Roger Degueldre, né le à Louvroil (Nord) à quelques kilomètres de la frontière belge et fusillé au fort d'Ivry (région parisienne), le , est un officier qui fut condamné à mort le par la Cour militaire de justice pour les nombreux attentats dont il fut jugé responsable en tant que fondateur et numéro un des commandos Delta de l'Organisation armée secrète (OAS) pendant la guerre d'Algérie.

Lieutenant du étranger de parachutistes, il avait déserté quatre mois avant le putsch des généraux d', puis a rejoint l'OAS. Sa compagne, Nicole Gardy, également condamnée à mort, s'est enfuie avec sa famille en Amérique du Sud, où elle a acheté des terres à la frontière entre le Paraguay et l'Argentine.

Biographie Jeunesse Né d'un père manœuvre à la SNCF et d'une mère au foyer, sa famille se réfugie en zone libre dans le sud de la France pendant l'occupation allemande.

Armée Libération Le à Marseille, il s'engage dans la Légion étrangère, sous un faux nom de famille, une fausse nationalité et une date de naissance modifiée de quelques mois : Roger « Legueldre », né le à Gruyères, dans la Confédération suisse.

Par décision ministérielle, il reprendra dix ans plus tard son identité le après avoir été naturalisé français.

Dès ses débuts en Indochine en 1948, il est promu maréchal des logis, au étranger de cavalerie« Degueldre Roger », Pieds-Noirs d'hier et d'aujourd'hui, 154, juillet-août 2007, le régiment des cavaliers légionnairesLes Résistants : de la guerre de l'ombre aux allées du pouvoir 1944-1989. Fayard, 1989, par Rémi Kauffer et Roger Faligot., puis maréchal des logis-chef, près de 3 ans après son incorporation.

Indochine Pendant la guerre d'Indochine, il porte secours le , lors d'un accrochage dans le delta du Mékong, à son supérieur direct, le capitaine Hervé Le Barbier de Blignières, ce qui lui vaut la médaille militaire et la croix de guerre des Théâtres d'opérations extérieurs.

Chef d'état-major de l'OAS en France en 1960-1961, Blignières sera arrêté en et condamné en à six ans de prison. C'est lors de son sauvetage en 1950 par Degueldre qu'est née l'amitié entre les deux militaires, a souligné le journaliste Rémi Kauffer. Pendant la guerre d'Algérie, le premier va , quand le second à , alors seulement .

En 1954, après la défaite de Điện Biên Phủ, Degueldre est muté au étranger parachutiste, ancêtre du étranger de parachutistes .

Guerre d'Algérie

Degueldre participe ensuite à la guerre d'Algérie. Fait chevalier de la légion d’honneur le , il est promu lieutenant en .

Le colonel Godard veille à ce qu'il soit l'adjoint du patron des services de contre-terrorisme en Algérie. Mais plus tard, le même colonel Godard affichera cependant une .

OAS

C'est Degueldre, selon de nombreuses sources, qui a donné à l'OAS, groupe terroriste clandestin s'opposant à la fin de la guerre d'Algérie, son poids et son influence. Il est en principe numéro 2 de la branche armée, les "commandos Delta", autour desquels est bâtie l'OAS, mais en réalité le vrai leader. Des assassinats sont effectués après ses ordres écrits.

Au cours de l'année 1961, il est le créateur et responsable des commandos Delta, bras armé de l'Organisation de l'armée secrète, qui ont exécuté la plus grande partie de ses attentats. Delta était son indicatif radio. Le commando Delta 1 dont faisaient partie le sergent Dovecar, Claude Piegts, Marc Ténard et Karl Pietri, entre autres s'est chargé de l'élimination du commissaire Gavoury le . L'ordre venait de Canal qui voulait "punir" le gouvernement pour la condamnation des généraux Zeller et Challe. Le général Salan a condamné cet assassinat qui a dressé toute la police contre l'OASGeorges Fleury, Histoire de l'OAS, Grasset, 30 oct. 2002, 1048 pages, Partie V La montée en puissance, ch. 37 : L'OAS élimine le commissaire Gavoury, pp. 344 à 357.  

p. 353 : "Godard et Salan, réagissant encore une fois en militaires et non en révolutionnaires, ne se rejoignent que dans la condamnation de l’assassinant du commissaire Gavoury. Cette exécution n’est pour eux qu’un crime gratuit et crapuleux qui risque de déconsidérer la cause de l’Algérie française. Et ils n’ont pas tort car, en métropole, de leur directeur Michel Hacq au dernier planton de la rue des Saussaies, elle dresse contre l’OAS tous les policiers de la PJ.".

