Lindonésien, ou « » (/baˈhasa indoˈnesija/) (littéralement « langue indonésienne »), est la langue officielle de l'Indonésie et l'une des langues de travail au Timor oriental. C'est une déclinaison standardisée du macrolangage malais qui regroupe plus de et dialectes.

L'indonésien assume le rôle essentiel de langue véhiculaire, entre plus de ethniques habitants l'archipel, parlant environ et dialectes différents. L'indonésien compte de locuteurs au total, mais seuls d'entre eux ont le bahasa indonesia comme langue première. Elle est faiblement présente à l'étranger, mais est en expansion. Cependant, 98 % de la population le parle, d'où son rôle de lingua franca. L'acquisition se fait soit à l'école à l'âge de cinq ans, soit par transmission intra-communautaire.

Le malais est toutefois la langue régionale () de la côte et de l'île de Sumatra et plus précisément de la bande côtière orientale de la province de Sumatra du Nord et des provinces de Riau, îles Riau, Jambi et Sumatra du Sud et de la bande côtière des provinces de Kalimantan occidental, Kalimantan du Sud et Kalimantan oriental dans l'île de Bornéo.

Écriture et prononciation vignette|Une locutrice de l'indonésien.

L'indonésien s'écrit avec l'alphabet latin. Les lettres se prononcent comme en français, sauf dans les cas suivants :

La consonne se prononce entre « tch » et « ti » : (« chocolat ») se prononce entre « tchoklatt » et « tyoklatt ».

La consonne se prononce entre « dj » et « di » : jalan (aller, marcher) se prononce entre « djalann » et « dyalann ».

La voyelle se prononce : (« maison ») se prononce .

La voyelle e se prononce le plus souvent comme le « e muet » français, parfois « é », avec dans ce dernier cas des hésitations orthographiques : (« téléphone ») on retrouve aussi les orthographes telpon et telepon (avec le deuxième e muet).

Le groupe de deux lettres peut se lire soit , soit à Java : (« vouloir, être prêt à ») se prononce partout ; (« au cas où ») varie selon la région de à .

Le groupe de deux lettres ai peut se lire soit , soit à Java : (« eau ») se prononce partout : la prononciation de pakai (« utiliser ») varie selon la région de à .

Le mouvement nationaliste indonésien avait adopté l'alphabet latin en 1928 avec la graphie néerlandaise dite Van Ophuijsen (par exemple tj pour le son « tch » et dj pour le son « dj »). Cette graphie fut légèrement modifiée par la réforme orthographique de 1947 dite Soewandi, du nom du ministre de l'Éducation du gouvernement du Premier ministre socialiste Sjahrir (le devenant : Soerabaja > Surabaja).

La réforme de 1972 a mené à une graphie commune à l'indonésien et au malaisien, le dj indonésien devenant j (Djakarta > Jakarta) et le j, y (djaja > jaya = victoire, Surabaja > Surabaya), comme en malais de Malaisie, et le tj indonésien et le ch malaisien devenant c (tjahaja et chahaya > cahaya = lumière).

La plupart des noms propres de personnes (anthroponymes) n'ont pas pris en compte ces changements de graphie successifs.

Histoire

vignette|362x369px|Carte de l'expansion de l'empire du Srivijayan. Au , à partir de Palembang il s'étend à Sumatra, Java, au Cambodge et à la péninsule Malaise, et enfin se disloque à Jambi au . Création : Gunawan Kartapranata / CC BY-SA 4.0.

La configuration géographique particulière du détroit de Malacca contraint le trafic maritime commercial à emprunter des itinéraires étroits. Ces passages obligatoires permettent très tôt le développement de ports d'échange importants. Ce phénomène de couloir maritime joue un rôle crucial dans la dispersion régulière des populations et de leurs langages pendant des siècles.

