Le Pirée ( / ho Peiraieús, / Pireás) est une ville grecque. Ce dème est le principal port de l'agglomération d'Athènes. Il est plus largement le premier port et le principal centre industriel de Grèce, ainsi que le point de départ des voyageurs vers les îles de la mer Égée.

Il est situé dans la région d'Attique (appelée jusqu'en 2010 nomarchie du Pirée, maintenant périphérie de l'Attique), sur la côte est du golfe Saronique. Il fait partie de la zone urbaine d'Athènes Statistiques de Grèce, par le Service de Statistiques Nationales de Grèce. 2002. Le document inclut les zones urbaines de Grèce, définies officiellement par le Service de Statistiques Nationales de Grèce sous l'égide du Ministère des Finances de Grèce. La municipalité du Pirée et sa zone font partie de la zone urbaine d'Athènes, ou « Grand Athènes » (Πολεοδομικό Συγκρότημα Αθηνών)., à 8 km au sud-ouest du centre de la cité. Elle est néanmoins la capitale du diocèse décentralisé d'Égée constitué de deux périphéries extérieures à son territoire.

Géographie Les ports

Le Pirée est un des plus grands ports du monde pour le trafic des passagers : il assure aussi bien les liaisons intérieures, desservant les nombreuses îles du pays, que les lignes internationales. Le nombre des voyageurs transitant chaque année par Le Pirée est estimé à douze millions.

Le Pirée comporte en fait trois ports, d'est en ouest : Microlimano (anciennement Mounichías, Tourkolimano), Zéa (Pasalimáni) et Kantharos (Mega Limani, Kentrikos Limenas, Porto Draco), le grand port. C'est de ce dernier que partent les ferries pour les îles. Zéa et Microlimano sont les ports des yachts.

L'exploitation du port de marchandises dont le bail avait déjà été concédé à la compagnie chinoise Cosco lui est vendue en 2016. La compagnie achète 51 % des actions pour 280,5 millions d'euros, avec une option pour 16 % supplémentaires cinq ans après.

Histoire Antiquité

Le Pirée est une colline rocheuse que le géographe grec Strabon suppose être, à l'origine, une île. Elle est citée dans le Livre 1 de la République de Platon : “J’étais descendu hier au Pirée avec Glaucon, fils d’Ariston...”, raconte Socrate en introductionLa République Livre 1, Platon .

Au , Strabon écrit que [], Strabon, Livre I, chapitre 3, paragraphe 18. Des scientifiques ont validé cette assertion de Strabon en réalisant des carottages sédimentaires dans la ville accolée aujourd'hui au Pirée. Ils ont en effet prouvé, par l'étude stratigraphique et radiocarbone, qu'un bras de mer entourait le Pirée entre 4800 et 3400 Jean-Philippe Goiran, Le Pirée : des scientifiques valident une assertion du savant grec Strabon vieille de 2000 ans, ArchéOrient, 9 novembre 2012, mis à jour le 17 décembre 2013.. Puis, au début du millénaire av. J.-C., le paysage se transforme progressivement en lagune. Enfin, vers le un marécage se développe qui est probablement l'Halipedon décrit dans les textes (Xen. Hell. 2,4,30-34) . L'adverbe pourrait dériver du grec ancien , c'est-à-dire « brigand, bandit qui court les mers pour attaquer les navires », mot avec spécialisation de sens dérivé du verbe signifiant « s'efforcer, essayer, tenter sa chance à l'aventure », également à l'origine du mot « pirate »Alain Rey, , in Dictionnaire historique de la langue française, Paris, Le Robert, 2010, p. 1651b..

Le Pirée ne fut pas le premier port d'Athènes. On lui préféra longtemps la rade de Phalère, visible depuis Athènes, contrairement au Pirée. Le premier à s'intéresser au Pirée fut Hippias qui fortifia Munychie. La première reconnaissance du Pirée par Athènes a lieu en 507 av. J.-C. ; les réformes clisthéniennes l’érigent en dème, ce qui permet à la ville du Pirée de commencer à se développer. Mais cette reconnaissance athénienne n’est pas encore portuaire, elle ne concerne que la ville même qui a commencé à se développer au Pirée.

Thémistocle, fondateur de l’économie du Pirée

Thémistocle est le premier à avoir saisi l’importance du Pirée, tout d’abord pour se construire une flotte significative en cas de nouvelle invasion perse mais aussi pour stimuler le commerce et faire d’Athènes une puissance maritime bien protégée. Au tome V de The Cambridge Ancient History, il reste possible de lire sur Thémistocle : « It was him who was responsible for the new naval base at the Piraeus, without wich her maritime hegemony could not have been maintained », qui peut être traduit par . À la suite de la découverte de nouveaux gisements dans les mines du Laurion, Athènes a en effet les moyens de procéder à des grands travaux de fortifications et de construction maritime et Thémistocle persuade l’assemblée de débloquer ces fonds afin de faire d’Athènes une puissance maritime. Au livre I de la Guerre du Péloponnèse, Thucydide nous explique que Thémistocle « trouvait l’endroit heureusement conformé avec ses trois ports naturels et pensait qu’eux-mêmes devenus marins, ils se trouveraient en bonne passe pour acquérir de la puissance »Thucydide, Guerre du Péloponnèse, I, 93 : , . Aussi en -493, lors du premier archontat de Thémistocle, les travaux au Pirée commencent. Les chantiers navals permettent la construction d’une flotte assez importante pour battre les Perses à la bataille de Salamine en . Cette victoire persuade les Athéniens de l’utilité d’une puissance maritime ; la ville d’Athènes ayant été détruite par les Perses, ils s’emploient à la reconstruire en la fortifiant et en font de même pour le Pirée qui a quelque peu souffert également de l’invasion perse.

