Le krak des Chevaliers (en arabe : قلعة الحصن Qal`at al-Hosn, « La forteresse imprenable » ou littéralement « Le château de la forteresse »Qal`at al-Hosn en arabe : qalaʿa al-ḥiṣn, ou qalaʿa al-ḥuṣn, « La forteresse imprenable » mot-à-mot « Le château de la forteresse » ), krak de l'Hospital (voir krak) est un château fort, emblématique de la Renaissance du . Datant de l'époque des croisades, il est situé dans l'ouest de la Syrie, sur les derniers contreforts du jabal Ansariya. Depuis 2006, il est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCOCrac des Chevaliers et Qal’at Salah El-Din sur le site de l'UNESCO.
Les Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem gèrent le fort de 1142 à 1271, date de sa conquête par Baybars, sultan des Mamelouks. Cette conquête met fin à d'invincibilité du fort.
Thomas Edward Lawrence, en le découvrant en 1909, le jour de son , le qualifie de « plus beau des châteaux du monde, certainement le plus pittoresque que j’ai vu, une véritable merveille. »
Situation géographique et chronologie
vignette|Le Krak des Chevaliers (reconstitution). Dominant d'environ cinq-cents mètres la plaine d'El-Bukeia, situé à proximité du Liban (huit kilomètres), le krakLe terme « krak » dérive du syriaque karak signifiant « forteresse ». des Chevaliers fait partie d'un réseau défensif qui parcourt les frontières des anciens États latins d'Orient et contrôle la trouée d'Homs, point stratégique au carrefour des routes reliant Homs, à l'est, à la ville côtière de Tortose, à l'ouest, et Antioche, au nord, à Tripoli puis Beyrouth, au sud. C'est l'un des châteaux croisés les plus prestigieux et les mieux conservés.
vignette|La plaine d'El Bukeia vue du Krak des chevaliers en 1970.
Antiquité Le Moyen-Orient fut toujours un point de rencontre des civilisations. S'y croisèrent Babyloniens, Égyptiens, Hittites, Hébreux, Romains, Perses, Byzantins, Arabes, Kurdes, Turcs seldjoukides puis ottomans, autant de cultures militaires différentes qui créèrent là une nouvelle architecture dont la quintessence reste de nos jours incarnée par le krak des Chevaliers.
La bataille de Qadesh opposant aux Hittites aux environs de avant notre ère a probablement eu lieu sur le Tell Nébi Mend à cinquante kilomètres au sud-est du krak ; elle est relatée sur les bas-reliefs du temple de Louxor. On y voit une forteresse hérissée de hautes tours et de créneaux. Qadesh va ensuite décliner au profit de la cité antique d'Émèse, mieux située. Les Romains dans un premier temps, puis les Byzantins après le Grand Schisme d'Orient dresseront dans la région de l'actuelle Syrie de nombreuses forteresses de tradition hellénique pour résister à la pression persane qui seront autant de modèles pour les fortifications construites par les armées arabo-musulmanes après qu'elles eurent conquis cette région de 634 à 639.
Conquête arabo-musulmane vignette|Cours supérieure et intérieure D'abord sous la domination omeyyade, la construction reprend de plus belle, mais des fortifications byzantines sont aussi remaniées et transformées en véritables palais, les bâtisseurs profitant de la présence d'antiques infrastructures (barrage sur l'Oronte et son aqueduc) pour faire fleurir des jardins au milieu du désert. Ces constructions continuèrent après la prise du pouvoir par les Abbassides en 750, et déclinèrent au fur et à mesure que l'armée, composée essentiellement de Turcs d'une tradition militaire moins basée sur les fortifications, s'emparait du pouvoir. De 945 à 1055, des Iraniens établiront même la dynastie des Bouyides.
