Charlotte de Belgique, née le au château de Laeken (Belgique) et morte le au château de Bouchout à Meise (Belgique), est une princesse de Belgique, princesse de Saxe-Cobourg et Gotha et duchesse en Saxe. Elle est l'unique fille de , roi des Belges, et de la reine Louise. En qualité d'épouse de l'archiduc Maximilien d'Autriche, vice-roi de Lombardie-Vénétie puis empereur du Mexique, elle devient, en 1857, archiduchesse d'Autriche, puis, en 1864, impératrice du Mexique.

Charlotte demeure un peu plus de deux années au Mexique. Elle seconde son mari, qui la laisse gouverner lors de ses absences de Mexico. Lorsque l'empereur ordonne le retrait de l'aide militaire française destinée à appuyer le pouvoir impérial de Maximilien, la situation du couple impérial mexicain devient intenable. De sa propre initiative, Charlotte décide de se rendre personnellement en Europe afin de tenter une ultime démarche auprès de l'empereur des Français et du Saint-Siège.

Elle débarque en France en , mais essuie les refus successifs de l'empereur et du pape . À Rome, sa santé mentale paraît compromise au point qu'un médecin aliéniste préconise le confinement de Charlotte dans sa propriété de Miramare. C'est au cours de son séjour en résidence surveillée que l'empereur Maximilien est fusillé au Mexique en . Ignorant qu'elle est veuve, Charlotte est ramenée en Belgique. Elle y demeure près de soixante ans dans un état psychique délétère, donnant lieu depuis lors à de nombreuses spéculations, avant de mourir en 1927.

Biographie

Premières années vignette|redresse|gauche|alt=Huile sur toile représentant Charlotte en robe de satin clair.|Charlotte de Belgique par Franz Xaver Winterhalter en 1842. Marie Charlotte Amélie Auguste Victoire Clémentine Léopoldine de Saxe-Cobourg et Gotha, plus connue sous le nom de Charlotte de Belgique, est la fille du roi des Belges et de la reine Louise d'Orléans. Son prénom rend hommage à la défunte princesse de Galles, première épouse de son père. Elle est le quatrième et dernier enfant et la seule fille du couple, après Louis-Philippe (mort à moins d'un an en 1834), Léopold (né en 1835) et Philippe (né en 1837). La dernière grossesse de la reine est difficile au point que l'on craint en avril une fausse couche, mais le à une heure du matin, Charlotte naît en bonne santé. Initialement déçu par la naissance d'une fille, qui n'est pas dynaste en Belgique à cette époque, le roi est peu à peu charmé par sa fille qui devient sa favorite. Petite-fille par sa mère du roi des Français et cousine de la reine Victoria, Charlotte effectue des séjours réguliers à Ostende en été et passe de longues vacances chez ses grands-parents maternels dans les résidences royales françaises et chez sa cousine à Windsor. vignette|droite|alt=Léopold et sa famille : de gauche à droite le futur Léopold II et son père en uniforme militaire, Charlotte, Louise en robe de cour et Philippe en uniforme militaire.| et sa famille par Charles Baugniet vers 1850. À la mort de sa mère, le , Charlotte n'a que . La petite fille turbulente et expansive devient rapidement une adolescente pensive et introvertie. La défunte reine Louise supervisait personnellement l'éducation et l'instruction des enfants royaux. Respectant les souhaits de la défunte, le roi désigne la comtesse Denise d'Hulst, une aristocrate française, pour veiller particulièrement sur Charlotte, dont elle devient la gouvernante. Fuyant Laeken dès qu'il le peut, le roi Léopold est peu présent auprès de ses enfants, qui en pâtissent. Très tôt, Charlotte est à même de s'exprimer à l'oral et à l'écrit en français, anglais et allemand. Son instruction religieuse est confiée au père Victor-Auguste Dechamps, plus tard cardinal et archevêque de Malines et donc primat de Belgique. La religion tient une place majeure dans la vie de la princesse..

