L'histoire du Luxembourg retrace les évolutions que traverse cet État dans le passé. Situé au cœur de l'Europe, entre la France, la Belgique et l'Allemagne, le grand-duché de Luxembourg participe aux grandes évolutions européennes : son passé mouvementé de Grand-Duché est un véritable condensé de l'histoire européenne.
Son histoire commence avec les premières occupations humaines du territoire correspondant au pays actuel. Aux groupes présents depuis le Paléolithique et le Néolithique, sont venues s'ajouter, à l'âge du bronze et à l'âge du fer, des vagues successives de Celtes, puis au de peuples germains (Francs ripuaires et, probablement aussi Alamans).
Au Moyen Âge, quatre de ses princes ont porté la couronne du Saint-Empire romain germanique. Pendant les Temps modernes, sa forteresse a été un enjeu majeur dans la lutte entre les grandes puissances. Avant d'accéder à l'indépendance au , le Luxembourg a vécu successivement sous souveraineté bourguignonne, espagnole, française, autrichienne, à nouveau française, et, du fait de l'union personnelle, hollandaise, même si le grand-duché de Luxembourg, institué dès 1815 par le congrès de Vienne, a été un État membre de la Confédération germanique (jusqu'à sa dissolution en 1866). Entre 1842 et 1918, le Luxembourg, passant progressivement des activités surtout agraires à l'industrie lourde (sidérurgie), fit partie du (union douanière allemande dominée par la Prusse). Au , ce pays entre-temps prospère et dynamique joua un rôle catalyseur dans l'effort d'intégration européenne.
Le grand-duché de Luxembourg bénéficie d'une histoire officielle communiquée par le gouvernement luxembourgeois.. Celle-ci mentionne le Luxembourg en tant que pays à partir du , évoque la langue luxembourgeoise (la langue nationale des Luxembourgeois) sous forme d'une frontière linguistique dès la fin du et mentionne une « origine luxembourgeoise » de la population dès 1308.
Préhistoire vignette|upright=1.2|L'abri sous roche où fut découvert le squelette de Loschbour.
La Préhistoire du Luxembourg ne se distingue pas de celle des régions voisines. Comme pour l'Europe centrale, la révolution agraire qu'apporte le Néolithique correspond à l’extension progressive vers l’ouest du courant danubien et se manifeste essentiellement par la culture rubanée.
La plupart des restes humains préhistoriques du Luxembourg ont été récupérés dans le Müllerthal, y compris le squelette de Loschbour vieux de , découvert par Nicolas Thill en 1935. Cette région est caractérisée par de profondes vallées fluviales bordées de falaises de grès, une couverture arborée dense et un paysage unique de système d'abris sous roche et de grottes à diaclase. Compte tenu des preuves limitées de l'agriculture dans le Müllerthal avant l'époque romaine, son utilisation pour les activités funéraires au Néolithique, à l'âge du bronze et du fer reste énigmatique, bien que certaines grottes et abris sous roche montrent des signes d'occupation ou d'activités symboliques sous la forme de séquences profondes et stratifiées, de foyers et d'assemblages d'artefacts Maxime Brami et al., Investigating the prehistory of Luxembourg using ancient genomes, Cambridge University Press, 26 juin 2023.
Comme dans les régions avoisinantes, les populations d'origine de chasseurs-cueilleurs ont probablement vécu pendant des millénaires en parallèle avec les nouvelles populations introduisant les techniques du Néolithique, avant de se mélanger au début du troisième millénaire .
Placé dans le corridor Rhin-Meuse, le Luxembourg a livré des sépultures préhistoriques d'importance internationale, notamment la double tombe de la culture campaniforme d'Altwies, dans le sud du pays. Les tombes collectives sont de plus en plus remplacées au cours du troisième millénaire avant notre ère par des tombes à fosse unique et caractérisées par des assemblages funéraires répétitifs. Comme pour les deux génomes partiels de la nécropole de Mondelange dans la région de la Moselle française, les génomes d'Altwies ont révélé des niveaux élevés d'ascendance « dérivée de la steppe », suggérant que la région Rhin-Meuse a connu un important flux de gènes provenant de populations plus à l'est.
