L'Humanité est un quotidien français fondé en 1904 par Jean Jaurès. Sa ligne éditoriale est liée dès ses débuts à la gauche.

Premièrement proche du socialisme, en tant qu'organe de la Section française de l'Internationale ouvrière, parti de son fondateur, le journal devient communiste à l'issue du congrès de Tours en 1920. Il est alors l'organe officiel du Parti communiste français jusqu'en 1994. Il en reste ensuite très proche, bien que la rédaction ouvre ses pages à d'autres composantes de la gauche.

Il organise depuis 1930 la Fête de l'Humanité.

Le journal est édité par la Société nouvelle du journal l'Humanité, dirigée par Fabien Gay.

Historique du journal La naissance du quotidien socialiste L'Humanité (1904)

Sur les conseils de Lucien Herr et Léon Blum, Aristide Briand, René Viviani et Francis de Pressensé, Jean Jaurès tente dans un premier temps de racheter La Petite République, où il a cessé d'écrire en , tentative qui échoue en à la suite du refus du dirigeant Alfred Léon Gérault-Richard, et donne lieu à la volonté de créer un nouveau journal.. Celui-ci prendra le nom de L'Humanité sur une idée de Lucien Herr, camarade normalien de Jaurès, pionnier du socialisme et rédacteur des pages internationales.. L'intellectuel Lucien Lévy-Bruhl, rallié au socialisme par l’affaire Dreyfus et ami très proche de Lucien Herr et Jean Jaurès, pourvoit une grande partie des fonds. Via Cairn.info.. Le reste des fonds provient du publiciste Léon Picard (deuxième principal actionnaire après Lévy-Bruhl), des frères Louis-Dreyfus, M. Sachs, Salomon Reinach et Albert Lévy-Brahm, inspecteur des écoles : on trouve ainsi des hommes d’affaires ou des personnalités israélites reconnaissantes à Jaurès de son action en faveur de DreyfusMicheline Dupuy, Le Petit Parisien, le plus fort tirage des journaux du monde entier, éditions Plon, 1989, p. 73 : .. Des journalistes y contribuent aussi dont Francis de Pressensé, Aristide Briand et Gustave Rouanet, outre Jean Jaurès et Lucien Herr. Une société par actions est constituée, dont la première assemblée générale se tient chez Jean Jaurès le : un conseil d’administration de trois membres est formé, constitué par Lucien Herr, Gustave Rouanet (élu président et administrateur délégué) et l'éditeur H. Casevitz, tous trois amis personnels de Jaurès. Le capital de la société est de francs, répartis en 880 actions dont la moitié sont attribuées à Jaurès, directeur politique. À l'instigation notamment d'Urbain Gohier, la presse antisémite ainsi que La Guerre sociale (titre de droite) dénoncent un journal créé grâce à et répand la rumeur selon laquelle les Rothschild auraient avancé des fonds. gauche|vignette|325x325px|L'Humanité, édition avec les portraits des fondateurs : Philippe Landrieu (administrateur), Louis Dubreuilh, Brack, Marcel Cachin, Maurice Allard, Marcel Sembat, Compère-Morel, Pierre Renaudel et Jean Jaurès. Le premier numéro de L'Humanité paraît le lundi . Journal de quatre pages vendu cinq centimes et tiré à ., son fondateur Jean Jaurès, explique que ce nouveau quotidien socialiste (qui a alors comme sous-titre de la manchette « Journal socialiste quotidien »Une du premier numéro de L'Humanité, sur Gallica.) doit être dans un premier temps un outil pour l'unification du mouvement socialiste français et, par la suite, un des leviers de la lutte révolutionnaire contre le capitalisme.. La rédaction s'installe 110, rue de Richelieu dans le quartier de la presse, puis, en raison du loyer excessif, 27, rue du Croissant à partir du premier et, le , lors du passage aux six pages, au 142, rue MontmartreLes sièges successifs seront : 110, rue Richelieu le 18 avril 1904 ; 27, rue du Croissant le ; 16, rue du Croissant le 25 novembre 1912 ; 142, rue Montmartre le 24 juillet 1913 ; 138, rue Montmartre le 14 août 1931 ; 18, rue d'Enghien le 21 août 1944 ; 37, rue du Louvre le ; 6, boulevard Poissonnière le 10 mars 1956 ; 32, rue Jean-Jaurès (Saint-Denis) le 25 mars 1989. D'après ...

