vignette|upright=1.5|alt=Des vagues représentées par des chevaux blancs : substitution opérée par la métaphore|Substitution opérée par la métaphore : « Ils viennent les chevaux de la Mer ! »Jean Tardieu, La Grande marée de printemps, recueil Margeries, 2009.Huile sur toile par Walter Crane (1893).
Une figure de style, du latin , est un procédé d’écriture qui s’écarte de l’usage ordinaire de la langue et donne une expressivité particulière au propos. On parle également de figure rhétorique ou de figure du discours. Si certains auteurs établissent des distinctions dans la portée des deux expressions, l’usage courant en fait des synonymes.
Les figures de style, liées à l'origine à la rhétorique, sont généralement l’une des caractéristiques des textes qualifiés de « littéraires ». Elles sont cependant d’un emploi commun dans les interactions quotidiennes, écrites ou orales, du moins pour certaines d’entre elles, comme l’illustrent par exemple les métaphores injurieuses du capitaine Haddock.
De manière générale, les figures de style mettent en jeu : soit le sens des mots (figures de substitution comme la métaphore ou la litote, l’antithèse ou l’oxymore), soit leur sonorité (allitération, paronomase par exemple) soit enfin leur ordre dans la phrase (anaphore, gradation parmi les plus importantes). Elles se caractérisent par des opérations de transformation linguistique complexes, impliquant la volonté stylistique de l'énonciateur, l'effet recherché et produit sur l'interlocuteur, le contexte et l'univers culturel de référence également.
Chaque langue a ainsi ses propres figures de style ; leur traduction pose souvent des problèmes de fidélité par rapport à l'image recherchée. Par conséquent, cet article ne traite que des figures de style en langue française.
Les figures de style constituent un vaste ensemble complexe de procédés variés et à l’étude délicate. Les spécialistes ont identifié, depuis l’Antiquité gréco-romaine (avec Cicéron, Quintilien) des centaines de figures de style et leur ont attribué des noms savants, puis ont tenté de les classer (Fontanier, Dumarsais).
La linguistique moderne a renouvelé l’étude de ces procédés d’écriture en introduisant des critères nouveaux, d'identification et de classement, se fondant tour à tour sur la stylistique, la psycholinguistique ou la pragmatique. Les mécanismes des figures de style sont en effet l'objet de recherches neurolinguistiques et psychanalytiques.
Définition et caractéristiques Principe : un écart par rapport à l'usage normal de la langue L'auteur (du latin ) est, étymologiquement, « celui qui augmente, qui fait avancer ».. L'apport de l'écrivain provient pour partie de son style, c'est-à-dire de l'ensemble des moyens d'expression qu'il utilise dans son propos et qui traduisent sa personnalité ; ce que résume la formule célèbre de Buffon : ..
Cette manière d'écrire propre se fonde en particulier sur l'utilisation des figures de style, du latin , mot désignant la forme d'un objetEntrée « Figure », .203-205.. Celles-ci sont des écarts par rapport à la langue commune70..
L'auteur amplifie son discours en recourant aux figures, notamment par l'utilisation du langage imagé, mais pas seulement. C'est Pierre Fontanier le premier qui a développé la théorie de la figure-écartMême si le concept a été attribué à Paul Valéry, c'est Pierre Fontanier le premier qui l'a expliqué, 11.. De nombreuses figures de style ont également pour intérêt d'agir sur le rythme, la construction syntaxique ou la répétition. On peut par exemple repérer deux figures de style dans le vers :
L'expression « Soleil noir de la Mélancolie » permet à Nerval d'imager deux idées. Il y a en effet un oxymore, figure réunissant deux mots aux connotations contraires (« soleil » et « noir ») et une métaphore (analogie entre le « soleil noir » et la « mélancolie », maladie de l'ennui), qui permettent au lecteur de percevoir la sensibilité de l'auteur et son univers mental, marqué, ici, par l'étrangeté et le mal de vivre. En conséquence, la figure de style est une composante essentielle du style chez un écrivain, mais aussi, et plus généralement, chez tout locuteur et au sein du langage lui-même :
La recherche de la nature de cet écart, et surtout de la norme à laquelle il se ressent, a été l'objectif de la plupart des études et analyses modernes14.13-14..
Dénomination : de la « figure rhétorique » à la « figure stylistique »
L'expression « figure de style », du latin Le substantif latin signifie « dessin d’un objet », par extension sa « forme »., est elle-même la réunion de deux tropes :
L'usage commun confond en effet les expressions de « figures de style » et de « figures de rhétorique » mais certains auteurs établissent une distinction entre les deux. Ainsi, dans son ouvrage Éléments de rhétorique, Jean-Jacques Robrieux distingue les figures de rhétorique, qui jouent un et qui forment une classe de procédés fonctionnels, des figures autres dites non-rhétoriques et qui peuvent être .. La distinction académique sépare elle aussi les figures de rhétorique, visant la persuasion, des figures stylistiques, visant l'..
Pourtant, à l'origine, la figure de style est l'une des composantes de l', partie de l'art rhétorique qui s'attache au style et aux ornements du discours. Pour Cicéron elle est le propre de l'orateur et . C'est donc la partie la plus littéraire de la rhétorique : l'élocution .. La figure de style est le lieu d'une bonne expression et de l'ornement (« »). Selon la rhétorique classique, l'élocution concerne ainsi le choix des mots et la composition des phrases (les membres de phrases ou « » doivent être équilibrés), le rejet des archaïsmes et des néologismes, l'usage de métaphores et des figures adaptées aux propos (à condition toutefois qu'elles soient claires, autrement il s'agit de fautes d'expression), enfin, le rythme doit être souple et au service du sens. La Rhétorique à Herennius recommande ainsi .