Antiquité
Les Celtes peuplent la région du grand-duché de Luxembourg jusqu'au Les Romains sont les maîtres pendant les six siècles suivants. À partir du , les invasions germaniques commencent. Les Romains font place aux Francs à partir du
Moyen Âge Des origines lointaines () vignette|Sigefroid de Luxembourg. Dans sa forme géographique et politique actuelle, le Grand-Duché est une création de la diplomatie du . Mais l'histoire de l'espace aujourd'hui luxembourgeois remonte beaucoup plus loin dans le temps. Elle est reliée, entre autres, à ses origines à la dynastie des Carolingiens créée par Pépin , dit « le Bref »Décalque de son nom latin : Les monumens de la monarchie française, 1729, : « Pipinus Brevis dictus a patre accipit Neustriam, Burgundiam et Provinciam »., né en 714Jean Favier, Dictionnaire de la France médiévale, Fayard, 1995, ., et mort le Pépin le Bref sur le site de la Fondation pour la généalogie médiévale. à Saint-Denis, près de Paris, qui est roi des Francs de 751 à 768. L'espace aujourd'hui luxembourgeois est une partie de son royaume. Le nom Lucilinburhuc, signifiant « petit château », apparaît pour la première fois aux alentours de 963 dans une charte d'échange. Par ce document, le comte Sigefroi, issu d'une supposée maison d'Ardenne, acquiert de l'abbaye Saint-Maximin de Trèves un fortin (castellum quod dicitur Lucilinburhuc) situé sur l'éperon rocheux du Bock dominant la vallée de l'Alzette. L'espace aujourd'hui luxembourgeois a fait partie de la frange occidentale de l'Empire germanique, en tant que possessions des abbayes d'Echternach et de l'abbaye Saint-Maximin de Trêves (puis comme comté de Luxembourg à sa création en 1059). On y parle alors différents dialectes fortement apparentés à la langue luxembourgeoise actuelle et aux dialectes de l'Eifel actuels, en s'inscrivant dans un continuum linguistique. Ces dialectes font partie de l'ensemble dialectal vieux francique moyen, cet ensemble faisant partie du vieux haut allemand qui est une langue multi-dialectale. La frontière linguistique entre le vieux haut allemand et les dialectes romans coïncide avec les possessions historiques de l'abbaye d'Echternach et de l'abbaye Saint-Maximin de Trêves, au sud.
Le rassemblement territorial () vignette|Image de la bataille de Worringen dans le Codex Manesse (1305-1340). La représentation montre la bannière du duc Jean de Brabant durant cette bataille avec, en avance sur son issue, un écu écartelé aux armes de Brabant et de Limbourg réunies. Lorsque Sigefroi s'établit au Bock, il possède des terres le long des rivières de la Moselle, de la Sûre et de l'Alzette ainsi que dans les Ardennes. Mais ses possessions restent dispersées. Le comté de Luxembourg, en tant que principauté territoriale, est une création des descendants de Sigefroi. La création du Comté de Luxembourg en 1059 est un changement du lieu de pouvoir, il se déplace de Trêves-Echternach (sous une direction ecclésiastique commune) vers Luxembourg-ville. Conrad (décédé en 1086) est le premier à porter explicitement le titre de comes de Luccelemburc. Le château fort Lucilinburhuc devient le point d'ancrage à partir duquel s'opère le rassemblement territorial au cours des , . Ce château fort est progressivement reconstruit, agrandi et renforcé au cours des siècles, jusqu'à devenir au l'une des plus puissantes forteresses d'Europe. Vu sa situation géographique et ses défenses formidables, elle sera qualifiée de « Gibraltar du Nord ». par Carnot, l'« organisateur de la Victoire » à l'époque de la Révolution française. L'agrandissement du territoire se fait par les mariages, par l'achat de terres, par les liens de vassalité et surtout par la guerre. Les comtes de Luxembourg réussissent à soumettre leurs rivaux, même s'ils subissent parfois des revers comme à la bataille de Worringen (1288), où le comte Henri VI et trois de ses frères tombent, mortellement blessés. À la fin du , le comté de Luxembourg occupe un vaste espace situé entre Meuse et Moselle. Il a la particularité d'être situé à cheval sur la frontière linguistique, une partie étant germanophone et une autre francophone.
