En grammaire, une conjonction de coordination est un mot-outil invariable, qui unit deux phrases, deux propositions ou, à l'intérieur d'une phrase indépendante, deux éléments de même fonction syntaxique et généralement aussi de même nature grammaticale. À la différence de la conjonction de subordination, qui établit une hiérarchie entre les éléments, la conjonction de coordination réunit des éléments de même niveau syntaxique. Les conjonctions de coordination font partie de la grande famille des connecteurs logiques en français.
Ces conjonctions possèdent trois caractéristiques, qui permettent de les distinguer des adverbes : elles ont une place fixe, généralement entre les éléments qu'elles sont chargées d'unir ; elles sont de purs liens, sans fonction à l'intérieur de la phrase ; enfin elles ne peuvent, en se juxtaposant, se combiner entre elles. Le non-respect de ces trois critères par donc a justifié son exclusion des conjonctions de coordination par les grammairiens modernes.
Traditionnellement, les grammaires classent les conjonctions de coordination en fonction de critères sémantiques : copulatives (et, ni), qui marquent la simultanéité ou l'addition, disjonctive (ou), qui marque un choix, adversative (mais), qui marque l'opposition, causale (car) et déductive ou transitive (or), ou inclusive (pour tout X).
Liste des conjonctions de coordination Les grammaires scolaires françaises donnent la liste suivante des conjonctions de coordination : « car », « et », « mais », « ni », « or », « ou » (donc n'est plus considéré comme une conjonction de coordination notamment dans les programmes scolaires français depuis 2020, voir plus bas). Des phrases mnémotechniques permettent de se souvenir de cette liste canonique : Mais où est Ornicar en est une. Une autre formule, , est davantage utilisée dans les écoles primaires et secondaires du Québec. À cet égard, un groupe de musique québécois, Les Dales Hawerchuk, a composé et interprété en 2009 une chanson mettant à l'honneur cette formulation.. Dans les deux cas, ces phrases peuvent se révéler trompeuses : il s'agit de et et ou, et non de est (verbe être) et où (qui dénote le lieu).
La conjonction de coordination est le coordonnant type, elle n'a qu'un seul rôle : établir un lien de coordination entre deux éléments. Il existe d'autres coordonnants, qui sont des adverbes ou des locutions adverbiales, qualifiés : selon, vraiment, comme, et qui possèdent des emplois plus larges. Certains de ces coordonnants, appelés « adverbes anaphoriques », réalisent un balisage textuel (auparavant, d'abord, ensuite, puis, alors, enfin, finalement, etc.), organisant le discours et facilitant l'orientation du lecteur. D'autres coordonnants marquent certains rapports argumentatifs (c'est pourquoi, en effet, dans ce cas, ainsi, aussi, néanmoins, alors, au contraire, d'ailleurs, etc.). Dans certains cas, ils jouent pleinement le rôle des conjonctions de coordination et peuvent alors se substituer à elles : « Il dit qu'il connaît parfaitement Marseille, {mais | pourtant} il n'y est allé qu'une seule fois. » « Vous ne le trouverez pas chez lui, {car | en effet} je viens de le croiser dans la rue. » « On savait que c'était Swann ; {mais | } tout le monde se regarda d'un air interrogateur. » Proust, Du côté de chez Swann « Ses bras se levèrent, sa tête peu à peu se renversait, | puis} il tomba évanoui sur le carreau. » Flaubert, Bouvard et Pécuchet Ces coordonnants se distinguent toutefois des conjonctions de coordination, car ils ne satisfont pas les caractéristiques de celles-ci données plus haut : à l'inverse des conjonctions de coordination, on peut les cumuler avant l'élément coordonné (ainsi d'ailleurs, alors finalement, puis, etc.) ils peuvent être associés à une conjonction de coordination, qui sera toujours placée avant eux (ou alors, mais ensuite, et pourtant, or dans ce cas, car enfin, etc.), alors qu'on ne peut juxtaposer deux conjonctions de coordination. à la différence des conjonctions de coordination, qui sont généralement placées entre les éléments coordonnés, ces coordonnants disposent d'une certaine mobilité dans le segment concerné : « en effet il sait piloter un avion » « il sait en effet piloter un avion » « il sait piloter un avion en effet » alors qu'avec car, il n'existe qu'une seule possibilité : « car il sait piloter un avion » C'est pour ces raisons, notamment pour sa mobilité dans la phrase et sa capacité à s'adjoindre à d'autres conjonctions de coordination (et donc, mais donc), que les grammairiens actuels excluent maintenant donc de la liste des conjonctions de coordination et le rangent parmi les adverbes de relation logique.
