, né à Sakai le et mort à Tokyo le , est un architecte et urbaniste japonais.
Ayant grandi en Chine et dans le sud du Japon, il est inspiré dès son plus jeune âge par l'œuvre de Le Corbusier et conçoit ses premiers bâtiments sous le régime impérial japonais. Il se fait connaître grâce à ses projets de reconstruction des villes détruites du Japon d'après-guerre, notamment Hiroshima, où il conçoit le parc du Mémorial de la Paix et le musée. Son engagement auprès des Congrès international d'architecture moderne (CIAM) dans les années 1950 fait de lui l'un des premiers architectes japonais à obtenir une reconnaissance internationale.
Reconnu pour sa synthèse des styles traditionnels japonais et du modernisme, l'œuvre de Tange est emblématique du boom architectural japonais de l'après-guerre.. Il réalise cependant des projets d'envergure sur les cinq continents. Précurseur, mentor et mécène du mouvement métaboliste, il est également réputé pour son ambition et son originalité en tant qu'urbaniste, et ses idées inspirèrent la reconstruction de villes comme Skopje. Tange continue de concevoir des bâtiments jusqu'à sa mort en 2005.
Il reçoit de nombreuses distinctions pour sa contribution à l'architecture, dont la médaille d'or royale pour l'architecture en 1965, la médaille d'or de l'AIA en 1966, le prix Pritzker considéré comme le « prix Nobel d'architecture » en 1987 et le Praemium Imperiale en 1993.
Biographie Enfance et études left|thumb|Kenzō Tange (au centre) dans une photographie à son école primaire avec sa mère Tei Tange (1919).
Né le à Sakai, au Japon, Tange passe son enfance dans les villes chinoises de Hankou et de Shanghai. Sa famille et lui retournent au Japon après avoir appris le décès d'un de ses oncles. Contrastant avec les pelouses verdoyantes et les briques rouges de leur demeure shanghaienne, la famille Tange s'installe dans une ferme au toit de chaume à Imabari, sur l'île de Shikoku, dans la préfecture d'Ehime..
Après avoir terminé ses études secondaires, Tange déménage à Hiroshima en 1930 pour poursuivre ses études secondaires. C'est là qu'il découvre l'œuvre moderniste du Suisse Le Corbusier. La découverte des plans du Palais des Soviets dans une revue d'art étrangère le convainc de devenir architecte. Bien qu'il obtienne son baccalauréat, ses faibles résultats en mathématiques et en physique l'obligent à passer des concours d'entrée pour intégrer les universités les plus prestigieuses. Il y consacre deux ans et, durant cette période, il se documente abondamment sur la philosophie occidentale. Tange s'inscrit également à la section cinéma du département d'art de l'université Nihon pour échapper à la conscription des jeunes hommes dans l'armée japonaise et assiste rarement aux cours.
En 1935, Tange entreprend les études supérieures qu'il souhaite au département d'architecture de l'université de Tokyo. Il y étudie sous la direction de Hideto Kishida et Yoshikazu Uchida. Bien que fasciné par les photographies de la villa impériale de Katsura qui se trouvent sur le bureau de Kishida, son travail est inspiré par Le Corbusier. Son projet de fin d'études consiste en un aménagement de dix-sept hectares dans le parc d'Hibiya de Tokyo.
Début de carrière
Après avoir obtenu son diplôme universitaire, Tange commence à travailler comme architecte au sein du cabinet de Kunio Maekawa. Pour son travail, il se rend en Mandchourie pour participer à un concours d'architecture pour une banque, et visite la province du Rehe, alors occupée par les Japonais. Au début de la Seconde Guerre mondiale, il quitte Maekawa pour réintégrer l'université de Tokyo en tant qu'étudiant de troisième cycle. Il développe un intérêt pour l'urbanisme et, se basant uniquement sur les ressources disponibles à la bibliothèque universitaire, il entreprend une étude des place de marchés antiques (grecs et romains).
vignette|upright|Kenzō Tange, alors professeur adjoint à l'université de Tokyo, s'exprimant sur le plan de reconstruction d'Hiroshima qui sera annoncé au monde entier avant son voyage en Angleterre (1951).
