L'Épître aux Colossiens est une épître paulinienne et un livre du Nouveau Testament. Selon la tradition chrétienne, cette lettre fut envoyée par l'apôtre Paul à l'Église de Colosses. La ville de Colosses a été détruite par un tremblement de terre au début de l'an 60.
En revanche, si elle a été rédigée par des disciples de Paul, comme l'estiment la plupart des spécialistes, elle date de la fin du .
Tradition chrétienne Selon la tradition chrétienne, c'est une lettre écrite aux Colossiens après la visite d'Épaphras, évangélisateur de l'Église de Colosses (Col. 1:7–8). Épaphras dit à Paul que les Colossiens tombaient dans une grave erreur : l'apôtre Paul a écrit aux Colossiens après avoir été informé de la situation spirituelle de cette église par le biais d'Epaphras, fondateur et chef colossien de cette église, à un moment où d'autres enseignants essayaient de combiner des éléments du paganisme — l'agnosticisme — et de la philosophie laïque (épicurienne) avec des doctrines chrétiennes, induisant un relativisme religieux, puisque ces philosophies avaient en elles une vision humaniste. Ils pensaient qu'ils étaient meilleurs que les autres parce qu'ils observaient soigneusement certaines ordonnances extérieures (Col 2 :16), s'imposaient certaines mortifications et adoraient les anges (Col 2:18). Ces pratiques donnaient aux Colossiens le sentiment qu'ils se sanctifiaient. Ils avaient aussi l'impression de mieux comprendre les mystères de l'univers que les autres membres de l'Église. Dans sa lettre, Paul les reprend en enseignant que la rédemption n'est possible que par le Christ et qu'ils doivent faire preuve de sagesse et le servir.
Si l’on s’en tient à la thèse traditionnelle, l'apôtre Paul aurait rédigé cette lettre avant la destruction de la ville de Colosses, vers le milieu de sa première captivité romaineVoir, au sujet de la captivité de l’apôtre, Everett F. Harrison, Introduction to the New Testament, Grand Rapids, Eerdmans, 1968, p. 294-300.. Dans cette hypothèse, l'épître aurait plutôt été écrite lors du séjour de Paul à Éphèse (entre 54 et 57), ou encore durant la captivité à Césarée (en 58 et 60)Cf. Carrez, M., « Paul et l'Église de Colosses: L'épître aux Colossiens et le Billet à Philémon », in. George, A. et P. Grelot (dir.), Introduction à la Bible, Tome III: Introduction critique au Nouveau Testament, Volume III: Les épîtres apostoliques, Paris, Desclée, 1977, p. 163..
C’est à Tychique et à Onésime que l’apôtre aurait confié la charge de porter cette missive à l’Église de Colosses (cf. Col 4.7-9)Tychique devait également, au cours de cette même expédition, livrer l’épître destinée aux Éphésiens (cf. Ep 6.21). Quant à l’esclave Onésime, il devait, sur ordre de Paul, retourner auprès de Philémon, son maître, et lui remettre en mains propres le billet que l’apôtre avait écrit pour ce dernier (cf. Phm 1.12, 21). Voir ..
Authenticité
Seules 7 des épîtres attribuées à Paul sont jugées authentiques par la majorité des chercheurs : Rm, 1 Co, 2 Co, Ga, Ph, 1 Th et Phm. On les appelle « épîtres proto-pauliniennes »François Vouga, « Le corpus paulinien », in Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament : Son histoire, son écriture, sa théologie, Labor et Fides, 2008 , p. 164-165..
Les autres sont les 3 « épîtres deutéro-pauliniennes », rédigées par des disciples directs de Paul (Ép, Col et 2 Th), et enfin les 3 « épîtres trito-pauliniennes » ou « pastorales », dues à des disciples plus tardifs (1 Tm, 2 Tm et Tt).
Si l'épître a été rédigée par des disciples de Paul, comme l'estiment les spécialistes, elle date de la fin du .