Dans son premier éditorial intitulé « Notre but », Jaurès souhaite fixer deux règles de fonctionnement à son nouveau journal : la recherche d'information étendue et exacte pour donner , et l'indépendance financièreLe financement du journal à sa naissance a suscité des polémiques dans les années 1930. L'article qui fait autorité sur la question est celui de Pierre Albert : Les sociétés du journal L'Humanité de 1904 à 1920 dans Christian Delporte, Claude Pennetier, Jean-François Sirinelli et Serge Wolikow (sous la direction de), L'Humanité de Jaurès à nos jours, Nouveau Monde éditions, 2004 (). Ses conclusions restent ouvertes. Il donne la liste des actionnaires de la première Société du journal (1904) et de la seconde (1907). Lors de sa création, L'Humanité bénéficie de soutiens dans la bourgeoisie dreyfusarde et notamment dans la bourgeoisie juive, comme l'a rappelé Madeleine Rebérioux dans L'Humanité en 1904, publié par L'Humanité du 31 janvier- (repris dans les Cahiers Jaurès , janvier-mars 2004). Jaurès est alors le grand orateur de la délégation des gauches (socialistes du PSF, radicaux-socialistes et radicaux, modérés de l'Alliance républicaine démocratique) qui soutient le gouvernement Combes et l'affaire Dreyfus est encore dans toutes les mémoires (Jaurès prononce en 1903 son grand discours pour la réhabilitation du capitaine qui sera acquise en 1906). Ainsi les frères Louis-Dreyfus, importants banquiers et négociants en céréales, sans liens de parenté avec Alfred Dreyfus, font partie des principaux souscripteurs. Des polémistes de La Guerre sociale (16 et 22 novembre 1910) (extrême-gauche) comme Francis Delaisi, ou du Matin (3, 6 et 10 juin 1934) (droite), entre autres, ont ensuite prétendu que les fonds importants apportés par Lévy-Bruhl et Picard recouvraient d'autres souscripteurs désirant rester anonymes. C'est possible, mais rien de certain ne peut être établi… On parla des Rothschild, de la Compagnie des agents de change, de la marquise républicaine et anticléricale Arconati-Visconti, du Parti ouvrier belge, etc..

L'Humanité de Jaurès (1904-1914) vignette|gauche|Jean Jaurès lisant L'Humanité.

vignette|Extrait d'une caricature de L'Humanité publiée le , montrant le sénateur radical Clemenceau et le président de la République Poincaré réconciliés dans un soutien commun à la loi des Trois ans.

Lors de sa naissance en 1904Informations sur cette période rédigées par Jean-Noël Jeanneney., L'Humanité ne représente qu'une partie du mouvement socialiste français. Au sein de sa rédaction figurent notamment René Viviani, Aristide Briand, Léon Blum, Jean Longuet, Lucien Herr, Jean Allemane, Octave Mirbeau, Henry de Jouvenel, Abel Hermant, Michel Zevaco et Albert Thomas.

vignette|Une de L'Humanité du consacrée aux « mouchards » supposés utilisés par la police de Clemenceau lors de la grève de Draveil-Villeneuve-Saint-Georges de 1908.

L'unification des socialistes français au sein de la SFIO en 1905 ouvre le journal à l'ensemble du mouvement socialiste français (notamment aux guesdistes). En 1911, la SFIO fait de L'Humanité son organe officiel lors du congrès de Saint-Quentin.

Dans le contexte international de plus en plus tendu du début du , le journal de Jaurès défend résolument des positions pacifistes et antimilitaristes en accord avec l'internationalisme du mouvement ouvrier. Le journal est également très présent dans le combat pour la laïcité et se veut le défenseur de la classe ouvrière.

Ces dix premières années sont difficiles économiquement pour le journal. Après un lancement réussi à , le journal tombe à en 1905. Il remonte ensuite lentement avec en 1912.