Durant la même période, arrivent deux évènements majeurs engageant l'avenir de la région. D'abord, en 909, les fatimides chiites s'opposent au pouvoir abbasside de Bagdad et fondent une dynastie qui règnera sur tout le Maghreb et s'étendra au début du jusqu'en Palestine. Al Hakim lance alors une répression contre les chrétiens d'Orient et les pèlerins chrétiens, traditionnellement bien tolérés. Il détruit les édifices chrétiens de Jérusalem. Cette fermeture soudaine des lieux et routes de pèlerinage sera l'un des événements qui conduisirent au déclenchement des croisades. En second lieu, les Seldjoukides, turcophones islamisés (sunnites) originaires de steppes à l'est de la mer d'Aral se lancent à la conquête du Moyen-Orient. Ils s'emparent de Bagdad en 1055, et prennent l'est de l'Anatolie aux Byzantins lors de la bataille de Manzikert en 1071, et leur sultanat s'étend alors sur l'Iran, l'est de l'Anatolie, la Syrie et la Palestine jusqu'aux frontières de l'Égypte fatimide. Le krak est alors reconstruit sur le site d'une petite forteresse, sans doute occupée depuis l'antiquité, en 1031 par les Abbassides qui y installent une garnison kurde pour résister à la pression seldjoukide. La forteresse devint connue sous le nom de Hisn al-AkrādHisn al-Akrād en arabe : ḫiṣn al-ʾakrād, , forteresse des Kurdes. ʾAkrād est le pluriel de kurdīy, , Kurde la « forteresse des Kurdes ».
La première croisade vignette|gauche|Espace entre les deux enceintes
En , à l'arrivée de la première croisade, la garnison kurde fut évincée par Raymond de Saint-Gilles qui abandonna les lieux presque immédiatement, son objectif étant Jérusalem. Il tenta en vain de reprendre la forteresse en et c'est finalement Tancrède, le régent d'Antioche, qui s'en empara en 1110 et y installa une garnison franque sous l'autorité du comte de Tripoli. En 1115, une offensive d'Arslan, l'émir d'Alep, fut repoussée.
Au fil des années, l'importance du krak des Chevaliers crut parallèlement à l'influence des croisés vers l'est mais le coût de sa maintenance conduisit Raymond à le confier à la garde des Hospitaliers (1142). C'est de cette époque que date le nom « krak des Chevaliers ». La forteresse pouvait accueillir une garnison de .
Sous l'impulsion des Hospitaliers, plusieurs autres ouvrages défensifs furent construits dans les environs et le krak des Chevaliers fut dès lors relié par signaux de feu et par pigeons voyageurs aux fortifications de Gibelacar et Chastel Rouge (Hospitaliers) et de Chastel Blanc et Arima (Templiers).
La deuxième croisade À partir du milieu du , à la suite de la chute des Seldjoukides, aux victoires de Zengi sur les croisés (perte d'Édesse), à l'échec du siège de Damas par la deuxième croisade, et à l'arrivée au pouvoir de Nur ad-Din, un front musulman uni se dessine et la pression sur les croisés — et donc sur le krak des Chevaliers — se fait plus forte.
En 1157, un important tremblement de terre ébranle le château et Raymond du Puy, le grand maître des Hospitaliers, le fait restaurer et agrandir grâce à un financement du roi de Bohême. Ce fut la première d'une série de quatre phases de travaux qui s'échelonnèrent sur un siècle et demi (1144-1170, 1170-1202, 1250-1271 et 1271-1285).
En 1163, Nur ad-Din tente de s'emparer du krak mais son armée est mise en déroute au pied même de la forteresse par une attaque surprise de la cavalerie franque qui poursuit et décime les fuyards. Un second siège échoue aussi en 1167.
Un second tremblement de terre (1170) ayant causé des dégâts considérables, le krak des Chevaliers est reconstruit et consolidé en incluant de nombreux éléments d'architecture militaire empruntés aux Byzantins.
Saladin eut beau infliger de nombreuses défaites aux croisés, il ne peut s'emparer du krak des Chevaliers. À sa mort, en 1193, l'unité des musulmans se fragmente et le danger se fait moindre pour la forteresse qui entre alors dans son âge d'or, couvrant une surface totale de protégée par deux enceintes concentriques entièrement indépendantes. Le krak héberge une garnison de et posséde des vivres pour cinq ans.
La chute du krak vignette|gauche|Plan du krak des Chevaliers
Au début du , plusieurs attaques sont repoussées (1207, 1218) et, en 1223, la forteresse sert de point de rassemblement à une armée franque réunie pour attaquer Hama. D'autres attaques ont encore lieu, toutes aussi stériles que les précédentes.
