Le Bhoutan ( ; en dzongkha : , , translittération Wylie : ʼbrug-yul, )., en forme longue le royaume du Bhoutan, est un pays d'Asie du Sud, sans accès à la mer. Il est situé dans l'Est de la chaîne de l'Himalaya, enclavé entre l'Inde au sud, à l'est et à l'ouest-sud-ouest, avec laquelle il partage de frontières terrestres, et la Chine (région autonome du Tibet) au nord et à l'ouest-nord-ouest, avec de frontières. Plus à l'ouest, il est séparé du Népal par l'État indien du Sikkim, et plus au sud il est séparé du Bangladesh par les États indiens d'Assam et du Bengale-Occidental. Sa capitale et sa plus grande ville est Thimphou.
Le Bhoutan est un ensemble de fiefs mineurs en guerre jusqu'au début du , quand le lama et chef militaire Shabdrung Ngawang Namgyal, fuyant la persécution religieuse au Tibet, unifie la région et cultive une identité bhoutanaise distincte. À la fin du , le Bhoutan entre en contact avec l'Empire britannique. Il en devient ensuite un protectorat. Le Bhoutan continue de maintenir des relations bilatérales fortes avec l'Inde, de laquelle il se détache en 1949.
La géographie du Bhoutan varie des plaines subtropicales dans le sud aux montagnes de l'Himalaya au nord, où certains sommets excèdent . Sa superficie est de et le pays mesure environ dans sa plus grande longueur est-ouest, et dans le sens nord-sud.
La religion d'État du Bhoutan est le bouddhisme vajrayāna (bouddhisme tibétain). Le bouddhisme est majoritaire parmi la population. L'hindouisme est la deuxième religion la plus pratiquée dans le pays.. L'islam au Bhoutan compte 5 % de fidèles.. La population du Bhoutan est estimée à 802 000 habitants (2026) .
À partir de 1985, le gouvernement bhoutanais décide de ne plus considérer comme bhoutanaise la population d'origine népalaise, ce qui entraîne l'exil, plus ou moins contraint, de ces Bhoutanais d'origine népalaise, privés de leur citoyenneté. Nombre d'entre eux vivent désormais au Népal dans des camps de réfugiés sous l'égide du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).
En 2008, le Bhoutan passe d'une monarchie absolue à une monarchie constitutionnelle et organise ses premières élections générales. Il est membre des Nations unies, ainsi que de l'Association sud-asiatique pour la coopération régionale (ASACR), dont il a accueilli le seizième sommet en .
Étymologie vignette|gauche|Carte de Rennell, 1777. Le Tibet y est appelé Bootan (coin supérieur droit).
L'étymologie précise de Bhoutan est inconnue, mais il est probable que le nom dérive de l'endonyme tibétain Bod, utilisé pour le Grand Tibet. Bod passe traditionnellement pour être une transcription du sanscrit Bhoṭa-anta (भोट-अन्त, « extrémité du Tibet »)Louis Deroy et Marianne Mulon, Dictionnaire de noms de lieux, Robert, Paris, 1992, 478., allusion à la position du Bhoutan à l'extrémité sud du plateau tibétain et sa culture..
Des noms similaires à Bhoutan, comme Bottanthis, Bottan et Bottanter, . Dans la Relação (lettre) du jésuite portugais Estêvão Cacella, écrite en octobre 1627, le Bhoutan est appelé Cambirasi (« parmi les Cooch Beharis ») Estêvão Cacella, trad. Luiza Maria Baillie, "Report which Father Estevao Cacella of the Society of Jesus Sent to Father Alberto Laercio, Provincial of the Province of Malabar of East India, about His Journey to Cathay, until He Came to the Kingdom of Bhotanta", 1627., Potente et Mon (un endonyme pour le sud du Tibet). La première fois qu'un royaume distinct du Bhoutan apparaît sur une carte occidentale, il est désigné sous son nom local, Broukpa.
