Victoria Adélaïde Marie Louise du Royaume-Uni, princesse royale de Grande-Bretagne et d'Irlande puis, par son mariage, reine de Prusse et impératrice allemande, est née le au palais de Buckingham, à Londres, et morte le à Friedrichshof, en Allemagne. Fille aînée de la reine Victoria du Royaume-Uni et du prince Albert, elle est impératrice allemande et reine de Prusse durant les 99 jours de règne de son époux, Frédéric III.
La princesse est élevée selon les idées libérales de son père. Fiancée à l'âge de seize ans au futur Frédéric III d'Allemagne, elle soutient son mari dans sa volonté d'instaurer une monarchie constitutionnelle en Prusse puis en Allemagne. Mais, critiquée pour son attitude et ses origines anglaises, « Vicky »Elle était appelée ainsi par ses parents. Dans le but de la distinguer de sa mère, l'article utilise ce surnom. subit l'ostracisme des Hohenzollern et de la cour berlinoise. Son isolement va croissant après l'arrivée d'Otto von Bismarck au pouvoir en 1862.
Finalement, Vicky et son époux n'ont la possibilité d'influer sur la politique allemande que durant quelques semaines, en 1888 : atteint d'un cancer du larynx, Frédéric III n'a en effet ni le temps ni la force de mener à bien les réformes politiques dont il avait rêvé lorsqu'il était encore Kronprinz. Une fois devenue veuve, Vicky est à nouveau écartée du pouvoir par son fils, Guillaume II. L'impératrice douairière s'installe alors à Kronberg im Taunus, où elle se fait bâtir un château, Friedrichshof, nommé ainsi en l'honneur de son défunt époux. De plus en plus isolée après les mariages de ses filles cadettes, Victoria meurt d'un cancer du sein quelques mois après sa mère, en 1901.
Famille
vignette|La reine Victoria du Royaume-Uni, mère de la princesse royale (1887).
La princesse royale Victoria est la fille aînée de la reine Victoria du Royaume-Uni (1819-1901) et de son époux le prince consort Albert de Saxe-Cobourg-Gotha (1819-1861).
Par sa mère, Victoria est donc la petite-fille du prince Édouard-Auguste du Royaume-Uni (1767-1820), duc de Kent et de Strathearn, et de son épouse la princesse Victoire de Saxe-Cobourg-Saalfeld (1786-1861) tandis que, par son père, elle descend du duc Ernest de Saxe-Cobourg-Gotha (1784-1844) et de sa femme la princesse Louise de Saxe-Gotha-Altenbourg (1800-1831).
Le , Victoria épouse, à Londres, le futur Frédéric III d'Allemagne, fils de l'empereur Guillaume (1797-1888) et de son épouse la princesse Augusta de Saxe-Weimar-Eisenach (1811-1890).
Du mariage de Frédéric et de Victoria naissent huit enfants, parmi lesquels deux meurent avant l'adolescence : Guillaume II d'Allemagne (1859-1941), roi de Prusse et empereur allemand, qui épouse, en premières noces, la princesse Augusta-Victoria de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Augustenbourg (1858-1921), avant de se remarier à la princesse Hermine Reuss zu Greiz (1887-1947) ; Charlotte de Prusse (1860-1919), princesse de Prusse et d'Allemagne, qui épouse le duc Bernard III de Saxe-Meiningen (1851-1928) ; Henri de Prusse (1862-1929), prince de Prusse et d'Allemagne, qui épouse la princesse Irène de Hesse-Darmstadt (1866-1953) ; Sigismond de Prusse (1864-1866), prince de Prusse ; Victoria de Prusse (1866-1929), princesse de Prusse et d'Allemagne, qui s'unit, en premières noces, au prince Adolphe de Schaumbourg-Lippe (1859-1917), régent de Lippe, avant de se remarier au réfugié russe blanc (1901-1936) ; Waldemar de Prusse (1868-1879), prince de Prusse et d'Allemagne ; Sophie de Prusse (1870-1932), princesse de Prusse et d'Allemagne, qui épouse le roi des Hellènes Constantin (1868-1923) ; Marguerite de Prusse (1872-1954), princesse de Prusse et d'Allemagne, qui épouse le landgrave Frédéric-Charles de Hesse-Cassel (1868-1940), éphémère roi de Finlande en 1918.
