Les Almohades (en , en , littéralement en arabe « qui proclame l’unité divine ») sont un mouvement religieux berbère qui se structure ensuite en organisation politique. En 1147, après la capture de Marrakech, il devient un califat berbère qui supplante la dynastie almoravide et qui gouverne le Maghreb et Al-Andalus jusqu'en 1269.

Face au rigorisme malikisme imposé par les almoravides, Ibn Tûmart développe une doctrine réaffirmant le tawhid. Il fédère les tribus Masmouda du Haut-Atlas marocain et s'autoproclame mahdi en 1121. Constitué en État après la prise de Tinmel en 1123, les Almoravides tentent de reprendre la ville mais subissent une défaite. Le mouvement Almohade assiège alors Marrakech vers 1128, mais est repoussé à la bataille d'Al-Buhayra. Le décès d'Ibn Tûmart vers 1130 suspend l'émergence du mouvement jusqu'à ce qu'Abd al-Mumin soit effectivement accepté comme successeur.

En 1147, Marrakech est conquise et Abd al-Mumin devient calife. Il instaure un pouvoir héréditaire et consolide sa position dans l'armée et l'organisation almohade en s'appuyant sur sa tribu, les Koumya zénètes de la région de Nedroma, et sur les Arabes hilaliens qu'il intègre dans l'armée régulière. Sous son règne, les Almohades renversent les Almoravides puis conquièrent le Maghreb central hammadide, l'Ifriqiya (alors morcelée depuis la chute des Zirides) et les Taïfas. Le Maghreb et l'Al-Andalus sont ainsi entièrement sous domination almohade à partir de 1172.

À la suite de la bataille de Las Navas de Tolosa en 1212, les Almohades sont affaiblis et leur empire se morcelle au profit des rois des Taïfas en Al-Andalus, des Zianides au Maghreb central et des Hafsides en Ifriqiya ; il voit l'émergence des Mérinides au Maghreb al-Aqsa qui prennent Fès en 1244. Les Almohades, qui doivent désormais payer tribut aux Mérinides et ne contrôlent plus que la région de Marrakech, sont finalement éliminés par ces derniers en 1269.

Historiographie L'historiographie de l'origine du mouvement et d'Ibn Tûmart repose sur un corpus de sources dont la fiabilité est sujette à caution, en raison d’un fort enchevêtrement entre récit historique et construction idéologique du mouvement almohade. Les sources les plus proches chronologiquement abordent principalement la vie d'Abd al-Mumin et n'intègrent le récit d'Ibn Tûmart que dans un objectif de légitimation du jeune califat. Al-Baydhaq, son premier disciple, est également l'auteur de la principale chronique à son égard. La doctrine almohade, attribuée à Ibn Tûmart, n'est connue que par une copie tardive de 1183 et certains passages pourraient avoir fait l'objet de remaniements afin de servir d'outil de propagande hostile aux Almoravides ou en faveur du nouveau credo almohade. Enfin, les sources les plus anciennes qui dominent sont arabes et marginalisent la spécificité du contexte berbère. Ces textes sont de plus généralement étudiés au travers de traductions françaises du et de travaux du début du rédigés dans un contexte colonial ou postcolonial.

D'autres textes permettent de retracer l'histoire almohade, comme le al-Mu'jib d'Abdelwahid al-Marrakushi qui tend à dépeindre le caractère héroïque de la doctrine almohade, ou encore les documents rédigés par Ibn al-Qattan, un intellectuel de Fès, qui décrit l'organisation hiérarchique et tribale des débuts du mouvement almohade. Ces sources intègrent des citations berbères translittérée en arabe, une pratique qui s'observe encore par la suite dans les sources produites sous les Mérinides.

À partir du , les documents comme ceux d'Ibn Khaldoun prennent la forme d'un mythe fondateur berbère et tend à démontrer que l'historiographie et la doctrine almohade subit des manipulations tardives. Le récit relatif à Ibn Tumart et celui de sa doctrine adoptent un narratif mystique visant à légitimer les conquêtes de son successeur en al-Andalus.

