thumb|right|225px|Al Capone, figure archétypique du crime organisé des années 1920, n'est plus représentatif de nouvelles formes de criminalité, plus internationale, industrielle et commerciale ou informatique, et pour partie dite « en cols blancs ». Deux points communs à toutes les formes du crime organisé restent sans doute un lien caché à l'argent et au pouvoir, illégalement gagnés, détournés ou accumulés.
Le crime organisé désigne l’ensemble des structures humaines illégales qui sont chacune dirigées par une seule ou quelques personnes, et dont le but est d’engranger les profits illicites les plus importants possible, dans les domaines les plus propices à leurs opérations.
Éléments de définition Droit international Il existe au moins deux définitions internationalement reconnues de l'organisation criminelle : Pour le Conseil de l'Union européenne (en 1998), il s'agit d'une Action commune 98/733/JAI relative à l’incrimination de la participation à une organisation criminelle dans les États-membres de l'Union européenne, Conseil de l’Union européenne, 21 décembre 1998, JOCE, L 351, 29.12.1998 ; Pour la Convention de Palerme (2000), il s'agit d'ns/dcatoc/final_documents_2/convention_french.pdf Convention des Nations Unies contre la criminalité organisée (dite Convention de Palerme), New York, 15 novembre 2000.
Droit par pays Canada Le Code criminel du Canada ne contient pas de définition du terme « crime organisé », mais par contre, il contient une définition du terme connexe d'organisation criminelle, laquelle définition est utilisée dans les poursuites pénales contre les acteurs du crime organiséCode criminel, LRC 1985, c C-46, art 467.1, <https://canlii.ca/t/ckjd#art467.1>, consulté le 2023-07-18 :
France
Le crime organisé à travers le monde Suivant leur origine, les organisations criminelles portent différents noms : les Carteles (Mexique, Venezuela, Colombie, Ecuador, Pérou, Bolivie, Paraguay, Brésil) ; la Mafia (Italie) et particulièrement : la Cosa nostra (Sicile), la Camorra (Campanie), la 'Ndrangheta (Calabre), la Sacra corona unita (Pouilles) et quelques groupes moins visibles ; le Milieu et le crime organisé corse (France) ; l'Organizatsiya (Russie, Georgia, Arménie, Azerbaijan, ex-URSS) ; la Naša Stvar (Serbie, Montenegro, Bosnie-Herzégovine) la Mafia Shqiptare (Albanie, Kosovo) la Mutri (Bulgaria) la Türk Mafyası (Turquie) la D-Company (Inde, Pakistan) les Triades (Chine, Hong Kong) ; les Yakuzas (Japon, Corée) ; la Yiddish Connection, la « mafia juive » (Israël) ; la Mocro Maffia (Pays-Bas, Belgique), (Maroc) ; les Cults (Nigeria et diaspora) ; les Posses ou Yardies (Jamaique et diaspora) les Maras (El Salvador, Honduras, Guatemala) les gangs (International).
La plupart de ces organisations peuvent opérer en dehors de leur région d'origine. C'est ainsi que la mafia s'est durablement installée aux États-Unis durant les années 1920. On parle dès lors de criminalité transnationale.
En Europe Selon un rapport (2024) d'Europol, titré Décoder les réseaux criminels les plus menaçants de l'UE, le crime organisé est de l'Union européenne.. Europol note que 34 % d'entre eux ..
Ce rapport dresse une cartographie de ce qu'on sait d'environ 821 organisations criminelles jugées les plus menaçantes dans l'Union européenne et pour l'Union européenne (modes d'organisation, types et lieux d'activités, degré de contrôle territorial…), présentes en 2024 en Europe, avec un total d'environ membres a minima. 86 % ont une façade commerciale légale (via des créations d'entreprises légitimes cachant leurs activités criminelles, et facilitant le blanchiment d'argent (96 % de l'argent du crime serait ainsi blanchi par les organisations criminelles elles-mêmes, qui pour 68 % recourent à la violence et/ou à l'intimidation, et pour 71 % utilisent la corruption pour atteindre leurs buts ou pour entraver l'application de la loi ou diverses procédures judiciaires. Ces groupes actuellement actifs en Europe sont principalement originaires d'Albanie, de Belgique, de France, d'Allemagne et d'Italie et pour la moitié environ, ils vivent surtout du trafic de drogue, souvent alors basés en Belgique, en Allemagne, en Italie, aux Pays-Bas, en Espagne, en Albanie et au Royaume-Uni, ainsi que dans plusieurs pays d'Amérique latine pour leur approvisionnement et/ou leur commerce. 68 % des organisations criminelles opérant en Europe ont des membres de nationalités différentes (112 nationalités répertoriées par Europol) ; tous opèrent dans plusieurs pays (deux à sept pays) dans 76 % des cas, et plus de sept pays pour les autres. 82 % de ces groupes criminels ont une spécialité criminelle et des activités secondaires. Derrière le trafic de drogue, viennent la fraude en ligne (50 organisations), le trafic de migrants (48), les cambriolages ou vols organisés (33), le vol de véhicules (19), et aussi le trafic d'êtres humains à des fins d'exploitation sexuelle (18).
Selon Catherine De Bolle (directrice d'Europol) : ; le commissaire européen à la Justice ajoutant : .
