Jheronimus van Aken (prononcé : , dit Jérôme Bosch, ou Jheronimus Bosch (), né vers 1450 à Bois-le-Duc (, souvent abrégé en Den Bosch, d'où son pseudonyme) et mort en dans la même ville, est un peintre des Pays-Bas bourguignons, rattaché au mouvement des primitifs flamands.

Membre de l'Illustre Confrérie de Notre-Dame, il fait partie en tant qu'artiste du fleuron de l'art gothique finissant fantastique et se rapproche culturellement de l'humanisme de la Renaissance, de la pensée d'Érasme et de Thomas More. Le Jardin des délices serait d'ailleurs, comme l’Utopia de More, une vision de ce que le monde pourrait être, s'il n'avait été corrompu par le mal.

Biographie vignette|Une sorcière, une figure dans une ruche avec derrière déshabillé et des figures d’enfants (entre 1465 et 1516), dessin à la plume et encre métallo-gallique, lavis sur papier (), Vienne (Autriche), Albertina (musée). La biographie de Jérôme Bosch manque de certitudes. Les rares informations qui le concernent sont extraites de documents relatifs à des copies tardives des archives de Bois-le-Duc ou de livres de comptes de l'Illustre Confrérie de Notre-Dame, si bien que les auteurs ont pu le décrire tour à tour comme pragmatique ou visionnaire, ignorant ou érudit, dévot ou hérétique..

Jheronimus van Aken est issu d'une famille de peintres et d'enlumineurs originaire d'Aix-la-Chapelle (Aachen, Aken en néerlandais), qui s’installe vers 1423 à Bois-le-Duc (s-Hertogenbosch), ville de commerce et siège du gouvernement du Brabant-Septentrional .

Il naît vers 1450-14551453 selon Jan Mosmans, invoquant un document, aujourd'hui perdu.. Son père, Anthonius, installe en 1462 l'atelier familial dans une maison située sur le côté est de la grand-place et baptisée, en l'honneur de son saint patron, In Sint Thoenis. C'est là que le jeune Jheronimus se forme, entre la fin des années 1460 et le début des années 1470, aux côtés de son frère aîné Goessen. Associé à son père entre 1474 et 1476, il disparaît ensuite des documents de Bois-le-Duc durant quatre ans, période pendant laquelle il aurait pu accomplir un tour de compagnonnage, c'est-à-dire un voyage destiné à compléter sa formation..

À son retour en 1480, Jheronimus travaille sans doute dans l'atelier familial, dirigé par Goessen depuis la mort d'Anthonius vers 1478. Après son mariage en 1478 avec une riche aristocrate, Aleid van de MeervenneStadsarchief 's-Hertogenbosch - Bossche Protocollen R.1257 fol.274, qui lui assure une aisance financière et un statut social sensiblement plus élevé, il acquiert la maison In den Salvator, sise au nord de la grand-place. En 1486, il entre comme « membre notable » dans la confrérie Notre-Dame.. Respectueux des usages, l'artiste participe aux et n'hésite pas à recevoir chez lui les membres de la confrérie, nouant ainsi des liens avec les plus hauts notables de la région. Il s'agit d'une association religieuse consacrée au culte de la Vierge, dont il devient le peintre attitré. vignette|Le Portement de Croix, détail (1510-1535), huile sur bois (), musée des beaux-arts de Gand. Il prend ainsi l'ascendant au sein de l'atelier familial, qu'il finit par diriger après la mort de Goessen en 1497. Il répond alors à une demande croissante et s'entoure de collaborateurs, documentés en 1503-1504, et parmi lesquels figurent ses neveux, Johannes (1470-1537) et Anthonis (1478-1516).

En septembre 1504, le gouverneur des États bourguignons (anciens Pays-Bas bourguignons), Philippe le Beau, dont la cour est installée Palais du Coudenberg à Bruxelles, verse à pour . Il s'agit du premier document dans lequel le peintre est désigné par le surnom « Bosch », forgé sur la base du nom néerlandais de Bois-le-Duc, au moment où il acquiert une réputation internationale.