Sa carrière prend véritablement son essor avec l'obtention de plusieurs prix nationaux. En 1941, il remporte le concours de Conception de la Maison du Peuple. En 1942, Tange participe au concours pour la conception du Mémorial de la Sphère de coprospérité de la Grande Asie orientale. Il obtient le premier prix pour un projet qu'il situe au pied du mont Fuji : le mémorial qu'il imagine est une fusion entre l'architecture des sanctuaires shintoïstes et celle de la place du Capitole à Rome. En 1943, il remporte le concours pour le Palais culturel nippo-thaïlandais. Aucun de ses projets primés n'est réalisé. Cependant, les premières œuvres de Tange témoignent d'un engagement actif envers les paradigmes nationalistes de l'architecture impériale japonaise. En réponse à un questionnaire de 1942 portant sur ses opinions concernant le style et la politique architecturale de la Sphère de coprospérité de la Grande Asie orientale, il déclare : .
Le succès de Tange avant 1945 se révèle être un handicap évident dans l'immédiat après-guerre et est rarement relevé par la critique jusqu'aux années 1980. Bien que son style d'après-guerre s'éloigne de ses premières œuvres nationalistes, les chercheurs identifient néanmoins des continuités entre ses travaux de jeunesse et ses œuvres plus tardives, notamment dans sa volonté de formuler un style d'architecture moderne spécifiquement japonais..
En 1946, Tange devient professeur assistant à l'université de Tokyo.
Il remporte en 1949 le concours pour le parc du Mémorial de la Paix et le musée, qu'il construit au centre de la ville reconstruite d'Hiroshima. Cette première réalisation majeure marque le début d'une carrière nationale, avec la création du bâtiment du gouvernement préfectoral de Kagawa, l'hôtel de ville de Tokyo, le gymnase olympique de Yoyogi, la cathédrale Sainte-Marie de Tokyo et le Festival Plaza de l'Exposition universelle d'Osaka en 1970, puis internationale.
En 1962, il ouvre le Laboratoire de conception urbaine et est promu professeur au département de génie urbain en 1963.. Parmi ses étudiants figurent Sachio Ōtani, Kishō Kurokawa, Arata Isozaki, Hajime Yatsuka et Fumihiko Maki..
Il crée sa propre agence d'architectes, d'abord sous le nom de puis de .
Projets notables Reconstruction d'après-guerre et mémorial de la paix d'Hiroshima
L'intérêt de Tange pour les études urbaines le prépare idéalement à la reconstruction d'après-guerre. À l'été 1946, il est invité par la Commission de réhabilitation des dommages de guerre à soumettre des propositions pour certaines villes endommagées par le conflit. Il propose des plans pour Hiroshima et Maebashi. Son projet d'aéroport à Kanon, est accepté et réalisé, contrairement à celui d'un parc en bord de mer à Ujina.
thumb|left|upright=1.2|Musée du mémorial de la Paix de Hiroshima.
Les autorités d'Hiroshima sollicitent l'avis de consultants étrangers concernant la reconstruction de la ville. En 1947, Tam Deling, un urbaniste américain spécialisé dans les parcs, suggère la construction d'un mémorial de la Paix et la préservation des bâtiments situés à proximité de l'épicentre, c'est-à-dire le point directement sous l'explosion de la bombe atomique ayant visée la ville. En 1949, les autorités promulguent la loi sur la reconstruction du mémorial de la Paix d'Hiroshima, qui accorde à la ville des subventions spéciales. En , un concours international est lancé pour la conception du parc du Mémorial de la Paix de Hiroshima.
Tange remporte le premier prix pour un projet de musée dont l'axe traverse le parc, croisant le et le dôme de Genbaku. Le bâtiment repose sur d'imposantes colonnes qui encadrent la perspective le long de son axe.
