Les langues ouraliennes (du nom de l'Oural, leur lieu supposé d'origine) ou, plus rarement langues finno-samoyèdes sont une famille d'une trentaine de langues parlées par à peu près 20 millions de personnes en Europe et en Sibérie. Les langues ouraliennes ayant le plus de locuteurs sont le hongrois, le finnois et l'estonien.
Classification interne Si la répartition interne des langues ouraliennes est sujette à débat depuis sa création, deux sous-familles, les langues finno-ougriennes et les langues samoyèdes, sont reconnues comme bien distinctes, bien que certains considèrent que les langues samoyèdes ne sont qu'une simple branche de la famille finno-ougrienne, qui ne se distinguerait pas alors de l'ouralien tout entier. L'ouralien aurait pour proto-langue le proto-ouralien, qui se serait divisé en et .
De façon générale, les langues ouraliennes se répartissent actuellement en sous-groupes bien caractérisés, mais les relations plus anciennes de ces sous-groupes sont peu claires, peu étudiées, et rendent difficile de les rassembler en branches plus larges.
Arbre généalogique
Classification traditionnelle La classification traditionnelle des langues ouraliennes est la suivanteLehtinen (2007). Les synonymes sont en italique. vignette|Répartition des langues ouraliennes actuelles en Eurasie. vignette|Autre carte des langues ouraliennes. vignette|Répartition géographique estimée des langues samoyèdes de nos jours.
Classifications alternatives
Classification selon Glottolog Ci-dessous, la classification utilisée par Glottolog.
Classification selon Hölzl Ci-dessous, la classification utilisée par Hölzl (2018)Hölzl (2018), p. 363 :
Profil typologique Les principales caractéristiques structurelles communes aux langues ouraliennes sont les suivantes : ce sont des langues agglutinantes ; elles possèdent un grand nombre de cas (en moyenne 13–14), par exemple : erzya : 12 cas, estonien : 14 cas, finnois : 15 cas (ou plus), hongrois : 18 cas (et d'autres suffixes agissant comme des cas), same d'Inari : 9 cas, komi : dans certains dialectes, jusqu'à 27 cas, mokcha : 13 cas, nénètse : 7 cas, same du Nord : 6 cas, oudmourte : 16 cas, vepse : 24 cas ; ces systèmes de cas dérivent tous d'un prototype ouralien commun : le nominatif singulier n'a pas de suffixe casuel, les suffixes d'accusatif et de génitif sont des consonnes nasales (-n, -m), un système tripartite de cas exprimant le lieu, avec des séries correspondent à peu près à « de », « vers », « dans / à » ; c'est particulièrement visible, par exemple, en hongrois qui en possède plusieurs pour exprimer « à l'intérieur », « à l'extérieur », « au-dessus » ; la présence fréquente de l'harmonie vocalique un accent d'intensité toujours fixé sur la première syllabe, à quelques rares exceptions près ; pas de tons pas de genre grammatical ; un verbe négatif présent dans presque toutes les langues actuelles ; une distinction de palatalisation chez les consonnes coronales, indépendamment de la voyelle qui suit (sauf dans les langues fenniques, qui l'ont perdue ; certaines l'ont ensuite réacquise secondairement devant voyelle antérieure) ; un grand nombre de postpositions alors que les prépositions sont très rares. ; un vocabulaire commun d'à peu près 200 mots, notamment des parties du corps, des membres de la famille, des animaux, des objets naturels, des verbes et pronoms fondamentaux, et des numéraux ; les dérivés augmentent le nombre de mots communs ; des suffixes possessifs, mais pas de pronom possessif ; le nombre duel, perdu dans certaines branches ; des marques communes de pluriel : -j / -i et -t /-d ; les numéraux sont suivis du singulier ; pas de verbe « avoir » mais une structure employant la copule et un suffixe possessif, ou une désinence casuelle ; ex. en finnois « Minulla on kala » (mot à mot « sur-moi est poisson »).
Une sélection de mots apparentés
Français Proto-Ouralien Finnois Estonien Same du Nord Erzya Mari Komi Khanty Mansi Hongrois Nénètse feu *tuli tuli tuli dolla tol tul tyl- - - tűz tu poisson *kala kala kala guolli kal kol - kul kul hal xalya panier *pesä pesä pesa beassi pize pəžaš poz pel pit'ii fészek pyidya main, bras *käti käsi käsi giehta ked´ kit ki köt kaat kéz - œil *śilmä silmä silm čalbmi śel´me šinća śin sem šäm szem sæw, häem brasse *süli syli süli salla sel´ šülö syl löl täl öl tyíbya veine / nerf *sïxni suoni soon suotna san šün sën lan tān ín teʔ, ten os *luwi luu luu - lovaža lu ly, lѳ lŏγ, lăw lo, luw - lī foie *mïksa maksa maks - makso mokš mus muγəl maat máj mud° urine *kunśi kusi kusi gožža - kəž kudź kos- końć- húgy - aller *meni- mennä minema mannat - mija- mun- mən- men- menni myin- vivre *elä- elää elama eallit - ila- ol- - - élni yilye- mourir *kaxli- kuolla - - kulo- kola- kul- kol- kool- halni xa- laver *mośki- - mõskma - muśke- muška- myśky- - - mosni masø-
Possibles parentés linguistiques externes Des recherches ont été faites pour relier les langues ouraliennes à d'autres familles de langues. Aucune ne fait complètement consensus, mais la moins controversée à l'heure actuelle est celle visant à relier l'ouralien au youkaguir de l'est de la Sibérie au sein d'une famille ouralo-youkaguir.