Resté à Bois-le-Duc, le peintre travaille alors tant pour la clientèle locale que pour la cour bruxelloise. Il meurt sans descendance en août 1516, probablement de la peste qui emporte également son neveu Anthonis. Sur le registre de décès, à côté de son nom est mentionné insignis pictor (« peintre célèbre »). Le frère aîné d'Anthonis, Johannes, prend alors, selon toute vraisemblance, la direction de l'atelier familial, tandis que Gielis Panhedel complète, en 1522-1523, les volets de Jérôme Bosch pour le retable de la confrérie de Notre-Dame de l'église Saint-Jean.

vignette|alt=|Hendrik Hondius I, Jheronimus Bosch, eau-forte extraite de Domenicus Lampsonius, Pictorum aliquot celebrium præcipué Germaniæ Inferioris effigies, La Haye (1610).

En Espagne, Philippe II achète le cinq de ses peintures dont le triptyque du Chariot de foin et La Cure de la folie. Un vif intérêt pour son œuvre demeure jusqu'au , probablement favorisé par un resserrement avec les Pays-Bas. Son œuvre se mélange à celle d'imitateurs et il faut attendre la fin du pour que des experts ou historiens d'art comme Justi, Baldass, Friedländer, Tolnay et Combe entreprennent de démêler la production de Bosch des multiples imitations qui en avaient été faites.

Il inspira de nombreux peintres de la Renaissance et de la postérité, comme ceux des mouvements surréalistes et expressionnistes.

Jérôme Bosch à Venise vignette|Visions de l'au-delà : L'Ascension des élus. Les trois seules œuvres de Jérôme Bosch présentes en Italie se trouvent à Venise, où le peintre aurait pu séjourner entre 1499 et 1502. Il s'agit du Triptyque de sainte Liberata ou sainte Wilgeforte (v. 1495-1505), du Triptyque des saints ermites (id.) de la Gallerie dell'Accademia de Venise, et des quatre panneaux dits des Visions de l'au-delà (v. 1505-1515), qui sont vraisemblablement les parties latérales d'un triptyque ou d'un polyptyque dont la partie centrale ne nous est pas parvenue. Les quatre panneaux représentent le paradis terrestre, la montée des âmes vers l'empyréeDivine Comédie, « Le Paradis ». À la fin du parcours, les apôtres du Christ interrogent Dante, qui répond justement à leurs questions, et passe au dixième ciel ou empyrée., la chute des damnés et l'enfer. Contrairement aux deux autres œuvres, ce dernier ensemble n'est pas signé.

Un témoignage historique important, La NotiziaNotizie del disegno d'opere, écrites de façon sporadique entre 1521 et 1543. de Marcantonio Michiel, narre, en 1521, que les Visions de l'au-delà ornent le palais Grimani, demeure vénitienne du cardinal Domenico Grimani (1461-1523), fils du doge Antonio Grimani et collectionneur raffiné, passionné par la peinture nordique. Bien que l'on n'en ait pas de preuve documentaire, les deux triptyques pourraient avoir, eux aussi, appartenu à sa collection. À la mort du cardinal Grimani, ses œuvres, léguées à la république de Venise, finissent dans les collections du palais des Doges.

Allégories morales vignette|Un membre de l'Illustre Confrérie de Notre-Dame. Saint Jean l'Évangéliste à Patmos (vers 1489), huile sur panneau de chêne (), Gemäldegalerie (Berlin). Nous sommes dans le duché de Brabant, des États bourguignons, dans la ville alors florissante de Bois-le-Duc (’s-Hertogenbosch), à la fin du . Hieronymus Bosch est un peintre réputé, suffisamment pour qu'en 1504, Philippe le Beau, fils de l'empereur Maximilien et de Marie de Bourgogne, lui passe commande d'un grand Jugement dernier (aujourd'hui disparu) ; le peintre est un citoyen au-dessus de tout soupçon.

Membre de la confrérie de Notre-DameLes frères jurés se réunissaient dans la chapelle de l'église Saint-Jean vignette|Cathédrale de Bois-le-Duc.., vouée, comme son nom l'indique, à la célébration du culte marial, Jérôme Bosch est un clerc, il connaît le latin, possède une certaine culture et jouit d'une parfaite respectabilité ; il est donc irréprochable du point de vue des pratiques et de la morale religieuses. Il est probablement un adepte de cette devotio moderna qui s'impose aux Pays-Bas, reposant sur une piété moins dogmatique, plus affective, requérant du fidèle un engagement véritablement personnel, profond et sincère, fondé sur la prière et la méditation.

