Dans la mythologie grecque, Médée (en grec ancien , en latin ) est la fille d'Éétès (roi de Colchide) et d'Idyie (la plus jeune des Océanides).

Elle joue un rôle déterminant dans le mythe des Argonautes et est responsable du parricide de Pélias.

Étymologie Le nom de Médée a été rapproché du verbe grec « méditer »étymologie du nom Médée..

Il se rattache à la racine indo-européenne *med-, *mēd- qui s'applique à la médecine en latin, en avestique et en celtique dans le nom de la déesse irlandaise de la médecine AirmedJean Haudry, Les origines de la légende argonautique, etudesindoeuropeennes.fr, 2015.

Le mythe La version commune du mythe (Euripide, Apollonios)

Dans sa version classique, issue notamment de la tragédie d'Euripide et du poème d'Apollonios de Rhodes, la légende de Médée, particulièrement sombre, est constituée d'une succession de meurtres ponctuée d'une série de fuites à travers la Grèce.

Arrivée des Argonautes en Colchide L'histoire de Médée débute avec l'arrivée des Argonautes en Colchide, menés par Jason venu chercher la Toison d'or afin de récupérer son trône usurpé par son oncle Pélias, roi d'Iolcos. La Toison est détenue par le roi de Colchide, Éétès, père de Médée et frère de Circé, qui accepte de la lui remettre à condition que Jason accomplisse trois tâches : dompter deux énormes taureaux aux sabots et aux cornes d'airain, crachant du feu par les naseaux ; forcer les deux bêtes à labourer un champ à l'aide d'une charrue ; enfin, semer dans les sillons un sac de dents de dragons qui germeront et donneront naissance à une armée de guerriers d'une puissance phénoménale. Éétès n'a pas l'intention de céder son trésor et pense envoyer Jason à la mort en lui imposant ces épreuves insurmontables.

Mais Médée, sa fille, est tombée amoureuse de Jason. Elle le retrouve en cachette et lui propose de mettre ses pouvoirs de magicienne à son service, lui avouant qu'elle l'aime. Touché, Jason promet de lui rendre hommage au-delà des frontières, de faire connaître son nom autant qu'il le peut. Voyant l'émotion et la douceur de la jeune fille, il propose de l'emmener avec lui et de l'épouser. Médée n'accepte pas dans un premier temps, doutant de la possibilité d'une telle entreprise, notamment du fait que sa famille méprise le bel Argonaute. Jason finit toutefois par la convaincre. Séduit, le héros parvient à accomplir les tâches fixées. Il dompte les taureaux après avoir été rendu invincible grâce à une pommade de Médée. Après avoir labouré le champ et fait jaillir de terre l'armée de guerriers, il jette une pierre parmi eux, sur les conseils de Médée, pour qu'ils croient être attaqués par leurs propres compagnons et s'entretuent jusqu'au dernier.

Jason réclame maintenant son dû à Éétès. Celui-ci, furieux, non seulement refuse de lui donner la Toison d'or, mais le menace de mort. Jason, Médée et les Argonautes s'emparent de la Toison et fuient la Colchide. Médée a emmené avec elle en otage Absyrte, son frère cadet (ou demi-frère suivant les versions). Éétès se lance à leur poursuite avec sa flotte. Médée favorise alors la fuite des Argonautes en tuant et en dépeçant Absyrte : elle le découpe en morceaux qu'elle jette derrière elle, retardant ainsi les poursuivants qui s'arrêtent pour récupérer les membres de sa dépouille et lui offrir une sépulture digneCet épisode est considéré par les folkloristes comme l'origine probable du motif de la fuite magique, dans la version où la magicienne sème des obstacles derrière elle pour protéger sa fuite et celle de son compagnon (conte-type AT 313, motif D672 selon Stith Thompson). Voir Die magische Flucht - 313.. Jason, Médée et les Argonautes sèment ainsi leurs poursuivants et regagnent Iolcos.