Michael Fortescue, spécialiste des langues eskimo-aléoutes et des langues tchoukotko-kamtchatkiennes, a trouvé des apparentements entre langues ouraliennes, youkaguires, eskimo-aléoutes, et tchoukotko-kamtchatkiennes dans son livre Language Relations across Bering Strait (1998). En 2011, il a retiré les langues tchoukotko-kamtchatkiennes de sa proposition. La famille regroupant l'ensemble de ces langues est appelée famille « » Michael Fortescue, Language Relations across Bering Strait, 1998. Frederik Kortlandt y inclut le nivkheKortlandt (2004).
D'assez nombreuses ressemblances existent avec les langues indo-européennes, ce qui s'explique soit par une unité ancienne, ou au moins en partie par des contacts anciens (et toujours d'actualité). C'est l'hypothèse « » de Björn Collinder.
La famille ouralienne prend position dans des apparentements encore plus larges, telles les propositions de macro-familles eurasiatique (Joseph Greenberg) ou les nostratique (proposé par des linguistes russes dont certains se sont ralliés à la proposition eurasiatique de Greenberg), assez convergentes l'une avec l'autre.
Ces différentes propositions sont globalement assez cohérentes dans la mesure où elles s'emboîtent. Les proximités lexicales ou grammaticales, de plus en plus ténues, correspondent à des profondeurs historiques différentes d'une unité initiale supposée : l'ouralien serait proche d'abord du yukaguir, puis de langues sibériennes, puis de l'indo-européen, enfin d'autres langues de la proposition eurasiatique (turc, mongol, toungouse, coréen, japonais, aïnou) parfois regroupées dans un ensemble dit macro-altaïque.
Même si les familles ouralienne et altaïque font toutes deux partie de la macro-famille eurasiatique de Greenberg, une proximité particulière entre elles est fortement critiquée aujourd'hui. Toutefois, cette hypothèse, dite théorie ouralo-altaïque, proposée dès le par Matthias Alexander Castrén a prospéré jusqu'au milieu du , où elle était même assez largement acceptée.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie
Collinder, Björn (1957), Survey of the Uralic Languages, Stockholm. Collinder, Björn (1960), An Etymological Dictionary of the Uralic Languages, Stockholm.
Décsy, Gyula (1990), The Uralic Protolanguage: A Comprehensive Reconstruction, Bloomington, Indiana.
Jocelyne Fernandez-Vest (dir.), Les Langues ouraliennes aujourd'hui. Approche linguistique et cognitive, Paris, Honoré Champion, coll. « Bibliothèque de l'École des hautes études, sciences historiques et philologiques » t. 340, 2005 Hajdu, Péter, (1963), Finnugor népek és nyelvek, Gondolat kiadó, Budapest [Transl. G. F. Cushing as Finni-Ugrian Languages and Peoples (1975), André Deutsch, Londres]. Hajdú, Péter, (1975), Uráli népek. Nyelvrokonaink kultúrája és hagyományai, Corvina Kiadó, Budapest. [trad. Les Peuples Ouraliens Leur Culture Leurs Traditions, Horvath, Roanne]. Laakso, Johanna (1992), Uralilaiset kansat (Uralic Peoples), Porvoo – Helsinki – Juva, Rédei, Károly (ed.) (1986-88), Uralisches etymologisches Wörterbuch, Budapest. Sammallahti, Pekka, Matti Morottaja (1983): Säämi – suoma – säämi škovlasänikirje. Helsset/Helsinki: Ruovttueatnan gielaid dutkanguovddaš/Kotimaisten kielten tutkimuskeskus, Sammallahti, Pekka (1988): Historical Phonology of the Uralic Languages, dans Denis Sinor (dir.), The Uralic Languages, pp. 478–554, Leiden, E.J. Brill. Sauvageot, Aurélien (1930), Recherches sur le vocabulaire des langues ouralo-altaïques, Paris.
Articles connexes Linguistique Liste de langues Langues par famille Langues par zone géographique Liste des langues de Russie Langues en Finlande Langues en Hongrie Langues en Europe Famille de langues, langues par famille, superfamille (linguistique)
Liens externes
Les langues ouraliennes aujourd'hui (bibliographie) Uralic dans Ethnologue.com (anglais) The Untenability of the Finno-Ugrian Theory from a Linguistic Point of View par László Marácz, opinion minoritaire sur cette famille de langues. (anglais) “The Ugric-Turkic Battle”: A Critical Review (PDF) par Angela Marcantonio (Rome), Pirjo Nummenaho (Naples) et Michela Salvagni (Rome) (anglais) Linguistic Shadow-Boxing par Johanna Laakso (anglais) The Finno-Ugrics, The Economist, (anglais)
* Ouralienne