Le (du grec , « stupeur, torpeur ») est le nom donné à un groupe de maladies similaires, graves pour l'être humain. Au début du , ce terme désigne plus particulièrement le typhus exanthématique, transmis par le pou de corps, et le typhus murin, transmis par la puce du rat. Il s'agit d'infections provoquées par des bactéries de la famille des rickettsies.
L'origine historique et géographique de ces maladies est incertaine. Leur existence dans l'Antiquité, bien que très probable, reste discutée. Leur présence est médicalement reconnue à partir du . La maladie frappe surtout les adultes confinés en situation précaire, sous-alimentés et en absence d'hygiène, dans les camps militaires, les navires, les prisons
Ces maladies ont été longtemps confondues avec d'autres, notamment la fièvre typhoïde (reconnue au ). La découverte de leur transmission par arthropodes vecteurs (poux, puces, tiques), en particulier celle du pou de corps par Charles Nicolle en 1909, a permis de lutter contre le typhus par des mesures d'hygiène (épouillage) et d'enclencher des recherches vaccinales.
Ces mesures d'hygiène, associées à l'utilisation d'insecticides puis à l'antibiothérapie, ont fait disparaître et même oublier l'importance et la gravité qu'avait le typhus avant les années 1950.
Histoire de la maladie Le typhus historique, représenté par le typhus exanthématique ou épidémique, est une maladie dévastatrice pour les humains et a été responsable d'un certain nombre d'épidémies au cours de l'histoire.. Ces épidémies tendent à suivre les guerres, les famines et d'autres circonstances ayant comme conséquence des déplacements de populations.
Pendant la deuxième année de la guerre du Péloponnèse, en 430 , la Cité-État d'Athènes, dans la Grèce antique, a été frappée par une épidémie dévastatrice, connue sous le nom de peste d'Athènes, qui a tué, entre autres, Périclès et ses deux fils les plus âgés. Le typhus épidémique est l'une des causes les plus probables de cette épidémie, selon les médecins et historiens qui l'ont étudiéeDans une conférence médicale en janvier 1999 à l'Université du Maryland, David Durack, professeur consultant de médecine à l'université Duke, note : ..
Une autre description possible est datée en 1083, dans un couvent près de Salerne, en Italie., mais la nature et le lieu exact de la maladie restent discutés..
Une description probable de cette maladie paraît pendant le siège espagnol de la ville maure de Grenade, en 1489. Cette chronique contient la description d'une fièvre de type typhus : taches rouges sur les bras, le dos et le thorax, évolution vers le délire et la gangrène (plaies, puanteur et décomposition des chairs). Pendant le siège, les Espagnols ont perdu trois mille hommes au combat, mais ils ont eu à en compter dix-sept mille supplémentaires, morts du typhus..
Selon l'hypothèse d'une origine européenne du typhus, sa réapparition à partir du serait liée aux conditions climatiques et à la production croissante de laine (augmentation des textiles et vêtements favorisant les poux)..
Du Des épidémies se sont produites partout en Europe : guerres d'Italie, Première révolution anglaise, guerre de Trente Ans
La première preuve indubitable de la présence du typhus en Europe est révélée par des études paléomicrobiologiques de biologie moléculaire sur des squelettes de 1710 à Douai : le génotypage de Rickettsia prowazekii montre qu'il s'agit de la même bactérie qui a touché auparavant l'Espagne, confortant l'hypothèse d'une origine américaine du typhus, importé en Europe par les conquistadors espagnols au début du ..
Fièvre des camps En 1528, lors du siège de Naples, l'armée française, sur le point d'emporter la ville, est frappée d'une épidémie tuant trente mille hommes et forcée de battre en retraite.
En 1536, Girolamo Cardano différencie l'éruption de la rougeole de celle du typhus, il nomme ce dernier morbus pulicarius.
