Orion est une constellation située quasiment sur l'équateur céleste.

Nomenclature, histoire et mythologie En Mésopotamie La figure qui deviendra Ωρίων (Orion) chez les Grecs est une création mésopotamienne. Nous avons dans un texte du début du av. è. c. le nom Šitadallu (ši-ta-da-ru), soit « le Géant », dans une liste de dieux de la nuit qui correspond à Alpha Orionis. Dans les textes postérieurs, notamment dans les Séries MUL.APIN, le premier traité d'astronomie mésopotamienne, découvert à Ninive dans la bibliothèque d'Assurbanipal et datant au plus tard de 627 av. j. c., cette étoile est nommée SIPA.ZI.AN.NA = Rē’û but Šamê, « le Fidèle Berger d’Anu »..

Déjà à cette époque, soit au début du millénaire av. è. c., le ciel est contexturé en constellations, c’est-à-dire que les étoiles nouvellement nommées sont désignées par leur place dans la figure céleste qui porte désormais le nom de l’étoile première, en l'occurrence mul. SIPA.ZI.AN.NA, et d’autres étoiles viennent s’y intégrer. Nous avons ainsi mul.AGA SIPA.ZI.AN.NA, soit « la Couronne du Fidèle Berger d’Anu » (λ Ori) et mul.ŠU ZAG mul.SIPA.ZI.AN.NA « la Main droite du Fidèle Berger d’Anu » (ν Ori) dans le Catalogue de Delbanna., et [EGIR]-ú šá mul.SIPA.ZI.AN.NA, soit « Arrière du Fidèle Berger d’Anu », pour κ Ori dans La Table des cordons (BM 78161).

En Grèce et à Rome Le nom de la figure d’Ωρίων est connu des Grecs au moins depuis Homère ( s. av. è. c.), tant avec l’Iliade., que l’Odyssée., puis, au siècle suivant, avec Les Travaux et les Jours d’Hésiode..

Dans sa Μαθηματική σύνταξις, Ptolémée donne les indications de positions suivantes pour les étoiles déjà examinées dans le ciel mésopotamien : 1. (λ Ori) : O ἑν tῇ κεφαγῇ… (…dans la tête…) ; 2. (α Ori) : O ἑπἱ τοῦ δεξιοῦ ὤμον… (…sur l’épaule droite) ; 7. (ν Ori) : Toῦ ἑν τῷ δεξιοῷ άκροχείρῳ… (…au bout de la main droite) ; et 37. (κ Ori) : O ὑπὁ τὁ δεξιὁν…γόνυ (…sous le genou droit)..

vignette|centré|redresse=1.5|Le Šitadallu / SIPA.ZI.AN.NA mésopotamien et lΩρίων grec. Les Grecs ont emprunté la figure de Šitadallu / SIPA.ZI.AN.NA. Cela n'est pas une raison pour trouver à ce nom une origine mésopotamienne, telle que Uru-anna, « la lumière des cieux ». Une telle origine serait surprenante. En effet, le terme sus-indiqué est un nom recomposé qui ne figure pas dans les lexiques sumérien et akkadien et de plus, sur les héritées de Mésopotamie en rapport avec les 48 utilisées par Ptolémée, elle serait la seule à posséder un nom emprunté à une langue de la Mésopotamie. Selon une hypothèse qui paraît plus intéressante, le nom dΩρίων proviendrait d'une racine indo-européenne signifiant « l'été » : Ώαρἰων, sa forme la plus ancienne, est le dérivé en -ων d'une forme à suffixe -ιος, construite elle-même sur un thème *ὦαρ, issu de *ὦσαρ et qui désignait l'été. Or le lever héliaque de la constellation coïncide avec le solstice d'étéJean-Michel Renaud, « Le catastérisme chez Homère. Le cas d'Orion », Gaia : revue interdisciplinaire sur la Grèce Archaïque, vol. 7, no 1, 2003, ()..

vignette|gauche|La figure d’Orion dans une édition des Aratea de Germanicus d’époque carolingienne ( 830-840). Quoi qu'il en soit, les Grecs ont acclimaté la figure mésopotamienne à leur propre imaginaire. Dans la mythologie grecque, Ωρίων est un chasseur géant, fils d’Euryale, la fille de Minos et de Poséidon. Parti pour la Crète, il se consacra, selon Ératosthène, à la chasse en compagnie d’Artémis et de Léto et il semble qu’il menaça d’exterminer toutes les bêtes qui vivaient sur la terre. Irrité contre lui, Gaïa fit surgir un scorpion gigantesque qui le tua de son dard, comme décrit dans la Βιβλιοθήκη du Pseudo-Appolodore. À la demande d’Artémis et de Létô, Zeus le plaça parmi les constellations et y plaça également le Scorpion, pour qu'on se souvienne de l’événementÉratosthène, Pascal Charvet (dir.), Le Ciel, mythes et histoires des constellations, Paris, Nil Éditions, 1998, .. Pour d'autres, Sirius est son chien, ainsi que le nom de l'étoile principale de la constellation voisine du Grand Chien..

