vignette|redresse=1.7|Carte mondiale de la dégradation des sols établie en 2017. Selon le rapport de 2015 de la FAO et l' sur l'« État des ressources du sol dans le monde », un tiers des terres arables de la planète sont plus ou moins menacées de disparaître. Les principales menacesCe rapport identifie d'autres menaces : salinisation et sodification, perte de la biodiversité, contamination, acidification, compaction, inondations, imperméabilisation des sols et occupation des terres. Cf Orgiazzi, A., Bardgett, R.D., Barrios, E., Behan-Pelletier, V., Briones, M.J.I., et al (eds.). 2016. Global Soil Biodiversity Atlas. European Commission, Publications Office of the European Union, Luxembourg qui affectent les sols sont leur érosion (par l'eau, le vent ou le labour)L'érosion emporte de 12 à 15 milliards de tonnes de couche superficielle par hectare et par an, soit 0,8 à 1 mm/an. 11 % des sols en sont victimes et 80 % des surfaces agricoles mondiales sont sujettes à une érosion forte : les taux estimés d'érosion des sols dans les terres arables ou intensivement pâturées sont 100 à fois plus élevés que les taux d'érosion naturelle et nettement supérieurs aux taux de formation des sols. Cf Montgomery, D. 2007. Soil erosion and agricultural sustainability. Proceedings of the National Academy of Sciences 104: 13268- 13272., la perte de carbone organique et les déséquilibres nutritifs liés principalement au changement d'affectation des sols (urbanisation, défrichement), ainsi qu'à l'intensification de l'agriculture et de la déforestation Rapport Status of the World's Soil Resources publié en décembre 2015 à l'occasion de la clôture de l'Année internationale des sols. thumb|Au début du , les carburants issus du pétrole facilitent la motorisation de l'agriculture et sa mécanisation : ici le labour d'un champ de luzerne avec une charrue à disques (opération exigeante en puissance).

L'agriculture intensive, terme utilisé parfois en France comme synonyme d'agriculture dominante ou agriculture conventionnelle., est un système de production agricole fondé sur un accroissement de la production agricole optimisé par rapport à la disponibilité des facteurs de production (moyens humains, matériels et surfaces cultivées). Ce rapport entre volume produit et facteur de production est appelé productivité.

L'agriculture intensive existe dans deux systèmes opposés, l'un traditionnel, l'autre moderne. En système traditionnel, les ressources humaines sont nombreuses, la force animale est souvent employée, la biodiversité est élevée et plusieurs espèces complémentaires sont parfois cultivées ensemble, mais les moyens matériels (et souvent les disponibilités foncières) sont rares : l'intensification agricole y est fondée sur l'investissement humain maximal par rapport aux autres facteurs de production. Les impacts environnementaux sont faibles (agriculture extensive au sens large). En système moderne, la situation est inverse : les moyens humains sont en grande partie remplacés par des machines ou robots, l'intensification requiert des investissements importants et une utilisation accrue d'intrants (engrais, produits phytosanitaires, matériel agricole, énergie). C'est ce deuxième système qui est habituellement désigné par l'appellation « agriculture intensive »Jeanne Grosclaude, Sécurité et risques alimentaires, Volumes 856 à 857, Problèmes politiques et sociaux, La Documentation française, 2001 citation sur le site de la commission de l'éthique de la science et de la technologie. Les caractéristiques (mécanisation, chimisation, standardisation et augmentation de la taille des parcelles)Raccourcissement des rotations culturales, monoculture de variétés à haut rendement qui réduit la diversité des espèces cultivées, apport croissant d'engrais minéraux et de pesticides, motorisation et mécanisation à grande échelle, augmentation des surfaces cultivées en OGM, de la profondeur des labours… de l'intensification de l'agriculture à l’échelle des parcelles et des paysages., expliquent que les impacts environnementaux y sont plus importantsMatson P.A, Parton W.J, Power A.G & Swift M. (1997) Agricultural intensification and ecosystem properties. Science 277, 504–509 .Wezel A et al. (2014) Agroecological practices for sustainable agriculture. A review. Agron. Sustain. Dev. 34, 1–2. .

Agriculture et productivité

En fonction des moyens mobilisés on peut avoir une productivité physique par unité de main-d'œuvre (UTH, pour unité de travail humain ou unité travailleur humain). Cf ou une productivité physique par unité physique ou économique exploitée (productivité par hectare de surface agricole, par unité de surface dans un bâtiment d'élevage ou dans une serre, par quantité de capital immobilisé). En fait, la productivité est une notion inhérente au système technique utilisé, ce qui impose de le définir préalablement. Ainsi, à rebours de la productivité des systèmes agricoles intensifs conventionnels, Michel Griffon met en avant une productivité qui est le résultat de moyens écologiques mis en œuvre, il développe dans ce sens l'idée d'« agricultures écologiquement intensives » fondées sur la mobilisation de technologies ayant globalement un effet positif sur l'environnement. Dans cette approche, on pourra consulter aussi l'article Micro-agriculture biointensive.

La productivité physique ne doit pas être confondue avec la productivité en valeur fondée sur la valeur de la production rapportée aux moyens économiques engagés même si les deux se recoupent et encore moins avec la rentabilité.

En fonction des moyens mis en œuvre et surtout de l'importance de la main d'œuvre engagée, l'agriculture intensive peut se rencontrer dans deux systèmes opposés : l'agriculture traditionnelle d'une part, l'agriculture moderne d'autre part.