En 1546, Girolamo Fracastoro, un médecin florentin qui a observé ces épidémies, décrit clairement le typhus (sous le nom de morbus lenticularis) dans son célèbre traité sur les virusIl s'agit de virus en latin médical : cause cachée, venin ou poison invisible, qui se transmet par contact, de proche en proche. et la contagion, De Contagione et Contagiosis MorbisGirolamo Fracastoro, De Contagione et Contagiosis Morbis,1546.. Il insiste aussi sur l'éruption, pour distinguer le typhus de la peste.
Lors de la guerre contre les Ottomans dans les Balkans, le typhus se répand en Europe par les troupes revenant de Hongrie, il est alors appelé morbus hungaricus en 1556.
La maladie est réputée pour frapper les armées. En 1686, un médecin suisse, ZavorzizIl s'agit de (1637-1689)., décrit une « fièvre des camps militaires », dans son ouvrage De Febri Castrensi maligna. Il explique que la maladie suit les troupes à travers l'Europe, les décime dans leurs campements, les survivants propageant la maladie dans les populations civiles.
Fièvre des vaisseaux La première description de cette fièvre à bord de navires est faite en 1636 dans la Royal Navy. Au , elle prend le nom de « typhus nautique », qui sera plus tard assimilé au typhus murin (transmis par la puce du rat). Cette maladie devient si fréquente dans toutes les marines européennes qu'elle peut paralyser des opérations. Les pertes les plus élevées sont celles de la guerre de Sept Ans, où la Royal Navy, à elle seule, perd : plus de par désertion, par maladie et au combat.. En 1757, l'arrivée à Brest de l'escadre commandée par Dubois de La Motte avec environ hommes malades du typhus provoque une grave épidémie en BretagneIsabelle Guégan, « Une épidémie de typhus à Brest en 1757-1758 », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, , 2012, ..
Malgré l'élégance formelle de la marine à voile de cette époque, un vaisseau de guerre ou marchand constitue un milieu hautement pathogène, où l'hygiène est totalement absente. L'humidité et les déjections suintent dans tout le navire. Ces eaux de toute nature s'accumulent au fond de la cale, formant un « marais nautique » où prolifèrent rats et moustiques. Jusqu'à la fin du , les matelots ne se lavent pas et gardent les mêmes vêtements pendant des semaines ou des mois.
Fièvre des prisons Le typhus était également répandu dans les prisons, où toutes les conditions de prolifération des poux étaient réunies. Il y était connu sous le nom de « fièvre des geôles » ou de « fièvre des prisons » lorsque les prisonniers étaient entassés dans des cellules obscures, froides et crasseuses.vignette|Le désespoir (1883), scène de prison par Wojciech Gerson (1831-1901). L'emprisonnement jusqu'à la prochaine session du tribunal était souvent synonyme de sentence de mort.
De façon anecdotique, les prisonniers pouvaient contaminer parfois les membres du tribunal eux-mêmes. Après les assises tenues à Oxford en 1577, et passées à la postérité sous le nom d', plus de cinq cents personnes périssent du typhus., et parmi elles Sir Robert Bell, chancelier de l'Échiquier.
Pendant la session de la cour d'assises qui se tient à Taunton, en 1730, le typhus cause la mort du chancelier de l'Échiquier, ainsi que du shérif, du sergent, et de plusieurs centaines d'autres personnes. Dans le même temps où sont prononcées 241 peines capitales, il meurt davantage de prisonniers de la « fièvre des prisons » qu'au cours de toutes les exécutions publiques réalisées par la totalité des bourreaux du royaume. En 1759, les autorités anglaises estiment qu'un quart des prisonniers meurent chaque année de la fièvre des geôles (citant John Howard, The State of the Prisons 6-7 (1929) ; les observations d'Howard vont de 1773 à 1775).. À Londres, le typhus se déclare souvent parmi les détenus de la prison de Newgate, et se répand ensuite fréquemment parmi la population de la cité.