Grevisse distingue les conjonctions de coordination essentielles ou proprement dites : et, ou, ni, mais, car, or, et les conjonctions occasionnelles : voire, c'est-à-dire, soit, savoir, à savoir, ci, soit... soit... , excluant les adverbes anaphoriques, tels que donc, pourtant, en effet, qui peuvent être aussi utilisés pour marquer une relation en dehors de toute coordination.
Conjonction « et »
La conjonction « et » est la conjonction de coordination la plus fréquente de la langue française. Tout comme « ni », elle est capable de coordonner tous les niveaux syntaxiques de la phrase, depuis la phrase elle-même jusqu'au mot (noms, pronoms, adjectifs, verbes, adverbes, plus exceptionnellement mots-outils) .
Coordination de phrases La phrase est un ensemble de mots commençant par une majuscule et se finissant par un point. À ce critère d'identification basé exclusivement sur la ponctuation, Riegel en ajoute un autre, repris de G. Mauger, basé sur la sémantique : « La phrase est l'expression plus ou moins complexe, mais offrant un sens complet, d'une pensée, d'un sentiment, d'une volonté ». Certains esprits logiciens, tels que Léautaud, ont considéré que la phrase, puisqu'elle contient un sens complet, ne peut être coordonnée à une autre phrase. Grevisse rapporte les propos de Léautaud disant : « Pas de phrase commençant par Et », tout en précisant que, dans son œuvre, Léautaud ne suit pas lui-même cette prescription. À l'opposé, on peut trouver des ouvrages, comme J'ai tant rêvé de toi d'Olivier et de Patrick Poivre d'Arvor, qui commencent par « Et »« Et si j'étais guérie. Mon reflet dans la glace, l'épaisseur du tatouage sur ma peau, cette petite épaisseur de chair autour des hanches, des fesses, du nombril, mes rondeurs revenues que je ne refuse plus : je crois bien que je revis. ». « Le mari veut quelquefois réserver sa fortune à l'enfant qui a mérité la haine de la mère. Et c'est alors des combats, des craintes, des actes, des contre-lettres, des ventes simulées, des fidéicommis; enfin, un gâchis pitoyable, » Balzac, La Femme de trente ans. « Elle se faisait une image parfaitement ennuyeuse de la vie qu’elle allait reprendre à Paris. Et cependant à Hyères elle regrettait Paris. » Stendhal, Le Rouge et le Noir
Coordination de sous-phrases Les sous-phrases sont des phrases, soit simplement rattachées les unes aux autres, soit insérées à l'intérieur d'une autre phrase sans jouer le rôle de sujet ou de complément, qui forment une phrase unique. La conjonction « et », entre autres, permet d'unir ces sous-phrases sans en changer leur nature. « Cependant le crépuscule tombait et des persiennes en face s'étaient relevées. » Flaubert, Bouvard et Pécuchet « Prends l'éloquence et tords-lui son cou ! » Verlaine, Jadis et Naguère
Coordination de propositions et de syntagmes « Les petits enfants imaginent avec facilité les choses qu'ils désirent et qu'ils n'ont pas. » Anatole France, Pierre Nozière « L’homme n’avait repris que malgré lui et faute de mieux le soin des bêtes et le manche de la charrue. » René Bazin, La Terre qui meurt
Coordination de mots-outils « Si l’on en voulait croire la plupart des historiens du romantisme, [...] c’est avec et par André Chénier que commencerait en France la poésie du dix-neuvième siècle. » Ferdinand Brunetière, La Poésie française du dix-neuvième siècle in The International Library of Famous Literature « Comment et pourquoi les littératures de l'Europe moderne [...] se sont-elles détournées des voies où il pouvait sembler que leur passé les engageât ? » Ferdinand Brunetière, Histoire de la littérature française classique, tome I
Coordination d'éléments de mot Si deux éléments coordonnés ne différent que par leur première partie, on peut, dans la coordination, se dispenser de répéter la seconde partie, que l'on remplace dans l'écriture par un trait d'union : « […] la particule humaine, considérée dans ses déterminations physio- et psychologiques, demeurerait la même. » Teilhard de Chardin, Apparition de l'homme. « […] par vagues, les bi-, tri-, et quadricycles défilaient. » Raymond Queneau, Chiendent.