Aux origines de l'intensification : systèmes agricoles traditionnels et intensification

Un trait essentiel des systèmes agricoles traditionnels et intensifs est l'importance du travail humain (nombre d'UTH engagées par unité foncière). La ressource rare est le foncier. La main-d'œuvre est abondante et/ou faiblement rémunérée. Ceci se traduit par une productivité élevée du foncier et une productivité faible de l'UTH.

Cas de l'agriculture chinoise

Le système agricole traditionnel chinois est intensif (forte productivité par unité foncière), son caractère traditionnel historique s'exprimant dans l'importance de la main d'œuvre engagée au sein de très petites ou de microexploitations. En 1930, on comptait plus de 100 millions de foyers paysans, avec en moyenne par famille. En 1958, la collectivisation les a regroupés en 26000 communes populaires de 4600 ménages en moyenne, puis, 3 ans après, en 6 millions d'équipes de production pour tenter de corriger les excès de cette politique. Le bouleversement est tel que la production a diminué avec pour conséquence la Grande famine de 1959 à 1961. Après les réformes de décollectivisation engagées en 1978, les paysans ont repris partiellement le contrôle de leurs terres. On estimait en 2003 à 250 millions le nombre d'exploitations familiales employant en moyenne 1,4 personne sur moins d'un demi-hectare. Depuis 1979 la production a presque quadruplé avec un taux annuel de croissance agricole de 5 % .

Ce système est aujourd'hui déstabilisé par l'industrialisation et l'attractivité urbaine qui en résulte comme cela s'est produit dans le passé dans les pays développés occidentaux. Parallèlement, on constate le développement à grande vitesse d'une agriculture moderne intensive, notamment dans le secteur de l'élevage industriel (porcs et volailles).

On doit à des travaux de recherche d'économistes et historiens d'avoir montré l'ancienneté et les conditions de l'émergence de ce système qui a accompagné et permis une expansion démographique, en particulier le travail réalisé par Li Bozhong sur la révolution agricole à l'époque des Tang (618-906) rapporté par Michel CartierMichel Cartier : Aux origines de l'agriculture du Bas Yangzi, Annales, Économie, Sociétés, Civilisation, 1991, 46, 5, .. À l'inverse d'autres systèmes agricoles traditionnels, le système agricole chinois n'a jamais été autarcique mais au contraire fortement inclus dans une économie d'échange et lié à une multiactivité. Tout cela a contribué à faire de la Chine la première économie mondiale en termes de PNB jusque vers 1850, position qu'elle est en train de retrouver.

Les facteurs principaux de cette intensification agricole ont été : la priorité aux cultures ; l'utilisation intensive du fumier ; le recours massif à l'irrigation. Les réseaux d'irrigation exigeaient une main d'œuvre très importante tant pour la construction des ouvrages que pour leur entretien. Cette intensification découle de ce que la Chine ne compte que 10,1 % de sa surface en terres arables soit par habitant alors que ce pourcentage est 27,8 % en Europe avec de terre arable par habitant et 52,7 % en France avec par habitant, (valeurs pour 1996).

En 2004, 52 % des terres arables étaient irriguées en Chine contre 10 % aux États-Unis.

Agriculture moderne et intensification La notion d'agriculture moderne n'implique pas obligatoirement la mise en œuvre d'une intensification mais plutôt une optimisation de l'emploi des moyens de production (foncier, travail, capitaux) en fonction des prix des produits livrés sur le marché, optimisation au sens mathématique du terme telle que mise en œuvre initialement dans les travaux pionniers de Jean Chombart de Lauwe sur l'optimisation linéaire appliquée à la gestion de l'exploitation agricoleJean Chombart de Lauwe : Nouvelle Gestion des exploitations agricoles (avec J. Poitevin et J.C. Tirel), Paris, Dunod, 1963. Le trait dominant de l'agriculture moderne, intensive ou non, est la réduction du coût du travail ou du temps de travail par unité physique de production dans le coût de production, donc une productivité élevée du travail ou de l'UTH.

Agriculture moderne non intensive ou partiellement intensive

Elle est mise en œuvre en particulier lorsque le coût du foncier est particulièrement bas, situation qui peut se rencontrer dans certains pays. On a dans ce cas une productivité par hectare faible avec une productivité par UTH élevée. Par exemple :

En productions animales L'élevage bovin à viande sud américain, au Brésil, en Argentine et en Uruguay, peut être à la fois extensif (utilisation de grands espaces herbagers avec une faible charge de bétail à l'hectare, très peu de mécanisation et d'intrants), et moderne en ce sens qu'il utilise certains outils zootechniques de l'élevage moderne (traitements antiparasitaires des animaux, prophylaxies, contention), avec un faible coût relatif de la main d'œuvre, pour obtenir les coûts de production de viande bovine les plus bas sur le marché mondial. L'élevage bovin laitier néo-zélandais est souvent considéré comme extensif en ce sens qu'il est essentiellement herbager, avec très peu d'intrants achetés par comparaison avec les systèmes laitiers européens et nord américains qui pratiquent l'intensification fourragère (ensilage de maïs) et le recours aux concentrés alimentaires, tout en étant très moderne par sa rationalité, avec encore un faible coût relatif de la main d'œuvre. En fait la production de l'herbe y est intensive (fertilisation et irrigation). Dans ce système herbager la maîtrise très poussée de la traite mécanique des grands troupeaux contribue à une productivité poussée par unité de main d'œuvre. Au bilan, ce système laitier livre des produits laitiers au prix le plus compétitif sur le marché mondialJean-Luc Reuillon (IE) Les coûts de production du lait dans le monde in Vivre du lait - Résultats économiques et coûts de production, 3 février 2010.

En productions végétales