L'Aigle est une constellation située à peu près sur l'équateur céleste. Dotée d'étoiles brillantes, elle fut répertoriée par Aratos de SolesLehttps://commons.wikimedia.org/wiki/File:Relief_Im-dugud_Louvre_AO2783.jpg?uselang=ens Phénomènes : Plus loin est une autre flèche qui n'a pas été lancée par un arc. Le Cygne vole près d'elle, mais il est plus boréal. On a nommé un autre oiseau proche de lui et moins grand. Il est orageux en sortant de la mer, à la fin de la nuit., puis par Ptolémée dès le .

Nomenclature, histoire et mythologie vignette|gauche|Relief votif représentant Anzû (ca. 2500 av. è. c.), site de Tello, ancienne cité de Girsu. vignette|gauche|Ninurta combattant Anzû, bas-relief d’un temple de Nimroud d’époque assyrienne. En Mésopotamie Nous trouvons d’abord l’étoile mul.TI8.mušen = Erû, « l’Aigle », qui est emblématique du mois de tebētu (décembre-janvier) sur le chemin d’ENLIL, soit dans la zone boréale du ciel. Les astronomes l’affectent sans hésitation à Alpha Aquilae. Nous la retrouvons à plusieurs reprises dans les textes du millénaire alors que le ciel est déjà contexturé en constellations, mais nous ne trouvons pas d’autres étoiles affectées à la même figure. Il ne fait pourtant aucun doute qu’il s’agit bien d’une constellation, comme le prouveront les Grecs puis les Anciens Arabes en l’acclimatant à leurs ciels respectifs (cfr. ci-dessous).

Cette figure est, dans le mythologie mésopotamienne, le monstre léontocéphale ailé IM.DUGUD = Anzû, porté à la postérité par un mythe célèbre. Rêvant de puissance, ce dernier dérobe les « tables du Destin » sur lesquelles est fixé le destin de tout être et s’enfuit dans les montagnes de l’Est, provoquant la terreur des dieux. C’est devant leur assemblée que Ninurta, qui va devenir dieu de la Guerre, se dévoue pour affronter le monstre, et il parvient à terrasser grâce à une subterfuge trouvé par l’astucieux Ea, dieu de la SagesseJean Bottéro & Samuel Noah Kramer, « Le mythe d’Anzû », in Quand les dieux faisaient l’homme, Paris : Ndf/ Gallimard, Paris : 19989, rééd. 1993 / Ndf, pp. 389-418..

En Grèce et à Rome vignette|gauche|Aquila dans une édition des Aratea de Germanicus d’époque carolingienne (ca. 830-840). Les Grecs suivirent les Mésopotamiens qui connaissaient TE8 = Erû, « l’Aigle » : ils en firent Ἀετός, que Geminos disait être déjà connu d’Euctémon et de DémocriteAndré Le Bœuffle, Les Noms latins d’astres et de constellations, éd. Paris : Les Belles Lettres, 1977, pp. 111-112..

Dans la mythologie grecque, cette figure représentait l'aigle de Zeus. Elle fut mentionnée par les astronomes grecs Eudoxe de Cnide ( avant notre ère) et Aratos de Soles ( avant notre ère). Pour Ératosthène, il s’agit de l’aigle qui emporta au ciel Ganymède à Zeus pour qu’il en fît son échansonÉratosthène, Le Ciel, mythes et histoires des constellations, Pascal Charvet (dir.), Paris : Nil Éditions, 1998, p. 141..

De leur côté les Latins reprirent la transcription du nom grec, soit Aquila, à partir de Cicéron (106-43 av. è. c.) dans ses Aratea. On sait que l’empereur Hadrien donna le nom d’un jeune esclave aimé de, lui Ἀντίνοος - Antinoüs pour les Latins -, à l’astérisme d’Aquila censé représenter GanymèdeAndré Le Bœuffle, Les Noms latins…, op. cit., p. 111-113.. Ce n’est qu’en 1930 que l’Union astronomique internationale (UAI) fit disparaître cette représentation de son catalogue.

Chez les Arabes Nous avons, de façon habituelle deux représentations du ciel parallèles et non exclusives, le ciel arabe traditionnel formaté à partir des ou « stations lunaires », et le ciel formaté par les Grecs et adopté par les astronomes arabes au , ou ciel gréco-arabe.