L’historiographie contemporaine souligne également la difficulté à définir de façon stable ce qu’est l'almohadisme, tant celui-ci résulte d’une évolution doctrinale continue. En Algérie, dans le contexte précurseur de la guerre d'Algérie, Ibn Tumart endosse la figure du combat militaire et indépendantiste. Il est également remodelé comme l'ancêtre des wahhabites et des Frères musulmans. Cette image ressurgit dans les années 1990, instrumentalisée par l'État au sortir de la décennie noire. Son image revêt également une grande importance dans la valorisation de l'identité et de l'indépendance marocaine. Dans les années 2000, des groupes islamistes gravitant autour d'Abou Moussab Al-Zarqaoui exploitent le récit fondateur almohate pour justifier leurs actions, assimilant le mouvement almohade à un groupe fondamentaliste sunnite et djihadiste, facilitant des rapprochements anachroniques et une instrumentalisation de l'Histoire.

Histoire

Contexte Les parallèles de la fondation du mouvement almohade et du mouvement almoravides sont fréquemment évoqué et soulèvent surtout la question du mythe fondateur reprenant les codes d'une épopée prophétique. Cependant, plusieurs éléments contextuels divergent. Chez les almoravides, le fondateur Abdellah ben Yassin ne laisse aucun écrit tandis qu'Ibn Tûmart se distingue par une formation religieuse en Orient et une production littéraire. L'un est issu des nomades du Sahara, l'autre est issu des sédentaires du Haut Atlas. Enfin, le contexte régional est également très différent puisqu'à l'inverse des almoravide où l'hégémonie musulmane est présente, le mouvement almohade apparait dans un contexte de recul de l'islam.

En effet, la reconquista progresse dans la péninsule ibérique, reprenant les villes de Lisbonne, Almería et Tortose. De l'autre côté de la Méditerranée, les croisades permettent au royaume de Jérusalem de s'implanter au Moyen-Orient. En Ifriqiya, le recul est également important avec la fondation du royaume de Sicile qui s'empare de plusieurs villes comme Djerba, Mahdia, Tripoli, Sousse, Gabès et Annaba.

Au Maghreb, la situation religieuse sous la dynastie almoravide est l'adoption d'un malikisme rigoriste et l'étude des fondements de la loi religieuse est progressivement écartée au profits de l'application de traités juridiques. Les voies discordantes y sont persécutées et les tentatives de réflexions sont étouffées, prônant un immobilisme religieux. Ce contexte suscite des réactions hostiles considérant que les juristes n'étaient plus dignes d'être des hommes de religion.

Fondation du mouvement almohade

vignette|231x231px|Mosquée de Tinmel dans le Haut Atlas marocain, fief des AlmohadesP. Ricard, « Notes sur la mosquée de Tinmal », Hespéris, 1923, J. Benslimane, Ch. Ewert, A. Touri & J. P. Wisshak, « Tinmel. Fouilles de la mosquée almohade », Bulletin d’Archéologie Marocaine, XIV, 1981-1982, H. TRIKI, J. Hassar Benslimane & A. Touri, photos de Ch. Lignon, Tinmel, l’épopée almohade, Milan (Fondation ONA), 1992. Le mouvement almohade est fondé dans le Haut Atlas dans l'actuel Maroc au début du par Muhammad Ibn Toumert, un réformateur de l’Anti-Atlas d'origine berbère de la tribu des Hargha de la branche des Masmoudas. S’opposant au rite malikite pratiqué par les Almoravides, Ibn Toumert prêche le retour aux sources religieuses de l’islam ; formé en Orient et influencé par le chiisme et par les idées de Al-Ghazali, il reproche à ceux-ci d’avoir délaissé l’étude du Coran pour un juridisme excessif ; il dénonce également leur conception anthropomorphe de Dieu, contraire au principe fondamental de l’unité divine (ou tawhid, « unité divine »). Sa véritable originalité fut dans la méthode de diffusion de sa doctrine plus que dans son contenu lui-même. Son livre Aazou ma youtlab (le meilleur qu'on puisse chercher), constitua la référence expliquant sa doctrine. À Mallala, petite localité de la banlieue de Béjaïa, il élabore sa doctrine au contact de ses étudiants, auxquels il précise le but de sa mission, voir Almohadisme. C'est dans ce village qu'il rencontre un jeune homme de la tribu berbère zénète des Koumya : Abd al-Mumin, le futur calife almohadeAlmohades, Encyclopédie Larousse.

