Le site archéologique de Doura-Europos, parfois appelé Europos-Doura, proche du village de (en arabe : ; également orthographié Salhiyé), est situé à l'extrême est de la Syrie sur le Moyen-Euphrate, à 24 kilomètres au nord du site archéologique de Mari et à 35 kilomètres de la frontière irakienne.
Des peintures murales y ont été découvertes le 30 mars 1920 par un corps expéditionnaire britannique dirigé par le capitaine Murphy, qui cherchait un refuge, pressé par les troupes de Fayçal d'Irak.. Par la suite, le site a été appelé par Michael Rostovtzeff, la « Pompéi du désert ». La synagogue de Doura-Europos est probablement le monument le plus publié de ce site, ainsi que la Domus ecclesiae contenant des fresques paléochrétiennes parmi les plus anciennes connues (~ 250 après J.C).
Histoire À l'époque hellénistique Europos est une colonie macédonienne fondée vers par Séleucos I, un des généraux d'Alexandre le Grand devenu basileus (roi) de l'Asie, depuis l'Anatolie jusqu'à l'Inde. Cette colonie militaire était située sur un emplacement stratégique précédemment occupé par des Assyriens, comme le prouve la découverte d'une tablette dans le temple d'AtargatisF. J. Stephens, Revue d'assyriologie et d'archéologie orientale 34, Paris, 1937, .. Europos était le nom du village natal de Séleucos I en Macédoine. Le terme « Doura » qui lui a été accolé par la suite signifie « forteresse » dans les anciennes langues sémitiquesWarren G. Moon, « Nudity and Narrative: Observations on the Synagogue Paintings from Dura-Europos », in Warren G. Moon (dir.), Polykleitos, the Doryphoros, and Tradition, Presses de l'université du Wisconsin, 1995, .. La ville primitive, simple camp militaire avec son rempart au bord de l'Euphrate, incluait une zone habitée sans plan régulier, dans la partie basse et l'échancrure du plateau.. Au moment de la fondation de cette colonie, des lots de terre (en ) furent distribués par le roi à des vétérans grecs, les clérouques, majoritairement macédoniens.. Dès le , Doura-Europos possède des ateliers monétaires royaux, mais n'a pratiquement jamais battu monnaie, l'essentiel de la monnaie en circulation provenant de l'atelier d'Antioche..
La création de la ville d’Europos est le résultat d’une extension dite volontaire de la colonie militaire. Ce processus n’est pas un cas isolé, beaucoup de villes ont connu le même sort ; par exemple la ville d’Antioche a elle-même connu plusieurs agrandissements successifs.
Telle qu'on la découvre aujourd'hui, la ville est installée sur un plateau surplombant l'Euphrate d'une quarantaine de mètres, elle est bordée au nord et au sud par deux ravins (ouadis) et protégée à l'ouest par de puissantes fortifications. Elle s'étend sur 60 hectares à l'intérieur des remparts. Elle est construite autour d’une vaste agora, selon un urbanisme hippodamien. Mais les fortifications en pierre n'ont été érigées que plus tard, au milieu du , et rapidement achevées par crainte d'une invasion partheLeriche, Al-Mahmoud, 1994, p. 400 ; Gelin M., La terre au secours de la pierre. Délais d'un chantier de construction hellénistique en briques crues à Doura-Europos sur l'Euphrate, Arqueología de la construcción 2: los procesos constructivos en el mundo romano : Italia y provincias orientales (Anejos de Archivo Español de Arqueología 57), éd. S. Camporeale, H. Dessales, A. Pizzo, Institut d'Archéologie de Mérida, Université de Sienne, École Normale Supérieure de Paris, Madrid-Mérida, 2010, p. 437-453, . https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-03024557/document.. Elles traduisent une extension plus récente de la ville, à laquelle on donne alors un ordonnancement régulier, avec une rue principale dans l'axe de la Porte de Palmyre et un espace réservé pour l'agora.
Ses institutions sont grecques : elle est dotée d'une boulè (un sénat urbain), d'un gouverneur portant le titre de « stratège et épistate de la cité » qui appartient toujours à la même famille jusqu'au temps des Sévères.