En France, quelques jours plus tard (le ), la commission d'enquête sur l'impact du narcotrafic en France et les mesures à prendre pour y remédier (créée en 2023) rend son rapport.
L'économie criminelle Il est par définition difficile d'évaluer les gains et les pertes d'une économie cachéeCHAREST M., « Peut-on se fier aux délinquants pour estimer leurs gains criminels ? », Criminologie, Vol.37, , 2004, , mais il est évident que différents trafics (narcotiques en particulier) mettent en jeu des sommes considérables.
Des entreprises presque comme les autres Les organisations criminelles fonctionnent désormais comme des entreprises tournées vers le profit. Il y a là une nette évolution, puisque, jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, la mafia sicilienne privilégiait le contrôle de la société et du territoire. Le parrain est désormais un boss, ce qui va de pair avec une violence accruePino Arlacchi, Les Hommes du déshonneur, Albin Michel, 1998.
Qu'il s'agisse de trafic de stupéfiants, d'armes, de fausse monnaie, d'êtres humains (enfants, immigration clandestine, prostitution, etc.), d'organes humains ou d'espèces protégées, les organisations criminelles tirent profit de l'illégalité même de leurs trafics, . . Dans le Mezzogiorno italien, les mafias ont décuplé leurs profits dans les années 1970 grâce aux détournements de subventions de l'État italien.
L'interpénétration des deux économies Les organisations criminelles ont suivi le mouvement de mondialisation. Tout en tirant profit des frontières qui ralentissent encore les enquêtes et protègent des poursuites, l'économie criminelle prospère grâce à la déréglementation et au relâchement des contrôles (libéralisme ; absence de contrôle de l'État dans le tiers monde et l'ex-Union soviétique). L'économie de régions et de pays entiers se voit contrôlée par des organisations criminelles, qui se sont substituées à l'État, ou l'ont pénétré. Des organisations révolutionnaires glissent de la guérilla à la criminalité organisée. . Elles mêlent sans difficulté les filières illicites à des activités légales, en particulier les marchés financiers, note Jean de MaillardJean de Maillard, Un Monde sans loi. La criminalité financière en images, Stock, 1998.. Blanchiment et trafics ne sauraient d'ailleurs se dérouler sans un minimum de complicité, consciente ou non, de la part des acteurs de l'économie légale. Il faut bien affréter les navires qui transportent les clandestins ou encore les avions qui transportent la drogue entre la Colombie et le nord du Mexique. Les Colombiens, rappelle Jean-François BoyerJean-François Boyer, La Guerre perdue contre la drogue, La Découverte, 2001., ont ainsi acheté à La Rochelle des dizaines de catamarans. L'industriel, écrit Maillard, l'avocat, le banquier, l'assureur, le policier, le fonctionnaire qui mettent leur savoir, leur pratique ou leur pouvoir au service des mafias sont des « criminels à temps partiel ». C'est au travers de leur exercice professionnel qu'ils basculent dans la délinquance, et non pas en s'en écartant. Le chiffre d'affaires du crime rémunère toutes ces prestations indispensables. Ainsi se développe une culture de corruption qui fait vaciller toute une société.
Les organisations criminelles ne se contentent pas de mettre en œuvre des activités de façade. Elles intègrent activités illégales et légales. , les membres des organisations criminelles mettent leurs méthodes au service de leurs activités légales : Pino Arlacchi explique qu'ils découragent la concurrence par la violence, compriment les salaires. .
Activité financière Contrairement à la criminalité individuelle ou aux simples gangs, les réseaux criminels sécrètent une forte accumulation de capitaux qui ne peuvent plus être absorbés par la seule économie criminelle. . Isabelle SommierIsabelle Sommier, Les Mafias, Montchrestien, 1998. considère que cette nouvelle stratégie se dessine à la charnière des années 1970 et 1980. . . . Comme le montrent le cas des paradis fiscaux et des zones franches des pays industrialisés, la question criminelle et la question financière sont désormais indiscernables. Maillard pointe le cas du Japon. En refusant toute perte financière et en bloquant le recouvrement des créances, les yakuzas ont conduit à leur chute la grande maison de titres Nomura et la banque Dai Ichi.
Il est difficile d'estimer le chiffre d'affaires d'une activité criminelle, et donc occulte, ou encore le produit criminel brut mondial. Le FMI propose pour estimer le chiffre d'affaires annuel des activités criminelles dans le monde une fourchette de 700 à milliards de dollars, soit trois fois le budget de la France en 1996. Maillard estime le seul chiffre d'affaires de la drogue à 400 milliards de dollars, dont 180 servent à rémunérer les trafiquants et les professionnels de la sphère légale. Restent 220 milliards qui représentent le profit net des organisations criminelles.
L'estimation est plus difficile en ce qui concerne les autres activités criminelles. Il estime néanmoins que 320 milliards de dollars de profits constitue un chiffre minimum, auquel il faut encore ajouter 160 milliards encaissés par les complices de la société légale. . Pino Arlacchi estime à 1 milliard de dollars par jour le montant des profits criminels injectés dans les marchés financiers du monde entier.
Le crime organisé et l'environnement vignette|siège de l'organisation internationale Interpol situé à Lyon sur le quai Charles-de-Gaulle