Lu Xiujing 陸修靜 (406-477) était un taoïste de la dynastie Liu-Song. Il structura le mouvement des Maîtres célestes du Sud, précisa les détails des rituels et renforça la hiérarchie du clergé. Éditeur du Canon du courant Lingbao et compilateur du premier canon taoïste, dont la structure sera reprise systématiquement à partir des Tang, il joua un rôle important dans la diffusion des idées des différents courants.
Par l’intermédiaire de ses disciples, il est considéré comme patriarche par plusieurs écoles.
Biographie Originaire de Wuxing吳興, comté de Dongqian東遷 dans le Zhejiang, il avait pour nom social Yuande元德 et pour nom posthume Jianji簡寂. Descendant de Lu Kai, ministre du Wu à l'époque des Trois royaumes, il était issu d'une famille de lettrés et reçut une bonne éducation comprenant, comme il se devait, les classiques confucéens. Néanmoins, il manifestait une nette préférence pour le taoïsme et la vie errante, pour laquelle il abandonna sa famille.
Il fut tout d'abord ermite sur le mont Yunmeng雲夢山 au Henan. De montagne en montagne, sa renommée grandit. Vers la fin de l'ère Yuanjia (424-453) des Liu-Song, il s'installa à la capitale (Jiankang建康 près de l'actuelle Nankin) pour y ouvrir un commerce de plantes médicinales. L'empereur Wendi (r. 424-453) le fit appeler au palais, où il fut particulièrement apprécié de l'impératrice douairière Wang, adepte du huanglao. Après la mort de Wendi, la révolte de l'ère Taichu (453-454) l’obligea à fuir vers le Sud. C'est ainsi qu'il arriva en l’an 5 de l’ère Daming (461) au mont Lu où la tradition lui fait rencontrer Huiyuan et Tao Hongjing, bien que leurs dates de naissance réfutent la possibilité d’une telle réunion. En l'an 3 de l'ère Taishi (467), il revint à la capitale. L'empereur Mingdi lui fit construire sur le mont Tianyin天印山 au nord de la ville, le monastère Chongxuguan崇虛館 où il compila le premier canon taoïste. Il fut enterré au mont Lu.
Parmi ses disciples, Sun Youyue孫遊岳, qui deviendra le huitième patriarche Shanqing-Maoshan et Li Guozhi李果之. A l’ère Xuanhe (1119-1125), l’empereur Huizong des Song lui accorda le titre d’Être véritabledanyuan zhenren 丹元真人 réservé aux taoïstes divinisés.
Contribution au taoïsme Réforme des Maîtres célestes du Sud Lu Xiujing chercha à faire retrouver au mouvement la structure qu’il avait du temps des Cinq boisseaux, où la secte constituait dans l’actuel Sichuan une véritable entité autonome dont l'organisation religieuse se confondait avec l’administration. À cette fin, il remit en vigueur les trois jours de réunion三会日 durant lesquels les adeptes devaient se rendre chez leurs maîtres des libationsjijiu 祭酒, cadres du mouvement, pour présenter à l’inspection une sorte de livret d’état civil, le zhailu mingji宅录命籍, se faire rappeler les règles et faire le bilan de leurs actes passés. Ils pouvaient alors bénéficier d’une protection divine contre les maladies et les calamités.
Il tenta également d’instaurer une hiérarchie du clergé dans laquelle la promotion dépendait des mérites, à la place de l’autonomie de fait dont jouissaient les maîtres depuis que Cao Cao avait démantelé la structure administrative de la secte, tout en favorisant la propagation de ses croyances. Il prévoyait à la base plusieurs niveaux de fonctionnaires des talismansde shi jiangjun 十将军箓 à wushi jiangjun 五十将军箓, précédés par les daoshissanqi daoshi 散气道士, précédés eux-mêmes par six niveaux de daoguans道官 : biezhi 别治, xiazhi下治, peizhi 配治, zhong-shang-xia bazhi 中,上,下 八治道官. On lui attribue le premier costume clérical taoïste.
