Les Leuques, désignés par les auteurs latins sous le vocable Leuci, étaient un peuple gaulois appartenant à la province de Gaule belgique (une des trois provinces gauloises créées par Auguste), à laquelle ils ont été officiellement intégrés vers

Étymologie thumb|250 px|Carte des peuples gaulois. Le nom des Leuques est issu du celtique leucos, variation leucet(i)o-, signifiant « clair », « brillant » d'où « éclair ». Les leuci seraient donc « les fulgurants » ou plus prosaïquement « les vigiles » au sens de gardiens vigilants de la frontière méridionale avec ce qui se nommera plus tard Gaule celtique. La racine leuc- est fréquemment attestée dans l'onomastique gauloise, ainsi que dans les noms de personnes comme Leucus, Leuca, Leucanus, Leuconius, Leucimara ; le théonyme Leucetius épithète de Mars dans des dédicaces et des noms de lieux Lioux, Lieuche de Leuca. La même racine celtique se retrouve dans le gallois llug, le vieil irlandais luach « brillant ». L'indo-européen *leuk- « brillant », « clair », dont elle est issue, se perpétue également dans le grec leukos « brillant, blanc », le germanique *leuk-ta (anglais light, allemand Licht), les mots latin lux, « lumière », et luna (*louk-snā, *louk variante phonétique de *leuk)

Histoire Ethnogénèse On ignore dans quelle mesure les leuques sont issus des peuples belges ou des populations qui peuplaient leur territoire antérieurement à la migration belge au L'étude du monnayage montre que les leuques, comme les médiomatriques, pourraient se rapprocher davantage des peuples belges que des peuples de la Gaule du centreS. Fichtl, Les Peuples gaulois, éditions Errance, 2012.

L'entrée dans l'Histoire du peuple leuque

Jules César dans La Guerre des Gaules est le premier à mentionner ce peuple :

De Bello Gallico, livre I, paragraphe 40, trad L.-A. Constans, éd. Les Belles Lettres, coll. Budé.

César ne mentionne les Leuques qu'une fois, dans le livre premier, dans le paragraphe 40. Celui-ci s'intitule « Discours de César » et succède à un paragraphe consacré à la « Panique de l'armée romaine ». Le contexte de cette citation permet de comprendre la situation politique chez les Leuques en : Arioviste, roi germain du peuple suève, fut d'abord l'allié des Séquanes, voisins méridionaux des Leuques, contre les Éduens. Mais après avoir défait les Éduens, Arioviste s'installe et occupe un tiers du territoire des Séquanes. Il se livre alors à des razzias et des opérations de harcèlement contre les peuples voisins, et donc, nécessairement, contre les Leuques. Ce peuple délègue probablement, avec d'autres, des ambassades vers César pour lui demander de l'aide. À ce titre, lorsque César en fait la demande, les Leuques lui livrent le blé nécessaire à ravitailler ses troupes.

Il est par ailleurs notable qu'aucune monnaie républicaine de la décennie 59- n'a été répertoriée sur l'oppidum de Boviolles, alors que les décennies précédentes et suivantes sont bien représentéesPierre Damien Manisse, La Circulation monétaire à Nasium, 2009.. Il serait possible que l'aide des Leuques ait été offerte à César, et non vendue.

Cette aide est déterminante pour le général et intervient dans un contexte où des troubles éclatent dans l'armée. Cette mention dans le texte de César peut avoir engendré des conséquences favorables importantes pour les Leuques. En effet, après la conquête, les faveurs des Romains se portent naturellement vers ces peuples amicaux qui n'ont, de surcroît, jamais porté les armes contre Rome. Ainsi, le développement monumental précoce de la ville gallo-romaine de Nasium y trouverait une part de sa justification.

Dans la Pharsale, dont le titre exact est Marci Annaei Lucani de bello ciuili libri decem (Les Dix Livres de M. A. Lucain sur la guerre civile), Lucain signale que les Leuques seraient d’habiles lanceurs de javelines.

Le contexte général de la citation intervient au moment où Jules César décide de quitter les Gaules avec ses troupes afin de porter la guerre contre Pompée, au début de la guerre civile (entre 49 et ).

Dans l'extrait proposé, il cite côte à côte Rèmes et Leuques, pour cette habileté de combattant dans l'emploi des javelots, javelines et autres lances :

Lucain, La Pharsale (livre I) .

Après la conquête romaine

Les cadres romains se mettent en place progressivement durant le principat d'Auguste. Cette mise en place s'est faite dans la paix et le loyalisme à l'égard du pouvoir impérial. Une crise survient dans le Nord-Est de la Gaule, en 21 ap. J.-C., en opposition avec la politique financière de Tibère (14-37 apr. J.-C.), mais les Leuques ne semblent pas avoir pris part au soulèvement. D'ailleurs c'est pour cela que Pline l'Ancien dans son Histoire Naturelle précise que le statut des Leuques était « libre »Pline l'Ancien, Histoire Naturelle, Livre 4, XXXI, 2 . En effet, ils avaient le privilège d'être liberi, libres, c’est-à-dire de ne pas être soumis à la juridiction du gouverneur de la Province dont relevait la civitas. De plus, ils échappaient au paiement du tribut. Cette distinction donc prit, avec Tibère, une forme purement honorifique, ne dispensant pas les Leuques des obligations fiscales communes à toutes les civitates.

En revanche, la cité, ainsi que celle des Médiomatriques, semble avoir été affectée par la grande crise survenue à la suite de la mort de Néron, en 68-69. Tacite dans Histoire les mentionne lors de cette année que l'on va appeler l'année des quatre empereurs. Tacite, Histoire, livre I, 64 .

