En français, les Grecs ou Hellènes sont : selon la constitution grecque, le droit du sol et le droit international, les citoyens de la Grèce et eux seuls, quelles que soient leurs langues, origines et traditions culturellesΤexte traduit en français de la constitution grecque, sur le site du parlement grec (révision de 2008). Le code grec de la nationalité ne prend pas en compte l’origine ethnique des citoyens et considère, comme en France, qu’il n’existe qu’une seule et indivisible Έλληνική εθνικί κοινωνία - helleniki ethniki koinonia » : la nation grecque moderne. Seules en sont exclues, en raison et en application du Traité de Lausanne (1923), les populations musulmanes de Thrace occidentale, considérées selon ce traité comme turques quelles que soient leurs langues et origines. Il est donc difficile de chiffrer l’effectif des minorités ethniques de Grèce, car aucun recensement linguistique n’a été fait depuis 1951. ; selon la définition ethnique, le droit du sang et l'appartenance linguistique et culturelle, le groupe ethnique héllénique qui s'auto-désigne en grec comme Έλληνες soit ’Éllines, et qui vit principalement en Grèce, à Chypre, au sud de l'Albanie, en Italie et dans la diaspora.
Démographie
La population hellénophone s'est développée et diffusée surtout dans les pays du pourtour de la mer Méditerranée mais il existe aussi une diaspora grecque notable dans de nombreux pays du monde ; outre la langue grecque, un second élément identitaire peut être l'appartenance au christianisme orthodoxe sous juridiction des patriarches de langue liturgique grecque d'Athènes, de Constantinople, de Nicosie ou d'Antioche qui ont à travers le monde des paroisses dont les registres permettent d'estimer les communautés helléniques de la diaspora lorsque leurs membres ont pris la nationalité des pays où ils résidentDimitris Tziovas, Diaspora grecque et migration depuis 1700 : Société, politique et culture, Ashgate Publ., Farnham, Royaume-Uni 2009. ou ont des patronymes sans consonances grecquesGeorges Anagnostou, Contours de l'ethnicité blanche, ethnographie populaire et la fabrication des passés utilisables en Amérique grecque, Ohio University Press, Athens, Ohio 2009, ..
Géographie historique Depuis l'Antiquité, des colonies et des communautés grecques se sont établies sur les rives des mers Méditerranée (Mésogée en grec) et Noire (Pont euxin en grec) mais le peuple grec a toujours été centré entre la mer Égée et la mer Ionienne où le grec est parlé depuis l'âge du bronze. Jusqu'au début du , les Grecs étaient dispersés entre la Péninsule grecque, l'ouest et les côtes de l'Anatolie (« Micrasiates »), les bords de la mer Noire (« Pontiques »), l'Égypte, Chypre et Constantinople.
De nos jours, la grande majorité des Grecs vivent en Grèce et sur 63% de l'île de Chypre. La présence grecque, remontant à plus de deux millénaires, est devenue insignifiante au en Asie mineure lors du génocide grec pontique et par l'échange de population entre la Grèce et la Turquie dans les années 1920, dans le sud de la Russie, de l'Ukraine (Grecs d'Ukraine) et dans le Caucase (Grecs du Caucase) à la suite des déportations staliniennes vers l'Asie centrale dans les années 1950, à Constantinople depuis le pogrom anti-grec de 1955, à Alexandrie depuis le Nassérisme panarabe des années 1960 et dans le nord de Chypre depuis la partition de l'île en 1974. En revanche, on peut encore trouver des communautés grecques anciennes en Albanie (Épire du Nord) et dans le Sud de l'Italie (Grikos, notamment en Calabre et en Sicile).
Histoire
Dans l'Antiquité, il n'y a pas vraiment à proprement parler de civilisation ou de nation grecque. Différentes peuplades comme les Minoens (2700 à 1200 av. JC) - principalement en Crète, Santorin et dans les îles de la mer Egée-, puis les Mycéniens (1650 à 1100 av. JC) - principalement en Grèce continentale, puis aussi dans les îles de la mer Egée, qui semblent parler grec et partager certaines divinités dominent la Grèce et la mer Egée.
