thumb|, inspirateur du bonapartisme.(statue équestre située dans la prairie de la Rencontre) vignette|Armoiries de la maison impériale de France. Le bonapartisme est une famille de pensée politique française, qui s'inspire des actions des empereurs et . Le terme a deux acceptions : au sens strict, le bonapartisme vise à établir un régime impérial en France à la tête duquel serait placé un membre de la famille de Napoléon Bonaparte ; au sens large, le bonapartisme vise à établir un État national à exécutif fort et centralisé mais d'essence républicaine et assis sur la consultation régulière du peuple par le biais de plébiscites.
Le bonapartisme n'implique donc pas forcément l'adhésion à un système d'organisation politique héréditaire mais peut au contraire s'accommoder d'une forme républicaine de gouvernement.. Il repose sur la fusion des élites et l'adhésion populaire. Ces deux facettes peuvent être distinctes ou confondues, selon les personnes et périodes.
Histoire du bonapartisme Le bonapartisme a des racines anciennes, et ses théoriciens vont grandement s'inspirer du césarisme antique, comme le montrent les nombreuses références napoléoniennes à l'Empire romain.
Son histoire proprement dite commence en 1790, où des penseurs comme l'abbé Sieyès veulent terminer la Révolution française. Pour cela, ils cherchent un général, qui devra prendre le pouvoir et rétablir l'ordre, en gardant les acquis révolutionnaires.
Tout d'abord, le général Hoche est pressenti mais meurt en 1797 d'une tuberculose. Puis Sieyès et ses amis pensent aussi à Moreau, à Jourdan ou à Bernadotte, mais ceux-ci étant réputés trop jacobins, ils optent pour le général Joubert, qui est tué à la bataille de Novi. Ce fut finalement Bonaparte, en raison de ses succès italiens, de sa popularité et de son charisme. Ce dernier prend le pouvoir lors du coup d'État du 18 Brumaire, en 1799, et insiste auprès de Sieyès pour faire rédiger la nouvelle constitution par une commission, avant de la faire approuver par référendum.
Les réformes bonapartistes sous le Consulat et l'Empire
Napoléon crée un certain nombre d'institutions qui garantiront la stabilité de l'État français napoléonien : les fameuses « masses de granit » : lycées, Code civil français, écoles militaires, etc. Aujourd'hui encore, certaines d'entre elles existent toujours en France, et plusieurs vont même inspirer d'autres pays. Ainsi, le code civil va fortement influencer le droit d'autres pays européens, au point d'être à l'origine de l'une des sous-familles des systèmes juridiques romano-civilistes.
Sous le Consulat, le pouvoir législatif va petit à petit perdre en importance, au profit du pouvoir exécutif. Le pouvoir personnel de Napoléon ne va faire que croître, et l'administration de l'État va se centraliser, contre la démocratie locale et les initiatives régionales apparues dans les premières années de la Révolution. Dans la constitution du consulat, le peuple est tenu éloigné des prises de décision. Le pouvoir disposait de puissants moyens pour orienter ou manipuler les votants, et le processus peut même être qualifié de .
L'administration va devenir un pouvoir autonome et hiérarchique, et va se complexifier. La justice va être centralisée et hiérarchisée pour être mise au service de l'Empereur. Les juges, qui étaient jusque là élus, sont désormais nommés par le pouvoir. Ces évolutions ne sont par contre pas nouvelles, et les bonapartistes s'inscrivent ici dans la continuité du Directoire.
La France bonapartiste du consulat est fortement hiérarchique. Napoléon va essayer de remplacer la noblesse de l'ancien régime par les notables. Le nouvel ordre social est fixé par le Code civil, qui n'est pas une innovation bonapartiste sortie de nulle part, mais une synthèse entre l'idéologie des personnes au pouvoir et de nombreux textes révolutionnaires. La notion de propriété, sanctifiée dans le code civil, fut par exemple inspirée par la déclaration des droits de l'homme et du citoyen et par le droit romain. La hiérarchie fixée par le code Napoléon est par contre à contre-courant du principe républicain et révolutionnaire de non-domination : une inégalité est inscrite dans la loi entre le patron et ses employés, le mari et sa femme ou le père et ses enfants. Les privilèges de la noblesse sont eux abolis, bien que l'établissement d'une noblesse d'empire laissait présager la réinstauration d'un système nobiliaire.