Biographie Princesse royale de Grande-Bretagne Enfance et éducation
vignette|gauche|La princesse royale, son père et la chienne Eos, par (1842). Née en 1840, la petite Victoria est la première enfant de la reine Victoria du Royaume-Uni et de son époux, le prince AlbertLorsqu'elle voit le jour, le médecin s'exclame avec tristesse : et la reine lui répond : .. Seul enfant du monarque britannique à sa naissance, elle est héritière présomptive des titres de sa mère, avant de céder sa place à son frère Albert Édouard, le futur Édouard VII, lorsqu'il arrive au monde le suivant.. Peu de temps après sa naissance, le , elle est titrée princesse royale, un titre généralement — mais pas automatiquement — accordé à la fille aînée du souverain britannique.. Elle est baptisée le , à l'occasion du premier anniversaire de mariage de ses parents, dans la salle du Trône du palais de Buckingham par l'archevêque de Cantorbéry William Howley. Baptisée sous les noms de Adelaide Mary Louisa, ses parents l'appellent ou ..
Le couple royal est décidé à donner à ses enfants une éducation aussi complète que possible. De fait, la souveraine britannique, qui a succédé à son oncle, le roi Guillaume IV, à l'âge de 18 ans, estime qu'elle n'a pas été suffisamment préparée au métier de souveraine. De son côté, le prince Albert, originaire du petit duché de Saxe-Cobourg-Gotha, a reçu, grâce à son oncle, le roi des Belges Léopold , une éducation beaucoup plus soignée.
vignette|La princesse Victoria en 1842 par Franz Xaver Winterhalter. Peu de temps après la naissance de Vicky, le prince Albert écrit donc un mémoire qui détaille les tâches et les devoirs de toutes les personnes intervenant dans l'éducation des enfants royaux. Un an et demi plus tard, un autre document de 48 pages, écrit par le baron von Stockmar, intime du couple royal, détaille les principes éducatifs auxquels doivent être soumis les petits princes.. Or, le couple royal n'a qu'une idée très imprécise du développement d'un enfant et la reine Victoria est, par exemple, persuadée que le fait que son bébé suce des bracelets est un signe d'éducation déficiente. Selon Hanna Pakula, biographe de la future impératrice allemande, les deux premières gouvernantes de la princesse ont donc été particulièrement bien choisies. Experte dans les rapports avec les enfants, lady Littleton dirige la nurserie par laquelle passent tous les enfants du couple royal à partir de la deuxième année de la princesse. Diplomate, la jeune femme parvient à adoucir les demandes en partie irréalistes du couple royal. De son côté, Sarah Anne Hildyard, deuxième gouvernante de l'enfant, est un professeur habile qui développe rapidement une relation étroite avec son élève..
vignette|gauche|La famille royale britannique par Franz Xaver Winterhalter (1846). Dès l'âge de dix-huit mois, Vicky reçoit des cours de français et elle n'a pas quatre ans lorsqu'elle commence à apprendre l'allemand. À partir de six ans, son programme d'études comprend des cours d'arithmétique, de géographie et d'histoire. Ses journées de classe, entrecoupées par trois heures de récréation, commencent à pour se terminer à . Contrairement à son frère, dont le programme éducatif est encore plus sévère, la petite fille se révèle être une excellente élève, toujours avide de connaissances. Elle n'a cependant pas que des qualités et se montre aussi emportée et obstinée...
La reine Victoria et son époux cherchent à éloigner autant que possible leurs enfants de la vie de cour. Le couple acquiert donc le palais d'Osborne House, sur l’île de Wight, qui est remodelé dans le style d'une villa napolitaine sur les dessins du prince consort.. Près du bâtiment principal, Albert fait édifier, pour ses enfants, un chalet d'inspiration suisse possédant une petite cuisine et un atelier de menuiserie. Dans ce bâtiment, les enfants princiers apprennent le travail manuel et la vie pratique. Le prince Albert est très présent dans l'éducation de sa progéniture. Il suit de près les progrès de ses enfants, leur donne lui-même quelques cours et passe aussi beaucoup de temps à jouer avec eux...