La plus vieille trace écrite connue en malais ancien (à ne pas confondre avec le malais classique) est une inscription sur pierre en écriture pallava, dite de , datée de trouvée sur l'île de Bangka. Dès le , les sources chinoises, perses et arabes indiquent que l'empire sriwijayan est un carrefour international religieux et un centre économique prospère, bénéficiant des échanges entre la Chine et l'Inde. On y trouve alors un ensemble dialectal caractéristique, fortement influencé par l'hindouisme et le bouddhisme de Chine. On l'appelle « vieux malais » par simplicité d'usage mais aussi car ces dialectes montrent déjà des caractéristiques linguistiques qui les rapprochent les uns des autres.

Des pèlerins bouddhistes apprennent alors la langue locale, qu'ils désignent (approximativement) « koen-luen ». C'est la langue en usage au sein de l'empire Sriwijayan, dont on trouve des inscriptions gravées sur pierre. Cette langue est considérée comme le plus proche parent du malais classique. Tout au long de la domination de l'empire Sriwijawan, depuis le jusqu’au début de son déclin au puis de son effondrement total à la fin du , le malais ancien reste la langue dominante dans l'espace du détroit de Malacca et des provinces insulaires.

C'est au siècle suivant qu'une nouvelle puissance apparaît dans l'espace indo-malais : le sultanat de Malacca (). C'est non seulement l'espace d'échange commercial le plus important d'Asie du Sud-Est, mais c'est aussi le cœur de la diffusion de l'Islam dans toute la région, élevant ainsi le malais en langue véhiculaire et d'enseignement religieux.

À partir du une littérature abondante apparaît. Il s'agit de chroniques, de généalogies, de textes législatifs ainsi que religieux. Ces textes sont souvent rédigés en script « Jawi », une adaptation du script arabe. La langue utilisée dans cette littérature qu'on dénommera plus tard « malais classique » se distingue du vieux malais et de ses nombreux dialectes : elle montre une normalisation et l'existence de certaines conventions persistantes malgré ses variations locales. Elle emprunte à l'arabe des éléments de grammaire et un lexique issus de la littérature islamique. Elle est pratiquée à la cour des sultans et est utilisée pour l'administration et la politique.

Des poèmes et des épopées datant du comme le « Syair Ken Tambuhan » ou les « Sejarah Melayu » attestent de la vitalité et de la longévité du malais classique. Les écrits proviennent d'endroits variés : Aceh, Java, les îles Moluques ou encore les Philippines septentrionales.

Colonisation En , le navigateur hollandais Huygen van Linschoten écrit que le prestige du malais est tel que pour un homme éduqué, ne pas le connaître était comme ne pas savoir le français pour un Néerlandais cultivé. Dès leur installation dans l'archipel, les Néerlandais utilisent le malais pour correspondre avec les souverains locaux, comme en témoignent six lettres rédigées en malais par les autorités de Batavia, fondée en 1619, et adressées à des dignitaires du sultanat de Banten dans l'ouest de JavaM. C. Ricklefs, "Bantěn and the Dutch in 1619: Six Early "Pasar Malay" Letters", Bulletin of the School of Oriental and African Studies/Volume 39/Issue 01/February, 1976, p. 128-136.

Avec la fin de la guerre de Java en 1830, les Néerlandais commencent à progressivement prendre le contrôle de l'archipel. Ils utilisent d'abord le malais pour diffuser le christianisme, puis comme langue d'enseignement dans les écoles chrétiennes. Plus généralement, les Néerlandais communiquent avec la population indigène en malaisRuth McVey, "Nation versus state in Indonesia", in Damien Kingsbury et Harry Aveling, Autonomy and Disintegration in Indonesia, 2003, p. 11-27. Ce dernier devient officiellement langue d’administration en 1865Scott Paauw, "One Land, One Nation, One Language: An Analysis of Indonesia's National Language Policy", University of Rochester Working Papers in the Language Sciences, 5(1), 2009, p. 2-16.