L'orthographe Boutan (sans le h) apparaît pour la première fois dans Six voyages du Français Jean-Baptiste Tavernier, publié en 1676. Toutefois, tous ces usages renvoient non au Bhoutan tel qu'on le connaît aujourd'hui, mais au royaume du Tibet. La distinction moderne entre ces deux entités ne se fait qu'à partir de la fin de l'expédition de 1774 de George Bogle. Celui-ci apprend à discerner les différences entre les deux régions, cultures et États. Dans son rapport final à la Compagnie britannique des Indes orientales, il propose d'appeler officiellement le royaume de Druk Desi Boutan (selon l'orthographe française), et celui du panchen-lama Tibet. Le géomètre-expert James Rennell anglicise le nom du premier en Bootan, avant de populariser la distinction entre celui-ci et le grand Tibet.
Sur place, le Bhoutan a beaucoup de noms différents. Le nom local du pays est Brug-yul, souvent transcrit Druk Yul, il signifie « terre du dragon ». Il est aussi nommé Druk Tsendhen (« terre du dragon tonnerre »), le tonnerre étant interprété comme étant les grognements de dragons. D'autres noms recensés sont Lho Mon (« terres sombres du sud »), Lho Tsendenjong (« terres du sud du cyprès »), Lhomen Khazhi (« terres du sud des quatre chemins »), et Lho Men Jong (« terres du sud des plantes médicinales »)...
Histoire
vignette|redresse|Enfants de l'ethnie Monba. vignette|Moulin à prières au Bhoutan.
Des outils en différents matériaux, des armes, des ivoires et des ossements d'éléphants et des ruines de constructions en pierre témoignent de la présence humaine vers 2000 , mais il n'existe pas de documents écrits.
Le Bhoutan aurait été peuplé entre 500 et 600 par l'ethnie Monba, pratiquant la tradition animiste du bön. Cette culture aurait existé dans l'État de Lho Mon (« terres sombres du sud ») ou Mon Yul (« terres sombres ») Robert L. Worden, "Origins and Early Settlement, A.D. 600–1600". Bhutan: A country study (Savada, Andrea Matles, éd.). Library of Congress Federal Research Division..
Le bouddhisme y prend racine au de notre ère. Le roi tibétain Songtsen Gampo (régnant de 627 à 649). se convertit au bouddhisme et étend l'empire tibétain jusqu'au Sikkim et au Bhoutan Sailen Debnath, Essays on Cultural History of North Bengal, ; & Sailen Debnath, The Dooars in Historical Transition, . : il ordonne la construction de deux temples bouddhistes, l'un à Jakar et l'autre à Kyichu (près de Paro, dans la vallée du Paro) Robert L. Worden, Arrival of Buddhism, Bhutan: A country study, (Savada, Andrea Matles, éd.), Library of Congress Federal Research Division.. Le bouddhisme se propage véritablement dès 746 Paul Hattaway, Peoples of the Buddhist World: a Christian Prayer Diary, William Carey Library, 2004, . ., sous le roi Sindhu Raja (aussi appelé Künjom., Sendha Gyab ou Chakhar Gyalpo), un roi indien exilé. Il établit un gouvernement au palais de Chakhar Gutho, dans le district de Bumthang... Le maître et saint indien Padmasambhava (aussi appelé Gourou Rinpoche) arrive en 747.
vignette|La dzong de Punakha et son pont en bois au printemps. vignette|La dzong de Jakar.
La plus grande partie de l'histoire bhoutanaise n'est pas très bien connue car en 1827, un incendie a ravagé l'ancienne capitale, Punakha, détruisant les archives.
Au , le développement politique du Bhoutan est très fortement influencé par la religion. Plusieurs variantes du bouddhisme y émergent, soutenues par divers chefs de guerre mongols. À la suite du déclin de la dynastie Yuan au , ces ordres religieux luttent entre eux pour dominer la région politiquement et religieusement. Ceci mène à la victoire de l'ordre Drukpa au Robert L. Worden, Rivalry among the Sects, Bhutan: A country study, (Savada, Andrea Matles, éd.), Library of Congress Federal Research Division..