Colosses La ville de Colosses , signalent encore la ville de Colosses, située au bord du Lycus, affluent du célèbre MéandreLe Méandre, appelé aujourd’hui le Menderes, est un fleuve de la Turquie d’Asie, qui rejoint la mer Égée. Il mesure 450 km de long., dans le sud-ouest de la PhrygieLa Phrygie était autrefois une province vaste et importante de l’Asie Mineure. À l’époque néo-testamentaire, le mot Phrygie n’était plus un nom de province, mais une appellation locale. Paul traversa la Phrygie lors des et missionnaires. Voir, à ce sujet, .. À quelque deux cents kilomètres à l’est d’Éphèse, cette ville de l’Asie Mineure était placée à un point stratégique de la route qui menait d’Éphèse vers les provinces orientales (Pisidie, Lycaonie, Cilicie, Syrie, etc.)On appelait aussi cette route « La grande voie commerciale allant de l’Ouest à l’Est » ( [sous la rubrique Colosses]). : .
Colosses était autrefois une ville très importante. Xénophon en a parlé comme d’une cité . Mais, au , en raison des nombreux changements du système routier, elle n’est plus qu’une petite cité insignifiante : les villes voisines, Laodicée et Hiérapolis (toutes deux mentionnées en Col 4.13), distantes d’environ 16 et 21 km, la supplantèrent et s’enrichirent. Elle était cependant, à l’instar de Laodicée, qui était devenue (cf. Ap 3.14-22), renommée pour sa belle laine aux teintes excellentes explique les raisons de cette industrie florissante : . .
Aux temps apostoliques, les Juifs étaient très nombreux dans la région. C’est à Antiochus le Grand (223-187 av. J.-C.) que l’on doit l’immigration dans la Phrygie et la Lydie de deux mille familles juives en provenance de Mésopotamie. Beaucoup de ces familles étaient spécialisées dans la teinture de la laine. Quelques-unes d’entre elles avaient même réussi à prospérer. L’excellence de la région pour l’élevage des moutons a sans aucun doute ouvert la porte à un commerce fructueux. Mais si les affaires rencontraient un tel succès, c’est aussi parce que la présence de ces familles juives dans cette contrée attirait d’autres coreligionnaires, avec qui elles pouvaient facilement commercerLe Talmud se plaint que les Juifs se soient trop assimilés aux mœurs environnantes : (cité par ). D’un autre côté, comme le signale Frédéric Godet, Introduction au Nouveau Testament : Les épîtres de Paul, Vol. 1, Neuchâtel, 1893, p. 492, cité par ., ..
Comme partout dans le monde antique, un important effectif d’esclaves côtoyait la classe des hommes libres et celle des affranchis. Onésime, par exemple, représentait à Colosses le bas de l’échelle sociale, tandis que son maître Philémon appartenait à la catégorie des riches propriétaires.
Au temps de l’apôtre Paul, Colosses n’est plus ce qu’elle était ; . Sa trace dans l’Histoire va s’effacer peu à peu, alors que s’inscrit son nom pour toujours dans le Canon biblique, grâce à la belle lettre de Paul En effet, au début de l'an 60, un tremblement de terre détruisit Colosses et Laodicée, toutes deux étant situées dans une zone sismique. Contrairement à cette dernière, Colosses n'a jamais retrouvé sa vitalité confirme cependant que la ville a survécu, . .
Les historiens rapportent que la population phrygienne avait un caractère Josèphe, Antiquités Jud., XII, 3, cité par .. Ce tempérament était notamment marqué , cité par . La mythologie considérait Cybèle non seulement comme la déesse phrygienne de la Fertilité, mais aussi comme « la grande-mère des dieux » (, cité par ). Son culte, lié à celui d’Attis, s’était répandu () dans le monde gréco-romain et comprenait des cérémonies initiatiques.. . Le Montanisme était un mouvement prophétique. Il a été fondé en Phrygie vers les années 170, par un chrétien du nom de Montanus, qui s’identifiait avec le Consolateur. L’influence et la popularité du Montanisme, cependant, n’ont été que de courte durée (environ une génération). Ce mouvement était une réaction violente non seulement contre le cléricalisme, mais aussi contre le gnosticisme et contre tout compromis avec la philosophie païenne. Plutôt extatiques, les Montanistes prétendaient recevoir directement de Dieu des révélations prophétiques. Ils se disaient spirituels par opposition aux psychiques de l’Église officielle. Ils étaient également de formidables ascètes et des rigoristes hors pair. Tertullien a été momentanément montaniste. Voir J.-M. Nicole, Précis de l’histoire de l’Église, édition, Nogent-sur-Marne, Institut Biblique de Nogent, 1996, p. 28. Voir aussi New Dictionary of Theology, édité par Sinclair B. Ferguson, David F. Wright et J. I. Packer, Leicester, Inter Varsity Press, 1998, p. 444.. En tout cas, ce caractère offrait un terrain propice au foisonnement religieux.