Fabius Valens est un commandant de légion romaine, légat de Gaule en 69. Le 2 janvier 69, il entre à Cologne où il salue, avec la cavalerie légionnaire, Vitellius empereur. Ce dernier le charge, avec Alienus Caecina, de traverser la Gaule et de fondre sur Rome pour renverser Galba. Valens est à la tête de l'élite de la Germanie inférieure avec l'aigle de la cinquième légion augmentée de cohortes auxiliaires et des ailes (corps de cavalerie auxiliaire recruté par des engagements volontaires, citoyens romains ou provinciaux), soit environ . Tacite décrit l'expédition de Fabius Valens comme émaillée d'exactions contre la population de Gaule. Divodurum (Metz), capitale des Médiomatriques (peuple voisin des Leuques au nord), eut à déplorer le massacre de selon l'auteur latin Tacite, Histoire, I, 63 : « A Divodurum, ville des Médiomatriques, malgré l'accueil le plus obligeant, une terreur subite emporta les courages, et l'on courut aux armes pour égorger un peuple innocent. [...] Sans les prières du général qui les calmèrent enfin, la ville était anéantie. Encore n'y eut-il pas moins de quatre mille hommes massacrés. ». À la suite de ce massacre, les populations des Gaules ont précédé les armées de Fabius Valens pour demander grâce au général et éviter d'autres carnages dans leurs citésTacite, Histoire, I, 63 : « Un tel effroi s'empara des Gaules, qu'à l'approche de l'armée les populations entières accouraient avec leurs magistrats pour demander grâce. On ne voyait que femmes et enfants prosternés sur la route. ». Situés sur l'itinéraire de la troupe, immédiatement au sud du territoire médiomatrique, les Leuques, alarmés par les massacres, ont probablement agi ainsi que le mentionne Tacite pour protéger leurs populations et envoyé leurs magistrats au-devant des légions. La troupe traversa le territoire leuque pour ensuite se diriger dans la cité des Lingons. Pour se rendre à Andemantunnum (Langres) depuis Metz, l'itinéraire des légions suit les grandes voies du Rhin : Trèves, Metz, puis Toul et Langres. Entre Tullum et Andemantunnum, les troupes apprennent la mort de Galba qu'elles étaient parties combattre, et l'élévation d'Othon, qui devient de ce fait leur nouvel adversaire. Tacite indique qu'alors, Valens est encore en territoire leuque, mais que la cité la plus proche est celle des Lingons.

Il est notable qu'aucune monnaie datée de cette période troublée n'ait été découverte à Toul, alors que 1,55 % du numéraire découvert à Nasium date de l'année 69 ap. J.-CPierre Damien Manisse, La circulation monétaire à Nasium, (2009).

Une longue période de paix s'ensuit sous les Flaviens et les Antonins. Les armées romaines stationnées le long du Rhin et au-delà ont formé un glacis de protection qui permet le développement économique des régions intérieures. vignette|gauche|Invasions barbares. Pourtant, à partir du règne de Marc Aurèle, des troubles, dont on ne connaît pas la cause ont fait leur apparition dans la partie nord-ouest de l'Empire. Plusieurs exemples montrent que les cités des Leuques et des Médiomatriques ont subi leur part de dommages : des établissements ruraux sont détruits à Vallois, à Saxon-Sion, des ateliers de céramiques (forêt de Hesse, Mittelbronn...) cessent leur production, etc. Mais ces troubles ne durent qu'un temps et l'époque sévèrienne est une période d'expansionYves Burnand, Encyclopédie illustrée de la Lorraine. Histoire de la Lorraine. 2. De César à CLovis, Nancy, Presse universitaire de Nancy - Metz, éditions Serpenoise, 1990, p. 13-18.

À partir de la seconde moitié du , les champs Décumates, à l'est du Rhin, sont abandonnés par les armées romaines (vers 259-260) : les cités de la Gaule mosellane se retrouvent alors directement en contact avec les zones frontalières. De plus les effectifs des armées du Rhin sont diminués pour grossir ceux du Danube inférieur, chargé de repousser les Goths, et celles stationnées en Cappadoce et en Syrie, chargées de lutter contre les Perses. Dès lors les invasions barbares se multiplient.

En 254, les Alamans descendent jusqu'au sud de Metz. En 259-260, ils traversent à nouveau le territoire des Médiomatriques en passant par les cols vosgiens, et pénètrent dans la cité des Leuques en empruntant la grande voie Lyon-Trèves. Postumus, à qui Gallien a confié le commandement des troupes en 258, remporte plusieurs victoires sur les Barbares et est proclamé par son armée, par les cités des Leuques et des Médiomatriques et par les cités voisines « empereur romain des Gaules »Yves Burnand, op. cit. p. 195-196. Il ne s'agit pas là d'une sécession mais, au contraire, d'une marque d'attachement et d'un besoin de protection face aux barbares.

vignette|droite|Une des bornes milliaires retrouvées à Soulosse. Cette période de calme liée à l'établissement d'un « Empire romain des Gaules » prend fin en 273, lorsque l'empereur Aurélien avance jusqu'à Châlons-en-Champagne pour battre le successeur de Postumus, Tetricus. En 275-276, les Alamans font une nouvelle percée en Gaule mosellane. Cette fois-ci l'empereur Probus met un terme aux invasions pour quelques années.

Ses successeurs, Dioclétien (284-305), instaurateur du gouvernement impérial à quatre, la Tétrarchie, puis Constantin (306-337) réorganisent la défense romaine. Trèves devient résidence impériale, accueillant un des tétrarques, Constance Chlore. Des troupes (les Riparenses ou Limitanei) spécialement affectées à la protection des bandes frontalières sont créées. Il y a également à ce moment-là une réorganisation administrative : la partition de la Gaule Belgique en Belgique I et Belgique II doit servir à rapprocher l'administration romaine des problèmes des citoyens.