Plus tard, dans l'Antiquité classique, la Grèce sera principalement formée de différentes Cités-Etat indépendantes, les principales étant Athènes, Thèbes et Sparte. Ces Cités-Etat partagent toute le grec comme langue commune (par oppositions aux "barbares" qui communiquent dans d'autres langues), les divinités grecques au niveau religieux et une culture commune (principalement l'Iliade et l'Odyssée d'Homère, mais aussi les proverbes des Sept Sages de l'Antiquité, la pratique de la tragédie et de la comédie et les textes associés qui circulent, etc.). Différents sites religieux permettent de leur donner un sens d'unité (le temple d'Apollon à Delphes, le temple de Zeus Olympien à Olympie, le temple d'Asclépios à Epidaure, etc.). Cette unité peut aussi s'exprimer par des rites et des célébrations communes comme les Jeux Olympiques qui réunissent toutes ces cités tous les 4 ans à Olympie. Ces Cité-Etats commercent et échangent entre elles et l'ennemi commun incarné par l'Empire Perse va régulièrement les amener à s'allier entre elles. Par ailleurs, les oeuvres et les penseurs voyagent souvent de l'une à l'autre. Xénophon, issu d'Athènes, ira par exemple vivre à Sparte quelque temps. Platon ira vivre à la cour du dictateur Dion de Syracuse en Sicile quelque temps. Cependant, ces Cité-Etats se font aussi régulièrement la guerre. Elles ne partagent pas du tout le même schéma politique entre elles et parfois le régime politique change même au cours du temps (dictature, démocratie, oligarchie, gérousie à Sparte, royauté, etc.). Le Grec, par opposition au barbare qui parle une autre langue, s'identifie ainsi principalement par sa langue, mais il n'y a pas de nation grecque ou d'identité grecque bien définie. Les macédoniens sont ainsi parfois considérés comme des barbares par des Athéniens comme Aristote ou Démosthène alors même qu'ils parlaient un dialecte grec, le macédonien ancien, et partageaient les divinités olympiennes, alors que d'autres les considèrent comme pleinement grecs.
L'invasion des Cités-Etat par l'empire macédonien de Philippe II (359-336 av.JC) puis de son fils Alexandre le Grand (336-323 av. JC) va changer la donne. En regroupant l'ensemble du monde grec sous la même bannière, ils vont créer pour la première fois une nation unie qui va s'étendre et conquérir de nouveaux territoires où la langue et la culture grecques vont s'installer, parfois très durablement.
Cependant, cet empire ne survivra pas à la mort d'Alexandre le Grand en 323 av. JC. Son royaume va se diviser entre ses successeurs pour donner lieu aux royaumes des diadoques. Ceux-ci vont à nouveau guerroyer entre eux. De plus, les royaumes conquis (Egypte, Perse, etc.) étant formés de peuples très disparates, un brassage va avoir lieu pour créer autant d'identités spécifiques dans chacun des royaumes, allant chacune avec une langue, des divinités et des habitudes différentes, mais toutes subissant en partie une influence grecque (la Bactriane va ainsi amener à un mélange indo-grecque, le Royaume de Ptolémée à un mélange égypto-grec, etc.).
