Igor Fiodorovitch Stravinsky (en ), né le à Oranienbaum en Russie et mort le à New York aux États-Unis, est un compositeur, chef d'orchestre et pianiste russe, naturalisé français en 1934 puis américain en 1945, de musique moderne. Il est considéré comme l'un des compositeurs les plus influents du .

L'œuvre de Stravinsky s'étend sur près de soixante-dix années. Elle se caractérise par sa grande diversité de styles. Le compositeur accède à la célébrité par la création de trois ballets dont il compose la musique pour les Ballets russes de Diaghilev : L'Oiseau de feu (1910), Petrouchka (1911) et son œuvre maîtresse Le Sacre du printemps (1913) qui ont eu une influence considérable sur la façon d'aborder le rythme en musique classique. Dans les années 1920, sa production musicale prend un virage néoclassique et renoue avec des formes traditionnelles (concerto grosso, fugue et symphonie). Dans les années 1950 enfin, Igor Stravinsky explore les possibilités de la musique sérielle.

Biographie

Enfance vignette|gauche|redresse|Feodor Stravinski dans l'opéra Roussalka d'Alexandre Dargomyjski. Igor Fiodorovitch Stravinsky est né le à Oranienbaum (actuellement Lomonossov) en Russie, où ses parents se trouvaient en vacances, mais il passe toute son enfance au 66 Krioukov Kanal, à Saint-Pétersbourg, où la famille Strawiński réside. Son père, Feodor Stravinski est une basse chantant au théâtre Mariinsky.

Igor Stravinsky est le troisième d'une famille de quatre enfants. Les parents Stravinsky sont sévères et les rapports qu'il a avec ses deux frères aînés sont également froids : « Il ne me montrait de tendresse que lorsque j'étais maladeSouvenirs et commentaires. », écrit-il à propos de son père dans Souvenirs et commentaires.

Malgré le fait que son père soit un chanteur de renom, le jeune Stravinsky n'a que très peu de contacts avec la musique classique dans sa jeunesse. En 1890, à huit ans, La Belle au bois dormant de Tchaïkovski et plus tard Une vie pour le tsar de Glinka restent dans son enfance ses deux seules expériences de concert à l'avoir marquéDans ses Chroniques de ma vie, Stravinsky dit dUne vie pour le tsar que c'était la première fois qu'il entendait un orchestre, négligeant ainsi complètement le souvenir de La Belle au bois dormant.. Igor commence des leçons de piano à l'âge de neuf ans et « ne semble du reste pas montrer de dispositions particulières pour la musiqueBoucourechliev, . ». Ce que le jeune enfant aimait le plus faire au piano, c'était improviser, malgré les nombreux reproches qu'on lui faisait. « Ce travail continu d'improvisations n'était pas absolument stérile, car il contribuait d'une part à une meilleure connaissance du piano, et d'autre part faisait germer des idées musicalesChroniques de ma vie (réédition de 1962), . », écrit-il dans ses Chroniques de ma vie. À son premier professeur succédera , élève d'Anton Rubinstein, qui fait travailler à Stravinsky le répertoire classique et romantique d'une manière très autoritaire, allant même jusqu'à interdire totalement l'usage de la pédale.

Ses premiers essais de composition n'étant pas suffisamment satisfaisants, son père l'inscrit à la faculté de droit de Saint-Pétersbourg en 1901. Durant la même période, il prend des leçons d'harmonie et de contrepoint. Quoique l'étude de l'harmonie ne lui donne « aucune satisfactionChroniques de ma vie (réédition de 1962), . », il s'exerce beaucoup au contrepoint pour son propre compte. Cependant, le décès de son père le lui enlève un poids considérable. Même s'il reste inscrit pendant quatre ans à l'université, il n'assiste au plus qu'à une cinquantaine de cours. Il passe maintenant ses soirées au théâtre Mariinski et aux concerts symphoniques de la Société impériale et fait d'autres essais de composition, dont le chant Nuages d'orage et un Scherzo pour piano.

vignette|Igor Stravinsky (à gauche) et Nikolaï Rimski-Korsakov (à côté de Stravinsky) en 1908.

Le point tournant de l'éducation musicale de Stravinsky est sa rencontre avec Nikolaï Rimski-Korsakov pendant l'été 1902. « Je lui exposai mon désir de devenir compositeur et lui demandai son avisChroniques de ma vie (réédition de 1962), .. », raconte-t-il. Le célèbre compositeur, lui déconseillant le Conservatoire, lui dit qu'il serait prêt à lui enseigner une fois qu'il aurait acquis les notions élémentaires d'harmonie et de contrepoint. C'est l'été suivant que Rimski-Korsakov commence à lui donner des leçons, après avoir entendu sa Sonate pour piano en fa dièse mineur. Ces enseignements, qui continuèrent jusqu'à la mort de Rimski-Korsakov, se sont principalement centrés sur l'art de l'orchestration et des formes classiques.

Il me donnait à orchestrer des pages de la partition de piano d'un nouvel opéra qu'il venait d'achever. Quand j'avais orchestré un fragment, il me montrait son instrumentation personnelle du même morceau. Je devais confronter les deux et c'est encore moi qui devais lui expliquer pourquoi lui l'avait orchestré autrement. Dans le cas où je n'y arrivais pas, c'est lui qui me l'expliquaitChroniques de ma vie (réédition de 1962), ..

Igor Stravinsky épouse en 1906 sa cousine Catherine Gavrilovna Nosenko qui lui donnera quatre enfants : Fiodor (dit Théodore) en 1907, Ludmila en 1908, Sviatoslav (dit Soulima) en 1910 et Milena (dite Milène) en 1914.

