thumb|L'histoire de la Provence liée à sa position géographique
Lhistoire de la Provence, région du sud-est de la France, couvre l'ensemble des périodes historiques. La position de la Provence avec une large façade ouverte sur la mer Méditerranée, au sud, flanquée à l'ouest du Rhône, voie fluviale essentielle pour faire communiquer le nord et le sud de l'Europe, et à l'est par des cols alpins ouverts quasiment toute l'année, expliquent son histoire à travers le temps.
Préhistoire
La région provençale est habitée dès le Paléolithique inférieur. La grotte du Vallonnet, à Roquebrune (Alpes-Maritimes), est ainsi occupée vers -950000. La grotte de l'Escale, à Saint-Estève-Janson, montre des traces de feux entretenus au début de la glaciation de Mindel (vers -600000). Les foyers de Terra Amata, à Nice, datent de -400000.
Lors de l'Acheuléen et du Paléolithique moyen (Moustérien), l'homme occupe les bassins et les versants des collines, qu'il s'agisse de grottes (Lazaret à Nice) ou d'habitats de plein air (Ste-Anne d'Evenos). La grotte Cosquer, à Marseille, est ornée de peintures pariétales datant de -20000.
La Provence présente une certaine originalité au cours du Paléolithique supérieur : le Solutréen est inconnu à l'Est du Rhône et la Magdalénien ne franchit pas la Durance. Ils sont remplacés par des industries locales ou régionales. Les gisements apportant les plus anciennes preuves de la domestication du mouton se situe en Provence, à Châteauneuf-les-Martigues. Les sépultures mégalithiques (hypogées d'Arles) et les premiers habitats perchés munis d'une enceinte (à Miouvin et Istres) apparaissent au Néolithique final et au début de l'âge des métaux. Des camps retranchés apparaissent à l'âge du bronze (camp de Laure) et de nombreux opida à l'âge du fer. Les Ligures autochtones entrent en relation avec des commerçants étrusques et des colons grecs de Phocée.
Antiquité thumb|250px|Carte des tribus gauloises de Provence.
En 1693 le ménétrier Robert de Brianson a écrit au sujet de la Provence : « Il y a peu de provinces dans l'Europe qui ayent soufert d'aussi grands changements que la Provence. Après été long-tems gouvernée par des Rois, elle fut subjuguée par les Romains. Ce fût la première conquête qu'ils firent dans les Gaules. Elle s'appeloit pour lors le Pays des Saliens, & elle faisoit partie de l'ancien Royaume de Ligurie, les Romains l'ayant soumise à leur domination, non seulement ils en abolirent les Coutumes ; mais encore ils en changèrent le nom, & ils lui en donnèrent un qui marquoit font excellence lors qu'ils lui donnèrent simplement celui de PROVINCERobert de Brianson,Menestrier, L'Etat et le nobiliaire de la Provence, Préface. »
Colonisé par les Grecs au , le territoire de la région actuelle Provence-Alpes-Côte d'AzurSauf le Pays niçois, qui depuis le de notre ère et jusqu’en 1860, est situé dans la géographie de la péninsule italienne. fit ensuite partie de la province romaine transalpine dénommée Gaule narbonnaise ou Provincia Romana d’où dérive son nom actuel, du latin Provincia.
Marseille et les Celto-Ligures
À partir du , des populations celtes arrivent en Provence. Elles laissent parfois subsister les tribus des anciens occupants (environ une douzaine). Celles des vallées alpestres et de la partie orientales de la côte, Oxybiens et Décéates, sont ainsi à peine touchées. Dans la basse Provence, en revanche, les Celtes se mêlent aux anciens habitants et finissent par former une population celto-ligure. Ils regroupent les tribus en une confédération, celle des Salyens, dont la capitale est sans doute Entremont.
