Brian Eno , nom de scène de Brian Peter George St. John le Baptiste de la Salle Eno, né plus simplement Brian Peter George Eno le à Woodbridge (Suffolk, Angleterre), est un musicien, arrangeur et producteur britannique. Eno s'est décrit comme un « non-musicien » et a contribué à introduire une variété d'approches conceptuelles et de techniques d'enregistrement dans la musique contemporaine, prônant une méthodologie de « la théorie sur la pratique, la sérendipité sur la prévoyance et la texture sur l'artisanat » selon AllMusic.. Il a été décrit comme l'une des personnalités les plus influentes et les plus novatrices de la musique, l'avant-garde autant que la populaire.
Né dans le Suffolk, Eno a étudié la peinture et la musique expérimentale à l'école d'art de l' au milieu des années 1960, puis à la . En 1971, il a rejoint le groupe de glam rock , d'abord en tant que technicien son, puis comme joueur de synthétiseur. Après avoir participé aux deux premiers albums de , il quitte le groupe en 1973 pour enregistrer plusieurs disques en solo, inventant le terme « musique ambient » pour décrire son travail dans des albums tels que (1975) et (1978). Il a également collaboré avec des artistes tels que Daniel Lanois, Robert Fripp, Icehouse, , Harold Budd, David Bowie pour la trilogie berlinoise et David Byrne, et a produit de nombreux albums comme ceux de U2, John Cale, Jon Hassell, Laraaji, et Devo.
Eno a continué à enregistrer des albums solo et à travailler avec des artistes tels que Laurie Anderson, Genesis Grace Jones, Slowdive, , Damon Albarn ou James Blake.. Depuis ses débuts en tant qu'étudiant, il s'intéresse à l'art conceptuel, à la vidéo et au multimédia, y compris les installations sonores. Il a co-développé au milieu des années 1970 le jeu de cartes Stratégies obliques, contenant des aphorismes cryptiques destinés à stimuler la pensée créatrice. À partir des , certaines installations d'Eno ont été projetées sur les voiles de l'opéra de Sydney en 2009, et le télescope Lovell de l'Observatoire de Jodrell Bank en 2016. Défenseur de nombreuses causes humanitaires, Eno écrit sur divers sujets et fait partie des membres fondateurs de l'organisation .
Biographie Enfance et formation (1948-1970) vignette|redresse=0.9|Port de plaisance près du village de Melton, lieu de naissance de Brian Eno.|gauche|alt=Photographie de bateaux de plaisance près de Melton dans le Suffolk. Brian Peter George Eno est né le , au Phyllis Memorial Hospital dans le village de Melton. près de la petite commune rurale de Woodbridge dans le comté du Suffolk situé au nord-est de Londres. Il est le fils de William Arnold Eno (1916-1988) et de Maria Alphonsine Buslot (1922-2005), d'origine flamande, et que son père avait épousé en 1946, lorsqu'il était cantonné en Belgique juste après la Seconde Guerre mondiale. Brian est l'aîné des trois enfants de William et Maria, il a une sœur cadette nommée Arlette et un jeune frère Roger, qui deviendra également musicien. Le jeune garçon est le plus souvent solitaire mais joue parfois avec Rita, une demi-sœur plus âgée. Il grandit au sein d'un foyer populaire qui ne manquait pas de talents : son grand-père était l'un des rares à savoir jouer du basson dans le comté, et son oncle faisait de la restauration de porcelaine. Quant à son père, qui exerçait le métier de facteur (profession adoptée par d'autres membres de la famille depuis plusieurs générations), il savait aussi réparer les mécanismes d'horlogerie.. L'enfance d'Eno joue un rôle décisif dans la composition de certains de ses morceaux, il a raconté à son biographe David Sheppard combien il avait été impressionné par les sonorités carillonnantes que produisent les câbles et cordages des bateaux frappés par le vent dans les ports de plaisance du Suffolk. C'est ce type de son qu'il essayera de recréer sur , extrait de l'album .
