Saint Isidore de Séville (), né entre 560 et 570 à Carthagène et mort le , est un ecclésiastique du , évêque d'Hispalis (Séville), une des principales villes du royaume wisigothique d'Espagne entre 601 et 636.
Il vient d'une famille influente (son frère, Léandre, ami du pape Saint Grégoire le Grand le précède à l'épiscopat de Séville) qui contribue largement à convertir les Wisigoths, majoritairement ariens, au christianisme trinitaire. Son épiscopat fut marqué par de dures luttes contre le judaïsme et des conversions forcées.
Il est également connu pour ses œuvres littéraires abordant des domaines variés, de l'Écriture sainte à la grammaire, en passant par la théologie, la cosmologie et l'histoire ; il est appelé pour cela par Charles de Montalembert « le dernier maître de l'ancien monde »Charles F. Montalembert, Les Moines d'Occident depuis Saint Benoît jusqu'à Saint Bernard, Paris : J. Lecoffre, 1860.. Il est notamment célèbre pour son œuvre majeure Etymologiae, encyclopédie en vingt livres rédigée vers la fin de sa vie qui fait redécouvrir la pensée d'Aristote au monde occidental. Il est fêté le .
Biographie Jeunesse Isidore est issu d'une famille notable hispano-romaine. En 552, quelques années avant sa naissance, Carthago Nova (Carthagène) est occupée par les troupes de l'empereur byzantin Justinien. Ses parents s'enfuirent avec leurs deux premiers enfants, Léandre et Florentine, pour s'installer à Séville où naquirent plus tard deux autres enfants, Fulgence et Isidore, né après 560. À cette époque Séville fait partie du royaume wisigoth de Tolède ; le christianisme trinitaire y coexiste avec le christianisme arien, favorisé par le roi Léovigild.
À la mort de leur père, Léandre, désormais abbé du monastère de Séville, devient le tuteur de son jeune frère Isidore. En 576, Léandre devient archevêque de la Bétique, parvient à convertir le nouveau roi Récarède et préside avec lui le concile de Tolède, le , au cours duquel la conversion du roi wisigoth au catholicisme est rendue officielle.
Sous l'impulsion de Léandre, Séville devient un centre culturel particulièrement brillant, et la bibliothèque épiscopale, enrichie de nombreux manuscrits apportés de Rome et de Constantinople auxquels s'ajoutent ceux apportés par les chrétiens réfugiés d'Afrique, permet l'accès à de nombreuses œuvres, tant sacrées que profanes. Isidore reçoit ainsi une instruction très complète.
Évêque de Séville vignette|redresse=1|left|Statue en marbre blanc d'Isidore de Séville, sur les marches de la bibliothèque nationale d'Espagne, à Madrid. À la mort de Léandre en 601, le clergé local respecte le souhait de ce dernier en élisant Isidore à la dignité épiscopale.
Isidore est proche des souverains wisigoths catholiques, surtout à partir de l'avènement de Sisebut en 612. C'est à la demande de ce dernier qu’il entame la rédaction du Traité de la Nature..
L'Espagne devient le conservatoire de la culture antique ; la bibliothèque sévillane en est alors le centre le plus brillant. Tout en accordant une priorité aux grands écrivains chrétiens du , tels Augustin, Cassiodore, Grégoire le Grand — ce dernier fut l’ami personnel de son frère Léandre — Isidore tenta d’assumer cet héritage dans toute sa diversité.
C’est pourquoi il est parfois associé aux Pères de l'Église les plus anciens : Tertullien, Cyprien de Carthage, Hilaire de Poitiers ou Ambroise de MilanVoir, par exemple Patrimoine littéraire européen, .. Pendant son ministère, il a le souci constant de la formation et de l'éducation des clercs et institue les écoles épiscopales sévillanes. Puisant dans la très riche bibliothèque de Séville et s'appuyant sur une équipe importante de copistes, il compile une somme énorme de connaissances visant à doter la nouvelle église catholique de solides fondations intellectuelles. Il rédige plusieurs traités théologiques à cet effet.