Peu après sa fondation, Marseille doit se défendre contre les attaques des populations ligures. La ville n'a pas un territoire très étendu. Son action dans le sud de la Gaule ne doit cependant pas être sous-estimé. Par la vallée du Rhône et de la Saône, elle draine des matières premières venues du nord et exporte des produits grecs. Sous l'influence grecque, les indigènes se mettent à cultiver la terre, à construire des remparts, à tailler la vigne et planter des oliviers. Les céramiques modelées laissent la place à des céramiques faites au four, fabriquées en Grèce, à Marseille ou dans des centres indigènes. Les habitats s'organisent en plan régulier et s'entourent de fortification en grand appareil à la manière grecque (Saint-Blaise). Au , Glanum (Saint-Rémy-de-Provence), possède un véritable centre monumental de cité grecque, avec une agora entourée de portiques.
La sculpture est le domaine où se manifeste le mieux la synthèse entre les traditions indigènes et les formes de l'art hellénique (piliers d'Entremont, sculptures de Roquepertuse, chapiteaux sculptés de Glanum). C'est par Marseille que les sites gaulois de Provence entrent dans l'économie monétaire et que s'élabore l'écriture gallo-grecque, adaptation de l'alphabet grec à l'écriture du gaulois.
L'installation de Rome en Gaule transalpine Ce sont les Marseillais qui appellent les Romains en Provence et par la suite en Gaule. Avec l'aide des Romains, les Marseillais brisent la coalition étrusco-carthaginoise et, après la prise de Rome par les Gaulois en ou , ils les aident à payer le tribut exigé par les vainqueurs. Un traité assure une parfaite égalité entre les deux cités et l'obligation mutuelle d'aide en cas de guerre. Lors de la deuxième guerre punique, Marseille rend à Rome d'importants services : elle participe à la victoire navale de l'Ébre en et, contre Hannibal, elle fournit aux Romains l'escale de son port.
Marseille fait donc appel à Rome quand, au , les Oxybiens et les Déciates menacent ses colonies de Nice et d'Antibes. Les Romains interviennent deux fois, en et en , sans rien demander en échangeDanièle Roman, « M. Fulvius Flaccus et la frontière transalpine », In Yves Roman (directeur de publication) La Frontière, Séminaire de recherche, Lyon : Maison de l'Orient et de la Méditerranée Jean Pouilloux, 1993..
En , une coalition des Ligures, des Salyens, des Voconces et des Allobroges menace Marseille. Les Marseillais font encore appel aux Romains. Ces derniers arrivent, mais ils sont cette fois décidés à agir pour leur propre compte. Les Romains viennent en effet de terminer la pacification de l'Espagne et ils veulent assurer la liaison par terre entre les Alpes et les Pyrénées. La guerre dure de à . Les Romains battent les Ligures, les Salyens, les Voconces, les Allobroges et les Arvernes. En , Sextius Calvinus fonde, au pied d'Entremont, Aquae Sextiae Salluviorum et y établit une garnison.
Peu après, le consul Domitius Ahenobarbus commence au-delà du Rhône la construction de la voie Domitienne en direction des Pyrénées. Une fraction de l'aristocratie romaine obtient l'envoi d'un groupe de citoyens pour fonder la colonia Narbo Martius, en .
La nouvelle colonie de Narbonne a un rôle stratégique important. La Provincia Gallia Transalpina, dont elle est la place forte la plus importante, est soumise à l'autorité d'un chef militaire. C'est aussi une barrière contre les Barbares, notamment les Cimbres et les Teutons de retour d'Espagne qui la contourne par le nord et battent les romains à la bataille d'Orange. En , Marius qui stationnait à Arles avec 5 légions et 30 000 homme depuis 3 ans dans ce but bat les Teutons lors de la bataille d'Aix au pied de la Sainte Victoire et sauve ainsi Rome et Marseille.
C'est cette Gaule transalpine, ou Gaule romaine, qui est sous contrôle de la République romaine, par opposition à la Gaule chevelue, divisée ensuite entre les Trois Gaules (Aquitaine, Lyonnaise, Belgique). Cette Prouincia, d'où dérive le nom de Provence, englobait la future Provence, allait au nord de la vallée du Rhône jusqu'à Vienne, et s'étendait à l'ouest du Rhône sur un territoire correspondant à peu de chose près au futur Languedoc. Par ailleurs, la partie de la Gaule transalpine qui a constitué par la suite la Provence était plus peuplée de Ligures et de Grecs que de Gaulois. En quelques siècles, du au , cette population ligure et grecque a adopté le latin populaire et la culture latine.