Les travaux du Centre de la Paix commencent en 1950. Outre l'orientation axiale du projet, son agencement est similaire à celui du premier concours auquel Tange avait participé pour le mémorial de la Sphère de coprospérité de la Grande Asie orientale.
Dans le projet initial, le Musée du mémorial de la Paix de Hiroshima est dominé par des bâtiments utilitaires adjacents, reliés par des passerelles surélevées. Tange affine ce concept pour placer le musée au centre, à l'écart des bâtiments utilitaires (dont un seul sera le fruit de sa conception). Outre le symbolisme architectural, il juge important que le projet s'articule autour du bâtiment abritant les informations sur l'explosion atomique.
Le musée est construit en béton armé apparent. Le rez-de-chaussée du musée est surélevé de six mètres grâce à d'imposants pilotis et accessible par un escalier indépendant. La façade rythmée se compose d'éléments verticaux qui se répètent à partir du centre. À l'instar de l'extérieur, l'intérieur est revêtu de béton brut. L'objectif est de conserver des surfaces sobres afin que rien ne puisse distraire le visiteur du contenu des expositions.
La place de la Paix sert de toile de fond au musée. Elle est conçue pour accueillir autour du monument de la paix situé en son centre. Tange conçoit également le cénotaphe comme une arche composée de deux paraboloïdes hyperboliques, possiblement inspirée des tombeaux cérémoniels japonais traditionnels de la période Kofun.
Sanctuaire d'Ise
vignette|upright|Construction du nouveau sanctuaire naikū à côté de l'ancien (photographie de 1953).
En 1953, Tange et le journaliste et critique d'architecture Noboru Kawazoe sont invités à assister à la reconstruction du sanctuaire d'Ise. Ce sanctuaire est reconstruit tous les vingt ans, et l'année 1953 marque la édition de cette tradition, instaurée en 690 par l'empereur Tenmu. Habituellement, la reconstruction se déroule à huis clos, mais cette fois-ci, la cérémonie est ouverte aux architectes et aux journalistes afin qu'ils puissent la couvrir. La cérémonie coïncide avec la fin de l'occupation américaine et semble symboliser un nouveau départ pour l'architecture japonaise. En 1965, lorsque Tange et Kawazoe publient leur ouvrage Ise : Prototype de l'architecture japonaise, Tange compare l'édifice à une structure moderniste : une expression authentique des matériaux, une conception fonctionnelle et des éléments préfabriqués.
Tour du bureau du gouvernement préfectoral de Kagawa
Le tour du bureau du gouvernement préfectoral de Kagawa, sur l'île de Shikoku, est achevé en 1958. Son architecture expressive rappelle le style daibutsuyō du Tōdai-ji à Nara. Les colonnes de la façade ne supportant que des charges verticales, Tange peut les concevoir de manière fines, maximisant ainsi les surfaces vitrées. Bien que considéré comme l'un de ses plus beaux projets, le bâtiment est critiqué lors de sa construction pour son recours excessif à la tradition.
La maison personnelle de Tange thumb|left|La maison personnelle de Tange (1953).
La maison personnelle de Tange, conçue en 1951 et achevée en 1953, utilise une structure similaire à celle du Musée du mémorial de la Paix de Hiroshima. Toutefois, elle intègre un design japonais plus traditionnel faisant appel au bois et au papier. La maison s'inspire de l'utilisation traditionnelle japonaise du tatami, les pièces les plus vastes étant conçues pour être modulables et divisées en trois pièces plus petites par des portes coulissantes fusuma. La façade présente un motif rythmé, composé de deux types de façades (« a » et « b ») disposées latéralement selon un schéma « a-b-a-a-b-a ». La maison est coiffée d'un toit à deux niveaux. La maison de Kazuo Shinohara à Kugayama, construite en 1954, présente une conception remarquablement similaire, bien qu'elle soit en acier et que sa façade arbore un rythme plus simple.
Hôtel de ville de Kurashiki thumb|upright|Hôtel de ville de Kurashiki, désormais musée d'art Kurashiki.