Durant l'été 1914, la vie du journal est totalement bouleversée par deux événements : l'assassinat de son directeur Jean Jaurès par le nationaliste Raoul Villain au café du Croissant le ; le déclenchement de la Première Guerre mondiale.

L'Humanité et la Première Guerre mondiale (1914-1920) Le déclenchement de la guerre, la mort de Jean Jaurès et le ralliement de la majorité des dirigeants socialistes français à l'Union sacrée transforment brutalement le journal durant l'été 1914, qui tire à cette époque à environ , contre pour La Guerre sociale de Gustave HervéJean Touchard, La gauche en France depuis 1900, éd. du Seuil, 1977, (chapitre « Une conscience de gauche ? »)..

Pierre Renaudel succède à Jaurès et choisit une ligne éditoriale favorable à la guerre au nom de la défense de la République. Selon l'historien Alexandre Courban, le journal se trouve alors pris sous une triple contrainte : contrainte étatique avec la censure ; contrainte partisane (les socialistes majoritaires favorables à la guerre imposent leur ligne) ; contrainte économique du fait du rationnement. vignette|gauche| Dessin de Moriss, « Tu es sûr que ce n'est pas un embusqué ? », L’Humanité du 6 décembre 1915.

Au cours de cette période, L’Humanité participe à l’Union sacrée et informe, par exemple, ses lecteurs des atrocités commises par l’armée allemande sur la population civile de la Belgique et des régions du Nord de la France mais sur un ton mesuré et objectif : le journal ne s’associe pas au bourrage de crâne de la majorité de la grande presse et en dénonce les outrances autant que le permettent les contraintes de la censure. Ainsi le numéro du proteste contre ceux qui annoncent les Russes à , soit cinq étapes pour parvenir à Berlin (une marche quotidienne de pour une armée de fantassins à pied !)..

Par ailleurs, L’Humanité s’oppose à la chasse aux embusqués répandue dans les colonnes des principaux journaux et défend la mobilisation industrielle, ainsi dans un article de février 1915 du député Bracke et dans un autre article de Louis Dubreuilh : ..

Finalement en octobre 1918, Pierre Renaudel est remplacé à la tête de L'Humanité par Marcel Cachin. Ce changement traduit la prise de distance croissante des socialistes avec l'Union sacrée.

Le correspondant de L’Humanité à Pétrograd, Boris Kritchevski (1866-1919), militant socialiste russe, écrit des articles d' à . Certains articles, assez critiques au sujet des bolcheviks, n'étaient pas publiés par le journalSes textes furent tous rassemblés par les éditions Félix Alcan en 1919 en un volume intitulé Vers la catastrophe russe. Lettres de Pétrograd au journal "L’Humanité" : octobre 1917-février 1918..

L'Humanité : organe du Parti communiste français durant l'entre-deux-guerres (1920-1939) vignette|Paul Vaillant-Couturier, député de la Seine, rédacteur en chef de l'Humanité. vignette|Fête de l'Humanité 1937, Garches. Verso de carte postale imprimé avec un simili timbre « Marcel Cachin ». Carte éditée par le Comité de défense de l'Humanité, « pour une presse libre et propre ». L'année 1920 est un nouveau tournant pour L'Humanité. En effet lors du Congrès de Tours de la SFIO, les deux tiers des délégués votent l'adhésion à l'Internationale communiste, transformant la SFIO en « Section française de l'Internationale communiste » (plus tard Parti communiste). Le journal suit la majorité et devient donc l'organe officiel de la jeune SFIC.

Durant cette période, la ligne éditoriale du journal suit la ligne politique du PC. La stalinisation du parti entraîne le départ de plusieurs plumes de L'Humanité, comme Alfred Rosmer, Boris Souvarine, Pierre Monatte, Amédée Dunois, Pierre Kaan. Dans les années 1920, le journal mène une intense campagne contre la guerre du Rif. En 1926, Paul Vaillant-Couturier devient rédacteur en chef. Sous sa direction dans les années 1930, le journal dépasse les notamment au début du Front populaire. L'Humanité insiste alors sur l'antifascisme, sur la défense de la République espagnole et prône le modèle de l'URSS de Staline.