Première rencontre avec les Hohenzollern
vignette|Portrait du prince Guillaume de Prusse, futur beau-père de Victoria, par Franz von Lenbach (1886). En Allemagne, le prince Guillaume de Prusse et son épouse, la princesse Augusta de Saxe-Weimar-Eisenach, font partie des personnalités avec lesquelles la reine Victoria et le prince Albert sont alliés. La souveraine britannique est d'ailleurs en contact épistolaire régulier avec sa cousine depuis 1846. Or, la révolution qui éclate à Berlin en 1848 renforce les liens entre les deux couples princiers en obligeant l'héritier du trône de Prusse à trouver refuge durant trois mois auprès de la cour britannique.
En 1851, Guillaume revient à Londres avec sa femme et leurs deux enfants (Frédéric et Louise), à l'occasion de l'Exposition universelle. Pour la première fois, Vicky rencontre son futur époux et, malgré leur différence d'âge (elle a onze ans et il en a dix-neuf), les jeunes gens s'entendent très bien. Pour favoriser le contact des deux adolescents, la souveraine britannique et son époux ont chargé Vicky de guider Frédéric à travers l'Exposition et, pendant la visite, l'enfant répond dans un allemand courant au jeune homme à l'anglais encore hésitant. La rencontre est donc un succès et, des années plus tard, le prince Frédéric insisterait sur l'impression positive que le mélange d'innocence, de curiosité intellectuelle et de naturel de la petite princesse a fait naître en lui durant la visite..
vignette|gauche|Le prince Frédéric de Prusse, futur époux de Victoria. Sa rencontre avec la petite Victoria n'est cependant pas la seule à impressionner positivement Frédéric durant les quatre semaines de son séjour anglais. Le jeune Prussien trouve en effet dans le prince Albert un interlocuteur avisé qui partage et affermit ses idées libérales. Frédéric est finalement fasciné par les relations qui unissent les membres de la famille royale britannique. À Londres, la vie de la cour est loin d'être aussi rigide et conservatrice qu'à Berlin et Victoria et son époux se conduisent avec leurs enfants d'une manière bien différente de celle de Guillaume et d'Augusta...
Après le retour de Frédéric en Allemagne, commence une correspondance étroite entre Victoria et le jeune homme. Mais, derrière cette amitié naissante, se cache le désir de la reine de Grande-Bretagne et de son époux de tisser des liens plus étroits avec la Prusse. Dans une lettre à son oncle le roi des Belges, la souveraine britannique émet ainsi le désir que la rencontre de sa fille avec l'héritier présomptif du trône prussien aboutisse à une relation plus étroite entre les deux jeunes gens..
Fiançailles avec Frédéric de Prusse Comme Vicky, Frédéric a reçu une éducation très complète et a notamment été formé par des personnalités comme l'écrivain Ernst Moritz Arndt ou l'historien Friedrich Christoph Dahlmann.. Conformément à la tradition des Hohenzollern, il a par ailleurs reçu une rigoureuse formation militaire. vignette|La princesse royale en 1855. En 1855, le prince Frédéric effectue un nouveau séjour en Grande-Bretagne et rend visite à Vicky et à sa famille en Écosse, au château de Balmoral. Le but de son voyage est de revoir la princesse royale afin de s'assurer qu'elle constitue bien, pour lui, le meilleur parti. À Berlin, ce voyage en Grande-Bretagne est loin de recevoir un écho positif. De fait, à la cour de Prusse, bien des personnalités préféreraient voir l'héritier du trône conclure une union avec une grande-duchesse russe. Le roi Frédéric-Guillaume IV n'a d'ailleurs autorisé qu'à contrecœur son neveu à épouser une princesse britannique et il a même dû garder son approbation secrète tant sa propre femme se montrait anglophobe..
vignette|gauche|La princesse royale en 1857. Peinture de Franz Xaver Winterhalter.