Magdala est le nom d'une ancienne ville de Galilée située sur la rive ouest du lac de Tibériade en Israël. Dans les sources antiques, elle est désignée sous le nom grec de Tarichée. Dans la littérature rabbinique, elle apparaît visiblement sous les noms araméens de Migdal Nunaya et Migdal Sabaya. La ville est fondée vers la fin du par les Hasmonéens. Elle devient une capitale régionale prospère pendant la période romaine avant d'être éclipsée par Tibériade. Un monastère y est fondé pendant la période byzantine. Elle n'est occupée que sporadiquement pendant le Moyen Âge. Au , le site de la ville est identifié au petit village d'Al-Majdal. Le site archéologique est situé à proximité de la localité de Migdal.
La tradition chrétienne associe à cette ville le personnage de Marie la Magdaléenne (). Magdala n'est pas mentionnée dans le Nouveau Testament, mais la forme adjectivale magdalēnē qui caractérise Marie se rapporte vraisemblablement à la ville de Magdala.
Identification Magdala Magdala est un terme araméen qui désigne une construction en forme de tour (). C'est un nom répandu pour des sites en Israël. Dans le Pentateuque, le terme apparenté migdol (tour) apparaît 37 fois en tant que substantifJoffrey Seguin, Le Migdol - Du Proche-Orient à l'Égypte, 2007, PU Paris-Sorbonne, collection Les institutions dans l'Égypte, .. À Magdala, ce nom désignait sans doute à l'origine une tour associée au port et dont le nom a pu survivre même après la disparation de la tour.
Tarichée La ville de Tarichée au bord du lac de Tibériade est mentionnée à plusieurs reprises par Flavius Josèphe qui y a lui-même établi son quartier général lors de la première guerre judéo-romaine (Vita, Guerre des Juifs)Flavius Josèphe, Vita XXVII, 132.. En grec, Tarichée ( ou ) dérive du verbe conserver et s'applique à des aliments ayant subi un traitement pour leur conservation. Il désigne en particulier des poissons salés. Ce nom indique que la ville devait être un important centre de pêche et de conditionnement du poisson. Le nom de Tarichée apparaît également dans les œuvres de Strabon, de Pline l'Ancien et de SuétoneUzi Leibner, Settlement and History in Hellenistic, Roman and Byzantine Galilee, An Archaeological Survey of the Eastern Galilee, 2009, .. Pline l'Ancien indique que la mer de Galilée se nommait aussi « mer de Tarichée » ce qui atteste l'importance de cette ville. Josèphe ne donne pas de nom sémitique à la ville, cependant la plupart des chercheurs l'identifie à Magdala à la suite d'Albright.
L'identification de Tarichée au site de l'actuelle Magdala est parfois mise en question car sa localisation chez les auteurs romains ne correspond pas exactement au site de Magdala. Dans son autobiographie, Josèphe situe Tarichée à 30 stades de Tibériade, soit mais ne précise pas si la ville est au nord ou au sud de Tibériade. Pline place lui Tarichée au sud du lac de TibériadePline l'Ancien, Histoire naturelle 5.15. ce qui conduit des archéologues à situer Magdala/Tarichée dans les environs de Tel Bet Yerah (Khirbet Kerak). Josèphe indique par contre que Tarichée est au pied d'une montagneFlavius Josèphe, Guerre des Juifs III 10.1 §462, ce qui correspond au site de Magdala situé au pied du mont Arbel mais pas à Tel Bet Yerah ...
Migdal Nunaya et Migdal Sabaya La littérature rabbinique connaît deux Magdala en Galilée : Migdal Nunaya ( « la tour du Poisson »)TB Pessahim 46a et Migdal Sabaya ( « la Tour des Teinturiers »)Stuart S. Miller, Sages and Commoners in Late Antique ʼEreẓ Israel, .. Magdala est généralement identifiée à la Migdal Nunaya du Talmud de Babylone. Les chercheurs proposent de rapprocher le nom araméen de Migdal Nunaya (« la tour des Poissons ») de celui de Tarichée, « poissons salés ». Dans la littérature rabbinique, on trouve aussi la forme qui correspond peut-être à une prononciation locale. Le Talmud de Jérusalem mentionne lui Migdal Sabaya. Certains chercheurs proposent d'y voir une seule et même ville, voir différents quartiers dans la même ville. D'autres estiment qu'il s'agit des deux villes différentes. Les fouilles archéologiques, qui ont mis au jour sur le site de Magdala la seule grande ville à l’ouest du lac de Tibériade en dehors de Tibériade elle-même, rendent plausible l’identification de la Tarichée des sources gréco-latines à la Migdal Nunaya de la littérature rabbinique.
Marie Madeleine Le rapport entre la ville de Magdala et la disciple de Jésus appelée Marie la magdaléenne (Μαρία ἡ Μαγδαληνή) n'est pas clair. Chacun des quatre évangiles fait référence à une disciple de Jésus nommée Marie Madeleine, Marie de Magdala, sans jamais préciser si Magdala est son lieu de naissance ou de résidence. La qualification de Magdala comme lieu de naissance de Marie Madeleine n'est pas attestée avant le . Du au , des sources chrétiennes signalent à Magdala une église dédiée à la sainte, qui aurait également été sa maison. Des témoins plus tardifs ne font mention d'aucune église. Parmi les évangiles, seul celui de Mathieu donne une indication géographique de la ville. Si la tradition chrétienne a retenu la graphie Magdala, les manuscrits des évangiles les plus anciens donnent Magadan. Tandis que certains érudits confondent les deux villes d'autres les distinguent. Magadan pourrait être le même lieu que Magdala, car des manuscrits plus récents mettent en Matthieu 15:39 “Magdala” à la place de “Magadan”. On ne connaît aujourd’hui aucun endroit appelé Magadan dans les environs de la mer de Galilée. Marc (8:10) appela le même territoire “Dalmanoutha”. Peut-être Dalmanoutha était-il simplement un autre nom de Magdala, à moins que ce ne fût un endroit proche dont le nom, bien que peu utilisé ou peu connu, a néanmoins été préservé dans l’Évangile de Marc.