Vers la seconde moitié du , cependant, l'essoufflement du mouvement croisé avait réduit la garnison à moins de trois-cents hommes, la citadelle étant tenue par l'ordre militaire des Hospitaliers et, avec l'arrivée au pouvoir de Baybars, sultan des Mamelouks, les territoires sur lesquels le krak levait traditionnellement tribut étaient passés en mains ennemies. Ce n'était désormais plus qu'une question de temps avant que Baybars lui-même ne vienne attaquer la forteresse, ce qu'il fit en 1271. La première enceinte céda, la création de brèches dans certaines tours ainsi que la chute de la première enceinte, les défenseurs se replièrent dans le haut château, mais le sultan ne put malgré tout s'emparer du krak que par la ruse : il envoya une fausse missive, émanant prétendument du grand maître des Templiers, enjoignant aux assiégés de se rendre. Ceux-ci négocièrent leur vie contre la promesse de retourner dans leur pays d'origine et, le , la citadelle changea de mainsJean Mesqui et Maxime Goepp, Le Crac des Chevaliers ( Syrie ). Histoire et architecture, Paris, Académie des inscriptions et belles-lettres, 2018, p. 42.
Liste des dignitaires Hospitaliers Liste des dignitaires Hospitaliers : Châtelains Jean de Anio. . Hermann. 1184 - . Pierre de Vallis. . Pierre de Mirmande. - . Geoffroy le Rat. . Raymond de Pignans. [12-18 janvier] 1218. Arnaud de Monbrun. . Hugues Revel. . Jean de Bubie. . Aymar de La Roche. - . Nicolas Lorgne. 1255 – Après le 28 octobre 1266 (date à partir de laquelle il est possible qu'il soit devenu maréchal) et avant le 30 septembre 1268. nom inconnu. - après et avant .
Commandeurs nom inconnu. . Bernard de Porte Clare. Après - avant .
Prieurs Arnaud d'Arène. . nom inconnu. - .
Après les croisades vignette|L'aqueduc du château vignette|La citerne du château vignette|La salle des Chevaliers Les Mamelouks utilisèrent et modifièrent le krak des Chevaliers en renforçant notamment le flanc sud et en ajoutant un hammam et un aqueduc, mais son intérêt stratégique diminua parallèlement à la menace franque. Les invasions timourides de Tamerlan (1400-1401) et celles des Ottomans en 1516 ignorèrent même le site. Par la suite, le fort fut connu sous le nom de Qalaʿat al-Hosn.
Le château servit ensuite de résidence à un gouverneur et, en 1859, l'expédition de Emmanuel Guillaume-Rey le trouva en excellent état. En 1920, le krak passa sous contrôle du mandat français et, afin de permettre la restauration du site, un village qui s'était installé dans ses murs fut reconstruit sur un emplacement qu'il occupe encore aujourd'hui. Les faibles finances des conservateurs des Beaux-Arts ne permettant qu'une seule restauration — il avait fallu racheter les murs aux villageois — celle-ci dut se faire au détriment d'autres sites tout aussi remarquables mais moins connus. Les forteresses de Margat et de Saladin (également appelé « château de Saône ») firent les frais de ce choix.
Le krak passa finalement sous le contrôle de la Syrie lors de l'adhésion de cette dernière à l'ONU et est aujourd'hui un site touristique. Cependant, contrairement aux châteaux forts islamiques, la Syrie ne l'a guère entretenu depuis cinquante ans et il se trouve chaque année dans un état de dégradation plus avancé.
Lors de la Guerre civile syrienne, il semble que le krak serve de retranchement aux opposants au régime et qu'il ait subi des bombardements durant l'.
Le , la citadelle du krak des Chevaliers est touchée par des bombardements de l'armée de Bachar el-Assad. Plusieurs vidéos, diffusées via les réseaux sociaux depuis le , montrent qu'une frappe au moins a touché la citadelle, provoquée par le raid aérien lancé par un MiG selon le militant qui filme la scène. Le , le château, jusque-là tenu par la rébellion est repris par les forces gouvernementales.
Architecture Ce majestueux krak des Chevaliers est devenu en un siècle de construction l'un des exemples d'architecture militaire défensive les plus aboutis de son époque et même du Moyen Âge.