La première œuvre composée par Stravinsky lors de son apprentissage avec Rimski-Korsakov est la Symphonie en mi bémol, en 1907. Suivront le Scherzo fantastique et Feu d'artifice, celui-ci interrompu à l'annonce de la mort de son maître le . Stravinsky compose alors un Chant funèbre à sa mémoire, œuvre perdue durant la révolution russe et retrouvée en 2015 Une œuvre de Stravinsky retrouvée à Saint-Pétersbourg in Le Figaro. La création du Feu d'artifice, le , est décisive pour la carrière du compositeur, car Serge de Diaghilev est présent.

Premiers grands succès vignette|gauche|Stravinsky en 1910 Au moment où Diaghilev découvre Stravinsky, il est déjà très populaire à Paris, non avec des ballets, mais plutôt avec des concerts de musique russe et des opéras, dont la création française de Boris Godounov. Au début de 1909, il se tourne vers le ballet. Pour Les Sylphides, Diaghilev demande à plusieurs compositeurs d'orchestrer des pièces de Chopin. Impressionné par Feu d'artifice qu'il vient de voir, il demande à Stravinsky d'orchestrer le Nocturne en la bémol majeur et la Valse brillante en mi bémol majeur destinés à son futur spectacle.

Au cours de l'été, alors que Diaghilev part pour Paris où il rencontre un succès extraordinaire avec sa première saison des Ballets russes, Stravinsky se retire à Oustylouh en Ukraine, pour composer le premier acte de son opéra Le Rossignol. Il interrompt cependant son travail en raison de la demande de Diaghilev qui lui commande son premier ballet. Pour sa nouvelle saison, le metteur en scène désire présenter une œuvre inédite, inspirée de la légende de l'Oiseau de feu. Il a demandé à Anatoli Liadov de lui en écrire la musique, mais ce dernier se montrant trop lent, Diaghilev décide de solliciter Stravinsky, alors âgé de vingt-sept ans. L'immense succès de L'Oiseau de feu, créé le , fait immédiatement du compositeur une vedette.

vignette|redresse|Stravinsky et Nijinski en 1911. Après L'Oiseau de feu, les deux ballets suivants que Stravinsky compose pour la troupe de Diaghilev marquent un changement de direction dans son approche musicale. Alors que L'Oiseau de feu est encore bien ancré dans la tradition post-romantique héritée, entre autres, de Rimski-Korsakov, Petrouchka, créé le , marque une rupture importante. Stravinsky y abandonne toute l'harmonie chaleureuse et « magique » de L'Oiseau de feu, caractérisé entre autres par l'utilisation abondante du chromatisme. Il utilise maintenant la « polytonalité » et la juxtaposition de séquences rythmiques.

Les deux années suivantes, Stravinsky compose très peu de pièces : deux cycles de chants et une brève cantate mystique, Le Roi des étoiles. Cependant, il compose ce qui va devenir probablement son œuvre la plus célèbre qui lui assurera définitivement une place parmi les compositeurs les plus marquants du , Le Sacre du printemps. Sa création, l'une des plus controversées de l'histoire de la musique, a lieu le au théâtre des Champs-Élysées, à Paris, sur une chorégraphie de Vaslav Nijinski et sous la direction musicale de Pierre Monteux. Le compositeur décrit ainsi la représentation dans ses Chroniques de ma vie : « [J'ai] quitté la salle dès les premières mesures du prélude, qui tout de suite soulevèrent des rires et des moqueries. J'en fus révolté. Ces manifestations, d'abord isolées, devinrent bientôt générales et, provoquant d'autre part des contre-manifestations, se transformèrent très vite en un vacarme épouvantableChroniques de ma vie (réédition de 1962), . » Dans Le Sacre, Stravinsky approfondit les éléments déjà expérimentés avec ses deux premiers ballets : le rythme et l'harmonie. L'un est constitué d'un dynamisme sans précédent, alors que l'autre repose en partie sur l'utilisation d'agrégats sonores.

L'après Sacre du printemps vignette|droite|Portrait d'Igor Stravinsky, par Jacques-Émile Blanche en 1915. Quelques jours après la première représentation du Sacre du printemps, Stravinsky qui l'oblige à passer six semaines dans une maison de santé à Neuilly. À sa sortie, il compose les trois petites chansons dites Souvenirs de mon enfance, mais déjà, il décide de se remettre à son opéra Le Rossignol, dont la composition avait été interrompue au premier acte lorsqu'il reçut la commande de L'Oiseau de feu, en 1909. Cependant, son style ayant beaucoup changé depuis, Stravinsky fera du premier acte de 1909 une sorte de prologue, justifiant ainsi les différences musicales entre celui-ci et le reste de l'opéra. Le poème symphonique Le Chant du rossignol, qu'il en tire en 1917, est considéré par plusieurs comme étant « un adieu définitif au SacreBoucourechliev, .. »

Les années suivantes voient Stravinsky aborder des formations plus restreintes, alors que les activités de Diaghilev et des Ballets russes sont interrompues par la guerre. Lors de son dernier voyage en Russie, un mois seulement avant le début de la Première Guerre mondiale, le compositeur rapporte deux recueils de chants populaires russes, qui serviront de base à la plupart de ses œuvres jusqu'à Pulcinella, en 1920. Ce n'est qu'en 1962 que Stravinsky remettra les pieds dans son pays natal, cette fois en tant que citoyen américain.

Entre 1914 et 1917, Stravinsky compose Les Noces, relatant un mariage paysan russe. Cependant, n'arrivant pas à se décider quant à l'instrumentation de l'œuvre, il ne l'achèvera que six ans plus tard, pour voix, quatre pianos et percussions. C'est entre 1915 et 1916 que le compositeur termine Renard (pour quatre voix et dix-sept musiciens), d'après le conte populaire russe du renard et du coq.