L’analyse conversationnelle est l’étude des mécanismes et de l’organisation de la conversation dans le monde social. Il s'agit d'un champ recherche multidisciplinaire qui s'arrête sur plusieurs phénomènes, comme la rétroaction, les ponctuants du discours, les tours de parole, les réparations et l'ouverture, la fermeture et les sujets de conversations.

Il existe deux acceptions de l'analyse conversationnelleGülish, E., & Mondada, L. (2001). Konversationsanalyse / Analyse conversationnelle. In Lexikon der Romanistischen Linguistik (pp. 196–250). Tübingen: Max Niemeyer Verlag.. La première acception large se confond avec une approche des interactions verbales qui s'appuie sur une variété d'outils méthodologiques comme la théorie des actes de langage, la linguistique de l'énonciation... La seconde acception plus étroite du terme analyse conversationnelle renvoie à un positionnement épistémologique spécifique, à la suite des travaux de Harvey Sacks parfois incompatible avec d'autres modèles. Ainsi, face à « analyse conversationnelle », les termes « analyse de conversations », « analyse de la conversation » renvoient moins à une méthode spécifique qu'à un objet, la conversation. L'analyse conversationnelle au sens étroit ne se limite pas à étudier des conversations, mais étudie un ensemble de variété d'actions interactionnelles. Son objet est de rendre compte de l'interaction comme un phénomène ordonné. En s'appuyant sur des enregistrements en situation naturelle,

Définition L’analyse conversationnelle est l’étude des différents processus qui régissent les interactions sociales. La théorie postule que la conversation est un processus minutieusement organisé possédant des règles implicites qui s’appliquent dans toute interaction, indépendamment du contexte. Harvey Sacks, sociologue fondateur de l’analyse conversationnelle, propose de décomposer les échanges en petites unités afin de montrer que ces différentes particules de la conversation peuvent fonctionner à l’intérieur d’autres contextes et de démontrer que tout échange conversationnel est bel et bien constitué de composantes récurrentes. L’objectif de la théorie est de modéliser les interactions de la conversation pour prouver que cette dernière est ordonnée.

L'analyse conversationnelle est construite principalement autour de l’analyse de conversations réelles et spontanées relevant du milieu privé ou public. Des conversations dans la maison familiale, dans le bureau d’un médecin ou encore sur une ligne d’appels de prévention du suicide sont tous des exemples possibles de corpus pouvant servir à l'analyse.

L’analyse de conversation est étudiée à l’intérieur de domaines variés, comme ceux de l’ethnographie, de la sociologie et de la linguistique.

Conversation, discours et interaction .

Il y aurait plusieurs types de discours : le discours monologal (qui implique un seul locuteur), le discours monologique (qui peut être un discours que l’on s’adresse à soi-même, un texte écrit ou encore un discours sans alternance conversationnelle). Il y a également le discours dialogal, où plusieurs interlocuteurs réagissent, et le discours dialogique, où un locuteur n’attend pas de réponse (comme dans un discours magistral).

La langue en action, c'est-à-dire celle étudiée dans le cadre de l'analyse des interactions conversationnelles, serait surtout représentée par les discours dialogaux et dialogiques.

Théories et approches Deux écoles de pensées s'attachent à l'analyse de la conversation. L'analyse conversationnelle et l'analyse du discours ont toutes deux pour but d’examiner l’organisation séquentielle des énoncés en contexte de conversation. Elles se basent également sur des corpus de dialogues réels provenant d’un contexte naturel. Elles diffèrent cependant dans leur méthodologie et dans leur conception de la conversation.

Analyse conversationnelle L'hypothèse initiale de l'analyse de conversation est que la conversation ordinaire est un phénomène profondément ordonné, structurellement organisé. Cet ordonnancement est conçu comme le produit de méthodes de raisonnements partagées par les participants à l'interaction. Les analyses de conversation s'intéressent spécifiquement à l'organisation séquentielle de la parole. En s'appuyant sur des enregistrements de conversation en situation naturelle, l'objet de l'analyse de conversation est de rendre compte des procédés par lesquels les personnes gèrent de manière routinière les échanges verbaux. L'analyse de conversation observe un double principe. D'une part, elle reconnaît que l'action est située, occasionnée et sensible aux contingences du contexte de sa production. Il y a la croyance que les actions sociales sont produites en référence au contexte local immédiat. De l'autre, elle considère que l'action est localement organisée grâce à des procédés qui traversent les contextes et qui sont systématiques. Ce sont ces procédés et méthodes systématiques (tels que la prise de parole, la réparation...) que l'analyse conversationnelle prend pour objet.

Analyse du discours L’analyse du discours tire ses origines du domaine de la pragmatique linguistique. Elle est cependant une approche diversifiée, née « des hypothèses de la théorie des actes de langage (Austin et Searle), de la théorie de l’argumentation (Anscombre et Ducrot) et de l’interactionnisme sociologique (Goffman) » (p.40). L’analyse du discours reste tout de même très pragmatique; elle tient compte des implicatures conversationnelles et, bien qu'un grand nombre des éléments dans une conversation ne soient pas verbaux, ne s'intéresse qu'aux aspects linguistiques des interactions conversationnelles. La pragmatique des interactions conversationnelles est une étude qui s’intéresse à la fois aux rapports entre l’émetteur, le récepteur, l’énoncé et à la relation établie par l’échange verbal.