Coordination d'éléments de natures différentes En général, les éléments coordonnés possèdent la même nature et la même fonction. On peut pourtant rencontrer, même dans la langue littéraire, des coordinations d'éléments de natures différentes, mais de fonction identique, ou des cas d'asymétries plus prononcées. Selon l'importance de ces asymétries, certains grammairiens acceptent et d'autres tiennent pour fautives ces constructions. « Elle voyait près du général et en costume d'officier anglais, Arthur à qui sans doute elle devait sa prompte délivrance. » Balzac, La Femme de trente ans « Depuis une cinquantaine d'années, et à mesure que l'Encyclopédie et Voltaire éclataient en France, les moines criaient au bon peuple de Milan, qu'apprendre à lire ou quelque chose au monde était une peine fort inutile, » Stendhal, La Chartreuse de Parme « Vous n'êtes plus qu'un homme aujourd'hui, et combien laid ! » Ghelderode, Théâtre En poussant l'asymétrie encore plus loin, on aboutit à des montages agrammaticaux, que Riegel qualifie de « zeugmesGrevisse refuse d'employer le mot « zeugme », car, selon lui, ce terme reçoit des acceptions différentes selon les grammairiens (Le Bon Usage, , § 218 R2) syntaxiques », lorsque les éléments sont de fonctions différentes, et de « zeugmes sémantiques », lorsque les éléments sont sémantiquement incompatibles. Lorsque ces formes sont délibérées, elles constituent des figures de style, visant l'humour ou l'ironie : « Plus tard il devint empereur / Alors il prit du ventre et beaucoup de pays » Prévert, Paroles « Cet homme marchait pur loin des sentiers obliques, / Vêtu de probité candide et de lin blanc ; » Victor Hugo, La Légende des siècles, Booz endormi « Alors elle va s' manger une pizza / Au jambon et au centre commercial » Renaud, Mistral gagnant, Le Retour de la Pépette
Énumération Lorsqu'elle coordonne plus de deux éléments, cette conjonction de coordination est ordinairement présente seulement devant le dernier élément de la série : « Ils dénigrèrent le corps des Ponts et chaussées, la régie des tabacs, le commerce, les théâtres, notre marine et tout le genre humain, comme des gens qui ont subi de grands déboires. » Flaubert, Bouvard et Pécuchet « le vieillard a une longue moustache, un bonnet de police bleu, une houppelande grise et un chien de Sibérie sur les talons. » Eugène Sue, Le Juif errant Mais elle peut aussi être répétée devant chaque membre de l'énumération pour l'énergie ou le relief de l'expression. Il s'agit d'une figure de rhétorique, la polysyndète : « […] le monde, ce grand idiot, qui tourne depuis tant de siècles dans l'espace sans faire un pas, et qui hurle, et qui bave et qui se déchire lui-même. » Flaubert, Mémoires d'un fou « Sans ce retour inespéré j’y serais encore allée, ma pauvre petite, car mes conseils vous sont trop nécessaires, et à Victor et à vous. » Balzac, La Femme de trente ans Enfin elle peut aussi être placée devant chaque terme sauf le premier : « La terre était belle, et riche, et féconde. » Lamennais, Paroles d'un croyant « ils sont, ceux-là, de probes, et de séditieux, et de hautains artistes » Huysmans, Là-bas