Ibn Tûmart s’oppose fermement aux Almoravides, qu’il accuse d’hérésie et de déviation religieuse. Il leur reproche une dépendance excessive au formalisme juridique et à l’autorité des textes, au détriment de la pratique continue. Accusé d'avoir fomenté une rébellion, l'émir almoravide décide de l'expulser de Marrakech et Ibn Toumert se réfugie dans les montagnes du Haut Atlas. Il y organise une communauté militaire et religieuse autour d’un islam austère et rigide et, en 1121, se proclame mahdi (le bien guidé, sauveur attendu par les musulmans, c'est un homme providentiel qui selon les sunnites devra combattre le Dajjāl (« l'imposteur »)Au sens de « l'Antéchrist » chez les chrétiens. et précéder la venue de Jésus-Christ ou ʿĪsā)..

Suivant les préceptes de leur secte, les Almohades mettent en place un système socio-politique et théocratique complexe et strictement hiérarchisé. Le calife n'est pas uniquement un souverain temporel, mais également le dépositaire d'un pouvoir sacralisé qui en fait un Mahdi et un Imam ma'ssoum (infaillible). Le Tawhid est considéré comme l'aboutissement ultime de l'islam, et à ce titre l'Empire almohade est érigé en terre sanctifiée de laquelle est proscrite la dhimma, et donc réservée exclusivement aux musulmans, parmi lesquels les adeptes du mouvement almohade obtiennent tous les pouvoirs par le système du tamyiz.. Les nouvelles élites dirigeantes du califat bénéficient d'un programme complet, physique, militaire et intellectuel, vraisemblablement inspiré du Livre V de La République de Platon, et destiné à forger l'archétype d'un homme nouveau capable d'accomplir la doctrine du Tawhid et d'être le fer de lance de la lignée d'Abd El Moumenhttps://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01440043/document. Ces élites prennent le nom de talaba, et obéissent au Conseil des Cinquante, lui-même soumis au Conseil des Dix qui constitue l'entourage direct de l'Imam-calife et le noyau dur de la secte.. vignette|Emplacements approximatifs des tribus berbères (en mauve) rejoignant le mouvement Almohade. En 1123, après la prise de Tinmel, Ibn Tûmart réaffirme le dogme de l'unicité divine (tawhid) afin de s'autoproclamer mahdi et « imam infaillible », et déclare la guerre sainte (djihad) contre les AlmoravidesLa notion d'impeccabilité est attribuée aux imams dans la tradition chiite, spécialement le chiisme imamite duodécimain. Elle est associée à la notion d'infaillibilité, ces deux qualités constituant la 'isma (selon Dominique et Janine Sourdel, Dictionnaire historique de l'Islam, éd. Presses Universitaires de France, 1996, , page 411.. Il organise la communauté almohade selon la doctrine almohade et crée un État montagnard disposant d'une armée dont l'objectif est de répandre la doctrine. Il fédère les tribus et établit une hiérarchie pyramidale. Du sommet à la base se trouvent le Conseil des Dix, puis des Cinquante, des talaba, des huffaz, et du reste de la population : la totalité (al-kaffa), c'est-à-dire la masse des partisans structurés en tribus.

Afin de contrecarrer ce mouvement, les Almoravides attaquent Tinmel. Leur défaite les force à se replier à Marrakech qui est assiégée, mais ils sont repoussés après la bataille d'Al-Buhayra... En , Ibn Tûmart meurt. Bien que son hagiographie indique qu'un successeur est désigné, le pouvoir revient d'abord au Conseil des Dix et il faut deux ans avant qu'Abd al-Mumin ne soit désigné comme souverain.

Instauration de l'Empire

Unification du Maghreb