Avec le coup d'arrêt de la reconquête byzantine du sud de l'Hispanie, Isidore célèbre en Swinthila après en avoir chassé les derniers occupants, et au IVe concile de Tolède, tenu probablement en 633, il rassemble, par sa formule (un roi, un peuple, une patrie), les Hispano-Romains et les Wisigoths dans une seule et même nation, référence de la future Reconquista. Isidore définit la qualité royale par des vertus, essentiellement la iustitia et la pietas (bonté, miséricorde). Les rois, avant de , doivent rendre des comptes aux évêques, qui peuvent les déclarer incapables. Les mauvais rois sont des tyrans qui peuvent être renversés, et les évêques peuvent excommunier ceux qui ont enfreint les lois, y compris les lois civiles : . Ainsi, de même que les évêques s'appuient sur la monarchie, le souverain tend à s'appuyer sur l'Église, garante de la fidélité et de l'obéissance de ses sujets : ces principes, qui placent les évêques sous l'autorité du roi et le roi à la disposition des évêques, seront repris par la monarchie carolingienne.
Situation des Juifs, en Espagne, à l'époque d'Isidore vignette|redresse=0.8|Isidore de Séville présentant sa Défense de la foi catholique contre les Juifs à sa sœur Florentine, vers 800. BNF, Lat.13396, f.1v.
Les premières mesures envers les juifs commencèrent en Espagne avant Isidore : c'est à l'époque où Léandre était archevêque que le de Tolède interdit les mariages entre juifs et chrétiens ; il interdit également aux juifs la magistrature, et la possession d'esclaves chrétiens.. Ces mesures semblent avoir été peu appliquées, et ne furent pas réitérées par les successeurs de Récarède.
Mais en 613, le roi Sisebut (612-621) qui se veut le modèle du roi catholique, renouvelle et aggrave les édits de Récarède : après avoir interdit aux juifs toute possession d'esclave chrétien et tout mariage mixte, il impose le baptême des enfants nés de mariages mixtes entre juifs et chrétiens. Tout prosélytisme juif est puni de mort et il les oblige finalement à se convertir ou à quitter le royaume.. Une partie quitte la péninsule tandis que d'autres se convertissent, souvent seulement pour la forme.
Isidore rédige à cette époque De fide catholica contra Judeos, traité d’apologie qui part des écritures juives pour démontrer la véracité du christianisme ; l'œuvre eut un grand succès et servit longtemps de base à des sermons..
Si Isidore éprouve des réticences face aux conversions forcées, il n'en fait état qu'après la mort de Sisebut.. La situation des Juifs s'améliora un peu sous Swinthila (621-631), qui permit aux exilés partis en Gaule de regagner l'Espagne..
L'abandon de la politique de conversion forcée est entériné par le concile de Tolède qui se réunit le sous le règne de Sisenand et est présidé par Isidore de Séville. Mais ce concile dut aussi statuer sur le cas des juifs qui avaient reçu le baptême lors de cette persécution et qui continuaient à pratiquer les rites juifs. Il est décrété qu' afin de ne pas rabaisser la foi chrétienneCanon LVII du de Tolède dans Gonzalo Martinez Diez et Felix Rodriguez, La coleccion canonica hispana. t. V : « Concilios hispanos : segunda parte », Madrid, CSIC, 1992, .. Les enfants des juifs convertis sont retirés à leur famille pour leur éviter l’influence de leurs parents..
Son œuvre Les Étymologies
vignette|redresse=1|Manuscrit MS4856 des Étymologies d'Isidore de Séville en écriture onciale (fin du , Bibl. Royale Albert , Bruxelles). Son œuvre majeure est Étymologies () constituée de vingt livres, qui propose une analyse étymologique des mots, divisée en . Par cette œuvre, il essaie de rendre compte de l'ensemble du savoir antique et de transmettre à ses lecteurs une culture classique en voie de disparition. Son livre a une immense renommée et connaît plus de dix éditions entre 1470 et 1530, illustration d'une popularité continue jusqu'à la Renaissance. Sa méthode étymologique est un peu déconcertante : il explique un mot par des termes phonétiquement proches ( - on appelle « roi » celui qui agit droitement ; il associe « pièce de monnaie » à « nom » sous prétexte que sur les pièces est inscrit le nom du souverain). La plupart de ces étymologies, dont se sont moqués bien des savants depuis la Renaissance, veulent imprimer les mots facilement dans l'esprit du lecteur.