Théorie de l'acte de langage

L'utilisation de la théorie de l’acte de langage en analyse de la conversation vise à analyser les échanges conversationnels du point de vue des actes illocutoires, c’est-à-dire des intentions véhiculées par les énoncés des locuteurs (p.125). Plusieurs débats ont encore lieu à savoir s’il est légitime d’intégrer cette théorie à l’analyse conversationnelle ou si, au contraire, il vaut mieux analyser les énoncés par rapport à leurs différentes combinaisons et propriétés indépendamment de l’acte illocutoire. En règle générale, l'analyse conversationnelle rejette la notion d'acte de langage, tandis que l'analyse du discours l'adopte.

Arguments contre l'acte de langage en analyse de la conversation L’une des principales critiques contre l'acte de langage en analyse de la conversation est que l’acte de langage ne peut être prédit puisqu’il découle des intentions du locuteur et que la conversation dépend de l’interaction (p.126). Selon Labov et Fanshel, qui partagent cette opinion, les interactions en conversation doivent être traitées comme un réseau d’actes de langage dépendant d’autres facteurs tels que le statut du locuteur, ses intentions, ses obligations, etc.

Une autre critique de cette théorie est que les actes de langage sont rarement catégorisables. Prenons l’exemple d’un élève qui demande à son professeur de parler plus lentement. Cet acte peut exprimer à la fois une demande de la part de l’élève, une affirmation que le professeur parle trop rapidement ainsi qu’une indication implicite de sa difficulté à comprendre la matière. Il sera alors difficile d’essayer de classer cet énoncé. Par ailleurs, Franck et Levinson argüent que la théorie de l'acte de langage donne une segmentation des conversations beaucoup trop arbitraire.

Finalement, les actes de langage peuvent difficilement être analysés sans prendre en compte le contexte situationnel et donc, il devient difficile d’interpréter les actes illocutoires puisque ceux-ci peuvent varier. En effet, une conversation informelle entre amis n’aura probablement pas les mêmes règles conversationnelles qu’un interrogatoire entre un policier et un suspect. L’une des différences flagrantes entre ces deux situations est que dans la première, les interlocuteurs tiennent pour acquis que la maxime de la qualité de Grice doit être respectée, c’est-à-dire, qu’on s’attend à ce que dit notre interlocuteur soit vrai, alors que durant l’interrogatoire, le policier mène le dialogue en ayant en tête la possibilité que le suspect ne respecte pas cette maxime de la conversation.

En fait, ce n’est pas l’acte de langage même qui est remis en question dans ce débat, mais plutôt la pertinence de l’inclure dans la segmentation de la conversation.

L'acte de langage en analyse du discours On adopte généralement la théorie des actes de langage en analyse du discours, bien qu'il y ait des dissensions à ce sujet. L’école de Genève, dans laquelle figure le pragmaticien Jacques Moeschler, a proposé d’étudier le discours comme une suite d’actes d’ordre linguistique, plus précisément une suite d’actes illocutoires, c'est-à-dire l'intention derrière l'énoncé. Dans une conversation, ces actes illocutoires s’enchainent et les participants créent une cohérence dans leur discours. L'école de Genève développe donc un modèle hiérarchique et fonctionnel de l’enchainement des actes illocutoires. Ce modèle tente de rendre compte de la complexité des échanges dans un discours, notamment (p.64). Les énoncés y sont considérés comme des atomes qui s’agglomèrent pour former des molécules de sens et ainsi texturer le discours.

Cependant, (p.64). Le groupe de recherches sur les communications de l'Université Nancy II a montré qu’il était (p.72). Selon Brassac, soit on voit l’acte de langage comme une unité du discours et on s’intéresse à la structure, soit on l’analyse selon sa fonction, auquel cas on s’intéresse au sens. Or, la conversation considère deux valeurs sémantiques de l’acte illocutoire, soit le succès et la satisfaction. Le succès est évalué en fonction de la valeur de vérité. La satisfaction pour sa part est évaluée selon l’acte perlocutoire; on comparera le contenu de la proposition et l’état du monde avant et après l’énonciation. Par exemple : « Je t’ai demandé de baisser le volume de la radio » peut être réussi mais si l’interlocuteur n’exécute pas l’ordre qui lui est demandé, l’acte est non-satisfait.

Il y a donc une divergence des approches quant aux propriétés que l’on donne aux actes de langage, voire au statut épistémique qu’on leur accorde. Malgré les différences entre les points de vue, les deux écoles d'analyse du discours (p.73).

Histoire Le champ de l'analyse conversationnelle a émergé dans les années soixante avec les travaux pionniers de Emmanuel Schegloff, Harvey Sacks et Gail Jefferson.

Avant les années 60, les cadres théoriques de la communication conversationnelle s’orientent autour de la logique et du formalisme. Dans les années 60, Goffman propose une analyse sociologique basée sur les interactions directes du face-à-face. Selon lui, la conversation fait partie des « rituels sociaux ».

Ses élèves de l’époque, Sacks et Schegloff, vont plus loin en y intégrant d’autres sciences comme l’anthropologie, la linguistique et la psychiatrie.

Sacks collecte, dans un centre de prévention du suicide, les enregistrements téléphoniques qui lui serviront de matériel pour développer ce qu’on appelle aujourd’hui l’analyse conversationnelle. En 1974, Sacks, Schegloff et Jefferson élaborent les règles de conversation dans lesquelles le tour de parole est l’élément central.

Harvey Sacks