En , le gouvernement colonial fonde la Commissie voor de Volkslectuur (« commission pour la littérature populaire »), chargée de publier, en caractères latins dans cette langue et dans les langues régionales, aussi bien des œuvres locales classiques, populaires et modernes que des œuvres étrangères traduites. Cet organisme prend bientôt le nom de Balai Pustaka (« la maison du livre »). Dans les années 1930 apparaît une nouvelle littérature, écrite en malais, que les intellectuels indigènes appellent désormais « indonésien ». La revue littéraire Poedjangga Baroe (« le poète nouveau ») est fondée en .

En , des associations d'étudiants et de jeunes des Indes néerlandaises se réunissent en congrès et prononcent le « Serment de la jeunesse » (Sumpah Pemuda) par lequel ils déclarent adopter trois idéaux : une nation, la nation indonésienne (Bangsa Indonesia) ; une langue, l'indonésien (Bahasa Indonesia) ; une patrie, l'Indonésie (Tanah Air Indonesia). L'indonésien est né.

L'occupation japonaise des Indes néerlandaises (1942-1945) va permettre l'essor de la langue indonésienne. Les Japonais entendent éradiquer toute influence occidentale et interdisent les ouvrages en néerlandais et en anglais. Pour diffuser leur propagande, ils utilisent l'indonésien, dont l'usage se répand à travers l'archipel. La proclamation de l'indépendance en 1945 est lue en indonésien.

La littérature indonésienne gagne en vitalité après l'indépendance. Durant les années de conflit entre la jeune république et l'ancien colonisateur néerlandais, Chairil Anwar (1922-1949), personnage ombrageux et rebelle, est la figure de proue du mouvement poétique Angkatan 45, la « génération de 45 ». Ensuite, l'indonésien se développe au rythme des transformations du pays.

En choisissant le malais véhiculaire comme langue nationale, les nationalistes indonésiens ont renoué avec l'époque où il était la langue d'échange de l'archipel, mais avec cette fois-ci la volonté de bâtir une nation indonésienne.

Différences entre indonésien et malais de Malaisie

Les différences entre les deux langues sont en réalité d'ordre dialectal, comme celles entre le français européen et le français canadien. L'intercompréhension se fait sans trop de difficultés mais avec des divergences orthographiques et lexicales. De plus l'accent indique aisément la région d'origine des locuteurs. On peut dire que l'indonésien et le malais de Malaisie sont des « langues ausbau » l'une par rapport à l'autre : elles existent donc en tant que telles par une volonté politique et culturelle.

L'indonésien diffère du malais de Malaisie d'abord pour des raisons historiques. Les colonisations britanniques sur la péninsule Malaise et néerlandaise sur l'archipel indonésien ont eu un impact majeur sur la langue malaise. Aussi les deux formes de malais ont-elles été influencées par les contextes coloniaux respectifs.

Un facteur beaucoup plus déterminant aujourd'hui est le contexte indonésien. Le javanais, avec plus de de locuteurs, mais aussi d'autres langues régionales d'Indonésie comme le soundanais de Java occidental, qui a près de de locuteurs, enrichissent énormément l'indonésien, notamment son vocabulaire.

Le choix par les nationalistes indonésiens du malais comme langue de la future Indonésie indépendante était logique. Jusque vers 1900, quand ils commencent à ouvrir des écoles pour indigènes avec un enseignement moderne en néerlandais, les Néerlandais refusaient de parler leur langue avec les indigènes et utilisaient le malais, langue d'échange dans l'archipel indonésien au moins depuis le , période de grandeur du sultanat de Malacca sur la péninsule Malaise. Le plus ancien document écrit en malais qu'on ait retrouvé est une lettre écrite en 1521 dans le sultanat de Ternate aux Moluques, dans l'est de l'Indonésie.

Malacca aurait été fondée peu avant 1400 par un prince de Sriwijayan, dont on a cité plus haut les inscriptions du en vieux-malais. On peut supposer que le malais était déjà utilisé dans les ports de la région à l'époque de Sriwijaya (soit avant le ).

Des inscriptions en vieux-malais ont ainsi été trouvées dans le centre de Java, dont les dates vont de 792 au .

Vocabulaire Une base est un mot auquel on peut appliquer des affixes pour former de nouveaux mots.

Un peu de vocabulaire Oui et non