Le régime bonapartiste voulut mettre fin aux divisions et aux factions de la France en dépolitisant la nation. Les partis devaient disparaître, et la politique devait être laissée aux experts et aux notables, et se réduire à une gestion rationnelle des affaires courantes. Cela se traduisit également par un musèlement des oppositions, une censure des journaux et une épuration du personnel politique. Le consulat fut caractérisé par la mise en place du régime de surveillance policière centralisé et généralisé le plus efficace de son époque. Celui-ci fut particulièrement utilisé contre les opposants royalistes et surtout républicains et jacobins.
Cet objectif de réconciliation nationale fut à la base du Concordat, qui mit fin au schisme religieux provoqué par le refus de l'Église d'accepter la constitution civile du clergé. Celui-ci subordonne l'Église au gouvernement, et permit à l'exécutif d'encadrer l'ordre religieux. Il admet que la religion catholique est celle de la grande majorité des Français, en contrepartie de quoi le premier consul obtient le pouvoir de nommer les évêques.
L'armée fut renforcée par les bonapartistes tout au long du régime. Des décorations militaires furent mises en place, et l'armée devient l'une des principales sources d'ascension sociale. Cependant, Napoléon et les bonapartistes furent dans un premier temps les artisans d'une paix et d'une réconciliation avec les autres États européens qui mit fin aux guerres de la révolution française (jusqu'à ce qu'elles reprennent en 1803 avec les guerres napoléoniennes).
Les bonapartistes en profitèrent pour réaffirmer l'emprise de la France sur les colonies et les territoires conquis pendant la révolution avec une politique impérialiste et, à bien des égards, réactionnaire. L'idée était notamment de faire concurrence à l'Angleterre sur le terrain colonial. Le rétablissement de l'esclavage, et les sanglantes répressions qui s'ensuivirent s'inscrivirent dans cette logique. Ce n'est qu'après l'échec de la stratégie coloniale et la vente de la Louisiane que les bonapartistes se désintéressèrent des colonies pour se concentrer sur leurs conquêtes européennes.
Enfin, le culte du chef, dont la légitimité reposait sur les plébiscites régulièrement organisés par le régime, fut particulièrement mis en avant par les bonapartistes. L'hérédité d'un pouvoir autocratique fut rétablie, tandis que les symboles républicains étaient conservés. Un mythe d'homme providentiel, sauveur de la république, se mit en place. La propagande officielle n'en fut cependant pas la seule responsable : les artistes et les journalistes n'étant pas apparentés au régime participèrent grandement à cette héroïsation, qui alimente encore aujourd'hui le bonapartisme.
Le bonapartisme des Cent-Jours
Le bonapartisme jacobin thumb|L'empereur Napoléon , 1815, peint par Émile-Jean-Horace Vernet. Après la chute du Premier Empire, le bonapartisme perd en force et subsiste seulement chez une poignée de pamphlétaires et de fidèles, jusqu'au retour de l'Empereur.
Sous les Cent-Jours apparaît un bonapartisme jacobin, plus proche de l'esprit révolutionnaire et républicain. Ses partisans peuvent accepter l'idée d'une dictature ne représentant plus la nation, mais celle-ci doit rester temporaire, jusqu'à la paix.. Les bonapartistes jacobins ont des aspirations démocratiques, souvent plus égalitaires que libertaires et toujours anticléricales et antibourbonniennes.
