Le cantonais (, aussi connu sous le nom ) ou yue est une langue chinoise parlée particulièrement dans le sud de la Chine, dans les provinces du Guangdong et du Guangxi, à Hong Kong et à Macao.
D'un point de vue linguistique, il y a plus de différences entre le cantonais et le mandarin qu'entre l'espagnol et le français, mais la compréhension à l'écrit entre les différentes langues chinoises est assez bonne grâce aux sinogrammes, dont la plupart sont les mêmes.
À la différence du mandarin, qui n′emploie que quatre tons, la prononciation du cantonais en connaît neuf, c'est-à-dire que certaines syllabes peuvent se prononcer de neuf façons différentes, en fonction de l'intonation et de l'inflexion données à la voix. De plus, les syllabes cantonaises se terminent souvent avec une consonne (-p / -b, -m, -n, -ng, -g / -k, -d / -t), alors qu'en mandarin, on ne trouve que les voyelles et deux consonnes nasales (-n, -ng) à la fin d'une syllabe.
Il s'écrit au moyen des sinogrammes, dont un certain nombre lui sont propres et/ou ne se retrouvent plus en mandarin (qui peut cependant les prononcer ou les utiliser de manière bien moins fréquente et dans des emplois très limités). Par exemple (transcriptions jyutping) : 佢 keoi5, « il, lui » (se prononce qú en mandarin mais n'a pas de sens ; on utilisera 他 tā) ; 冇 mou5, « ne pas avoir » (mandarin mǎo, pas de sens, équivalent de 沒有 méiyǒu) ; 唔 m4, [négation] (mandarin wú, où il sert d'onomatopée rare ; équivalent de 不 bù) ; 係 hai6, « être » (mandarin xì, où il signifie « lier » ; équivalent de 是 shì); 乜 mat1, « quoi » (mandarin mie, pas de sens, équivalent de 甚麼/什么 shénme).
Cantonais standard Le cantonais standard est une variété du cantonais, généralement considérée comme sa . Elle est parlée par les natifs des villes de Wuzhou, Canton, Hong Kong et Macao dans le sud de la Chine, et dans les régions environnantes. Elle est également parlée par une partie importante de la diaspora chinoise originaire de la province de Guangdong à Singapour, en Malaisie, au Canada, aux États-Unis, en Australie, en Europe et ailleurs. Historiquement, le cantonais fut la forme de la langue chinoise la plus parlée par les communautés de Chinois d'outre-mer en Occident, bien que la situation ait changé avec l'importance prise par le mandarin dans le monde chinois.
Le cantonais standard est généralement connu sous l'appellation de cantonais, bien que, dans les milieux scientifiques linguistiques, ce terme soit généralement utilisé pour évoquer la catégorie plus large cantonais (; Jyutping: Yuet6yue5). Le cantonais standard est aussi parfois appelé Le parler de Canton (; Jyutping: Gwong2dong1 Wa2) ou parler de la préfecture de Canton (; Jyutping: Gwong2zau1 Wa2, Gwong2fu2 Wa2).
Phonologie
Comme pour tout dialecte, la phonologie du cantonais standard varie selon les locuteurs. Contrairement à ce qui existe pour le mandarin standard, il n'y a pas d'instance officielle pour réguler le cantonais standard. En plus de la phonologie généralement admise par le corps enseignant, la télévision et la radio donnent également la norme. Diverses variations existent.
Il existe environ 630 combinaisons différentes pouvant former des jeux de syllabe (consonne initiale) et rimes syllabiques (reste de la syllabe), sans compter les tons. Certaines d'entre elles, telles que et (欸), (埲), (扃) sont rares de nos jours; certaines telles que et (隙), ou et (梗) qui a traditionnellement deux prononciations également correctes, mais une prononciation initiale unique (parce que la prononciation inusitée est unique pour ce seul mot) faisant dès lors disparaitre les sons inutilisés de la langue; alors que certaines telles que (擴), (胚), (錐), (痂) qui ont des prononciations standards alternatives qui se sont imposées (telles que , , et respectivement), faisait aussi disparaitre certains sons de la langue journalière; et également d'autres telles que (謋), (揈), (耷) sont devenues extrêmement populaires (erronément), considérées comme issues d'emprunt, alors qu'elles sont issues d'usages anciens du cantonais lui-même.