Parmi les nombreux attentats réalisés, il tente d'achever sur son lit d'hôpital l'ex-résistant Gaston Pernot, un gaulliste opposé à la guerre. Le près d'Alger, un « commando Delta » pénètre au centre d'éducation social (CES) de Château-Royal, service de l'éducation nationale créé par la résistante Germaine Tillion. Une trentaine de salariés des CES, accusés de sympathie pour la rébellion algérienne, arrêtés en 1956 puis en 1959, avaient été relaxés, sauf 4 condamnés à de courtes peines de prison. Les six cadres des CES présents dans la salle, alignés contre un mur de la cour et assassinés à l'arme automatique étaient : Marcel Basset, directeur du Centre de formation de l'éducation de base à Tixeraïne, ancien résistant du réseau « Voix du Nord »; Robert Eymard, ancien instituteur et chef du bureau d'études pédagogiques aux CSE ; Mouloud Feraoun, directeur adjoint au chef de service des CSE, ancien instituteur et écrivain ; Ali Hammoutène, inspecteur de l'Éducation nationale, directeur adjoint aux CSE et ancien instituteur ; Max Marchand (né en 1911), inspecteur d'académie, chef de service et ancien instituteur, croix de guerre et croix de la valeur militaire; Salah Ould Aoudia, ancien instituteur et inspecteur des centres de la région Alger-Est.

Arrestation, procès et exécution Roger Degueldre est arrêté le Georges Fleury, Histoire de l'OAS, Grasset, 30 oct. 2002 - 1048 pages Ch 68 L’arrestation de Degueldre pp. 663 - 675. Condamné à mort par la cour militaire de justice le , puis fusillé peu après, le au fort d'Ivry. Jean-Louis Tixier-Vignancour et Denise Macalgne, les avocats qui assistaient Degueldre, ont déposé sans succès une requête aux fins de renvoi pour cause de suspicion légitime, devant la Cour de cassation. Ils avaient consulté l'un et l'autre deux avocats au Conseil d'État, envisageant un recours, mais se virent répondre que la rendait difficile d'obtenir une date pour plaider assez rapprochée. plaide lors du procès l'avocat général Gerthoffer.

Pendant le procès., l'accusé est reconnu coupable sans circonstances atténuantes de tous les crimes qui lui étaient reprochés.

Degueldre fut le troisième condamné à mort exécuté pour des crimes commis au nom de l'OAS. Un mois plus tôt, Albert Dovecar et Claude Piegts avaient été fusillés ensemble le au fort du Trou-d'Enfer après avoir été condamnés pour l'assassinat du commissaire Roger Gavoury. Huit autres membres des commandos Delta, , comparaissent plus tard, fin , pour des faits qui leur furent déjà reprochés lors du procès Degueldre : 17 attentats commis à Alger de juillet à , puis l'assassinat d'Alfred Fox, attaché maritime au consulat de Grande-Bretagne à Alger, le .

Polémiques Date de la désertion Roger Degueldre n'a pas déserté l'armée française lors du putsch des généraux d'Alger mais 4 à 5 mois avant, afin de préparer ce putsch. Le quotidien Le Monde du a publié une lettre de Jean-Philippe Ould Aoudia, fils de Salah Henri Ould Aoudia, l'un des six inspecteurs des Centres éducatifs sociaux (CES) assassinés par l'OAS le .., lors de l'attentat dit Assassinat de Château-Royal. La lettre estime que le journal venait de publier un résumé biographique doublement erroné, sous la forme d'une notice de 3 lignes commençant par "Résistant FTP, il s'engage dans la Légion. Il déserte le lors du putsch", alors qu'il n'était pas résistant et que cette désertion s'est en fait produite le , lui permettant de contribuer à la préparation du putsch .