Ce climat de religiosité accrue se reflète dans l'œuvre de Bosch, imprégné de la notion de péché, traversé de visions exaltées. L'on peut avancer que jamais la culpabilité chrétienne n'a paru aussi abyssale que chez ce peintre de l'Enfer, réputé dès son vivant pour être un .

Dans ses grandes lignes, son œuvre (mince corpus réductible à une quarantaine d'éléments, dont peu sont des attributions certaines) est le reflet de cette conception d'un monde irrémédiablement ruiné par le péché, l'originel d'abord, puis celui, quotidien, avide de possessions terrestres et de plaisirs charnels. C'est l'œuvre d'un moraliste chrétien, qui assène ses visions pessimistes avec une sévérité n'ayant d'égale que sa verve imaginative.

Style C’est dans ses lectures et dans l’atmosphère d’hérésie et de mysticisme régnant à son époque que Bosch puise une inspiration nouvelle, qui lui fait délaisser l’iconographie traditionnelle de ses débuts pour s’orienter vers des œuvres « sacrilèges » où le religieux se confronte au péché et à la damnation.

L’enfer se mêle au paradis, et le satirique à la morale. On y voit sa préoccupation pour l’humanité corrompue condamnée à l'enfer éternel (triptyque du Chariot de foin, v. 1500, musée du Prado, Madrid) pour avoir tourné le dos à la loi divine. L’obsession du péché s’illustre dans Les Sept Péchés capitaux (1475-1480, musée du Prado, Madrid), La Nef des fous (1490-1500, musée du Louvre, Paris), le triptyque Le Jardin des délices, 1503-1504 (musée du Prado, Madrid), allégorie fantastique complexe, composition de personnages et d’animaux hybrides, comportant de nombreuses références à l’alchimie. vignette|Détail du triptyque de La Tentation de saint Antoine (vers 1501), huile sur bois (), Museu Nacional de Arte Antiga de Lisbonne. Le voyage de Bosch à Venise, au début du , donne une nouvelle dimension à sa créativité, on remarque plus d’espace et de paysages dans Saint Jean l'Évangéliste à Patmos (1504-1505, Berlin, Gemäldegalerie), Saint Jérôme en prière (v. 1505, Gand, musée des Beaux-Arts) ou La Tentation de saint Antoine (1501, Museu Nacional de Arte Antiga de Lisbonne), œuvres qui montrent l’exemple de la vie des saints comme unique voie de salut.

Vers 1510 apparaît une nouvelle évolution avec les tableaux « à demi-figures », représentations de personnages à mi-corps, placés au premier plan (Le Couronnement d’épines, 1510, Madrid Escurial).

Son style est caractérisé par des personnages caricaturaux issus des bestiaires du Moyen Âge, comme les grylles, mis en scène dans des diableries. Jérôme Bosch est l'inventeur d'un style repris ensuite par plusieurs artistes, dont Pieter Brueghel l'Ancien, qui fut le grand héritier artistique, tout au moins dans le domaine de l'inspiration diabolique (on lui doit l'invention d'une figure nouvelle : la sorcière)Autour de ces incunables, une exposition organisée à Bruges rassemble quelque , https://bezoekers.brugge.be/fr/sint-janshospitaal-hopital-saint-jean] « Les Sorcières de Bruegel », du 25 janvier au 26 juin 2016.. Il est reconnu par les surréalistes du comme le « maître » de leur art pendant très longtemps.

On retrouve son effigie dans Les Effigies des peintres célèbres des Pays-Bas de Dominique Lampson.

L'analyse la plus profonde et la plus influente, mais aussi la plus contestée de son univers fantasmagorique, a été l'œuvre de l'historien de l'art allemand, Wilhelm Fraenger.

Jérôme Bosch et ses imitateurs vignette|Pieter van Der Heyden (graveur), Patience (1557), estampe d'après Pieter Brueghel l'Ancien, éditée par Jérôme Cock (), Rijksmuseum Amsterdam. Au fil du , le succès des inventions de Jérôme Bosch va croissant et s'apparente bientôt à une mode que relaient ses imitateurs. Si l'art de ces derniers n'est pas toujours à la hauteur de celui du maître, des peintres comme Pieter Brueghel l'Ancien déploient une extraordinaire féconditéFrédéric Elsig, La Naissance d'un répertoire, , , université de Genève, enseignant et chercheur..