En 1139, le comté est inféodé par l'empereur Lothaire III à Henri de Namur, dont la mère est née dans le territoire de l'actuel Luxembourg, alors que le comte Henri de Grandpré est l'un des plus proches parents – le beau-frère – de Conrad II, dernier représentant de la lignée des comtes d'Ardenne, qui mourra sans descendance.
À la mort de son père en 1139, Henri IV devient aussi comte de Namur. En 1153, il hérite des comtés de Durbuy et de La Roche. Sa fille, Ermesinde règne sur le comté de Luxembourg et prend pour mari Thiébaut de Bar, proche parent du roi de France, Saint Louis. Le couple abandonnera le comté de Namur. Le règne d'Ermesinde coïncide avec la période de la francisation du nom de plusieurs localités. Ainsi, par exemple, passant de -ingen à -ange, Dudelingen devint Dudelange, Schifflingen devint Schifflange etc.. Après la mort de Thiébaut, Ermesinde se remarie en 1214 avec Waléran de Limbourg, qui lui apporte en dot le marquisat d'Arlon. Le fils d'Ermesinde, Henri le Blondel, impose sa suzeraineté au comté de Vianden. En 1337, le comte Jean l'Aveugle achète une première moitié du comté de Chiny ; son fils Venceslas achètera l'autre moitié.
À la tête du Saint-Empire romain germanique () vignette|Localisation du Comté de Luxembourg en 1350. Au début du , la maison de Luxembourg accède au trône impérial. En 1308, le comte Henri VII né vers 1278/1279 à Valenciennes, est élu roi des Romains par les princes électeurs à l'instigation de son frère Baudouin, archevêque de Trèves, et de Pierre d'Aspelt, archevêque de Mayence, également d'origine géographique luxembourgeoise. Un légat du pape le couronne empereur à Rome en 1312. Son fils, Jean dit l'Aveugle, épouse l'héritière du royaume de Bohême et devient roi de Bohême. Chevalier modèle, il meurt en héros au service du roi de France dans la bataille de Crécy en 1346. À la suite d'Henri VII, trois autres membres de la dynastie des Luxembourg porteront la couronne royale, voire impériale : Charles IV (1346-1378), Wenceslas (1376-1400) et Sigismond (1410-1437). Le Luxembourg reste un comté immédiat du Saint-Empire romain germanique jusqu'en 1354 lorsque Charles IV élève le comté de Luxembourg au rang de duché. Après l'acquisition du comté de Chiny en 1364, celui-ci atteint sa plus grande extension. Cependant, avec l'accession à la dignité royale et impériale, les Luxembourg finissent par céder leur terre patrimoniale à des seigneurs engagistes, puis aux Bourguignons. En 1437, la famille régnante s'éteint et le duché passe brièvement aux mains des Habsbourg. En 1443, le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, conquiert la ville de Luxembourg. Le duché devient une province des Pays-Bas. Après la mort de Marie de Bourgogne, fille unique de Charles le Téméraire, en 1482, le Luxembourg devient possession de Maximilien de Habsbourg, son mari, et figurera dans l'héritage de leur fils Philippe le Beau. Ce dernier, qui épousera Jeanne de Castille, fille des « rois catholiques » (Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon), deviendra notamment roi d'Espagne par mariage et sera le père de Charles Quint. Pendant les quatre siècles qui vont suivre, son destin sera lié à cet ensemble géographique et politique.
Époque moderne Pays-Bas espagnols puis autrichiens () vignette|Une province des Pays-Bas. vignette|Localisation du département des Forêts.