Rituels Considérant l’être humain comme fondamentalement pécheur, Lu Xiujing accordait une importance capitale aux rituels de purification zhai齋 dont il précisa les détails dans de nombreux ouvrages décrivant les « douze règles des neuf cérémonies" »九斋十二法. Il s’inspira aussi des rites confucéens, et adopta l’exigence des trois puretés de pensée, de parole et de conduite三业清净 du bouddhisme.
Canon et textes taoïstes Lu Xiujing s’était efforcé, durant ses pèlerinages aux différentes montagnes où avaient vécu des taoïstes éminents, de rassembler les textes des divers courants. En l'an 14 de l’ère Yuanjia(437), il annota et structura l’ensemble assez lâche du Livre de LingbaoLingbaojing 灵宝经 pour produire le LinbaojingmuLingbaojingmu 灵宝经目. En 467, installé au monastère Chongxuguan sous le patronage de l’empereur, il se fit confier les textes de Shangqing produits par le medium Yang Xi, conservés dans la bibliothèque impériale, ainsi que le Dayousanxing jing大有三皇经 de Bao Jing鲍靓, beau-père de Ge Hong. Il compila un catalogue structuré des textes taoïstes, le Sandong jingshu mulu三洞经书目录, qu’il nomma les Trois grottes三洞 en imitation des Trois corbeilles tripitaka du canon bouddhiste. Il renfermait un total de 1318 textes, talismans et recettes pharmaceutiques, dont 138 de sa composition (ou selon les termes de la tradition taoïste, « descendus entre ses mains du palais céleste »). Sa classification, en 3 "grottes" dong, 4 catégories fu et 12 sous-catégories lei三洞四輔十二類, sera reprise par les canons taoïstes Daozang 道藏 à partir des Tang. L’ouvrage fut présenté à l’empereur en l’an 7 de lère Taishi (~471).
Trois rieurs de Lushan
, fait se rencontrer sur le Lu Shan le moine Huiyuan (334-416), fondateur du premier groupe Terre Pure, qui y avait fixé sa résidence, Tao Yuanming (365-427), et Lu Xiujing, maître taoïste, qui lui auraient rendu de fréquentes visites. C'est la légende connue sous le nom des .
On raconte que Huiyuan, qui n’était pas descendu du mont Lu depuis trente ans, décida de faire une exception pour raccompagner Lu Xiujing et Tao Hongjing. Or il était convenu qu’ils éviteraient de passer par la rivière des Tigres, ainsi nommé à cause des fauves qui hantaient les lieux. Perdus dans leurs discussions, ils ne se rendirent pas compte qu’ils prenaient justement la direction interdite et ne prêtèrent aucune attention aux rugissements. C’est seulement arrivés au bord du torrent qu’ils réalisèrent leur inconscience et éclatèrent ensemble de rireJacques Pimpaneau, Chine. Histoire de la littérature, Arles, Éditions Philippe Picquier, 1989, rééd. 2004, p. 261.« Maître cinq Saules et le bonze », dans Biographie des regrets éternels, trad. Jacque Pimpaneau, Phillipe Picquier, 1989, p. 51-53 (conte populaire relatant cette histoire).. Cet incident fictif est devenu un thème pictural, Les trois rieurs du torrent du tigrehuxi sanxiao tu 虎溪三笑圖 dont un exemplaire illustre l'article.
Voir aussi Taoïsme École des cinq boisseaux de riz Maîtres célestes du Nord Shangqing pai Lingbao pai Zhengyi Dao
Bibliographie 任繼愈主編《中國道教史》第143-168頁,上海人民出版 社1990年版; 李養正《道教概說》第91-95頁,中華書局1989年版。
Notes et références
Catégorie:Dynasties du Nord et du Sud Catégorie:Personnalité du taoïsme Catégorie:Courant taoïste Catégorie:Taoïsme dans la Chine médiévale