Redécouverte et fouilles Des fouilles archéologiques ont été réalisées par des franciscains sur le site en 1971 et en 1975. Elles ont mis au jour des bâtiments publics datant de l'époque romaine et byzantine du au . Lors des fouilles ultérieures, on a découvert les restes d'un port antiqueAncient harbors and anchorages sur le site de l'Autorité des antiquités d'Israël. doté d'une des plus longues digues du lac ainsi qu'une construction qui pourrait avoir été un phareThe ‘Rock of Ants’ structure sur le site de l'Autorité des antiquités d'Israël.. Un bateau fut aussi découvert en 1986 ; il est aujourd’hui exposé dans le kibboutz Guinossar. En 2009, des archéologues israéliens ont mis au jour une synagogue datant de la période du Second Temple. C'est une découverte exceptionnelle : on n'a retrouvé que six autres synagogues de cette époqueOne of the Oldest Synagogues in the World was Exposed at Migdal sur le site de l'Autorité des antiquités d'Israël.
Histoire La ville connait trois périodes principales d’occupation : une période hellénistique (), une période romaine () et une période byzantine (). Elle est fondée vers la fin du par les souverains Hasmonéens. C'est la plus grande agglomération urbaine autour du lac avant la fondation de Tibériade au de notre ère.Tsafrir, Di Segni, Green, Tabula in Imperii Romani. Iuadea-Palaestina: Eretz-Israel in the Hellenistic Roman Byzantine Periods: Maps and Gazetteer, .. Elle occupe une position stratégique le long de la route qui longe le lac de Tibériade, au pied du mont Arbel. L'activité principale de la ville semble liée à la pêche et au conditionnement du poisson. Des bassins découverts au nord, au sud et à l’est du site témoignent des activités liées à l’exploitation du poisson. Cette activité s’accompagne d’un travail du bois pour fabriquer des bateaux. La culture de l’acacia pour fournir du bois de construction est évoquée dans la littérature rabbinique des Bereshit Rabba 94.3; TJ Pessahim 4, 30d.. La position de Magdala le long des routes commerciales lui permettait sans doute d’exporter sa production vers la Décapole à l’est et vers les villes de la cote syrienne à l’ouest.
La première mention d'évènements historiques liés à la ville se trouve chez Flavius Josèphe lorsqu'il décrit des épisodes de la guerre entre les Parthes et les Romains en Palestine. Selon Josèphe, Cassius s’empare de Tarichée lors de sa première administration de la Syrie (52-51 av. J.-C.) à son retour après la bataille de CarrhesAntiquités juives XIV §63.. Le nombre élevé, même s'il est sans doute exagéré, de prisonniers juifs capturés à Tarichée indique qu'il s'agit d'une importante ville juive. Cassius y retourne en 43 av. J.-C. d'où il adresse une lettre à Cicéron depuis son camp de TarichéeCicéron, Epistulae ad familiares XII 11 (ex castris taricheis). En 54 ap. J.-C., Tarichée devient la capitale d'une toparchie, un district régional, rattachée au royaume d'Agrippa IIAntiquités juives XX 8.4 §159.. Son importance décroit à mesure que Tibériade devient la capitale régionale. En 66 ap. J.-C., lors de la première guerre judéo-romaine, Josèphe s'y établit et fait fortifier la ville. Il mentionne la présence d'un hippodrome qu'il faut plutôt envisager comme un champ de course dénué de construction monumentale. Il rapporte une bataille navale en 67 près de la cité à laquelle 230 bateaux de Tarichée prennent part. Vespasien s'en empare entre août et septembre 67. Les Romains profitent sans doute de la baisse du niveau du lac en été pour rentrer dans la ville depuis le lac Guerre des Juifs III §462-497. Les habitants s'enfuient à Tibériade. Une partie des réfugiés est massacrée par les Romains. D'autres sont déportés dans le reste de l'empire, notamment à Corinthe, ou sont vendus comme esclaves Guerre des Juifs 3.10.10 §539–540.. La ville survit à la défaite des Juifs lors de la guerre. Elle continue à être mentionnée dans le Talmud qui indique la présence d'une synagogue aux et mentionne les Sages vivant dans la villeTJ Berakhot 9.3, Meguila 3.1, TB Yoma 1.2.. Elle est sérieusement endommagée lors du tremblement de terre du .
À l’époque byzantine, la ville devient un lieu de pèlerinage chrétien où on peut voir la « maison de Marie Madeleine ». Un monastère est construit. Le site décline ensuite. Au , la religieuse Hygeburg mentionne l'existence d'un village à Magdala en 724 lors du pèlerinage de Willibald d'Eichstätt en Terre Sainte. Pendant la période des Croisades, les témoignages des voyageurs indiquent que la basilique est à l’abandon. Au , un petit village appelée el-Mejdel est établi sur les ruines du monastère par des paysans égyptiens.
Période hellénistique et romaine vignette|Synagogue de Magdala. Au centre, la pierre sculptée découverte dans la synagogue porte des symboles juifs évoquant le Temple de Jérusalem L’ensemble urbain représente une surface de 9 à .. La ville est fondée à la fin du par Aristobule Ier ou Alexandre Jannée. Elle est construite sur une occupation plus ancienne, du . Elle est habitée de manière continue de la fin de la période hellénistique à la fin de la période romaine.