en détruisant les installations portuaires de Sébastopol et la flotte russe. Ainsi, à partir du les troupes alliées commencent à débarquer dans la baie de Kalamita, près d'Eupatoria, d'où elles se mettent en route pour Sébastopol le . Sur le trajet, elles se heurtent à l'armée russe à la bataille de l'Alma, qu'elles remportent, non sans pertes toutefois.
L'armée alliée contourne ensuite la ville pour l'assiéger du côté sud. Les Britanniques s'emparent du petit port de Balaklava le qui sert à partir de ce moment de point d'entrée à leur ravitaillement. Les Français font de même dans la baie de Kamiesch. Ni les uns ni les autres ne sont toutefois vraiment conscients que le gros de l'armée russe sous le commandement du prince Menchikov, a quitté la ville et a traversé la rivière Tchorna pour se réfugier à l'est, d'où ils peuvent attendre davantage de renforts et menacer le flanc droit allié. Menchikov identifie rapidement une faiblesse dans le dispositif britannique : non pas le port de Balaklava, qui est bien protégé par les montagnes qui l'entourent, mais la ligne de communication partant de celui-ci. Sa cible est donc le village de Kadikoi, dont la prise couperait totalement l'approvisionnement britannique. Le soir du , un espion prévient les Britanniques qu'ils seront attaqués le lendemain par une importante armée ; le commandant général des forces britanniques, FitzRoy Somerset, choisit cependant d'ignorer l'avertissement, considérant qu'il s'agit d'une fausse information.
Champs de bataille Le port de Balaklava est peu pratique, se trouvant à l’extrémité d’un chenal étroit comportant un coude en son milieu et bordé à l’est et à l’ouest de reliefs escarpés. Seul un front de mer d’environ de large est praticable et permet de quitter la gorge par un défilé partant d’abord vers l’ouest jusqu’au village de Kadikoi, puis vers l’est, où il débouche dans une grande vallée orientée est-ouest. Celle-ci est divisée longitudinalement en deux parties par une élévation de terrain d’environ de haut, sur laquelle se trouve une route, dite « route de Woronzov ». La moitié sud est fermée à l’est par des hauteurs surplombant le village de Kamara, d’où un autre défilé mène à la vallée de Baidar, tandis que de l’autre côté de la moitié nord, qui est délimitée à l’ouest par la crête de Sapoune, se trouvent les collines de Fedioukine.
La crête sur laquelle serpente la route de Woronzov est fortifiée par cinq redoutes, espacées d’environ . Une sixième est disposée un peu à l’écart au sud-est, sur la colline de Canrobert, de sorte à prévenir le débordement du dispositif par l’est. Les travaux sont toutefois encore en cours au moment de la bataille et les deux redoutes les plus à l’ouest ne sont pas terminées.
Forces en présence Alliés vignette|Ordre de bataille des Alliés. Le commandant général des forces britanniques est FitzRoy Somerset, dit aussi Lord Raglan, Master-General of the Ordnance du Royaume-Uni. Bien qu'il ait combattu à la bataille de Waterloo, où il a perdu un bras, Somerset a fait l'essentiel de sa carrière dans des bureaux et la guerre de Crimée constitue sa première expérience de commandement d'armée. Il dispose pour la bataille de la division de cavalerie et de la garnison des défenses de Balaklava, ainsi que des première et quatrième divisions d'infanterie. Ces dernières, commandées par Georges de Cambridge, ne jouent toutefois presque aucun rôle dans la bataille.
La garnison est sous le commandement de Colin Campbell et forme deux lignes de défenses. La défense extérieure du port est assurée par les redoutes se trouvant le long de la route, qui sont gardées par deux bataillons et demi ottomans, encadrés par des sous-officiers britanniques, pour un total d'environ mille cinq cents hommes et neuf canons de . La ligne de défense intérieure est composée de six compagnies du Highlander et d'un bataillon ottoman disposés sur une colline au nord de Kadikoi. Le reste du 93rd est déployé avec mille deux cents Royal Marines sur les hauteur à l'est et au nord-est de Balaklava. Le total des troupes assignées à la ligne intérieure est ainsi d'environ deux mille cinq cents hommes, appuyés par vingt-six canons.