La Gaule transalpine de Marius à Auguste Le contrôle romain n'est pas totalement accepté dans la première moitié du . Il s'exerce par l'intermédiaire des cadres politiques préexistants. Les communautés de Gaule transalpine ont des statuts différents selon leurs particularités et leur attitude passée envers Rome. Marseille a ainsi un statut privilégié. Les tribus indigènes gardent leurs institutions et leurs magistratures. Rome favorise l'accession au pouvoir de chefs indigènes.
Le contrôle romain en Gaule transalpine s'exerce au profit de Rome, qui lève l'impôt, recrute des auxiliaires pour ses légions et impose des corvées. Il cependant aussi au profit des negociatores romains et d'une aristocratie indigène ralliée.
Au début des années , la seule collectivité romaine connue est la colonie de Narbonne. Jusqu'au début du règne d'Auguste, les provinces vivent au rythme des luttes intérieures de Rome. Les guerres entre César et Pompée ont pour conséquences l'abaissement de Marseille au profit d'Aix et la fondation de nouvelles colonies militaires. Marseille s'est en effet prononcée pour Pompée. César l'assiège en et la ville doit capituler. Elle conserve son gouvernement et sa situation de ville fédérée, mais elle perd ses vaisseaux, ses remparts et ses territoires, à l’exception de Nice et des îles d’Hyères.
Pour récompenser ses soldats, César fonde des colonies. Les colonies de Narbonne et d'Arles sont ainsi créées avec des soldats des et . En , au lendemain de la bataille d'Actium, Octave installe à Fréjus une partie de sa flotte. Il y établit peu après des vétérans de la .
Au , les chefs politiques des cités reçoivent le droit de cité romain et sont ainsi intégrés dans le système romain de clientèles. À la fin du siècle, leurs descendants font carrière à Rome. Plusieurs sont inscrits parmi les chevaliers, voire les sénateurs.
La Narbonnaise au Haut-Empire
Rome change d'attitude à l'égard des provinces à partir d'Auguste. En , Auguste organise définitivement la Gaule transalpine, qui devient la suite la Prouincia narbonensis, la Narbonnaise. La Provincia Narbonensis est gouvernée par un proconsul assisté d'un questeur, désignés par le Sénat romain et résidant à Narbonne. C'est de cette Prouincia narbonensis que Pline l'Ancien disait « Italia uerius quam prouincia », elle ressemble plus à l'Italie qu'à une simple provincePline l'Ancien, Histoire naturelle, III, 31.
La Narbonnaise est une province inermes : aucune troupe n’y stationne. La pacification des confins alpestres n'est cependant terminée qu'en , comme le montre le trophée d’Auguste (trophée des Alpes) à La Turbie, qui commémore sa victoire sur les peuples des Alpes. Le nouveau territoire occupé entre les Gaules et l’Italie est divisé en trois petites provinces confiées à des procurateurs qui ont sous leurs ordres des cohortes militaires. À l’est de la Provence, la région montagneuse (Cimiez, Vence, Senez et Castellane) forme la province procuratorienne des Alpes Maritimes.
Au , la romanisation s'étend à l'ensemble des élites politiques et se double d'une romanisation culturelle avec l'adoption du mode de vie urbain romain.
Les magistrats municipaux reçoivent, pour eux-mêmes et pour leurs proches le droit de cité romaine. 37 colonies latines sont ainsi fondées sous Auguste et les premiers empereurs. Trois reçoivent ensuite le droit romain (Valence, Vienne et Aix-en-Provence).
Les agglomérations se dotent de monuments romains : enceintes fortifiées, arcs de triomphe, forum, temples, théâtres, amphithéâtres et cirques (Arles, Cimiez, Orange, Vaison-la-Romaine), aqueducs.
L'Antiquité tardive