Honoré Beaugrand, né le à Saint-Joseph-de-Lanoraie et mort le à Montréal, est un journaliste, propriétaire de journaux, homme politique et écrivain québécois.

Figure marquante du libéralisme radical dans la province de Québec de la fin du siècle, républicain et anticlérical, il est notamment connu pour avoir été maire de Montréal de 1885 à 1887, auteur de La Chasse-galerie, paru en 1891, et fondateur du journal La Patrie.

Biographie

Enfance et formation alt=La Maison Honoré-Beaugrand est située à Lanoraie.|vignette|Datant de la fin du XVIIIe siècle, cette maison, toujours située à Lanoraie, a vu naître Honoré Beaugrand sur les bords du fleuve Saint-Laurent . Honoré Beaugrand est le fils de Louis Beaugrand, dit Champagne, navigateur, et de Marie-Josephte (Joséphine) Marion.. Il est né le à Saint-Joseph-de-Lanoraie (aujourd'hui Lanoraie)Acte de baptême de Marie Louis Honoré Beaugrand de St-Joseph-de-Lanoraie, naissance 20 de l'année 1848. Baptisé le 24 mars 1848 et né le même jour, en ligne sur le site FamilySearch.. Les Beaugrand compteront au total six enfants (3 garçons et 3 filles).

Honoré grandit au sein d'une famille de notables francophiles, cultivés et politisés. Son père, son grand-père maternel (Louis Marion) et son parrain (Louis-G. Lafontaine) ont soutenu, lors des rébellions de 1837-1838, le Parti patriote. Ils adhèrent de plus tous au libéralisme radical des Rouges. En 1852, son père et son grand-père diffusent les idées de l'Institut canadien de Montréal à Lanoraie. Les liens de la famille avec ce qui deviendra le Parti libéral seront d'ailleurs toujours étroits.

Orphelin de mère à partir de 1856, il devient pensionnaire au collège de Joliette en 1859. Le biographe d'Honoré Beaugrand, Jean-Philippe Warren, précise qu'il y

Une fois ses études collégiales terminées, Honoré entre, le , chez les clercs de Saint-Viateur, un choix qui peut sembler d'abord surprenant étant donné les traditions libérales familiales. Il n'est pas, rappelle Warren, le seul jeune de sa génération qui succombe, pour une période plus ou moins brève, « au vent religieux qui souffle sur la province ». Par ailleurs, « son père, catholique pratiquant, n'a jamais été anticlérical et les idées plus progressistes des clercs de Saint-Viateur n'ont rien pour lui déplaire ». L'expérience sera toutefois brève : il quitte le noviciat à l'hiver 1864, avant de prononcer ses vœux.

Le contexte économique étant défavorable et n'ayant pas de formation spécialisée lui garantissant un emploi, la situation future d'Honoré s'annonce difficile. Il fréquente entre-temps l'Institut canadien de Montréal, où il est inspiré par les idées de Joseph Doutre. Il semble également, selon Warren, qu'il ait été pendant quelque temps matelot sur le Saint-Laurent à bord d'un des navires de son père. vignette|Beaugrand s'enrôle dans l'armée française au Mexique et prend part aux combats en 1866. Une porte s'ouvre finalement à lui dans la milice canadienne. Il connaît bien ce secteur, plusieurs des membres de sa famille en ayant fait partie. Il s'inscrit à l'École militaire de Montréal à la fin juin ou au début . Admis comme soldat, il en sortira le avec un certificat lui permettant de commander un bataillon. Il sera ensuite intégré à une compagnie du régiment, les Chasseurs canadiens, seul corps militaire francophone à Montréal. Les lacunes sur le plan de l'organisation ainsi que l'absence de défi exaltant le lassent assez rapidement de cette carrière. À cette étape de sa vie, le jeune Beaugrand se cherche avant tout « un champ de bataille ».