La division de cavalerie est placée sous le commandement de George Bingham, comte de Lucan et est divisée en deux brigades. La brigade lourde, commandée par James Yorke Scarlett, comprend plusieurs régiments de dragons : le 1st The Royal Dragoons, le Royal Scots Greys, le Royal Irish Dragoon Guards, le Dragoon Guards, ainsi que le . La brigade légère est sous la direction de James Thomas Brudenell, dit Lord Cardigan, et comprend le Own Hussars, le Royal Irish Hussars, le , le et le . La division, qui compte au total mille cinq cents hommes et six canons, campe à l'extrémité ouest de la vallée méridionale et son rôle est de servir de défense mobile en cas d'attaque sur le port. Le commandement de la division est cependant fortement affaibli par la faible popularité de ses officiers et les antagonismes entre eux. Ainsi, non seulement George Bingham et James Thomas Brudenell se détestent, mais ils sont également peu appréciés de leurs hommes. Ce dernier en particulier est considéré excessivement arrogant alors qu'il n'a aucune expérience militaire.
À l'extrémité ouest du champ de bataille, les Français, commandés par le général Canrobert, sont installés sur la crête de Sapoune. Ils sont divisés en deux groupes : le corps d'observation du général Bosquet compte quatre mille soldats d'infanterie et est positionné au nord de la crête, à hauteur de la division de cavalerie britannique ; plus loin, en direction de Sébastopol, se trouve la brigade de cavalerie, commandée par le général d'Allonville, et composée des et régiment de chasseurs d'Afrique.
Russes Les Russes comptent environ vingt-cinq mille hommes, que Menchikov a détaché de l'armée principale et confiés au commandement de Pavel Liprandi.
Le centre russe est commandé par Semiakin et divisé en deux colonnes, qui doivent attaquer de front les trois redoutes les plus à l'ouest du dispositif britannique. Celle de gauche est commandée par Semiakin lui-même et comprend le régiment d'Azov, un bataillon du régiment du Dniepr et une compagnie du bataillon de fusiliers, pour un total cinq mille hommes et dix canons. La colonne de droite comprend quant-à elle trois bataillons du régiment d'Ukraine, soit trois mille hommes et huit canons, commandés par le général Levutski.
L'aile gauche russe est composée de trois bataillons du régiment du Dniepr, un escadron de uhlans et deux sotnias de cosaques du Don, pour un total de trois mille hommes et dix canons. Commandée par le général Gribbe, elle doit attaquer le village de Kamara par l'ouest puis, de là, attaquer la ligne de défense extérieure britannique par le flanc. L'aile droite est commandée par le colonel Skiuderi. Comptant le régiment d'Odessa, quatre sotnias de cosaques du Don et une compagnie du bataillon de fusiliers, soit quatre mille hommes et douze canons, elle doit concentrer son attaque sur la redoute centrale.
Par ailleurs, le général Zhaboritski commande une force de soutien formée par les régiments de Vladimir et Susdal, auxquels s'ajoutent quatre compagnies du bataillon de fusiliers, deux escadrons du régiment Ingermanland et deux sotnias de cosaques du Don, soit cinq mille hommes et dix canons. Ce puissant élément doit prendre position dès le début de la bataille sur les collines de Fedioukine pour empêcher les Français d'intervenir. Liprandi dispose également d'un important élément de cavalerie composé de huit escadrons du régiment de Kiev, six escadrons du régiment Ingermanland et six sotnias de cosaques de l'Oural. Les trois mille hommes et seize canons sont commandés par le général Ryzhov et doivent s'élancer dans la vallée méridionale sitôt le périmètre extérieur britannique neutralisé.
Enfin, les Russes ont également une petite réserve de deux mille hommes et douze canons : un bataillon du régiment d'Ukraine, une compagnie du bataillon de fusiliers et cinq escadrons d'uhlans. Ces troupes ne sont toutefois pas totalement disponibles : elles doivent en effet garder le pont Traktir, sans lequel les Russes ne pourraient pas se replier en cas de besoin.
Bataille Prise du périmètre extérieur thumb|Plan de la bataille de Balaklava.