En héritant du ciel formaté par les astronomes grecs au , les Arabes traduisirent par . De cette figure gréco-arabe, vient deux noms d’étoiles placées dans la Queue de l'Aigle, Deneb el Okab pour 'et la troncation de ce nom, Okab, affecté par l’UAI à sa voisine, .

Mais, bien avant de suivre l’astronomie grecque, les Arabes connaissaient la triade sous le nom de , « l’Aigle Volant », figure bien connue dans l’AntiquitéRoland Laffitte, « Des étoiles et des dieux », in: Le ciel des Arabes. Apport de l’uranographie arabe, Paris : Geuthner, 2012, pp. 35-43.. Ce nom lui vient, selon (964), que cet aigle a les ailes déployées, par opposition au groupe situé au-dessus de lui et nommé , « l’Aigle Tombant », qui laisse tomber ses ailes (voir la constellation de la Lyre Voir Hans Karl Frederik Christian Schjellerup, Description des étoiles fixes composée au milieu du de notre ère par l'astronome persan Abd-al-Rahman Al-Sûfi. Traduction littérale de deux manuscrits arabes de la Bibliothèque royale de Copenhague et de la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg…, Saint-Pétersbourg : Eggers et Cie, 1874, repr. Fuat Sezgin, , vol. XXVI, , 1997, p. 144.). Le plupart des étoiles de cette constellation viennent de cette figure, non seulement Altaïr pour , mais encore Alshain pour , Tarazed pour , et Al Mizan I, II et III pour δ, η et . vignette|gauche|Figure de العقاب dans le ciel gréco-arabe, d’après un traité de ᶜAbd al-Raḥmān al-Sūfī al-Ṣūfī, 1606, St-Péterbourg). vignette|droite|Les Deux aigles, النسر الواقع , « l’Aigle Tombant », et النسرالطاٸر , « l’Aigle Volant ».

En Europe Au Moyen Âge, les clercs latins connaissaient le nom d’Aquila par les encyclopédies et les quelques manuscrits des Aratea, c’est-à-dire les versions latines des d’Aratos, à leur disposition, mais il utilisèrent le nom qu’ils trouvèrent dans les textes arabes. C’est ainsi qu’en suivant textuellement les versions de la de Claude Ptolémée effectuées au par al-Ḥağğāğ b. Maṭar et Isḥāq b. ḤunaynClaudius Ptolemäus, Der Sternkatalog des Almagest. I. Die arabischen Übersetzungen, éd. par Paul Kunitzsch, Wiesbaden : Otto Harrassowitz, 1986, pp. (30 ?) ?, Gérard de Crémone donnait ca. 1175 : , ce que nous retrouvons dans l’Uranometria de Johann Bayer (1603)(la)Johann Bayer, Uranometria, omnium asterismorum continens schemata, nova methodo delineata…, Augusta Vindelicorum : C. Mangus, 1603, fol. 16r.. En français, Vautour volant sera encore présent dans les dictionnaires au . Ce n’est qu’avec la nomenclature approuvée en 1930 par l’Union astronomique internationale (UAI) que cette appellation disparaîtra définitivement. vignette|gauche|La figure d'Aquila chez John Flamsteed, 1876. vignette|droite|La figure dAquila enlevant Ganymède dans l, 1824.

En Inde

Dans la mythologie hindoue, les trois étoiles les plus évidentes de la constellation, formant la tête de l'animal, Alpha Aquilae/Altaïr, Beta Aquilae/Alshain et Gamma Aquilae/Tarazed représentaient l'empreinte du pied de Vishnou.

En Chine

Dans l'histoire chinoise de Qixi, Niu Lang (Altaïr) et ses deux enfants (Alshain et Tarazed) sont séparés de leur mère Zhi Nu (Véga) qui est située de l'autre côté de la Voie lactée (voir aussi Astrologie chinoise — Légende d'Altaïr et de Véga).

Bibliographie /Nomenclature . Paul Kunitzsch, Untersuchungen zur Sternnomenklatur der Araber, Wiesbaden : O. Harrassowitz, 1961. . . Otto Neugebauer & Richard A. Parker, Egyptian astronomical texts… 3. Decans, planets, constellations and zodiacs, 2 vol., Providence, R. I.: Brown university press / London: L. Humphries, 1969. .

Observation

Repérage de la constellation

thumb|left|Constellation de l'Aigle. thumb|left|Visibilité nocturne de la constellation. Animation explicitant le repérage des étoiles de l'Aigle.

La constellation de l'Aigle fait partie du triangle d'été.