Au Mexique avec Maximilien C'est plus au sud qu'il le trouvera. Beaugrand part pour le Mexique au début d', où il rejoint les forces militaires françaises placées sous le commandement du général Bazaine qui soutiennent l'empereur Maximilien. Pour le francophile qu'il est, rejoindre ce corps d'armée, c'est se battre pour la France. À Mexico, il sera accepté dans l'armée française comme soldat. Il montera par la suite rapidement en grade. Dès l'année suivante, Beaugrand est promu maréchal des logis dans la compagnie montée de la contre-guérilla, une unité réputée pour ses méthodes particulièrement brutales. On sait ensuite peu de choses des combats auxquels il a pris part. Après que Napoléon III ait finalement décidé de se désengager de ce terrain, il se rend en France avec les détachements français envoyés au Mexique et débarque à Toulon en février ou en . C'est la première fois qu'il met les pieds en France.

Découverte de la France Beaugrand séjourne neuf mois en France. On sait peu de choses de cette période si ce n'est qu'il fréquente les salons, participe à la vie culturelle et élargit ses idées sociales et politiques. Selon le père Louis Le Jeune, il y aurait fait ses débuts dans le journalisme. Il y a également une hypothèse voulant qu'il aurait pu être matelot en Angleterre ou mousse à bord d'un vapeur transatlantique. Pour Warren, « [c]es informations sont discutables, bien que plausibles, au vu de ses expériences sur les navires de son père. »

thumb|left|Henri Julien, La Chasse-galerie, 1906, musée national des beaux-arts du Québec.

La Nouvelle-Orléans et le Mexique

La Nouvelle-Orléans De retour en Amérique en , il choisit de s'établir aux États-Unis. Il aurait habité peu de temps à New York, où il aurait été employé comme commis. Ensuite, en 1868 et 1869, il séjourne quelques mois à La Nouvelle-Orléans. Il affirme y avoir exercé le métier de pelleteur de charbon, mais les sources indiquent qu'il y apprend les rudiments du métier de journaliste. Il aurait ainsi été employé à La Renaissance louisianaise ou à L'Abeille, deux publications francophones de La Nouvelle-Orléans.

Retour au Mexique Après ce séjour de quelques mois à La Nouvelle-Orléans, Beaugrand reprend la route. En 1869, il est de retour au Mexique. Il y sera comptable-interprète au sein de la Compagnie du chemin de fer mexicain.

En Floride, dans la marine américaine Puis, en , il s'enrôle dans la marine américaine et est stationné à la base navale de Pensacola, au nord-ouest de la Floride, à proximité de Mobile et de La Nouvelle-Orléans. En août, il obtient le grade de caporal et, le de la même année, il est promu sergent. La mission des compagnies d'infanterie et d'artillerie dont il fait partie est de maintenir l'ordre parmi la population civile autour des bases navales de Pensacola, Key West et Dry Tortugas. Cette affectation routinière ne le satisfaisant pas, Beaugrand quitte la marine vers , soit moins d'un an après s'être engagé.

En Nouvelle-Angleterre

Fondation de L'Écho du Canada À l'automne 1871, Beaugrand s'établit en Nouvelle-Angleterre. Il s'arrête d'abord à Philadelphie, où il exerce la profession de pâtissier. Dès le mois de juillet ou d'août de la même année, il déménage à Fall River, au Massachusetts, où il réside avec son frère Télésphore. La ville, à cette époque, compte français venus de la province de Québec, qui comptent déjà pour 14 % de la population totale. Très vite, il intègre la population franco-américaine, met sur pied des sociétés patriotiques (Association Montcalm en 1874) et culturelles et en fondant des journaux.

Après avoir exercé quelques petits métiers, dont celui de peintre en bâtiments, Beaugrand lance enfin, à l'été 1873, un projet qu'il caressait depuis longtemps : « établir à une feuille hebdomadaire, qui représenterait, ici, les intérêts de nos compatriotes émigrés, et qui travaillerait constamment à disséminer parmi eux les connaissances aujourd'hui si nécessaires à la réussite de toute entreprise ». Le paraît donc le premier numéro de L'Écho du Canada, un hebdomadaire de huit pages. Pour Warren, « le nom choisi trahit l'intention de son directeur […], qui cherche à rapprocher les Canadiens français émigrés de leur famille et de leurs amis restés au pays. » De à , L'Écho du Canada a également une édition à Lowell.