Plus tard, l'invasion progressive de la Grèce par les Romains entre 143 av. JC et 30 av. JC va incorporer les Grecs à l'empire Romain (voir Grèce romaine). La culture grecque y a tant de succès que les élites romaines se mettent progressivement à parler grec. Les philosophes de l'antiquité grec y sont copiés et lus. Les écoles de philosophie d'Athènes sont maintenues et ont énormément de succès. A titre anecdotique, Jules César aurait été formé à l'éloquence par le célèbre rhéteur grec Molon de Rhodes et aurait proféré ses derniers mots "Toi aussi mon fils" à Brutus en grec en disant non pas "Tu quoque mi fili" mais "Καὶ σὺ τέκνον" car comme beaucouo d'élites romaines, sa famille favorisait le grec ancien plutôt que le latin. A partir d'un certain niveau d'expansion, l'empire romain se divise entre sa partie ouest parlant majoritairement latin et la partie est parlant majoritairement le grec. A la disparition de l'empire romain d'Occident en 476 ap. JC, seule l'Empire Romain d'Orient survit. La capitale de cet empire n'est plus Rome depuis 330 ap. JC, mais Constantinople, fondée par Constantin Ier, qui en fait la deuxième Rome pour que le centre de l'empire romain (à l'époque unifié entre Occident et Orient) donne un meilleur accès à l'empereur aux épicentres des guerres, surtout à l'est avec les Perses. L'empire romain d'orient étant majoritairement constitué de locuteurs grecs, le latin va se perdre petit à petit au fil des siècles et des réformes. S'il se maintient d'abord comme langue officielle des actes juridiques, Justinien Ier, qui règne de 527 à 565 et est paradoxalement connu comme étant le dernier empereur romain à avoir le latin comme langue maternelle, va être le premier à écrire ses codes de lois en grec pour qu'ils soient plus facilement accessibles à l'ensemble de ses sujets. Par cet acte, le latin cesse ainsi d'être langue officielle de l'état. Il va progressivement être abandonné à partir du VIIe siècle de sorte que seul le grec perdure comme langue officielle des élites régnantes. Cependant, pendant toute la période de leur existence, l'Empire Romain et l'Empire Romain d'Orient englobent une vaste superficie de territoires, de peuples et de langues (voir langues de l'Empire byzantin), de sorte que là encore, il n'y a pas vraiment d'identité grecque à proprement parler en dehors du fait de parler grec. La majorité des habitants de l'empire, en dehors des juifs et des musulmans, est chrétienne ce qui n'en fait pas vraiment un critère d'identité. Les habitants de l'empire se considèrent d'ailleurs comme des Ρωμιοί (terme intraduisible qui permet de distinguer Ρωμαίοι=Romains de Rome et Ρωμιοί=Romains de l'Empire Romain), terme encore employé aujourd'hui par les minorités grecques vivant en Türquie et héritières de ce passé. Paradoxalement, c'est les interlocuteurs latins de l'Empire Romain d'Orient qui vont dénommer ceux-ci comme des Grecs. Cette dénomination n'est pas neutre car, de l'empire franc carolingien bâti par Charlemagne à l'Empire Germanique, nombreux sont les prétendants désirant reprendre le titre d'empereur et de romain au cours de l'histoire. Le diplomate Liutprand de Crémone, en visite auprès de l'empereur romain Nicéphore II Phocas (963-969) en 968 pour le compte de l'empereur germanique Otton Ier, doit apaiser ses interlocuteurs romains vexés que le pape Jean XIII, mis sur le trône papal par Otton Ier, ait désigné l'empereur Nicéphore II dans sa lettre comme "empereur des Grecs" et non des Romains. Liutprand justifie cette appellation en disant que "puisque vous avez changé de langue, de mœurs et d’habits, le très saint pape a pensé que le nom de Romain vous déplaisait autant que leurs habits". Ainsi, les populations de l'empire romain d'orient ne se considèrent pas vraiment comme Grecs, mais plutôt comme des membres de l'Empire Romain, c'est-à-dire des Romains, dont certains, et surtout les élites, parlent le grec.
Les seldjoukides musulmans qui ont envahi les anciennes terres de l'empire romain d'Orient baptiseront d'ailleurs le territoire conquis le sultanat de Roum et les anciens sujets de l'empire romain d'orient sont généralement affublés du nom de roumélites, en référence à l'empire romain, et non de grecs. Partant de la vision basée sur la religion plus que sur aucun critère d'origine ou de race, les conquérants vont d'ailleurs réunir tous les chrétiens sous leur contrôle dans un seul millet qui sera dirigé par le Patriarche de Constantinople, dont la nomination est soumise à l'approbation du sultan. En d'autres termes, sous l'occupation, les conquis sont avant tout définis par leur religion chrétienne ou musulmane plus que par leur langue ou leur origine.