Présent était un quotidien français du soir, disparu en 2022. Co-dirigé par l'ancien milicien François Brigneau, il a toujours été classé à l’extrême droite et était proche des catholiques traditionalistes.
Fondé en à l'initiative du Centre Henri-et-André-Charlier et de Chrétienté-Solidarité, établissement et association catholiques proche des traditionalistes, il entendait être en opposition au système politique, culturel et social actuel. En proie à des problèmes financiers structurels depuis sa fondation, son dernier numéro est publié le .
Historique Fondation Le journal sous sa forme quotidienne est fondé par Bernard Antony dit Romain Marie (directeur général et gérant), Jean Madiran et François Brigneau (directeurs de la rédaction), Hugues Kéraly (rédacteur en chef) et Pierre Durand (directeur administratif), mais le titre existe depuis 1975 et est publié jusqu'en 1982 avec une périodicité variable (mensuelle) par les Comité d'action politique et sociale.
« Nationalisme et catholicisme » Le courant à la fois national-catholique du journal Présent est classé à l'extrême droite par des historiens et des politologues comme Jean-Yves CamusJean-Yves Camus et René Monzat, Les Droites nationales et radicales en France, Presses universitaires de Lyon, 1992, 476-477., Michel WinockMichel Winock, La France politique. , éd. du Seuil, « Points histoire », chapitre 16. ou Pierre Milza.. Cette classification est de même utilisée par Laurent de Boissieu, journaliste politique à La Croix, sur son site personnelFrance politique, et par l'Agence France-Presse (AFP)AFP, dépêche « Le quotidien d'extrême-droite Présent poursuit son activité », 9 novembre 2007.
Depuis sa création, Présent a toujours récusé la classification de quotidien d'« extrême droite », une appellation d'ailleurs systématiquement rejetée par les différents médias et organisations de ce courant de pensée et d'actionJean Madiran, cofondateur du journal, indique ainsi, dans un article paru dans le journal ItinérairesJean Madiran, « Notre politique », Itinéraires, , septembre-octobre 1981 :.
Le journal revendique une inspiration « intégralement catholique », représentant dans la presse écrite le courant traditionaliste, proche des positions de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X sans pour autant la suivre dans toute sa logique ; au plus fort de la crise lefebvriste, en 1988, Présent s'est refusé d'émettre un jugement au sujet du sacre de quatre évêques par Marcel Lefebvre à Écône.
Aux plans politique et international, Présent se fait l'avocat des thèses du catholicisme traditionaliste : militant pour la culture de vie — et par là contre l'avortement — et une politique favorisant les familles nombreuses, partisan d'une politique intérieure plus répressive — retour à la peine de mort, plus grande lutte contre l'immigration islamique — comme remède aux « troubles sociaux », et, sur le plan international, à la fois souverainiste et souvent proche des positions américaines et russes, depuis l’élection d’Eltsine, puis de Poutine, Présent se montre depuis sa création un adversaire résolu du communisme, de l’islamisme et de la classe politique parlementaire française, accusée de « dilapider » l'héritage spirituel et moral de la France.
À l'origine Présent avait adopté un ton très polémique. Ainsi, dans son édition du , peut-on lire à propos de Robert Badinter, alors ministre de la Justice et artisan de l'abolition de la peine de mort, abolition à laquelle le journal s'était vivement opposé :
Trente-cinq ans plus tard, avec la mort de François Brigneau et de Jean Madiran, l’aspect polémique du quotidien est moins présent, tandis que la dimension, culturelle, littéraire s’est développée, et la collaboration de plusieurs correspondants étrangers (Amérique latine, États-Unis, Canada, Proche-Orient, Europe de l’Est, et Chine depuis ) a donné aux pages de politique internationale un poids plus grand.
Présent se réfère souvent aux figures de la contre-révolution et du nationalisme contre-révolutionnaire français : Louis de Bonald, Edmund Burke, Joseph de Maistre, le cardinal Pie, Charles-Émile Freppel (notamment à l'occasion des célébrations de son centenaire, en 1889), Charles Maurras et son école de l'Action française, le maréchal Pétain, les partisans de l'Algérie française, les figures de la résistance anticommuniste à l’époque du rideau de fer, les martyrs chrétiens des églises d’Orient.
La politique soutenue par le journal se retrouve ainsi dans le mouvement de Révolution nationale lancée par le maréchal Pétain — dont l'œuvre restauratrice est explicitement glorifiéeMichel Winock, La France politique. -s, éd. du Seuil, « Points histoire », chapitre 16. — en 1940, ou les régimes autoritaires du général Francisco FrancoAprès la mort du général franquiste Antonio Aleman, Présent en appelle à « un nouvel esprit de croisade ». en Espagne ou celui de Salazar au Portugal, les gouvernements hongrois, tchèque, slovaque, polonais, italien, autrichien, brésilien, actuels.
Les amitiés littéraires de Présent, souvent fondées sur la fidélité à un combat d'idées ou une même vision de l'Histoire, émanent également d'une admiration pour l'œuvre d'écrivains de courants politiques différents mais dont Présent salue la rigueur d'analyse ou la profondeur religieuse : elles vont ainsi à des figures aussi différentes que Léon Bloy, Charles Péguy et Georges Bernanos, Robert BrasillachLe , le quotidien a organisé une réunion publique en l'honneur de Robert Brasillach, présidée par Maurice Bardèche., Pierre Drieu la Rochelle, Jean de La Varende, Louis-Ferdinand Céline, Henri Béraud, ou plus récemment, Maurice G. Dantec, Jean Raspail, Denis Tillinac, Éric Zemmour, Michel Déon et Les Hussards (mouvement littéraire), Félicien Marceau…
Présent et le FN Par ailleurs, Présent se reconnaissait « proche » du Front national et de Jean-Marie Le Pen, sans toutefois en être l'émanation. Sous la forme d'un mensuel éponyme l'ayant précédé plusieurs années, il est par ailleurs antérieur à l'émergence de ce parti sur la scène politique française dans la première moitié des années 1980.