Mariage Le , Honoré épouse Eliza Walker (1854-1934) à l'église méthodiste Saint-Paul de Fall River. Employée dans une filature, elle vient d'un milieu modeste, son père étant gardien de nuit et l'un de ses frères travaillant comme ouvrier dans une manufacture. Elle accouche d'un enfant le , qui décède le même jour.

Vente de L'Écho du Canada et bref retour dans la province de Québec En , Beaugrand accorde une partie de ses parts dans L'Écho du Canada à Charles F. Richards, un imprimeur anglophone de Boston. Le journal déménage dans cette ville mais Beaugrand est de retour à Fall River dès le . Il conserve encore des bureaux à Boston et à Lowell. Le , Beaugrand vend finalement L'Écho du Canada à son ami Louis-G.-H. Archambault et à Henri Boisseau, typographe du journal. Quatre semaines plus tard, ceux-ci le revendent à leur tour. En novembre ou décembre, le journal cesse de paraître.

Après la vente de L'Écho du Canada, Beaugrand est de retour dans la province de Québec pour l'été. Il devient administrateur-gérant au Bien public et pourra, si cela est nécessaire, agir comme rédacteur. Il est également rédacteur au Courrier de Montréal, édition hebdomadaire du Bien public, dirigé par Laurent-Olivier David et Cléophas Beausoleil.

Fondation de La République À l'automne 1875, il retourne aux États-Unis. Il s'y rend d'abord comme membre de la commission canadienne à l'Exposition universelle internationale des beaux-arts, de l'industrie, des produits du sol et des mines de Philadelphie. Une fois sa mission complétée, il ne retourne pas à Montréal. Warren affirme que c'est l'occasion pour lui de « mettre à exécution le projet qu'il caress[e] depuis si longtemps : créer aux États-Unis un journal français qui, rédigé par un Canadien, pourrait se maintenir dans une position honorable ». Le , La République, un hebdomadaire grand format de 32 colonnes tiré à , est lancé. On y trouve de l'actualité, des faits divers mais aussi des historiettes et des blagues.

Il y précise ses opinions politiques et religieuses. Beaugrand se dit, en réponse au journal adversaire Le Protecteur canadien : « franc-maçon très avancé », « libéral très avancé », « admirateur enthousiaste des principes de la Révolution française et partisan de la déclaration des droits de l'homme ». Ce déiste anticlérical affirme pratiquer « ce que bon nous semble, la constitution américaine ne reconnaissant pas de religion d'État ». Pour son biographe : « La radicalisation de Beaugrand depuis son départ pour le Mexique, plus de dix ans auparavant, est tangible. De catholique respectueux dans L'Écho du Canada, il est devenu indépendant d'esprit en passant au Bien public et est désormais républicain à la française dans La République. Il n'a peut-être pas changé, étant resté attaché depuis sa jeunesse à l'école de Louis-Joseph Papineau, le grand tribun annexionniste et libre-penseur, mais il est certain qu'il voile moins ses opinions que par le passé. »En , Beaugrand relocalise son entreprise à Lowell afin, probablement, de faire le plein d'abonnés dans une agglomération qui n'a pas encore d'organe de presse de langue française. Ce séjour est bref, car le journal est à nouveau publié à Fall River le . Sa situation ayant toujours été précaire, La République doit cesser de paraître après son édition du . Mais, le , elle renaît, cette fois à Saint Louis, au Missouri, où s'établit pour quelque temps Beaugrand. À l'été 1877, le journal, qui n'a réussi à convaincre que 400 abonnés, doit mettre la clé sous la porte. Mais il ressurgit quelques mois plus tard, le , à Fall River avant de disparaître définitivement le .

Débuts d'écrivain vignette|Honoré Beaugrand fait paraître Jeanne la fileuse en 1878.