Par ailleurs, il existe de nouveaux mots en cantonais utilisés à Hong Kong, mais qui n'ont jamais été utilisés précédemment, tels que get1 (note : ceci est un usage non standard tel que n'a jamais été une finale valide / acceptée et reconnue pour le cantonais, bien que le son final soit apparu en cantonais vernaculaire auparavant, - notablement pour le classificateur des substances collantes, tels la boue, la colle, le chewing gum, etc.), dont le son est emprunté du mot anglais gag (comme en français), pour désigner le fait d'amuser autrui avec une blague (si possible visuelle).
Initiales Les initiales sont les consonnes possibles d'une syllabe. Ci-dessous figure un inventaire du cantonais standard tel qu'établi par l'API : LabialesCoronalesAffriquéesPalatalesVélairesLabio-vélaireGlottalesOcclusivesnon aspirées ()aspirées Nasales Fricatives Spirantes
On note le contraste de l'aspiration et l'absence de contraste de phonation pour les consonnes occlusives. Les sifflantes affriquées sont groupées avec les arrêts pour la facilité de présentation.
Certains linguistes préfèrent analyser et comme faisant partie des finales pour les rendre analogues à et en mandarin standard, particulièrement en phonologie comparative. Cependant, depuis que les têtes de finales apparaissent seulement avec les , ou , les analyser comme partie des initiales diminue grandement le nombre des finales en n'ajoutant que quatre initiales. Certains linguistes analysent (coup de glotte) quand une voyelle autre que , ou commence une syllabe.
La position des consonnes coronales varie des consonnes dentales jusqu'aux consonnes alvéolaires, avec et plus dentales. La position des consonnes sifflantes , , et sont alvéolaires.
Certains locuteurs natifs ne peuvent faire de distinction entre et , ainsi qu'entre et l'initiale nulle. Ils prononcent seulement et l'initiale nulle.
Finales vignette|droite| utilisé en cantonais Les finales (ou rimes) sont ce qu'il reste de la syllabe après que l'on a enlevé l'initiale. Il existe deux types de finales en cantonais, selon la quantité vocalique. Le tableau suivant présente toutes les finales possibles en cantonais standard telles qu'elles figurent dans le système IPA: Ø - / - -¹ -¹ -¹ - -¹ -¹ ¹ - Nasales syllabiques : ¹Les finales , , , , et n'apparaissent que dans le discours informel. Elles sont généralement absentes des analyses et des romanisations.
Tons Le cantonais standard comporte six contours de ton distincts.
vignette|Représentation des six tons du cantonais avec des exemples et le numéro de ton Jyutping/Yale ()
Nom de tonYin Ping(陰平)Yin Shang(陰上)Yin Qu(陰去)Yang Ping(陽平)Yang Shang(陽上)Yang Qu(陽去)Contour˥ / ˥˧˧˥˧˨˩ / ˩˩˧˨Descriptionton haut / ton haut descendantton médian montantton médianton descendant / ton très baston légèrement montantton basNuméro123456Exemples詩史試時市是Romanisation (Yale)sī or sìsísisīh or sìhsíhsih
Pour répondre aux exigences des règles de la poésie chinoise, les premier et quatrième tons sont généralement regroupés dans la « catégorie (tons) plats » (平聲), alors que les autres sont plutôt qualifiés d'« obliques » (仄聲).
À Hong Kong, le premier ton peut être aussi bien haut niveau ou haut descendant sans que cela n'affecte la signification des mots prononcés. La plupart des locuteurs de Hong Kong ne sont en général pas conscients de ces variations. À Guangzhou, le haut descendant est le plus fréquemment entendu.
Les nombres « 394052786 » prononcés en cantonais, donneront les 9 tons dans l'ordre conventionnel de la romanisation Yale : saam1, gau2, sei3, ling4, ng5, yi6, chat7, baat8, luk9), donnant dès lors un bon moyen mnémotechnique pour se souvenir de ces tons.
Il n'y a pas actuellement plus de niveaux de ton en cantonais standard qu'en mandarin standard (trois si l'on exclut le ton tombant inférieur du cantonais), mais le cantonais a un jeu plus complet de sept tons.