Issu d'un milieu catholique, l'enfant intègre en le à Ipswich, une école religieuse dirigée par des Lasalliens qui incitent les élèves à ajouter le nom de leur saint patron à leur patronyme. C'est à cette époque qu'il a ses premiers émois musicaux en découvrant les disques de rock 'n' roll, rhythm and blues et de doo-wop grâce à la proximité d'une base américaine. Faute d'argent pour se procurer un instrument, il chante dans une chorale de gospel. En 1964, il poursuit ensuite ses études à l', une modeste faculté du d'Ipswich placée sous la houlette de Roy Ascott. Adepte de l'art cybernétique, Ascott a des méthodes d'enseignement peu orthodoxes et lui apprend entre autres à établir un en matière artistique. L'artiste et compositeur Tom Phillips figure aussi parmi ses professeurs, il l'encourage et tisse ensuite avec lui une relation amicale.. Grâce à Phillips, le jeune Eno découvre la musique contemporaine, en particulier John Cage et son ouvrage (1961). En 1948, ce dernier avait notamment composé ., une pièce pour piano qui anticipe la musique « ». La pensée de John Cage aura un impact très important sur celle du jeune Eno qui reprendra à son compte des préceptes comme , et qu'il mettra également à profit en tant que producteur lorsqu'il donnera des directives poétiques ou originales à des musiciens, notamment dans la trilogie berlinoise de David Bowie. lui fait aussi découvrir des musiciens de la scène expérimentale anglaise comme mais aussi des minimalistes américains comme La Monte Young et Terry Riley, pionniers dans l'utilisation des bandes magnétiques. Terry Riley et son successeur Steve Reich avaient mis au point une technique basée sur le « déphasage » entre deux bandes magnétiques dans des pièces comme qui impressionnent énormément Eno, et dont il s'inspirera lors de ses premières expérimentations faites au magnétophone, en particulier sur l'album (1973) réalisé avec le guitariste Robert Fripp. En 1966, il rentre à la où il étudie l'art conceptuel. Il en ressort persuadé que la peinture, la sculpture et la musique pourraient fusionner ensemble. En 1968, il écrit un essai en forme de pamphlet intitulé Musique pour non-musiciens qui est publié à 25 exemplaires. Il commence aussi à s'intéresser à l'électronique et au fonctionnement des magnétophones qu'il achète par dizaines dans des dépôts-vente ou vide-greniers, puis élabore des sculptures sonores.
En dehors de la musique expérimentale, Brian Eno se passionne pour le rock. Il aime les courants les plus audacieux de la fin des années 1960, comme la période psychédélique des Beatles (notamment l'album Revolver dont il reprendra le titre sur le disque en 1976) mais aussi des artistes comme The Who, The Byrds, Jimi Hendrix, The Velvet Underground et Can. Durant ses études, il participe à différents groupes de musique comme les , et ..
Après avoir obtenu son diplôme des beaux-arts à Winchester en 1969, il part à Londres où il intègre plusieurs orchestres expérimentaux comme le Scratch Orchestra de Cornelius Cardew puis le Portsmouth Sinfonia en 1970.
Début de carrière et participation à Roxy Music (1970-1973) vignette|droite|Le synthétiseur VCS3 utilisé par Eno, avec son clavier de contrôle.|alt=Photographie du synthétiseur VCS3 au musée de la Cité de la musique à Paris. Avant de pouvoir gagner sa vie dans le monde de la musique, Eno commence d'abord par travailler comme maquettiste d'appoint pour le compte d'un journal, puis essaye de revendre des haut-parleurs auprès de son cercle d'amis. En 1971, dans une voiture d'une rame de métro, il rencontre par hasard le saxophoniste et hautboïste Andy Mackay, avec qui il avait noué des liens d'amitié quand ce dernier étudiait à l'université de Reading à la fin des années 1960. Mackay, qui venait d'intégrer le groupe de glam rock (fondé par Bryan Ferry), lui propose d'enregistrer des démos avec son magnétophone, et l'autorise aussi à utiliser son synthétiseur VCS3, tout juste conçu par la société Electronic Music Studio et qu'il ne maîtrise pas lui-même.