Le roi Léopold exige que ses enfants effectuent de fréquents examens de conscience, estimant que les têtes couronnées doivent posséder une grande force de caractère. Après le retour de madame d'Hulst en France, c'est la comtesse Marie-Auguste de Bovée, sa nouvelle gouvernante, qui éduque Charlotte, l'engageant à lire et méditer quotidiennement L'Imitation de Jésus-Christ. À , son auteur favori est Plutarque, tandis qu'elle juge Ovide puéril. Très tôt, elle est persuadée que les princes devront rendre davantage de comptes à Dieu que le reste de l'humanité. Sa manie d'apprendre lui rend la société insipide, écrit-elle à . À cet âge, elle est considérée comme une beauté distante, consciente de sa dignité et cherchant à atteindre une inaccessible perfection morale. Elle a tendance à juger sévèrement son entourage et s'entend davantage avec son frère Philippe qu'avec Léopold.

Union avec Maximilien de Habsbourg-Lorraine vignette|redresse|alt=Photographie représentant Charlotte en robe à crinoline au bras de Maximilien en habit civil|La princesse Charlotte et son fiancé l'archiduc Maximilien photographiés par Louis-Joseph Ghémar (1857). En 1856, alors que Charlotte s'apprête à fêter ses seize ans, deux prétendants sollicitent sa main : le prince Georges de Saxe et le roi . Ce dernier est le candidat favori de la reine Victoria et aussi du roi Léopold. Par choix personnel, et sous l'influence de madame d'Hulst affirmant qu'à la cour portugaise aucun prêtre ne la comprendra, Charlotte décline l'offre de mariage avec le roi . Elle explique :

Au mois de , la princesse rencontre à Bruxelles l'archiduc Maximilien d'Autriche, frère cadet de l'empereur François-Joseph. Elle est immédiatement charmée par ce prince de huit ans son aîné : ce sera lui qu'elle épousera. Son père lui laisse d'ailleurs le choix de son futur époux ; comme elle en témoigne dans une lettre adressée à sa grand-mère Marie-Amélie : . Quant au roi Léopold, il écrit à son futur gendre : . Charlotte déclare : . Les fiançailles sont conclues le .

Charlotte est littéralement exaltée par la perspective de son mariage avec Maximilien. Elle ne tarit pas d'éloges sur son fiancé, auquel elle imagine un destin d'exception. Elle ignore cependant qu'après leur première rencontre, Maximilien serait rentré à Vienne sans même mentionner Charlotte. S'il reste favorable à la proposition de mariage belge, il ne manifeste pas d'enthousiasme et n'est pas amoureux. Opportuniste, il négocie âprement la dot de sa promise. Jusqu'ici, Maximilien, prisant les arts, l'architecture flamboyante et les vastes domaines, ne peut donner corps à ses projets, ni mener le train de vie qu'il souhaite. L'archiduc dit de sa fiancée : . Le mariage est célébré le , au palais royal de Bruxelles. Cette nouvelle alliance avec la maison de Habsbourg-Lorraine conforte la légitimité de la dynastie belge – encore récente – au sein des maisons souveraines fières de leur ancienneté.

Charlotte en Italie vignette|droite|alt=Huile sur toile représentant un groupe d'aristocrates sur un débarcadère au pied duquel est arrimée une barque sur laquelle deux princes et un équipage de marins se tiennent debout|Visite de l'impératrice Élisabeth au château de Miramare en 1861. Charlotte de Belgique (en toilette rose) accueille Élisabeth pendant que Maximilien et son frère l'empereur d'Autriche attendent à bord par Cesare Dell'Acqua (1865). vignette|droite|alt=Photographie en couleurs représentant le château de Miramare de couleur claire et de style éclectique dominant la mer|Le château de Miramare au début du . En , l'empereur d'Autriche nomme son frère Maximilien vice-roi du royaume lombardo-vénitien. Après une courte halte à Schönbrunn, où ils rencontrent la famille impériale autrichienne, les jeunes mariés se rendent à Miramare (que Charlotte découvre), où ils demeurent durant huit jours. Ils visitent ensuite Venise et Vérone. Le , Charlotte et Maximilien font leur entrée solennelle à Milan, où ils sont chaleureusement accueillis. Certains journaux prétendent que leur entrée aurait été ridicule en raison de leurs voitures et de leurs livrées. Léopold, duc de Brabant, écrit au comte de Flandre : .