Ces fortifications inquiètent les cités alliées d’Athènes, Sparte en premier lieu, qui craint de voir là les débuts d’un rival très important pour son hégémonie. Aussi Sparte tente par tous les moyens diplomatiques possibles d’empêcher la fortification du Pirée, en arguant qu’en cas d’invasion réussie des Perses, cela leur procurerait une place imprenable en Attique. Mais Thémistocle se rend à Sparte pour les rassurer et décide de reconstruire les fortifications du Pirée détruites par les Perses en suivant un modèle plus vaste ; les murs du Pirée font 60 stades de circonférence et Thémistocle ordonne qu’on les érige assez haut et assez larges pour qu’ils puissent être défendus par les hommes les plus inaptes (invalides, vieillards) alors que le reste des soldats embarquerait sur des trières. Ces murs avaient, nous dit Thucydide au livre I, 93 de son ouvrage, une largeur telle que deux chars pouvaient s’y croiser de front.

La fortification du Pirée en fait une place militaire inexpugnable, et par conséquent un port de commerce sûr puisque les marchands n’ont pas peur d’y entreposer leurs denrées. Aussi ces fortifications vont de pair avec un développement de ce port. Le Phalère est abandonné au profit du Pirée, plus grand, mieux fortifié et s’articulant au pied de collines permettant une bonne surveillance. Mais le projet le plus ambitieux de Thémistocle, les Longs Murs reliant Athènes au Pirée, ne fut réalisé qu’après son ostracismePlutarque, Vie de Thémistocle, 22, 4 : , texte en ligne, prononcé en 471 (il aurait été accusé de « médiser », c'est-à-dire de prendre le parti des MèdesPlutarque, Vie de Thémistocle, 21,7 : , texte en ligne ).

Période classique Les débuts de la période classique constituent l’âge d’or du Pirée qui acquiert une hégémonie sur le commerce grec, et ce au détriment des autres ports comme Chalcis, Érétrie, Égine ou encore Corinthe qui est néanmoins le seul port à réussir à se maintenir à peu près. Aussi à partir de , la ville du Pirée est-elle entièrement reconstruite sur un vaste plan architectural par Hippodamos de Milet, les entrepôts et arsenaux sont agrandis et la ville se dote de temples et de bassins plus nombreux. Le Pirée apparaît alors comme une clef de l’essor athénien puisqu’il lui confère sécurité, prospérité économique et commerciale ainsi que puissance navale sans égale. À eux seuls, les revenus du Pirée couplés à ceux des mines du Laurion constituent alors plus de 65 % du budget de l’État athénien, le développement de la navigation compensant la pauvreté de la terre de l’Attique. Le Pirée se rapproche également d’Athènes dans la mesure où ses habitants prennent de plus en plus part à la démocratie athénienne, puisque la tradition démocratique est très ancrée au Pirée. La population de la ville était d'ailleurs principalement constituée de métèques qui firent du port une ville commerciale et cosmopolite, où les Dieux étrangers côtoyaient les Dieux grecs.

Enfin, les longs murs construits entre -461 et -456 et qui relient le Pirée à Athènes suivant une double muraille d’environ 6 kilomètres achèvent de protéger la ville. L’importance de ces longs murs se ressent bien au livre I de La Guerre du Péloponnèse puisque Thucydide nous apprend que Thémistocle pensait que le Pirée présentait plus d’utilité que la ville haute et répétait souvent aux Athéniens, si jamais ils cédaient à un assaillant sur terre, de gagner le port et, avec leur flotte, de faire face.

Cet âge d’or toucha à sa fin au milieu du , en effet les fortifications du Pirée avaient déjà attiré la méfiance des Lacédémoniens et les autres ports grecs (Mégare et Corinthe notamment) avaient beaucoup souffert de l’hégémonie du Pirée. Aussi les raisons de la guerre du Péloponnèse sont-elles essentiellement économiques, Sparte n’eut aucun mal à convaincre les cités ayant souffert de l’expansion athénienne de se joindre à elle pour faire la guerre à Athènes. L’effort de guerre provoqua au Pirée la ruine de plusieurs commerçants, les locaux et les navires étant réquisitionnés et le commerce chutant au profit des dépenses militaires. Les raids lacédémoniens sur le territoire de l’Attique conduisirent Périclès à rassembler la population dans les murailles athéniennes, qui s’étendaient donc maintenant sur une petite dizaine de kilomètres, suivant ainsi le conseil de Thémistocle. Cependant, les murailles du Pirée ainsi que la ville n’avaient pas été étudiées pour accueillir un si grand nombre de personnes, ainsi les populations s’entassèrent, et trouvèrent refuge dans les temples, sous les portiques… Cette situation étant propice à la propagation d’une maladie, la peste fit des ravages un an plus tard dans la population, favorisée par la quasi-absence d’égouts au Pirée ainsi que par la faible adduction d’eau et l’absence de fontaine. Au livre II, 48, Thucydide nous explique qu'Athènes se vit frappée brusquement, et ce fut d’abord au Pirée que les gens furent touchés ; ils prétendirent même que les Péloponnésiens avaient empoisonné les puits (car il n’y avait pas encore de fontaines à cet endroit). Puis il atteignit la ville haute et dès lors le nombre de morts fut beaucoup plus grand. La peste, qui a eu raison de Périclès et de ses deux fils (Xanthippe et Paralos), fut un coup fatal porté au Pirée qui traversait alors une crise économique et commerciale sans précédent. Le désastre de Sicile en acheva cette crise en privant les Athéniens d’un grand nombre de navires.