Durant la Révolution, une épidémie de typhus à Nantes frappe d'abord les prisons puis la ville durant la guerre de Vendée..
Au Le typhus sévit durant les guerres napoléoniennes. Pendant la retraite de Russie de en 1812, on a dénombré plus de soldats français présumés morts du typhus que tués par l'armée russe.. Les historiens lui attribuent 20 % des pertes au cours de la retraite de Russie, soit plus de . Toutefois, des analyses de 2026 attribuent aussi ces pertes à d'autres infections bactériennes : la fièvre paratyphoïde (causée par des souches de Salmonella enterica) et la fièvre récurrente (due à Borrelia recurrentis).
vignette|gauche|Retraite de Russie : La grande armée traverse la Bérézina (1866) par Janvier Suchodolski (1797-1875).
En Irlande, une épidémie de typhus, entre 1816 et 1819, fait dans une population de près de de personnes. D'autres épidémies se produisent ensuite : une à la fin de 1830, et une autre majeure entre 1846 et 1849, pendant la grande famine en Irlande.
En 1848, en Europe centrale, la révolution de Mars s'accompagne d'une propagation du typhus.
En Amérique, une épidémie de typhus tue le fils de Franklin Pierce, à Concord, au New Hampshire, en 1843, et frappe à Philadelphie en 1837. Plusieurs épidémies ont lieu à Baltimore (Maryland), à Memphis (Tennessee) et à Washington D.C. entre 1865 et 1873. Le typhus est également un tueur redoutable pendant la guerre de Sécession aux États-Unis, bien que le plus souvent confondu avec la fièvre typhoïde, première cause de « fièvre des camps », durant la guerre civile américaine.
En France, le typhus n'est pas inconnu : de petits foyers latents ont existé en Bretagne. Dans l'Yonne, à Auxerre, une importante épidémie s'est déclarée en 1811-1812.. Et des cas pouvaient se produire à Paris, comme en 1892, par immigration rurale..
Au Première Guerre mondiale vignette|Contrôle de l'absence de poux dans l'American Expeditionary Force, avant un embarquement de retour (Brest, 18 janvier 1919). Pendant la Première Guerre mondiale, sur le front de l'Ouest, les mesures d'hygiène permettent d'éviter des épidémies de typhus. Ainsi, l'armée française établit des zones sanitaires anti-poux, basées sur l'épouillage des troupes. Situées à l'arrière, dans les zones de repos, elles comprennent des véhicules à chaudières et autoclaves, véhicules et tentes à douches. Ces services mobiles de buanderie-toilette permettent d'assurer la désinfection et la désinsectisation complètes des vêtements, ainsi que l'hygiène corporelle. On recommande aux hommes de porter des sachets odoriférants contre les poux, préparés par l'Institut PasteurIl s'agit de petits sachets dit de « Legroux », à porter sur soi, composés d'essences répulsives contre les poux : eucalyptus, menthe, citronnelle et naphtaline pulvérisée ()..
En revanche, le typhus fait toujours des ravages sur le front de l'Est (en Russie, mais surtout en Pologne et en Roumanie) et sur le front des Balkans (plus de lors de la campagne de Serbie en 1915 dans la seule armée serbe). La mortalité atteint généralement de dix à quarante pour cent des malades infectés. La maladie expose à un risque de décès important chez ceux qui s'occupent des malades : médecins, infirmières et autres..
En Russie, après la Première Guerre mondiale, entre 1918 et 1922, pendant la guerre civile entre les Armées blanches et l'Armée rouge, le typhus tue trois millions de personnes (en grande partie des civils) parmi de malades..
La dernière épidémie de typhus sur le territoire des États-Unis a lieu en 1922.
En France, une épidémie de typhus de environ s'est produite à Marseille en 1919.
Seconde Guerre mondiale vignette|Un soldat de l'U.S. Army au cours d'une séance de démonstration d'un appareil de pulvérisation manuelle de DDT.