En Italie, le couple archiducal réside officiellement à Milan, siège du gouvernement de Lombardie-Vénétie. Ils séjournent tantôt au Palais royal, tantôt à la villa de Monza au caractère plus intime. En sa qualité de gouverneur, Maximilien est doté d'une cour importante comprenant chambellans et majordomes. Charlotte est entourée d'une grande-maîtresse, de dames d'honneur et d'une suite nombreuse. C'est cependant à Venise que Charlotte se plaît le mieux. Lors des fêtes de Pâques de 1858, Maximilien et elle descendent le Grand Canal à bord d'une gondole d'apparat. Charlotte accomplit également des visites aux institutions de charité et aux écoles. De fastueuses fêtes et des bals sont donnés en l'honneur de la noblesse, mais les aristocrates y brillent par leur absence. En 1859, Charlotte acquiert l'île de Lokrum et son couvent en ruine. Elle fait procéder rapidement à la transformation de cette abbaye bénédictine en résidence secondaire. Sur le plan privé, Maximilien délaisse rapidement son épouse, qui se plaint après un an de mariage de sa solitude et de son ennui.

Le , Maximilien, jugé par le gouvernement de Vienne trop libéral dans les réformes qu'il souhaite entreprendre, trop indulgent à l'égard des rebelles italiens et trop dépensier, est contraint par son frère l'empereur d'Autriche de démissionner de sa fonction de vice-roi de Lombardie-Vénétie. Charlotte et Maximilien se retirent dès lors au château de Miramare à l'une des extrémités du golfe de Trieste. La construction du château se termine en 1860 selon les plans de Maximilien et grâce à la dot de Charlotte. Son frère, le futur , ne manque pas de noter dans son journal : . Lors de cet exil doré mais forcé à Miramare, Charlotte brosse un portrait idyllique de cette retraite au cours de laquelle l'éloignement des époux devient de plus en plus marqué. Pour tromper son ennui, Charlotte pratique l'équitation, peint et nage. Quant à leur vie conjugale, elle est réduite à néant.

vignette|alt=On aperçoit Charlotte et Maximilien, en uniforme d'amiral, à la sortie de l'église, où les attend le maréchal O'Donnell, chef de l'armée espagnole, et son état-major.|Visite de Maximilien et Charlotte à Tétouan en . Gravure de Gustave Janet. Entretemps, Maximilien et Charlotte entreprennent un voyage à bord du yacht Fantasia, qui les mène jusqu'à Madère en , sur les lieux où la princesse Marie-Amélie du Brésil, jadis fiancée à Maximilien, est morte six ans auparavant. Là, Maximilien est en proie à d'intenses regrets mélancoliques. Souffrante, Charlotte reste seule à Funchal durant trois mois, tandis que son époux poursuit seul son pèlerinage sur les traces de sa défunte fiancée jusqu'au Brésil où il visite trois états : d'abord Bahia, puis Rio de Janeiro et enfin Espírito Santo. Au retour de son périple, Maximilien revient par Funchal, où Charlotte et lui s'apprêtent à rentrer en Europe, non sans avoir fait une escale à Tétouan, où ils accostent le .

Le , parvient à Miramare une délégation de notables mexicains qui offrent officiellement à l'archiduc la couronne de leur pays. En réalité, les négociations à ce sujet sont en cours depuis plus de deux ans : rêve de créer un empire latin et catholique qui limiterait l'influence des États-Unis d'Amérique alors en proie à la guerre de Sécession. L'empereur des Français promet de soutenir militairement Maximilien si celui-ci accepte de partir pour le Mexique. Toutefois, l'archiduc hésite et tarde à accepter de tenter l'aventure. Il subordonne son assentiment à la ratification par le peuple mexicain du choix des notables et exige des garanties pour assurer le pays contre les dangers qui menacent son indépendance et son intégrité. Quant à Charlotte, elle estime que la réception de la couronne mexicaine constitue une mission visant à ramener l'ordre et la civilisation sous la bannière des Habsbourg, qui régneraient de nouveau sur un empire où le soleil ne se couche jamais.

Impératrice du Mexique