Chez les Latins, la constellation d'Orion est mentionnée, selon Varron (116–27 BC), depuis Lucius Accius (170-ca. 85), avant même les versions latines des Φαινόμενα d’Aratos, dont la première est celle de Cicéron (106-43) On utilise aussi chez les Latins les noms Iugula, à partir de Varron et Iugulae à partir de Plaute, qui se rattache à la notion « lien », voire de « balance » : d’abord utilisé pour le groupe δεζ Ori, qui constitue le Baudrier d’Orion, le nom s’est ensuite appliqué à l’ensemble de la constellationAndré Le Bœuffle, Les Noms latins d’astres et de constellations, Paris, Les Belles Lettres, 1977, ..

Chez les Arabes Les Arabes ont, de façon habituelle, deux représentations du ciel parallèles et non exclusives, le ciel arabe traditionnel formaté à partir des manāzil al-qamar ou « stations lunaires », et le ciel formaté par les Grecs et adopté par les astronomes arabes au , ou ciel gréco-arabe.

Le ciel arabe traditionnel arbore la figure de الجوزاء al-Ğawzā’. Au départ, nous avons un nom dont la signification est « la Médiane ». C'est celui d'un naw’, soit un des astérismes du calendrier antique correspondant au couple γξ Gem, qui marquait autrefois le milieu de l’année et s’est ensuite à une grande figure située « au milieu » du ciel austral.

En permutant les syllabes de الجوزاء al-Ğawzā’, ce qui donne الزوجة al-zawğa, « l’Épouse », l’imagination populaire a forgé une légende fort connue. C’est ainsi que سهيل Suhayl (α Car), épousa الجوزاء al-Ğawzā, qui se présente comme une divinité chasseresse dont القوس l’Arc, situé au nord-ouest de la figure, est bandé vers la Patte septentrionale du Superlion (αβ Gem), et qui porte à l’est une abondante « chevelure » (ذواٸب الجوزاء, ḏawā’ib). Mais voici qu’en entrant la couche de l’épousée, سهيل Suhayl tombe malencontreusement sur elle et lui brise les vertèbres dorsales, ce qui se traduit par le fait que le groupe formé δεζ Ori est donné chez ᶜAbd al-Raḥmān al-Sūfī al-Ṣūfī, comme فقارالجوزاء Faqār al-Ğawzā’, « les Vertèbres d’Elgeuze »(ar/fr) Hans Karl Frederik Christian Schjellerup, Description des étoiles fixes composée au milieu du de notre ère par l'astronome persan Abd-al-Rahman Al-Sûfi. Traduction littérale de deux manuscrits arabes de la Bibliothèque royale de Copenhague et de la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg…, Saint-Pétersbourg : Eggers et Cie, 1874, repr. Fuat Sezgin, Islamic mathematics and Astronomy, vol. XXVI, Frankfurt am Main : Institut für Geschichte der arabisch-islamischen Wissenschaft an der Johann Wolfgang Goethe-Universität, 1997, .. C’est pourquoi, craignant d’être obligé de rendre compte la vie de l’infortunée jeune femme et ne voulant pas se faire voir au milieu du ciel, il s’enfuit vers le Sud, où il a trouvé sa place et marque le pôle Sud pour les caravaniers et les navigateursRoland Laffitte, Le ciel des Arabes. Apport de l’uranographie arabe, Paris : Geuthner, 2012, et 90-91..

vignette|gauche|redresse|La figure de الجبار al-Gabbār, « le Géant », dans une édition du traité de ᶜAbd al-Raḥmān al-Sūfī al-Ṣūfī, 1606, Saint-Pétersbourg. vignette|centré|La figure de الجوزاء al-Ğawzā’ dans le ciel arabe traditionnel. En traduisant la Μαθηματική σύνταξις de Claude Ptolémée, al-Ḥağğāğ b. Maṭar et Isḥāq b. Ḥunayn, ont rendu le nom Ωρίων des Grecs rarement par sa transcription, à savoir Ωρίων chez les Grecs أورٴون Ūryūn, et généralement par الجبار al-Gabbār, « le Géant », et الجوزاء al-Ğawzā’Claudius Ptolemäus, Der Sternkatalog des Almagest. I. Die arabischen Übersetzungen, éd. par Paul Kunitzsch, Wiesbaden : Otto Harrassowitz, 1986, .

Il s’est ensuivi une confusion des deux images qui ne sont pas semblables, celle de الجوزاء al-Ğawzā proprement arabe étant légèrement plus grande que celle de الجوزاء al-Ğawzā gréco-arabe. Ainsi les noms Bételgeuse ou Mankeb, qui s’appliquent tous deux à l’étoile β Ori, appartiennent à la figure de الجوزاء al-Ğawzā’ proprement arabe, tandis que Rigel qui s’applique à l’étoile β Ori et nommée dans certains catalogues Riğl al-Ğawzā’ al-Yusrā, appartient à la figure de الجوزاء al-Ğawzā’ = الجبار al-Gabbār gréco-arabe.