Recruté d'abord comme simple technicien son à la console de mixage, il chante parfois dans les chœurs et prend toujours plus de place au sein du groupe, grâce à sa maîtrise du matériel mis à sa disposition (trois magnétophones à bandes magnétiques, un magnétophone à cassette et un générateur de delay) et aux sonorités étranges qu'il tire du synthétiseur VCS3.. Dans une interview donnée au magazine Q en 1990, Brian Eno a déclaré : On peut entendre distinctement plusieurs des interventions d'Eno au synthétiseur sur certains titres des deux albums auquel il a participé, comme et sur Roxy Music (1972), ou encore sur (1973).. Sur , Bryan Ferry lui demande de créer une sonorité de . vignette|redresse=0.75|gauche|Roxy Music dans l'émission néerlandaise TopPop en 1973. Mais Eno peut aussi traiter le son des autres instruments (comme la guitare de Phil Manzanera) à travers les modules de son synthétiseur.. Préposé à la manipulation des bandes magnétiques, il innove en expérimentant des techniques de son invention comme le « » sur la chanson-titre du second album . Sur ce morceau, il manipule le son du piano de Bryan Ferry en mettant du ruban adhésif sur le cabestan du magnétophone afin de faire « flotter » le son de la bande magnétique .
Sur scène, les membres du groupe portaient des tenues extravagantes ressemblant . Brian Eno était sans doute le plus androgyne de tous. Maquillé et habillé comme un , il n'hésitait pas à se vêtir de costumes de scène rigides mis au point par sa petite amie et qui ressemblaient plus à des sculptures qu'à des vêtements. Ces tenues permettaient de le mettre en valeur sur scène, pendant qu'il manipulait le joystick et les potentiomètres de son instrument sans pouvoir bouger de son emplacement.
En , après un concert au York Festival, il est poussé à la démission à cause d'une incompatibilité d'humeur et d'intérêts avec le chanteur Bryan Ferry. Dans la biographie écrite par David Buckley, Eno a donné l'explication suivante : .
Premiers albums en solo (1973-1977) De Here Come The Warm Jets à Before and After Science vignette|redresse=0.75|right|Brian Eno dans l'émission TopPop en .|alt=Portrait en noir et blanc de Brian Eno avec des cheveux longs surmontés d'un béret Après son passage chez Roxy Music, il entame une longue carrière toujours poussée vers la recherche, l'expérimentation et l'ouverture à toutes les formes de musique et d'art. Elle débute en réalité en 1972, alors qu'il était encore membre du groupe de Bryan Ferry, et qu'il enregistre avec Robert Fripp, guitariste et fondateur du groupe King Crimson. Cet album expérimental, réalisé avec un dispositif de delay inspiré des techniques d'enregistrement des compositeurs Terry Riley et Pauline Oliveros, paraît en 1973..
C'est en 1974 que sort le premier album solo d'Eno, (auquel participent entre autres les guitaristes Robert Fripp, Phil Manzanera, Chris Spedding et le bassiste John Wetton), un de ceux qui connaîtront le plus de succès en restant pendant deux semaines à la des en Angleterre.. Encore très marqué par le glam rock, propose un contenu hétéroclite mêlant chansons parfois inspirées par le doo-wop, et pistes plus expérimentales comme qui est restée célèbre pour son mémorable solo de guitare signé Robert Fripp. Eno écrit ses propres textes qui sont souvent basés sur des « rythmes-syllabes », ou qui découlent d'une réflexion ludique sur le langage non dénuée d'une certaine poésie absurde.
Un single inédit, , enregistré avec le groupe , sort en , et parvient presque à se classer dans le . Le britannique réitérera l'expérience l'année suivante, en publiant un autre single reprenant la célèbre chanson .