Retour à Iolcos Jason constate que Pélias a profité de son absence pour tuer son père et se débarrasser de sa famille. Il demande à Médée de l'aider à se venger. Celle-ci va trouver les quatre filles de Pélias et se fait passer pour une envoyée d'Artémis (déesse de la chasse et de la nature sauvage, mais aussi de l’accouchement), chargée d'offrir une nouvelle jeunesse à leur vieux père. Face à l'incrédulité des jeunes filles, la magicienne prépare un chaudron d'eau bouillante, y jette des herbes magiques, et se fait apporter un vieux bélier qu'elle découpe en morceaux jetés ensuite dans la marmite. Alors surgit de l'eau bouillonnante un petit agneau. Médée remet aux filles émerveillées les herbes magiques, leur disant de faire la même chose avec leur père. Celles-ci se rendent dans ses appartements et lui soumettent l'idée de Médée. Pélias, horrifié par la proposition et furieux que ses filles soient aussi naïves, les chasse. Mais aveuglées par leur désir de rajeunir leur père, elles l'immobilisent, puis l'égorgent. Elles le démembrent et jettent les morceaux dans l'eau bouillante mêlée d'herbes magiques. Pélias ne ressuscite bien sûr pas et ses filles sont maudites par les Érinyes, déesses de la vengeance, pour ce parricide.

Séjour à Corinthe

Médée est dénoncée par les filles de Pélias : Jason et elle sont bannis d'Iolcos par Acaste, fils de Pélias. Ils se réfugient à Corinthe, où ils sont accueillis par le roi Créon. Jason et Médée y vivent paisiblement quelques années, donnant naissance à deux fils, Merméros et Phérès.

Mais Jason tombe amoureux de la fille de Créon, Créuse. Le roi, n'ayant pas d'héritier, accepte volontiers cette union, se réjouissant que Jason devienne son successeur. Celui-ci répudie alors Médée et épouse Créuse en secondes noces.

Médée est anéantie : l'homme pour l'amour duquel elle a trahi son père et son pays, et tué son frère, se débarrasse d'elle. De plus, rejetée par les Corinthiens parce que étrangère, elle est chassée de la ville avec ses deux enfants. Médée se venge en tuant sa rivale : elle offre à Créuse une tunique magique qui, à peine enfilée, s'enflamme, brûlant la jeune mariée ainsi que son père, puis elle incendie le palais. Possédée par une folie vengeresse et meurtrière et malgré les tentatives de sa nourrice, Médée poignarde Merméros et Phérès, les enfants qu'elle a eus du traître Jason.

Fuite vers Athènes puis retour en Colchide Menacée de mort par les Corinthiens, Médée trouve refuge auprès d'Égée, roi d'Athènes. Ce dernier désire ardemment un fils et accepte de l'épouser après que Médée lui a promis de lui donner un héritier. Un enfant, Médos, naîtra effectivement peu après, pour qui Médée espère un destin royal.

Cependant, l'arrivée de Thésée, premier fils d'Égée, à Athènes bouleverse ses plans. Après plusieurs tentatives infructueuses pour l'écarter, Médée convainc son époux que Thésée est un imposteur et qu'il faut l'empoisonner. Le drame est évité de justesse : Égée reconnaît au dernier moment son fils à son épée et aux sandales qu'il lui avait léguées. Démasquée, Médée s'empare alors du trésor d'Athènes, dont une grande quantité de diamants. Dans sa fuite sur son char de feu tiré par des serpents, elle laisse échapper la moitié de ce butin royal.

Médée et son fils Médos se dirigent vers la Colchide dont le trône est alors occupé par Persès, qui avait détrôné son frère Éétès après la fuite des Argonautes. Elle le tue et restitue le pouvoir à Éétès, , 56, 2.. La fin de la vie de Médée est peu connue, car la version d'Euripide ne précise rien sur la fin de sa vie ni sur sa mort.