Le cantonais standard préserve pour l'essentiel les tons du chinois médiéval de la façon présentée ci-dessous. Chinois médiévalCantonais standardToneInitialVoyelle centraleNom de tonContour de tonNuméro de tonPingV− Yin Ping˥ / ˥˧1V+Yang Ping˨˩ / ˩4ShangV−Yin Shang˧˥2V+Yang Shang˩˧5QuV−Yin Qu˧3V+Yang Qu˨6
V− = consonne sourde initiale, V+ = consonne sonore initiale. La distinction sourde / sonore existait dans le chinois médiéval, mais a été perdue en cantonais, seulement préservée en les différences tonales.
Glissements phonologiques À l'instar d'autres langues, le cantonais est en proie à des changements phonétiques, par lesquels de plus en plus de locuteurs utilisent un son spécifique jusqu'à ce que celui-ci devienne la norme.
Changements anciens Un glissement connu qui a modifié le cantonais par le passé est la perte de la distinction entre les consonnes sibilantes alvéolaires et les alvéo-palatales (parfois appelées postalvéolaires), changement intervenu entre la fin du et le début du . Cette distinction était mentionnée dans de nombreux dictionnaires et les guides de prononciation jusque dans les années 1950, mais ne se retrouve pas dans le cantonais moderne.
Quelques publications qui mentionnent la distinction : Williams, S., A Tonic Dictionary of the Chinese Language in the Canton Dialect, 1856. Cowles, R., A Pocket Dictionary of Cantonese, 1914. Meyer, B. and Wempe, T., The Student's Cantonese-English Dictionary, , 1947. Chao, Y. Cantonese Primer, 1947.
La dépalatalisation des consonnes sibilantes a désormais rendu unique des prononciations de mots anciennement distinctes. Par ailleurs, cette distinction est toujours en vigueur dans le mandarin standard moderne, où les anciennes consonnes sibilantes du cantonais correspondent aux consonnes rétroflexes sibilantes en mandarin. Par exemple : Catégorie de sibilanteCaractèreCantonais moderneCantonais ancienMandarin standardAffricative non aspirée將 (alvéolaire) (alvéolaire) (alvéolo-palatale)張 (alvéolo-palatale) (rétroflexe)Affricative aspirée槍 (alvéolaire) (alvéolaire) (alvéolo-palatale)昌 (alvéolo-palatale) (rétroflexe)Fricative相 (alvéolaire) (alvéolaire) (alveolo-palatal)傷 (alvéolo-palatale) (rétroflexe)
Bien que les observateurs mentionnés ci-dessus observent cette distinction, la plupart d'entre eux ont également noté le phénomène de dépalatisation déjà à l’œuvre à l'époque. Williams (1856) écrit : Les initiales ch et ts sont en permanence confondues, et certaines personnes sont tout à fait incapables de détecter une différence entre les deux, prononçant plus fréquemment ts pour ch que le contraire.
Cowles (1914) ajoute : l'initiale « s » peut être entendue comme l'initiale « sh » et vice versa.Un vestige de cette différence de palatisation se retrouve parfois dans la romanisation du cantonais du Gouvernement de Hong Kong. Par exemple, de nombreux noms sont épelés avec sh bien que le « son sh » () ne soit plus utilisé pour ces mots. Par exemple le prénom 石 (), généralement romanisé en Shek, et le nom de lieux tels Sha Tin (沙田; ).
Les sibilantes alvéolo-palatales apparaissent de même avec les sibilantes rétroflexes en mandarin, les sibilantes alvéolo-palatales apparaissant seulement avant , ou . Cependant, la mandarin garde les médianes, où et peuvent apparaitre, comme dans les exemples ci-dessus. Le cantonais a perdu ses médianes il y a un certain temps, réduisant d'autant pour ses locuteurs leur capacité de distinguer les initiales sibilantes.
Changements actuels
Dans le Hong Kong actuel, de nombreux jeunes locuteurs natifs ne sont plus en mesure de distinguer certaines paires de phonèmes, et les confondent dès lors en un seul. Bien que cela soit parfois considéré comme un sous-standard et dénoncé comme des « sons altérés » (懶音), ce phénomène gagne du terrain et commence à influer sur d'autres régions où le cantonais est parlé.