L’art témoigne vite de l’apport d’éléments orientaux. La ville compte le palais du stratège, et le palais de la citadelle, des résidences luxueuses et un odéon-bouleutérion, situé dans le sanctuaire d'Artémis.
Entre 116 et 110 , la ville cesse d'être sous domination grecque et tombe aux mains des Parthes arsacidesPascal Arnaud, Doura Europos, microcosme grec ou rouage de l'administration arsacide ?, dans Syria, 63, 1986, p.135-155. ; elle connaît alors sa plus grande extension. Elle devient une cité cosmopolite où, à la population d'origine grecque, se mêlent des Iraniens et des Sémites. Mais pendant les trois siècles qui vont suivre, de jusqu'à l'annexion de la Syrie par Rome, Doura-Europos ne perd pas ses traits grecs.
Sous l'Empire romain Entre 114 et 116, l’empereur Trajan occupe une première fois la ville : la III légion Cyrenaica érige un arc triomphal à l'ouest de la Porte de Palmyre. Les Romains reviennent en 165 et assiègent Doura-Europos tenue par les ParthesDion Cassius, LXXI, 2, 3-4. ; ils reviennent de nouveau en 170. Ils vont utiliser la ville comme point de départ de la conquête des territoires d'Osroène et comme poste avancé pour des expéditions contre l'empire des Parthes et leur capitale Séleucie du Tigre en 199, 717 à 724.. La cité devient un poste frontière du royaume de Palmyre. L'importance militaire du site se confirme vers 209-216 : la partie nord du site est occupée par un camp romain, isolé par un mur de briques ; les soldats logent en partie chez l'habitant, entre autres dans la Maison dite des scribes, 620.; les Romains édifient le palais du commandant de la région militaire, le palais du dux ripae au bord de la falaise ; la ville compte alors plusieurs sanctuaires : à côté des temples dédiés aux dieux grecs (Zeus Megistos et Artémis), on trouve des sanctuaires dédiés à Mithra, aux dieux palmyréniens et à des divinités locales (Aphlad, Azzanathkôna) datant du apr. J.-C. ; en 216, un petit amphithéâtre, est construit pour les soldats dans le quartier militaire, ainsi que cinq thermes. La population de Doura-Europos, à raison de 450 à 650 maisons groupées à huit par îlot, est estimée à environ au maximum, 701-702 ; Will Ernest, "La population de Doura-Europos : une évaluation", In: Syria. Tome 65 fascicule 3-4, 1988. pp. 315-321. DOI : https://doi.org/10.3406/syria.1988.7078
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Vers 256, la ville est prise par les Sassanides dirigés par Shapour I qui déporte toute la population.. L'armée romaine a protégé la ville en renforçant ses fortifications, puis en enfouissant une partie des habitations situées le long de la rue du rempart occidental, ce qui a permis leur préservation partielle et la découverte de spectaculaires peintures et sanctuaires. Le site ne sera pas réoccupé par la suite et la ville tombe alors définitivement dans l'oubli, ce qui a permis la conservation du site archéologique.