Parmi les thèmes caractéristiques de ce bonapartisme : La mise en avant dans la propagande du risque d'un retour des Bourbons, qui signerait la réapparition des dîmes, du droit féodal et la remise en question de la vente des domaines nationaux. Une haine soupçonneuse à l’égard des nobles et des prêtres ; La défense de la liberté (la liberté de la presse fut totale sous les Cent-Jours) ; Le thème de la patrie en danger, se traduisant par de violentes invectives contre l’Europe des rois.
Le bonapartisme jacobin s’organise au sein de fédérations qui canalisent l’esprit révolutionnaire et l’opinion bonapartiste. L'un des thèmes principaux de ces fédérations était l’honneur national bafoué en 1814. Pour les fédérés des différentes provinces, symbolise la patrie et la Révolution française qu’il réhabilite.
Cependant, les fédérés n’ont pas pu jouer en 1815 le rôle des sociétés populaires ou des comités de surveillance de l'An II, pour la double raison du manque d’effectif et d’une méfiance réciproque. Les chefs jacobins se méfiaient d’une renaissance du despotisme impérial (à distinguer de la dictature temporaire jugée nécessaire), tandis que Napoléon n'avait aucune sympathie pour ce nouveau jacobinisme. Celui-ci ne favorisa pas les fédérations, il ne voulait pas être le « roi d’une jacquerie » et il se laissa persuader que seuls une constitution et un régime libéraux pouvaient sauver la situation.
Le bonapartisme libéral C'est la version mise en pratique sous les Cent-Jours avec la suppression de la censure, celle de l'acte additionnel aux constitutions de l’Empire, fruit de la collaboration entre Benjamin Constant et . Cet acte additionnel, entre autres dispositions libérales, reconnaît aux députés la qualité de représentants du peuple. Ce régime libéral n’est cependant pas un régime parlementaire.
Les Bonapartistes jacobins, tenants de la manière forte ou d’un nouveau 1793, considérèrent avec inquiétude ce qu’ils percevaient comme une caricature d’Empire créée par des intellectuels parisiens.
Le bonapartisme de 1815, celui du vol de l'Aigle, est un courant patriotique. Il fait basculer à gauche le bonapartisme ce dont témoigne sous la Restauration l’alliance objective entre libéraux et bonapartistes.
Après les Cent-Jours La période entre 1815 et 1848 est marquée par un déclin politique rapide du bonapartisme. La légende napoléonienne ne fera par contre que croître.
Le bonapartisme d’opposition sous la Restauration Les complots bonapartistes Sous la Restauration, les bonapartistes n’ont pas de représentants à la chambre des députés et pas de réflexion doctrinale, ni d’associations ou de clubs pour se regrouper. Les partisans de Napoléon et de son fils durent se contenter de brochures, almanachs, poèmes séditieux circulant sous le manteau. Néanmoins, ainsi véhiculées, les références bonapartistes inspirent les auteurs de différents complots.
Ainsi, les complots libéraux de 1820 regroupèrent des militaires bonapartistes et diverses associations crypto-républicaines sous la direction du comité directeur du parti libéral (La Fayette, Corcelle, Dupont de l’Eure, d'Argenson). La conspiration du Bazar français voulait soulever certains régiments stationnés à Paris, arborer les trois couleurs, proclamer avec l’Acte additionnel de 1815. Les chefs libéraux obtinrent in extremis l’abandon du thème impérial, au profit de la mise en avant du choix par la nation de son gouvernement. On peut également citer la conspiration de Randon et les troubles de Lyon (1817), où l’on distribua des cocardes tricolores et acclama .
Ces complots prouvaient qu’il existait encore des bonapartistes, paysans, ouvriers, demi-solde ou anciens soldats démobilisés, croyant au retour possible de l’Empire et acceptant de risquer leur tête à cette fin.
Cependant, après 1822, la duplicité des chefs du parti libéral, soucieux de réintégrer après chaque tentative avortée une honorable légalité parlementaire, marqua une fracture avec la base bonapartiste, lasse de risquer l’échafaud pour ne pas dénoncer les responsables.
Le Mémorial de Sainte-Hélène