Au , le territoire est occupé par des forces militaires tibéto-mongoles. Jusqu'au début du , il n'est qu'une mosaïque de petits fiefs guerriers que va unifier le lama tibétain Shabdrung Ngawang Namgyal en créant un réseau de forteresses (dzong) à codirection administrative (penlop) et spirituelle (lama). Il promulgue la Tsa Yig, un code législatif qui aide à unifier les chefs locaux. Beaucoup de ces dzong existent toujours, et jouent encore un rôle spirituel et administratif. Les jésuites portugais Estêvão Cacella et João Cabral sont les premiers Européens dont on peut attester la présence au Bhoutan. Ils le traversent, en route pour Shigatsé, au Tibet. Ils y sont fort courtoisement reçusC. Wessels, Early Jesuit travellers in Central Asia, New-Delhi, Asian Educational Service, 1992, pp.137sv. Le texte complet de la lettre de Cacella (en portugais) est donné en appendice, . Ils ne peuvent avoir rencontré le Shabdung Nga-wang Namgyal car ce dernier est mort en 1592 (ibidem, ).. Après presque huit mois dans la région, Cacella écrit une longue lettre décrivant ses voyages. Elle contient une des rares références contemporaines au Shabdrung.. La mort de Ngawang Namgyal en 1651 reste secrète pendant . Après une période de consolidation, le Bhoutan est à nouveau le théâtre de conflits armés internes. En 1711 commence une guerre contre l'empire moghol et ses subedars, qui restaurent le royaume du Cooch Behar dans le sud. Dans le chaos qui s'ensuit, les Tibétains cherchent à reprendre le Bhoutan en 1714, sans succès Robert L. Worden, Administrative Integration and Conflict with Tibet, 1651–1728, Bhutan: A country study, (Savada, Andrea Matles, éd.), Library of Congress Federal Research Division..
Au , les Bhoutanais envahissent et occupent le Cooch Behar au sud. En 1772, le Cooch Behar fait appel à la Compagnie britannique des Indes orientales, qui l'aide à expulser les Bhoutanais et à attaquer le Bhoutan lui-même en 1774. Un traité de paix est signé et le Bhoutan se replie sur ses frontières de 1730. La paix est fragile : les escarmouches avec les Britanniques continuent pendant encore un siècle. Ces escarmouches mènent à la guerre du Bhoutan (1864-1865) pour le contrôle des Duars. Après sa défaite, le Bhoutan signe le traité de Sinchula avec l'Inde britannique. L'indemnité de guerre inclut la cession des Duars au Royaume-Uni en échange d'une rente de .
Dans les années 1870, une guerre civile entre les gouverneurs (penlop) des vallées rivales du Paro et du Tongsa débouche sur la victoire d'Ugyen Wangchuck qui, soutenu par les Britanniques, instaure en 1907 la dynastie royale des Wangchuck. De sa base au centre du Bhoutan, Ugyen Wangchuck met en échec ses rivaux politiques et unifie le pays après plusieurs guerres civiles et rébellions de 1882 à 1885 Robert L. Worden, British Intrusion, 1772–1907, Bhutan: A country study, (Savada, Andrea Matles, éd.), Library of Congress Federal Research Division..
Le (la fête nationale célébrée le commémore cet événement)., Ugyen Wangchuck est unanimement élu roi héréditaire du pays par une assemblée de lamas, des penlops et des chefs de clans (nobles). Le gouvernement britannique reconnaît aussitôt la monarchie. En 1910, le Bhoutan signe le traité de Punakha, qui le place sous protectorat britannique : les Britanniques s'occupent des relations internationales mais s'abstiennent de s'immiscer dans les affaires intérieures du Bhoutan. Ce traité n'affecte pas les relations du Bhoutan avec le Tibet, indépendant de facto à ce moment. Lors de l'indépendance de l'Inde le 15 août 1947, le Bhoutan devient l'un des premiers pays à reconnaître le nouveau pays. Le 8 août 1949, un traité similaire à celui de 1910 est signé avec l'Inde.
Le nouveau roi Jigme Dorji Wangchuck entend réformer et moderniser le pays. En 1953, il fonde la législature du pays (une assemblée nationale de , appelée Tshogdu), afin de promouvoir un système de gouvernement moins autocratique. En 1956, il abolit le servage et l'esclavage et opère une réforme agraire. En 1965, il fonde le Conseil consultatif royal, et en 1968 le conseil des ministres. Le Bhoutan devient membre des Nations unies en 1971 après avoir été membre observateur pendant trois ans.