De plus, du fait de sa position stratégique sur la , Colosses était, plus que ses voisines, en contact permanent avec les divers mouvements intellectuels et religieux de l’époque. Rhéteurs, philosophes, prédicateurs ambulants (et bien souvent mercantiles) venaient en effet de toutes parts pour répandre leurs systèmes et leurs doctrines nouvelles. Ainsi, sur le fond du paganisme universel et millénaire, se des cultes divers : . Les syncrétismes de toute sorte étaient donc à la mode, ce qui explique probablement la rédaction de l’épître aux Colossiens, alors que les jeunes églises du Lycus devaient faire face aux différentes pressions religieuses et au danger bien réel d’amalgamer le christianisme primitif avec les croyances païennes populaires. .
L’Église de Colosses Nous savons que l’apôtre Paul n’a pas été le fondateur de l’Église de Colosses. Il a seulement « entendu parler de [leur] foi en Jésus-Christ » (Col 1.4). D’ailleurs, l’apôtre mentionne que jamais les Colossiens, pas plus que les Laodiciens, n’ont (Col 2.1).
Paul, a exercé une activité importante et fructueuse tout près de Colosses, à Éphèse, possiblement de 54 à 56. On peut alors supposer que c’est son ministère stratégique à Éphèse s’émeut devant d’avoir établi Éphèse, , comme base missionnaire de l’apôtre. qui a étendu son influence jusqu'à Colosses et les cités voisines que sont Laodicée et Hiérapolis. Des collaborateurs de Paul ont pu, en effet, quitter Éphèse pour aller évangéliser les villes bordant le Lycus et y fonder ces trois églises.
Un certain nombre de biblistes soutiennent que c’est Épaphras qui a fondé l’Église de ColossesF. F. Bruce, sur ce point : (F. F. BRUCE, The New International Commentary on the New Testament : The Epistles to the Colossians, to Philemon and to the Ephesians, Grand Rapids, Eerdmans, 1988, p. 14.).. Les textes, cependant, ne mentionnent nulle part d’une manière explicite que c’est à lui que revient le mérite d’avoir établi la communauté colossienne. Nous savons, par contre, qu’il a joué un rôle prépondérant, non seulement dans l’Église de Colosses, mais encore dans celle de Laodicée et dans celle d’Hiérapolis. . S’il n’est pas le fondateur de ces églises, Paul semble toutefois le désigner comme de Colosses : c’est à lui, en effet, que Paul a donné des instructions pour les Colossiens (Col 1.7). C’est aussi de lui que l’apôtre rend ce beau témoignage : (Col 4.12-13). Paul le décrit également comme son et comme un (Col 1.7).
Le message de Paul aux Colossiens :
(Colossiens 1:13-20)
"13 Il nous a délivrés du pouvoir des ténèbres et nous a transférés dans le royaume du Fils de son amour,
"14 par le moyen de qui nous avons notre libération par rançon, le pardon de nos péchés.
"15 Il est l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute création ;
"16 parce que par son moyen toutes les [autres] choses ont été créées dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, que ce soient trônes, ou seigneuries, ou gouvernements, ou pouvoirs.
"Toutes les [autres] choses ont été créées par lui et pour lui.
"17 Il est aussi avant toutes les [autres] choses, et par son moyen toutes les [autres] choses ont reçu l’existence,
"18 et il est la tête du corps, la congrégation. Il est le commencement, le premier-né d’entre les morts, pour devenir celui qui est le premier en toutes choses ;
"19 parce que [Dieu] a jugé bon [de faire] habiter en lui toute plénitude
"20 et, par son intermédiaire, de réconcilier de nouveau avec lui-même toutes les [autres] choses en faisant la paix grâce au sang [qu’il a versé] sur la croix que ce soient les choses sur la terre ou les choses dans les cieux."