Elle se reconnaît directement par l'alignement de trois étoiles dont Alpha Aquilae (Altaïr) est le centre, et β et les extrémités. Cet alignement forme la « tête » de l'aigle.

Si le grand carré de Pégase est visible, la constellation se trouve dans l'alignement du carré vers l'ouest.

Forme

La constellation est facile à visualiser, compacte et assez lumineuse (), mais sa tête toute en longueur fait plutôt penser à un ptérodactyle qu'à un aigle.

Le triangle dont les sommets sont γ Aql (sommet de la tête), θ Aql (bout de l'aile) et δ Aql (centre du corps) est sensiblement équilatéral, et marqué par des petits alignements intermédiaires d'étoiles assez brillantes. Partant de la tête de l'Aigle, centrée sur Altaïr, on repère facilement , l'extrémité de l'aile Est. De là, on remonte l'aile vers l'ouest par un petit alignement de trois étoiles qui passe par η Aql (variable) et tombe sur , au centre du corps de l'Aigle. Dans l'alignement du « corps », on peut voir μ Aql entre et . Dans le prolongement du « corps », on tombe sur λ Aql, qui marque le bout de la queue.

De l'autre côté, l'étoile brillante symétrique de est ζ Aql, qui marque l'aile Nord. À côté d'elle ε Aql, l'extrémité de l'aile. (Ces deux étoiles s'appellent Deneb Al Okab, ce qui signifie en fait « la queue du faucon »). Le bout de l'aile ε Aql - ζ Aql pointe vers , sur le cou, et de là vers .

Constellations voisines

L'étoile assez brillante que l'on peut voir dans le prolongement de l'aile θ-ν-δ après 10° est le bout de la queue du Serpent, .

L'autre aile pointe après 5° sur le bout du pied d'Hercule.

En face de la tête de l'aigle, au nord-est, on peut voir la forme très caractéristique du Dauphin, petit groupe d'étoiles assez serré, formant un quadrilatère. Au nord de la tête, on reconnaît la Flèche.

Dans le prolongement des deux étoiles rapprochées qui forment la queue de l'Aigle, et à l'ouest de cette queue, on trouve l'Écu de Sobieski, une petite constellation peu lumineuse.

Alignements

Altaïr est sur l'alignement qui part de la Grande Ourse, suivant la diagonale SO-NE de la « casserole ». Cet alignement passe par le cœur du Dragon et par sa tête, pour venir toucher Véga de la Lyre, puis Altaïr. L'alignement Véga - Altaïr permet de repérer 20° plus au sud α du Capricorne et les deux « pieds » du capricorne 15° plus loin ; et pour les observateurs situés suffisamment au sud, cet alignement se prolonge jusqu'à Al Na'ir (α Gruis), à une soixantaine de degrés d'Altaïr.

Dans l'axe du « corps » de l'aigle, on tombe sur la queue du Scorpion, à une quarantaine de degrés vers le sud. Elle n'est guère visible pour les observateurs au-dessus de 40°N.

Étoiles principales

Située juste sur la Voie lactée, l'Aigle recèle de nombreuses étoiles brillantes.

Altaïr (α Aquilae)

Altaïr (ou α Aquilae dans la désignation de Bayer), l'étoile la plus brillante de la constellation, brille d'une magnitude apparente de 0,77, ce qui fait d'elle la étoile la plus brillante du ciel nocturne. Son nom arabe al-nasr al-taïr signifie « l'Aigle en vol ». Elle est le centre d'un alignement presque parfait de trois étoiles, les Ailes de l'Aigle. Les deux autres étoiles de cette ligne sont Alshain et Tarazed (β et γ Aql). Altaïr est également l'un des sommets de l'astérisme connu sous le nom du Triangle d'été, avec Véga (α Lyrae) et Deneb (α Cygni).

Altaïr est également l'une des étoiles les plus proches, située à environ 17 années-lumière de la Terre. Il s'agit d'une étoile blanche de la séquence principale de type spectral A7n, qui tourne très rapidement sur elle-même en . Sa vitesse de rotation est si grande (elle atteint à l'équateur , soit plus de trois-cents fois celle du Soleil) que sa forme est celle d'un ellipsoïde nettement aplati. Son âge était généralement estimé à environ un milliard d'années, mais une modélisation plus adaptée à sa rotation rapide, et présentée dans une étude parue en 2020, a conduit à lui réviser son âge à 100 millions d'années seulement.

Alshain (β Aquilae)