Il contribue à la survivance durant le Moyen Âge de nombreuses œuvres antiques par sa technique de citation. C'est l'organisation particulière de ce livre, indexée par première, puis deuxième lettre (début d'une classification arborescente par lettres) qui lui vaudra d'être au nommé par le Vatican saint patron des informaticiens. Il joue un rôle considérable dans la constitution du bestiaire médiéval, notamment par le livre XI des Étymologies : (L'homme et les monstres).
De fide catholica contra Judeos Dans son ouvrage De fide catholica contra Judeos, traité d’apologie chrétienne, écrit pour sa sœur Florentine, abbesse d’un couvent proche de Séville (où peut-être sont élevés les enfants juifs convertis de force), Isidore, qui ne peut attaquer la Bible, s’en prend aux textes écrits pendant la Diaspora, avec le refus du christianisme : l’« apocalypse syriaque », les livres de Baruch, d’Esdras, des œuvres orientales des très répandues dans le monde juif. Il n’admet aucune célébration de fête juive, il refuse le shabbat ; toutes ces cérémonies doivent être remplacées par les fêtes chrétiennes (Noël, Pâques) et la messe dominicale. Cependant, il ne demande pas la persécution des Juifs..
Autres œuvres
vignette|redresse=1|Etymologiæ d'Isidore, Carte du monde connu : le plus ancien exemple imprimé (en 1472) de carte en T. Conformément à l'usage, le sommet ne pointe pas vers le nord mais vers l'orient. Parmi ses autres travaux, citons, dans le domaine de l'histoire : sa Chronique Chronica Majora, une histoire universelle qui reprend la Chronique de saint Jérôme son Histoire des Goths Historia de regibus Gothorum, Vandalorum et Suevorum
dans le domaine de la lexicologie : « Des Origines » est en fait un autre nom pour les Etymologiæ Synonyma
Il est également l'auteur de traités théologiques comme De ecclesiasticis officiis, De Sanctis Prophetis Un document sans titre qui traite de l'ancien testament, De differentiis verborum traitant de la trinité, la nature du Christ, du Paradis, des Anges et des hommes, De Ortu et Obitu Sanctorum Patrum, La naissance et la mort des saints Pères, et d'une règle monastique, la Regula monachorum.
Beaucoup d'autres traités pourraient venir compléter cette liste ; les plus importants sont : De natura rerumÀ ne pas confondre avec le De natura rerum de Lucrèce., traité d'astronomie, de météorologie et de géographie, dédié à Sisebut, roi des Wisigoths (612-621) le Liber numerorum traitant de la signification symbolique et allégorique des nombres, inspirée principalement des écrits de saint Augustin. Sententiae libri tresCodex Sang. 228, . De viris illustribus, des hommes illustres.
Selon Isidore de Seville, l’apôtre Jacques le Majeur parcourut jusqu’aux confins de la Terre. Dans le De Ortu et Obitu Sanctorum Patrum (La naissance et la mort des saints Pères), il écrit :
Il reprend dans cet ouvrage les affirmations du De Sanctis Prophetis, parvenu à Isidore de Séville vraisemblablement à l'époque de la présence byzantine dans le voisinage des provinces wisigothes voisines de celle où vit Isidore. C'est à cette époque (vers 650) que commence à circuler une traduction latine des catalogues apostoliques grecs qui présentent comme particularité remarquable de faire prêcher à Jacques l’Évangile « en Espagne et dans les régions de l'Occident » (au lieu de Jérusalem). Comme lieu de sépulture, le texte latin nomme uniquement la Marmarique.
L'ouvrage le plus ancien qui contienne ce texte est le Brevarium apostolorum, « l’abrégé » ou « bréviaire des Apôtres. »
Comment lire les Écritures Isidore, évêque de Séville, a produit une œuvre encyclopédique. Il est souvent cité comme le dernier docteur de l'Église latine.