Variantes du mythe Fuite de Jason et Médée Le retour se fait par différentes routes selon les sources : la même qu'à l'aller (la plus évidente) ou bien une route par les côtes septentrionales du Pont Euxin (mer Noire), par la Tauride antique et par la Scythie Mineure où Absyrte est tué et tranché en morceaux à Tomis (nom qui signifie « tranché » en grec). pour retarder la flotte d'ÉétèsCet épisode est considéré par les folkloristes comme l'origine probable du motif de la fuite magique, dans laquelle une magicienne sème des obstacles derrière elle pour protéger sa fuite et celle de son compagnon (conte-type AT 313, motif D672 selon Stith Thompson). Voir Die magische Flucht - 313. ; une fuite par le Pont Euxin, l'Istros (Danube) et ensuite l'Éridan avec, concernant ce dernier fleuve, trois variantes (dans la géographie mythique, les principaux fleuves d'Europe sont connectés entre euxFrancis Vian, « Poésie et géographie : les retours des Argonautes », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 131-1, 1987, (en ligne).) : si l'Éridan est le Pados (Pô), retour par l'Adriatique : dans cet article, les auteurs ne prennent pas parti parmi les hypothèses concernant les « îles Absyrtides » qu'aucune source antique ne situe avec précision et qui pourraient se trouver aussi bien à Paliastomi en Colchide, dans le Pont Euxin (îles Leukè ou Eukon aux bouches du Danube - cf.: Bogdan Cacuci, « Le relief de la Dacie antique » sur www.antica.home.ro ), en Propontide (îles Démonesoi, Proconnèse, Halonée ou autre - cf.: , ), dans l'Adriatique (îles Absyrtides) ou en mer Tyrrhénienne (archipel Toscan, îles Pontines, îles Phlégréennes, Capri, îles Éoliennes ou îles Égades - cf.: Louis Deroy et Marianne Mulon, Dictionnaire des noms de lieux, Le Robert 1994, ). ; après le Pô, si l'Éridan est le Rhodanos (Rhône), retour par le Léman (même étymologie grecque que le mot liman : lagune, littoral), la mer Tyrrhénienne, la côte italienne et la Libye ; après le Pô, si l'Éridan est le Rhenos (Rhin), retour par la mer Boréale (mer du Nord) à travers les tempêtes hivernales qui permettent leur héroïsation collective, puis par les « colonnes d'Hercule », autre détroit où pourraient se trouver des « Symplégades »Pour Alain Moreau, l’expédition aboutit ainsi à une nouvelle naissance grâce à Argo qui les a « portés dans son ventre » et leur a fait passer l’initiation nécessaire pour qu’ils deviennent des héros : cf.: Le Mythe de Jason et Médée. Le Va-nu-pied et la Sorcière, Les Belles Lettres, coll. « Vérité des mythes », Paris 1994, p. 118..

Mort de Médée et fin de ses aventures Chez Hésiode, les quatre grands-parents de Médée sont des divinités. Médée est donc elle aussi une immortelleThéogonie, 956-962.. Euripide semble la traiter comme une femme humaine et donc mortelle, malgré une scène finale s'apparentant à une apothéose maléfique. Chez Apollonius, Médée est aussi humaine et mortelle malgré une ascendance partiellement divine.

Les dernières étapes de la vie de Médée sont également sujettes à de nombreuses variantes. Hérodote lui connaît ainsi une autre fin : après avoir fui Athènes sur son char volant en compagnie de son fils Médos, Médée s'installe sur le plateau iranien parmi un peuple appelé les Aryens, qui prend alors le nom de Mèdes en référence à MédéeHérodote, Enquête, , 62.. Chez Diodore de SicileBibliothèque historique, , 55, 6-7., Médée n'a pas d'enfant à Athènes et, après la découverte de son complot contre Thésée, Égée la fait raccompagner par une armée jusque dans un pays de son choix. Elle choisit la Phénicie, d'où elle s'éloigne ensuite en Asie et y épouse un roi illustre qui lui donne un fils, Médos, qui hérite du trône et donne à son peuple le nom de Mèdes.

Rapports avec Jason et les Argonautes Couple formé avec Jason. La paternité de Médos est sujette à débats selon les auteurs. Le premier à le mentionner est HésiodeThéogonie 992–1002., pour qui Médos est le fils de Médée et Jason. Les sources imputant la paternité de Médos à Égée ou à un roi arien sont toutes ultérieures à Euripide. Plus généralement, ni Hésiode ni Pindare, ni aucun auteur antérieur à Euripide ne signalent que le couple formé par Médée et Jason se serait séparé, ou que Médée aurait eu des enfants avec d'autres hommes (voir ci-dessous l'absence d'infanticide dans les plus anciennes versions du mythe). Chez Hésiode, l'histoire de Médée et Jason s'achève à Iolcos, où ils parviennent à chasser Pélias et reconquérir le trône.