Un autre confusion vient de ce que الجوزاء al-Ğawzā’ est connu de longue date par les Arabes comme le zodiacal, attesté dans l’horoscope de fondation de la ville de Baghdad en 762, ainsi que nous rapporte l’érudit persan al-BīrūnīRoland Laffitte, Héritages arabes. Des noms arabes pour les étoiles, Paris : Geuthner, 2005, .. Il s’ensuit que, dans plusieurs catalogues arabes, certaines étoiles de la constellation gréco-arabe de التوام al-Tu’ām, « les Gémeaux », ont pris des noms se rapportant à الجوزاء al-Ğawzā’. Ainsi le couple αβ Gem est رأس الجوزاء Ra’s al-Ğawzā’, ce qui a donné au Moyen Âge le nom Raselgeuze pour ces étoiles.

vignette|gauche|Le combat d’Amenar et Kukyahad dans le ciel des Touaregs. vignette|centré|La figure de المشبوح [l-Məšbūḥ] « l’Homme les bras en croix, le Crucifié », dans l'ouest du Sahara.

Chez les Touaregs Chez les Touaregs, une vaste scène céleste embrasse la Ceinture d’Orion (δεζ Ori) et les Pléiades, en passant par les Hyades. Amanar, « le Guide », qui occupe l’espace d’Orion, et Kukyahad, dont le sens est inconnu, et qui est centré sur trois étoiles des Hyades (peut-être α, θ et δ Tau), se battent pour quelques graines de cueillette (des Boerhavia L. ou belles-de-nuit) sous les yeux des épouses qu’ils ont en commun, Shat ahad, les « Filles de la nuit ». Pierre Benoît les décrit ainsi dans son AtlantidePierre Benoit, L’Atlantide, Paris : Albin Michel (1919), éd. 1920, ., à partir du livre de l’explorateur Henri Duveyrier, Les Touaregs du Nord, paru à Paris en 1864Henri Duveyrier, Les Touaregs du Nord, Paris : Challamel Ainé, 1864, ..

Dans les cultures populaires du Maghreb Dans l’Ouest du Sahara, les populations arabophones voient la figure arabe de الجبار al-Gabbār, comme المشبوح [l-Məšbūḥ] « l’Homme les bras en croix, le Crucifié ». Il s’agit de ce mécréant du peuple de Ṯamūd, habitant l’Arabie septentrionale, qui égorgea la chamelle du prophète Ṣāliḥ, mentionné dans le Coran, VI, 71 ; XI, 64 et LIV, 29, et qui fut un des trois prophètes qui précéda Muḥammad, et qui fut durement châtié pour cet acteVincent Monteil, « Le ciel des Maures », in : Hespéris, Archives berbères et Bulletin de ‘’Institut des Hautes études marocaines, tome XXXI, 1949, .

Au Maghreb, comme dans certains pays du Machrek, le groupe δεζ Ori est nommé, à l’instar plusieurs groupes d’étoiles alignées, الميزان al-Mīzān, « la Balance ». Du fait qu’en regardant vers le sud en été, al-Mīzān se lève à l’est une heure après le coucher du soleil et se couche à l’ouest une heure avant le lever du soleil, il servait autrefois d’horloge de la nuit.

En Europe Au haut Moyen Âge, les clercs latins connaissaient le nom d’Orion par les encyclopédies et les quelques manuscrits des Aratea disponibles, et ils employèrent dès l’an mil le nom qu’ils trouvèrent dans les textes arabes. C’est en utilisant textuellement les versions de la Μαθηματική σύνταξις de Claude Ptolémée effectuées au par al-Ḥağğāğ b. Maṭar et Isḥāq b. ḤunaynClaudius Ptolemäus, Der Sternkatalog des Almagest, op. cit, ., que Gérard de Crémone donnait 1175 : Stellatio Orionis... et nominatur IeugeGérard de Crémone, Almagestum Cl. Ptolemei Pheludiensis Alexandrini astronomorum principis…, Venise : ex. Officina Petri Liechtenstein, 1515, fols. 85v-86r.. Nous retrouvons ce nom arabe accompagné de bien d’autres dans l’Uranometria de Johann Bayer (1603), qui écrit : Arab. Elgeuze, Elgebar, Algebar, Algebra et Geuze, ainsi que l’hébreu Kesil, qu’il attribue par erreur à l’arabe Johann Bayer, Uranometria, omnium asterismorum continens schemata, nova methodo delineata…, Augusta Vindelicorum : C. Mangus, 1603, fol. 35r.. Ce n’est qu’avec la nomenclature approuvée en 1930 par l’Union astronomique internationale (UAI) que cette appellation disparaîtra définitivement.