La désertion aurait pu même se produire plus tôt, Degueldre la justifiant aux hommes de son ex-unité dans une circulaire qu'il diffuse en , selon un livre consacré à son ami De Blignères.

Participation alléguée à la Résistance Une lettre de Jean-Philippe Ould Aoudia, publiée dans Le Monde du , affirme que Roger Degueldre n'a jamais été résistant, participant au contraire très jeune à des , et ne rejoignant la Légion étrangère en 1945, sous un faux nom, une fausse nationalité suisse et une date de naissance retouchée, que pour . Rappelant que Degueldre a été seulement , la lettre précise que l'attentat de 1961 contre le père de Jean-Philippe Ould Aoudia visait un service de l'Éducation nationale fondé par l'ex-résistante Germaine Tillion, deux des quatre Européens également tués étant d'anciens résistants : Max Marchand, croix de guerre et croix de la valeur militaire et Marcel Basset, ancien du réseau « Voix du Nord ».

En 1962, l'article du Monde annonçant l'arrestation de Roger Degueldre ne mentionnait pas qu'il s'agit d'un ancien résistant, précisant au contraire dès les premières lignes qu'il dément avoir appartenu à la division SS Wallonie, créée en par l'occupant allemand et Fernand Rouleau, bras droit de Léon Degrelle"Le dernier héritier de Léon Degrelle" par Paul Vaute le 05-07-2003 dans La Libre Belgique, pour enrôler des rexistes belges sur le front de l'Est, ouvert par la rupture du pacte germano-soviétique. Ignorant que Degueldre ne fut naturalisé français qu'en 1950, le quotidien estimait alors qu'il , tout en précisant qu'.

Le journaliste Rémi Kauffer avait au contraire jugé de présenter Roger Degueldre comme , dans un livre de 2002"OAS, histoire d'une guerre franco-française", par Rémi Kauffer, aux éditions du Seuil en 2002, page 154. Kauffer y exhume un témoignage inédit de l'ex-résistant français Roger Pannequin, décédé l'année précédente : Pannequin lui aurait confié dix-sept ans plus tôt, en 1985, que et n'aurait fait que en s'engageant dans la Légion étrangère en 1945.

Dans un autre livre publié beaucoup plus tard, en 2018, Rémi Kauffer ne parle plus d'un Roger Degueldre résistant, et indique que son appartenance à la division SS Wallonie serait à la fois une , propagée dans le cadre d'une , menée par les services secrets est-allemands de la Stasi dès les années 1960, et une , découlant de par Degueldre .

La mention d'une participation de Roger Degueldre à la résistance était apparue pour la première fois dans Le Monde du . Publié une semaine avant son exécution, juste avant sa condamnation et basé seulement sur ses déclarations, l'article contrebalançait ceux de la semaine précédente évoquant les accusations du journal L'Europe réelle de d'avoir été un SS. Selon sa propre version, Degueldre aurait franchi les Pyrénées à 16 ans, entre et , pour tenter de rejoindre puis fait en Espagne, avant de retourner dans le Nord en 1943, avec lequel il , mais n'en , faute de temps ou d'envie.

Participation alléguée à la légion rexiste et aux Waffen SS vignette|Affiche de recrutement de la division SS « Wallonie ». De nombreuses sources, y compris rexistes, considèrent que Roger Degueldre a combattu pendant la seconde Guerre mondiale avec la division SS Wallonie des rexistes belges"The Damned Die Hard" par Hugh McLeave · 1992 aux Editions Bantam Books page 271 , mais le quotidien Le Monde avait tempéré, estimant en 1962 qu'.

Une lettre de Jean-Philippe Ould Aoudia en 2004, protestant contre une notice biographique erronée de Degueldre dans un dossier d'Histoire du "Monde", déclare qu'il y a combattu très jeune, à l'époque où il était encore de nationalité belge, une décennie avant de devenir français. Cette lettre reprend l'enquête publiée en 1992 par Jean-Philippe Ould Aoudia dans la revue universitaire Matériaux pour l'histoire de notre temps puis la même année aux Editions Tirésias« L'assassinat de Château-Royal » par Jean-Philippe Ould Aoudia, en 1992 aux Editions Tirésias.

Personnalité