Les figures de rhétorique (ou « » en grec) proviennent donc de la qualité de l'orateur. Elles procurent en premier lieu un plaisir (ou « ») car selon Quintilien mais servent avant tout la persuasion et l'argumentation. De ce fait, la notion de « figure de rhétorique » est à examiner au sein de la catégorie plus vaste des figures de style.
Emploi à l'écrit et à l'oral La figure de style est spécifiquement un procédé d'écriture — à distinguer de la « clause de style »La clause de style désigne les formules de politesse que 'on place en fin des lettres, 5-6. —, qui met en jeu l'« effort » du locuteur pour constituer la figure, son intention stylistique en somme, et l'« effet » sur l'interlocuteur qui fait appel à sa sensibilité19, § « L'apparition de la notion d'écart et l'émergence des valeurs affectives ».. Les figures de style sont donc définies comme un sous-ensemble de la stylistiquePour une présentation rapide du mot, apparu en français en 1872, voir l'introduction, 6 à 13., constitué par des écarts par rapport à l'usage commun de la langue, un emploi remarquable des mots et de leur agencement. Elles concernent ainsi un rapport particulier entre le « signifiant » (le mot) et le « signifié » (le sens).
Les figures de style sont cependant présentes constammentHenri Suhamy cite la célèbre phrase de Dumarsais : , 17., hors la littérature et même dans l'expression non poétique comme le montre George Lakoff. Par exemple, dans la métonymie journalistique : Entrée « Métonymie », 304.. Elles le sont encore davantage dans la langue orale, qui cherche à retenir l'attention du récepteur et qui use des procédés d'ironie, des jeux de mots, des clichés, de locutions figées ou de raccourcis de langage comme dans l'expression imagée : . Cependant, pour Bernard Dupriez, 6..
vignette|upright=1|Dans cette vanité, le crâne est le symbole de la mort et les objets renversés sont la métaphore du décès.
Cet écart par rapport à la « norme linguistique » induit cependant des limites d'acceptabilité pour une figure de style. En effet, si la figure s'écarte trop de la norme elle tombe dans le registre des solécismesLe solécisme est une faute de grammaire caractérisé par le fait qu'elle ne respecte pas les propriétés de l'axe syntagmatique (ordre des mots).Entrée « Solécisme », 450.. Mais le sens est aussi une limite : en effet la phrase peut être grammaticalement correcte mais asémantique (sans sens). L'expression poétique « inventant » des formes, elle échappe à ces restrictions. Certains textes surréalistes l'illustrent parfaitement, tel ces vers :
C'est également le cas de l'anacoluthe comme dans la dernière strophe de L'Albatros de Charles Baudelaire : . Reste que pour évaluer une figure par rapport à cette norme, il faudrait définir selon Roland Barthes11. et de l'usage linguistique, ce qui n'est pas possible puisque chaque locuteur teinte son propos de sa subjectivité propre. C'est dans les textes littéraires qu'on rencontre plus particulièrement les figures de style employées pour leur fonction esthétique et leur effet sur le « signifié » : chaque genre possède ses figures spécifiques ou favorites. Les romans usent de procédés descriptifs ou allusifs comme l'analepse ou la digression, la poésie privilégie des figures jouant sur les sonorités (allitération, homéotéleute) ou les images (métaphore, personnification) alors que l’art dramatique du théâtre utilise quant à lui des figures mimant les tournures orales ou permettant de moduler l'intensité de l'action. Cependant, beaucoup de figures de style sont transverses à tous les genres et à toutes les périodes.
Plusieurs fonctions vignette|upright=1|alt=Sculpture de la cathédrale de Laon (exemple d'allégorie)|Sculpture de la cathédrale de Laon, représentant la rhétorique (allégorie).
Les figures de style apportent un enrichissement du signifié par l'originalité formelle qu'elles présentent ; c'est « l'effet de sens »16.. Elles ont par exemple une force suggestive remarquable dans le cas de la métaphore (, André Breton, à comparer avec l'expression informative : ) comme elles peuvent frapper l'esprit par le raccourci que constitue l'association des contraires dans l'oxymore (, Voltaire) ou produire un effet comique avec le zeugme (, Zazie). Elles représentent un effort de pensée et de formulation comme l'explique Littré5. ; elles sont :
D'autres figures peuvent créer l'émotion du lecteur par l'effet d'insistance produit comme dans l'anaphore (, De Gaulle) ou le jeu sur les sonorités dans l'allitération (, Rimbaud). Dans d'autres cas, l'intérêt sera plus purement esthétique comme dans la reprise juxtaposée de l'anadiplose :
Ainsi, les figures de style sont à mettre sur le même plan que d'autres caractéristiques linguistiques comme les procédés de rythme (période poétique, cadence dans la prose), les procédés de la syntaxe (choix du type de coordination ou de subordination), les procédés sémantiques et logiques (syllogisme, tautologie, champs sémantiques etc.) ou les procédés de versification (rime, synérèse/diérèse, etc.)267..
Linguistique et stylistique des figures de style Pluralisme des acceptions Le mécanisme de formation des figures de style étant délicat à conceptualiser, il existe de nombreuses définitions de la notion. La linguistique moderne en retient trois :
Ce pluralisme des définitions conduit à des typologies différentes et variées. Néanmoins la plupart s'appuient sur trois aspects : l’effet produit et recherché par l’émetteur sur le récepteur en premier lieu (par exemple : la surprise, le rire ou la peur), 113. ; le procédé mis en œuvre, participant d’un style esthétique (chaque écrivain utilise en effet un « stock figuratif » donné), et enfin la dimension sémantique (l'idée véhiculée). Bacry insiste sur l'importance du contexte, dépendant lui-même du cadre culturel19-20..
Figures microstructurales et macrostructurales