Les liens existent toutefois : Bernard Antony, cofondateur de Présent, a été, jusqu'aux années 2000, un cadre important du FN, Pierre Durand, autre cofondateur et directeur du journal (aujourd'hui décédé), a été l'un des fondateurs de ce parti, dont il fut, dès 1972, le premier trésorier national. De même, Georges-Paul Wagner (aujourd'hui décédé), contributeur régulier de Présent, a été député FN de 1986 à 1988.
Les différences d'appréciation entre le journal et cette formation politique sont cependant apparues au cours des deux dernières décennies, la plus flagrante ayant concerné leurs positions sur la guerre en Irak en 2003. En 1990 déjà, lors de la première guerre contre l'Irak, le journal défendait une ligne très anti-irakienne, à l'opposé de celle de Jean-Marie Le Pen. Elles peuvent cependant apparaître comme le reflet de la coexistence, au sein du FN de courants divers de la droite et de l'extrême droite françaises. Lors de la scission de Bruno Mégret en 1998, le journal a refusé de prendre parti, entraînant un appel au boycott de la part de Jean-Marie Le Pen.
La rédaction du journal se considère comme une composante parmi d'autres de ce qu'elle appelle le « mouvement national », chacune avec sa spécificité. L'expression de désaccords sur certains points n'empêchant pas une opposition commune au système politique, social et culturel actuel. Cette position est proche de celle de Radio Courtoisie et de TV Libertés concernant la notion de « droite plurielle ».
Dans la perspective de l'élection présidentielle de 2017, Présent a soutenu le Front national et adopté une ligne résolument favorable à Marine Le Pen, notamment lors des différends de celle-ci avec Jean-Marie Le Pen au printemps 2015.
Caroline Parmentier, ex-rédactrice en chef de Présent, rejoint l'équipe de campagne de Marine Le Pen pour l'élection présidentielle de 2022, étant chargée des relations avec les médias..
Tournant éditorial (2014) À la suite de la mort de Jean Madiran en 2013, et dans un contexte de difficultés financières très sérieuses, susceptibles d’entraîner un dépôt de bilan, la direction de Présent est sensiblement remaniée en , causant notamment le départ de Yves Chiron, qui s'en explique dans sa lettre d'informations Aletheia. et de Marie Piloquet. Jeanne Smits qui avait été nommée à la tête de la rédaction par Jean Madiran en 2007, et Olivier Figueras quittent définitivement la rédaction en invoquant un changement d'orientation du journal et en se référant à la clause de conscience des journalistes. Ils sont déboutés de cette demande par le conseil des prud’hommes de Paris. La cour d'appel de Paris infirme ces jugements le et leur accorde le bénéfice de la clause de conscience au motif principal que le journal, comme ils l'avaient « pressenti », accorde désormais son « soutien direct » à Marine Le Pen. Plusieurs autres rédacteurs et chroniqueurs, parmi lesquels Maroun Charbel et Rémi Fontaine disparaissent du jour au lendemain des colonnes du journal à partir du mois de mars. Rémi Fontaine reste salarié de Présent (mais sa rémunération a été pour partie prise en charge par l'assurance-maladie et prévoyance), jusqu’au , date à laquelle il obtient la résiliation judiciaire de son contrat de travail, du fait d’une inaptitude à l’emploi liée au changement de direction selon lui, ce que ne dit nullement le jugement. Le journal a fait appel de cette décision.
Au printemps de 2015, une autre signature disparaît, celle de Catherine Robinson ; elle sera également par la suite déclarée inapte par la médecine du travail. Elle obtient la résiliation judiciaire de son contrat de travail par le juge départiteur en raison du fait qu'elle a été payée au-dessous du minimum hiérarchique de sa catégorie depuis 2010 (gérances Madiran puis Zita de Lussy et Jeanne Smits).
En , Yves Brunaud, membre de l'équipe depuis la fondation du quotidien, quitte la rédaction en invoquant la clause de conscience des journalistes. Le journal est condamné en , la prise d'acte d'Yves Brunaud en raison du regard plutôt positif porté par Présent sur l'action de Poutine étant considéré par le juge départiteur du conseil des prud'hommes de Paris comme un « changement de ligne » du journal, celui-ci ayant dans le passé toujours marqué son hostilité à l'URSS et au communisme.
Plusieurs autres journalistes et chroniqueurs démissionnent ou cessent leur collaboration au cours de cette période : Jacques Trémolet de Villers, Jean-Pierre Dickès, Véronique Lafargue, Nicolas Tandler. Mais la majorité de la rédaction actuelle y collaborait, ou l'avait fait par le passé, sous la direction de Jean Madiran : Chard, Alain Sanders, Caroline Parmentier, Samuel Martin, Francis Bergeron, Jean Cochet, Christian Daisug, Pierre Malpouge, Franck Deletraz, Françoise Monestier, Jean-Claude Rolinat…