Éléments archéologiques
vignette|Vue sur les fouilles et l'Euphrate, avec le palais du stratège à droite. La cité a été fouillée en 1922 et 1923 par l'armée française sous la direction du savant belge Franz Cumont et de 1928 à 1937 par une équipe franco-américaine placée sous la direction scientifique de F. Cumont représentant l'Académie française des Inscriptions et Belles Lettres, et le professeur russe Michael Rostovtzeff représentant l'Université de Yale. La plupart des vestiges actuellement visibles sur le site datent de l'époque romaine. Depuis 1986, la Mission franco-syrienne de Doura-Europos, devenue d'Europos-Doura après 2011 (MFSED), dirigée par Pierre LericheDirecteur de recherche émérite au CNRS., directeur de recherche au CNRS, a repris la fouille du site. Outre les fouilles archéologiques, la mission menait une politique de conservation, de mise en valeur et de présentation du site. Dans ce cadre, la mise en œuvre de la première phase du programme de restauration de la façade du Palais du Stratège a été confiée à Benjamin Mouton, architecte en chef des monuments historiques et Jean-Claude Bessac, spécialiste de la taille de pierre (CNRS) et achevée en 1993 avec Pascal Royère, architecte. Le site comportait deux salles d'exposition installées dans des « Maisons romaines » reconstruites à l'identique selon les techniques de construction utilisées dans l'Antiquité par Étienne Léna, architecte de l'Institut français du Proche-OrientE. Léna, "Le projet de la maison douréenne", in Leriche P., Gelin M., Léna E., "Archéologie et patrimoine à Doura-Europos", Résultats du programme de formation à la préservation du patrimoine syrien, éd. J. Abdul Massih, Documents d'Archéologie syrienne 11, Damas, 2007, p. 336-350 (Arabic version p. 355-351).. La ville a une architecture typiquement hellénistique avec des rues se coupant à angle droit et départageant des îlots d'habitations et des édifices publics. Le site a gardé ses remparts de grande taille qui surplombent la rive droite de l'Euphrate et offrent un admirable point de vue sur la plaine de Mésopotamie.
Le site renferme de nombreux édifices religieux liés à différentes religions, ce qui laisse entrevoir une multiplicité ethnique : Gréco-Macédoniens, Araméens (Syro-Babyloniens, Palmyréniens), Iraniens/Parthes, Romains. On dénombre quinze temples polythéistes, un mithraeum, une maison chrétienne (Domus ecclesiae de Doura-Europos) et la synagogue de DouraEuropos comportant d'importantes peintures murales datant de 243 et conservées au musée de Damas. La maison chrétienne comporte une salle de prière et un baptistère datant du milieu du , dont la structure est celle d'une maison douréenne. Il s'agit là d'une des premières expériences des mouvances ecclésiales se formant dans de riches demeuresLa domus ecclesiae de Doura Europos est un édifice de culte chrétien aménagé dans une ancienne maison particulière de l'îlot M8 de la ville, voir plan cité. L'église et le baptistère de Doura-Europos par William Seston sur le site Persée..
Durant la guerre civile, la région a été le théâtre de combats et le site a été extensivement pillé comme le montrent les images satelliteGelin M., Abdul Massih J., Doura-Europos sur l’Euphrate, une cité grecque dévastée par les pilleurs clandestins, La Syrie et le désastre archéologique du Proche-Orient, Palmyre cité martyre, éd. M. Al Maqdissi, E. Ishaq, Beyrouth, 2016, p. 139-147. https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-03026209/document. La région est depuis la mi-2014 sous le contrôle du groupe État islamique.
Architecture de la ville vignette|Doura Europos : localisation de la synagogue et de la domus ecclesiae. Les fouilles extensives conduites par la mission américano-française ont servi à dégager l'état final de la ville. Cette dernière se présentait avec les apparences d'une cité orientale d'époque romaine. Cependant, Franz Cumont, avec les fouilles de 1922-1924, précise que les caractéristiques fondamentales de la cité étaient hellénistiques.
D'une part par son caractère très défensif avec sa citadelle, puissante et isolée de la ville et dominant le fleuve, ses remparts urbains épousant presque parfaitement la forme des falaises qui se situent à l’est, au nord et au sud, et par la présence de deux ravins qui délimitent la cité au nord et au sud. D'autre part par son organisation interne caractéristique de l'urbanisme hippodamien, fondé sur la répartition de l’espace en îlots identiques. Pourtant, une grande partie de ce plan hippodamien a été mis en place postérieurement à l'époque hellénistique, et plusieurs îlots ne respectent pas un format régulier.
Rostovtzeff va argumenter le fait que cette cité était bien hellénistique avec notamment la présence de la vaste agora (inachevée), située au cœur de la ville. Mais également par la présence d'un palais édifié dans la citadelle, d'un deuxième palais nommé strategeion, de nombreuses maisons et boutiques, et surtout de deux temples majeurs, consacrés l’un à Zeus Megistos et l’autre à Artémis.